En Alsace, c'est "non" ! - Analyse des résultats du referendum du 7 avril (conseil d'Alsace ; collectivité territoriale)

En Alsace, c’est « non » ! Quelques éléments d’analyse pour comprendre les résultats du referendum du 7 avril 2013 sur la Collectivité Territoriale d'Alsace.

Résumé :

  • Un projet rejeté par le Non inattendu du Haut-Rhin, mais tout autant par l’abstention du Bas-Rhin, qui aurait suffi à tout arrêter, même si le Haut-Rhin avait dit oui.
  • Une claque électorale qui montre une nouvelle fois le divorce grandissant entre le peuple et ses « élites ».
  • Un projet qui n’est pas apparu comme novateur ni comme une « réponse à la crise ».
  • Philippe Richert avoue qu’il aurait préféré pouvoir ne pas tenir compte du Non haut-rhinois.
  • Le bouclier médiatique pour le oui a été fendu, notamment par le succès de la campagne du non sur internet.
  • En 1969, De Gaulle, désavoué, avait démissionné après l’échec du referendum sur « la régionalisation et la participation » afin que la politique de la France ne se fasse pas sans le peuple.
  • Un effondrement de la vision identitaire d’une Alsace "unie", avec l’apparition claire et nette de deux logiques départementales distinctes.
  • Un clivage gauche-droite totalement débordé.
  • Le misérable bal des mauvais perdants qui cherchent à rejeter la faute, loin de l'autocritique pourtant indispensable.
  • Un projet enterré définitivement… euh, enfin, du moins pour l’instant...
  • Cette campagne aura été un scandale démocratique qui devra nous inciter à rester vigilant pour la suite.

infographie-les-resultats-du-referendum.jpgUne nouvelle fois dans l’histoire récente, cette fois-ci à un échelon local, le divorce entre le peuple et ses représentants, entre l’immense majorité des citoyens et leurs « élites », s’est manifesté de façon bruyante (mais dans le quasi silence des médias nationaux, qui avaient toutefois préparé les caméras en cas de victoire du oui). Retour sur ce scrutin et ses enjeux.


Un projet deux fois raté : le Non et l’abstention

Le projet de conseil d’Alsace, proposé aux Alsaciens ce dimanche 7 avril 2013, avait pourtant été approuvé, à plusieurs reprises, notamment en "congrès", par 80 à 90% des élus départementaux et régionaux alsaciens. Ils avaient été suivis par une grande partie des députés et sénateurs en place. Et les responsables politiques qui ont osé donner de la voix contre le projet ont été très peu nombreux, et souvent malmenés. 

Le 7 mars 2013, un premier sondage CSA (suivi apparemment par aucun autre) annonçait 78% de oui dans le Bas-Rhin (avec 44% de participation +/-5%) et 71% de oui dans le Haut-Rhin (avec 40% de participation  +/-5%).

Les résultats du 7 avril ont donc fait l’effet d’une claque politique : 67,5% de oui dans le Bas-Rhin (-10) avec seulement 35% de participation (-9) et 44,3% de oui dans le Haut-Rhin (-26,7 !!) avec 38% de participation (créneau annoncé).

Il est cependant faux de répéter que c’est seulement le Haut-Rhin qui a fait échouer le projet. Les deux départements devaient certes voter oui séparément, mais aussi en respectant l'étrange seuil de 25% des inscrits pour le oui, unique dans l'histoire des scrutins (alors que dans un referendum local « classique », la loi oblige à une participation de 50% de votants parmi les inscrits, ce qui est encore plus contraignant).

Le projet est rejeté dans le Haut-Rhin avec 55% de non, contrairement à toute attente.

Mais, même si le Haut-Rhin avait voté oui, l’abstention du Bas-Rhin suffisait à faire capoter le projet, puisque les 67,5% de oui ne représentent que 22,9% des inscrits, soit moins que les 25% obligatoires.

Or, aujourd’hui, Philippe Richert se plaint que les règles du jeu étaient "trop contraignantes". Il fallait l'oser.

 

Alors, toujours gaullistes ??!?

Durant toute la campagne, les partisans du oui (et souvent ceux du non) ont considéré que le oui serait nécessairement en tête, et que la seule possibilité de défaite, ce serait l’abstention, particulièrement dans le Haut-Rhin, considéré comme maillon faible. La réalité a détrompé tout le monde : personne ne s’attendait à un vote majoritaire du non dans l’un des deux départements, encore moins à ce score de 55% pour le non dans le Haut-Rhin.

Philippe Richert et ses alliés ne sont donc pas parvenus à mobiliser les Bas-Rhinois, 10% d’entre eux se sont même découragés d’aller voter entre le 7 mars et le 7 avril, pour se retrouver à 35% de participation. Sur les 750 000 électeurs inscrits dans le Bas Rhin, le oui ne récolte donc que 172 000 voix. Avec 18% des inscrits pour le oui à Strasbourg, c’est un échec cinglant. Le projet n’est apparu ni comme novateur, ni comme une « réponse à la crise », comme l’indiquait pourtant la notice dite d’information distribuée dans les boîtes aux lettres. Rappelons que le cas corse de 2003, qui avait largement été rappelé par les protagonistes de cette affaire, avait réuni plus de 60% de participation, avec un non majoritaire sur la dernière ligne droite.

Un tel taux d’abstention souligne à quel point le projet n’a PAS répondu à une attente des Alsaciens, contrairement à tout ce qui a été dit. Pas de quoi pavoiser comme le fait pourtant le président du conseil régional, en clamant que c’est vraiment trop injuste, parce que les règles du jeu étaient vraiment trop contraignantes (rappelons tout de même qu’il était ministre lorsque la loi a été conçue en 2010), parce que le referendum est perdu alors qu’il y a eu 57,6% de oui. « Si on avait, en 1952, porté les mêmes exigences pour la création du Land de Bade-Wurtemberg, ils ne l'auraient jamais fait. Il fallait juste que le oui soit majoritaire », a-t-il affirmé le soir des résultats, en évoquant le fait que le pays de Bade avait voté contre la fusion avec le Wurtemberg et le Wurtemberg-Hohenzollern, mais que cela avait été oui tout de même, parce qu'il était globalement minoritaire. Il faut ajouter que le gouvernement régional a ensuite fait traîner pendant 18 ans le recours déposé contre cette fusion à marche forcée, avant de proposer un nouveau referendum en 1970 qui a pris acte de l'état de fait prolongé (cliquez ici pour en savoir plus).

De façon totalement insolente, Philippe Richert reconnaît donc qu’il aurait préféré pouvoir ne pas tenir compte du refus des Haut-Rhinois. Il aurait ainsi préféré une logique qui favorise le fort contre le faible, le grand contre le petit : imaginons un instant que la région Franche-Comté décide de se lancer dans le même processus, les habitants du tout petit Territoire de Belfort ne pèseraient pas grand-chose dans la balance, il ne leur serait pas utile d’aller voter. C’est la logique du puissant qui, parce qu’il est grand et fort, peut annexer le petit dont les protestations ne sont pas entendues. C’est la logique impériale, logique de triste mémoire, qui finit toujours mal. Exactement ce que de nombreux partisans du oui, et même porteurs du projet, reprochaient de façon outrancière à "Paris"…

Mais ce qui reste, c’est la question de la légitimité des élus politiques régionaux qui ont soutenu ce projet et qui ont souvent évoqué la mémoire du général de Gaulle et du referendum de 1969 qui avait notamment trait à la « régionalisation ». Mais, premièrement, Charles de Gaulle n’aurait jamais proposé une réforme à la petite semaine dans un coin de France, il aurait évidemment préféré une réforme de grande ampleur, avec une vision de l’ensemble du territoire national. Deuxièmement, lorsque le président De Gaulle, porteur du referendum, a été désavoué par les citoyens, il a donné sa démission dans la foulée. Afin que la politique de la France ne se fasse pas sans le peuple, ou pire contre lui 

Alors,toujours "gaullistes", devant ce brutal désaveu politique ??!?

 

Les fissures du bouclier médiatique

Il faut dire que lors du premier sondage évoqué ci-dessus, une grande majorité des partisans du projet se disait a priori favorable sur la base d’un malentendu : on s’imaginait qu’il y aurait économies et simplification. Trois semaines de campagne ont suffi à faire surgir la réalité au-delà des apparences trompeuses. C'est tout à l'honneur des électeurs. Mais ce n’est pas franchement la presse qui a contribué à cette prise de conscience en quelques semaines. Une grosse partie de la bataille des idées s’est effectivement jouée sur internet, notamment sur les réseaux sociaux et dans les messageries personnelles, avec les chambres d'échos des repas de famille.

Prenons un exemple flagrant, celui du journal L’Alsace. La responsable de son service politique, Yolande Baldeweck, est par ailleurs engagée dans le puissant Cercle de L'Ill en faveur du projet politique de la « création d’un espace métropolitain du Rhin supérieur », par-delà les frontières. C'est son droit d'avoir des opinions tranchées. Mais dans ce cadre, cela pose un sérieux problème de déontologie, surtout quand on joue manifestement la carte du oui. Sentant le vent tourner, publiait samedi 23 mars un gros article intitulé « Autant que des économies, le conseil d’Alsace devrait permettre plus d’efficacité », sans laisser la parole aux opposants. Tout un programme.

Rappelons aussi que le journal L’Alsace est largement majoritaire dans le Haut-Rhin (contrairement aux DNA, majoritaires dans le Bas-Rhin), pourtant les arguments des principaux partisans du non haut-rhinois n’y ont pas droit de cité ! Ce n’est en tout cas pas dans "leur journal" que les Haut-rhinois ont pu être influencés par des trublions du non. Les tribunes très critiques de Bernard Notter (vice-président UMP du conseil général du Haut Rhin), de Jean Ueberschlag (ancien député maire UMP de Saint Louis), de Gilbert Meyer (maire UMP de Colmar) y ont notamment été étouffées (ou noyées dans une brève ironique qui évacuait des arguments pourtant solides). Seul Constant Goerg est passé, mais c'était le premier son de cloche dissonnant, et cela a fait trembler l'édifice.

Au final, le bouclier médiatique n’a pas fonctionné. Il reste potentiellement nuisible pour l'information politique des citoyens. Et les futures restructurations prévues (fusion de L'Alsace et des DNA) par le Crédit Mutuel, propriétaires de neuf titres de la presse régionale, ne peuvent qu'inquiéter.

 

Le bal des mauvais perdants

Durant la soirée électorale (France 3 Alsace ou Alsace 20), les partisans du oui ont pathétiquement défilé en égrenant le collier de perles des lamentations. Au lieu d’autocritique, on a eu droit à la litanie des mauvais perdants :

- c’est la faute à la crise (Jo Spiegel, etc.),

- c’est la faute à Jérôme Cahuzac (Charles Buttner, etc.),

- c’est la faute au chômage (Philippe Richert),

- c’est la faute au manque de pédagogie (Jean-Marie Bockel qui nous prend pour des enfants),

- c’est la faute au principe même du référendum (Claude Keiflin, ce journaliste qui hissait haut le pavillon du oui),

- c’est la faute aux médias (Guy-Dominique Kennel),

- c’est la faute à l'esprit conservateur des Alsaciens (un présentateur TV),

- c’est la faute à Charles Buttner (un socialiste),

- c’est la faute à Gilbert Meyer (plein d’autres)...

Et j’en passe.

 

Soit dit en passant, à propos de la ténébreuse affaire Cahuzac (élevée aussi au rang de cause de cet échec par Yolande Baldeweck, qui fait aussi des piges pour le Figaro), un sondage Orange BVA indiquait pourtant dès le lundi 8 avril, que « l'affaire Cahuzac n'impacte guère les perceptions politiques des Français, que ce soit à l'égard de l'exécutif, de l'opposition, des différents partis - dont le Front national - et des principales personnalités politiques (en dehors de Cahuzac lui-même, évidemment) ».

Au lieu de chercher la faute ailleurs dans un concert de mauvaise foi, il faudrait commencer par balayer chacun devant sa porte.

Par exemple, en réfléchissant aux motifs légitimes, qu'il y a eu, de refuser ce projet : une demande de chèque en blanc pour un projet mal ficelé, mal préparé ; des annonces contradictoires sur les économies ou les absences d'économies et l'absence d'audit chiffré ; l'incapacité à prouver les bienfaits annoncés de la fusion (il aurait fallu commencer par fusionner des agences, ce qui était tout à fait possible en l'état actuel des institutions, ce qui s'est déjà fait ailleurs, et ce qui se fera sans doute de toute façon ici aussi, afin d'en montrer l'intérêt aux citoyens ou à l'inverse de prendre acte de l'échec) ; sans oublier la bataille de chiffonniers quant au siège ; un régionalisme du chacun pour soi qui n'a plus rien à voir avec de la décentralisation ; une piètre conception du débat et de la consultation des citoyens ; etc.

Les électeurs ne sont pas plus stupides que l’Assemblée des Départements de France qui publiait il y a 3 ans un rapport  concluant que « la fusion des départements et des régions coûterait plus cher qu’elle ne rapporterait et que, de surcroît, elle aurait même un coût en raison des effets d’alignement structurel des compétences exercées par l’une ou l’autre des collectivités ». Il est vrai que nous n'avons entendu cela dans aucune réunion publique pour le oui, ni lu dans aucun journal (sauf sur le site France Bleu Alsace)... Mais, entre autres choses, croyez-vous vraiment que ça ne s'est pas diffusé sur internet ? Que l'on arrête de nous prendre pour des dindes !

Les citoyens attendent au minimum de leurs élus un vrai bilan public, une véritable autocritique, la plus objective qui soit, et non pas de stériles jérémiades.

Mais peut-on encore espérer cela ?

 

Le spectre de 2005 : « oui quand même » ?

En 2005, alors que la majorité des partis politiques et des médias faisaient aussi campagne pour le oui, le non passait pourtant avec 55% des suffrages (notamment grâce à Internet). Le traité constitutionnel européen semblait donc enterré. Pourtant, en 2008, sous un autre nom, le même contenu (quoique plus alambiqué) est revenu par la fenêtre, et nos élites nous ont fait savoir que ce serait oui quand même. Faut-il s’attendre à la même chose en Alsace ?

Autre florilège de la soirée électorale pour illustrer cette légitime inquiétude :

- on a fait « perdre du temps à l'Alsace » (Guy-Dominique Kennel),

- ce « beau projet » n'est « pas en miettes », « on ne peut se contenter d'un vote qui représente si peu d'électeurs » (Jacques Fernique),

- « c'est un projet retardé », « il faut trouver une autre méthode » (Charles Buttner),

- « un projet que nous allons hélas reporter pour des années » (Philippe Richert),

- « le résultat enterre définitivement, ou tout au moins pour l'instant, le conseil d'Alsace » (un présentateur TV)…

- il faut dire que « les gens n'ont pas compris l'enjeu », ils n’ont « pas répondu à la question posée » (Claude Keiflin)...

Là aussi j’en passe.

Comme en 2005, certains de nos « élus » de droit divin regrettent déjà qu’ils aient été obligés de demander leur avis à ces stupides citoyens qui ne comprennent jamais rien à rien. Quel toupet, mais quel toupet, bon sang, pour un soir de défaite !

Il faut y lire dans les interlignes une inquiétante haine du peuple (caractéristique elle aussi de ce divorce entre peuple et élites).

 

carteoui-non-1-deux-alsaces.jpg

Une Alsace, deux départements

Lors de la soirée électorale, sur France 3 Alsace, le sociologue Philippe Breton soulignait une autre ligne de force de ce scrutin : la différence de vote très marquée entre les deux départements. Et avec elle l’effondrement du fantasme d’une Alsace identitaire, la fin de la vision régionaliste de l’Alsace.

En effet, les promoteurs du projet avaient joué sur la corde de l’identité de l’Alsace et de son destin, il avait été question de bout en bout de la campagne d’une « Alsace unie », les spécificités d’un supposé particularisme identitaire avaient été mises en avant.

Le vote du 7 avril montre crûment le décalage entre le rêve naïf des uns et la réalité du corps électoral. Au bout du compte, on se retrouve avec deux départements aux votes très tranchés et assez homogènes dans chacun des deux ensembles.

Il n’y a donc pas à proprement parler d’Alsaciens qui partageraient une soi-disant communauté de "destin". Il y a d’abord des Haut-Rhinois et des Bas-Rhinois (au fond, il y a même, avant, des citoyens français qui se forgent des opinions, en fonction de leur contexte).

Selon Philippe Breton, l’Alsace est bel et bien « une région comme les autres régions françaises », avec des zones ayant des aspirations distinctes et des inquiétudes différentes. Et souvent au sein même des deux entités départementales. Ce n'est pas grave, et en plus, c'est un fait.

Il faudrait creuser davantage, mais il semblerait que les secteurs les plus favorisés aient davantage voté pour le oui (c’est valable dans les quartiers plus aisés de Mulhouse par exemple ou dans le canton de Huningue), alors que les secteurs plus déshérités ont préféré le non. Une analyse plus fine des résultats permettra peut-être de le confirmer.

C'est aussi une claque pour les partisans de la régionalisation de la France, en Bretagne comme ailleurs. Eux aussi sont minoritaires, même si l'on a eu tendance à nous faire croire que les régions françaises avaient les yeux tournés vers l'Alsace : en fait, il ne s'agissait que de lobbies qui ont souvent partie liée aux milieux autonomistes et "nationalistes". C'est ainsi que l'on a cité dans les journaux , tout en omettant de signaler la mouvance dans laquelle ils s'inscrivent, l'Union démocratique bretonne ou encore le député européen François Alfonsi, membre du parti de la nation corse... (voir cet article de Yolande Baldeweck, toujours elle, ou consulter l'article du blog intitulé "la joie des autonomistes" pour en savoir plus sur ce sujet).

Quoiqu'il en soit, ce n'est pas demain que nous aurons une floraison de referendum dans les régions de France. Et c'est sans doute tant mieux. Commençons plutôt par redresser notre pays, au lieu de l'affaiblir par la base, en faisant croire que nous serons plus forts en étant plus seuls.

 

Un clivage débordé

Autre point, le clivage traditionnel entre la gauche et la droite s’est montré une nouvelle fois totalement débordé, ne répondant pas au clivage réel de la société.

Les opposants les plus crédibles pour les électeurs sont d'ailleurs venus des rangs de la majorité alsacienne, et ils ont été considérés comme tellement dangereux que tout a été fait pour atténuer la portée de leurs propos (Bernard Notter, Jean Ueberschlag, Gilbert Meyer ou encore Pierre Gsell, tous quatre haut-rhinois, soit dit en passant).

Le PS s’est présenté comme on ne peut plus divisé sur la question : Jo Spiegel pour le oui, Pierre Freyburger pour le non à Mulhouse, un PS68 qui dit majoritairement oui, alors que le PS67 a voté non.

Le FN, mais aussi le Front de Gauche de Mélenchon ou encore Debout la République de Nicolas Dupont-Aignan ont appelé à voter non, alors que Europe Ecologie, conformément à son tropisme régionaliste identitaire, est resté soudé autour du oui. L'UPR et le M'PEP, deux groupes politiques de sensibilités très différentes au départ, sont aussi intervenus pour faire campagne, en parallèle, pour le non.

Il faudra bien un jour que l’on y voit plus clair… car il faut aussi voir dans cette confusion l’une des causes du désaveu actuel des politiciens.

Ayons enfin une petite pensée émue pour tous les "ralliés" de dernière minute, toutes celles et ceux qui ont attendu la publication du sondage du 7 mars, histoire de voir dans quel sens le vent tournait, pour décider finalement de s’engager dans la campagne aux côtés des promoteurs du projet. Mais la tempête est venue d’ailleurs. Ah, la vie politique est parfois cruelle...

 Il reste maintenant deux solutions pour nos "zélites" : ou bien la profonde remise en question, ou bien le calfeutrage (plus grand encore) dans une bulle déconnectée des réalités populaires. Une bulle qui finira par crever. Ou par exploser. Mais plus tard ce sera, plus ce sera sans doute (et hélas) violent. Les leçons de l’histoire sont pourtant assez nombreuses dans notre pays, pour nous permettre de l'anticiper. Encore faut-il s’y intéresser…

 

Cette campagne, un scandale démocratique

Au final, cette campagne aura été un scandale démocratique, pour des raisons qui devront continuer à soulever notre colère, même après le 7 avril, même si le "oui" ne l’a pas emporté. Des raisons qui expliquent aussi la crise de confiance (donc le pic de défiance) que ce vote exprime.

1/ La campagne était déjà bien mal partie avec la tentative, heureusement bloquée au sénat, de faire sauter discrètement un seuil de participation, déjà bas, de 25% des inscrits pour le oui, mais aussi l'absence de consultation des citoyens dans la conception précipitée du projet proposé.

2/ Et puis il y a eu cette soi-disant « notice d’information », un prêchi-prêcha pour le oui avec son schéma trompeur, seul document dans l’enveloppe officielle, et qui plus est « hors la loi » (du fait de la contradiction entre une fusion à compétences égales – la seule autorisée par la loi de 2010 – et le projet publié qui annonce de nouvelles compétences).

3/ Il ne faudra pas oublier non plus le traitement médiatique calamiteux de médias locaux sortis de leurs obligations de neutralité et qui ont largement servi de bouclier pour le "oui" (voir plus haut). Nous ne pourrons le faire qu’en restant vigilants et connectés sur la toile.

4/ Enfin la faiblesse du débat public : les partisans du oui ont préféré se retrouver entre eux, parfois à 8 ou 9 à la même tribune, plutôt que d'accepter de rencontrer un contradicteur, sans d’ailleurs apporter aucune étude d’impact, aucun chiffrage précis pour leur projet très flou. Quelle piètre image de la démocratie…

Indépendamment du résultat de ce vote, il aura été entaché par tout cela.

La vigilance citoyenne ne devra donc pas faiblir.

Il nous faudra continuer à résister pour avancer et reconstruire notre pays. Et Internet aura d'ailleurs été l'un des plus puissants outils de résistance.

Je vous propose de vous inscrire sur la liste de diffusion ci-contre, afin d'être tenus au courant des rebondissements de cette affaire. Et, si vous le souhaitez, de réfléchir à la construction d'une alternative indépendante et crédible aux dérives actuelles (votre adresse ne sera pas divulguée à des tiers, d'ailleurs, elle ne m'est pas accessible).

 

Retour sur le succès du blog

Je prends encore quelques instants pour jeter un oeil sur le chemin parcouru depuis le lancement, il y a trois mois à peine, de ce blog indépendant. On peut évidemment ne pas partager les mêmes idées, les mêmes principes, les mêmes analyses que moi ; j'ai pu sans doute me tromper ; j'ai pu aussi oublier des sujets d'importance. Mais tout ce que j'ai publié, je l'ai fait en toute honnêteté, dans un esprit de critique constructive, afin de permettre aux citoyens de se faire une idée plus précise de ce qui nous était proposé le 7 avril.

Certains se souviennent peut-être d'Etienne Chouard, le blogueur de la campagne contre le Traité Constitutionnel Européen en 2005. Que l'on ait été pour ou contre à cette époque, que l'on apprécie ou non le contenu actuel de ses analyses, là n'est pas le propos. Mais lorsque j'ai créé ce blog, j'avais à l'esprit les 30 000 à 40 000 connexions par jour que, parti de rien, son blog était parvenu à atteindre, face à la puissante machine médiatico-politique du "oui". Le non de 2005 s'était grandement joué sur internet.

Souhaitant donc contribuer autant que possible au débat sur la collectivité territoriale d'Alsace (dont le projet m'était assez rapidement apparu comme une usine à gaz, conçue dans la précipitation, fondée sur beaucoup de non-dits et de malentendus) et n'ayant aucune notion en terme de fréquentation, j'avais fait une estimation, à la louche : 30 000 pour 60 millions de Français, cela fait 1000 pour 2 millions d'Alsaciens. C'était l'horizon lointain que je m'étais donné pour le simple blog local d’un citoyen sans étiquette. Je ne pensais largement pas y parvenir.

Statistiques-du-blog-referendum-alsace.jpgMais, pendant une bonne semaine, la fréquentation a atteint et dépassé les 1000 visiteurs uniques par jour (plus de 1500 sur les derniers jours, avec un pic à 3237 le jour du scrutin), et  plus de 22 000 au total en moins de trois mois. Sans compter les échos, les retours, de plus en plus importants. C'est à la fois rassurant et encourageant.

Pourtant, les médias traditionnels ont globalement fait le choix de négliger Internet, considérant que ce qui s'y passerait ne serait « pas décisif ». Erreur sans doute.

Pour mémoire, je ne peux que vous renvoyer à la revue de presse où l’on pourra constater le grand écart entre, d'un côté, un référencement sur le site de France Info (au côté de Légifrance et du site d’information du Conseil Régional) et, à l'autre extrême, le silence obstiné du journal L’Alsace, malgré les multiples et cordiales tentatives de contact.

Quoiqu’il en soit, merci à vous mes lecteurs, à vous qui m'avez donné la force de continuer, vous qui m’avez surtout obligé à persévérer sans relâche dans mon devoir de citoyen.

 

Dimanche dernier, 7 avril, c'était non.

Aujourd'hui, tout continue.

 

Vive l'Alsace ! Vive la France ! Vive la République !

Vive la politique, la grande !

Et vive l'internet !

 

Mathieu Lavarenne

auteur du blog http://referendum.alsace.over-blog.com

Sommaire du blog.

 

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