Un "paladin de l'anti-mafia" arrêté en flagrant délit d'extorsion à Palerme

Connu pour être un pourfendeur du « pizzo » (l’impôt mafieux) et un prêcheur de la « culture de la légalité », le président de la Chambre de Commerce de Palerme a été arrêté lundi dans son bureau en flagrant délit d’extorsion.

Connu pour être un pourfendeur du « pizzo » (l’impôt mafieux) et un prêcheur de la « culture de la légalité », le président de la Chambre de Commerce de Palerme a été arrêté lundi dans son bureau en flagrant délit d’extorsion. Roberto Helg, 79 ans, venait de racketter un commerçant de la somme de 100.000 euros.

Le haut responsable sicilien, également vice-président de la société qui gère l’aéroport de la capitale régionale (Gesap) a été pris littéralement la main dans le sac. Lundi, lorsque les forces de l’ordre ont fait irruption dans son bureau une enveloppe contenant 30.000 euros en liquide trônait encore sur la table et un chèque dépassait de la poche de son veston. La somme venait de lui être versée par un commerçant palermitain contraint, en échange du renouvellement du bail d’un point de vente dans l’aérogare de Punta Raisi, de s’acquitter d’un paiement de 50.000 euros en cash accompagné d’un chèque de 50.000 euros en guise de caution.

Un scénario presque « classique » de l’extorsion quotidienne dont sont victimes les entrepreneurs dans les régions gangrenées par les mafias - Cosa Nostra, 'Ndrangheta, Camorra, Sacra Corona Unita... -  en Italie. A deux « détails » près.

Le premier : Roberto Helg, le président de la chambre de commerce de Palerme, semblait au dessus de tout soupçon. Il était connu comme un « paladin de l’anti-mafia » rappellent les médias italiens. « Le racket et l’usure ne pourront être vaincus que lorsque els victimes porteront plainte et collaboreront avec les institutions » avait-il meme déclaré il y a un an à une manifestation dédiée à la mémoire de Libero Grassi, un entrepreneur qui s’était opposé à l’extorsion mafieuse et fut assassiné par Cosa Nostra le 29 aout 1991 devant chez lui à Palerme. « Il faut créer un cercle vertueux de soutien et de solidarité autour de ceux qui ont dénoncé » avait en outre préconisé Roberto Helg. 

Le deuxième : « L’entrepreneur visé a collaboré spontanément et décidé de dénoncer le racket dont il faisait l’objet » a tenu à souligner le procureur de Palerme, Francesco Lo Voi. Si les forces de l’ordre ont pu intervenir aussi rapidement et intercepter Roberto Helg en flagrant délit, c’est grâce à la collaboration directe de la victime, avec les carabiniers, souligne le magistrat. L’entrepreneur en question, Santi Palazzolo, avait pris soin d’enregistrer en cachette certains de ses entretiens avec son maitre chanteur et a pu les livrer aux autorités.

Après l’arrestation de Roberto Helg, la famille de Santi Palazzolo a publié une déclaration, relayée par les associations de lutte contre l’extorsion, comme Addio Pizzo. « Il n’a pas hésité à dénoncer une personne qui jusqu'à maintenant avait invité à dénoncer, il n’a pas perdu confiance en l’Etat, et n’oubliera pas le sentiment de liberté éprouvé en le faisant. Ce qu’il a fait n’est pas extraordinaire, parce que seules les valeurs sur lesquelles Santi Palazzolo fonde chaque jour son travail ont été appliquées. Avant d’être entrepreneur, il faut être un citoyen honnête. Cette terre mérite plus que ce qu’elle a et pour l’améliorer il faut que tous y contribuent. Lui n’a fait qu’apporter sa propre contribution ».

Ironie de l’histoire, l’aéroport de Palerme, au cœur de ce scandale d’extorsion, porte le nom des deux juges héros de l’antimafia, Falcone et Borsellino. Vingt-trois ans après l’attentat de Capaci, les propos du juge n’ont rien perdu de leur actualité. « La mafia n’est pas invincible, c’est un fait humain et comme tout les faits humains elle a un début et elle aura aussi une fin. Il faut plutôt se rendre compte qu’on peut gagner contre elle, non pas en prétendant l’héroïsme de citoyens innocents, mais en engageant dans cette bataille les meilleures forces institutionnelles » avait déclaré le juge Giovanni Falcone, dans une célèbre interview qu'il avait accordée à la chaine de télévision publique Rai Tre. 

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