Italie : trois maires de gauche appellent à tirer les leçons des régionales en France

Dans une tribune publiée mercredi dans le quotidien de centre-gauche La Repubblica, trois maires de gauche appelaient Matteo Renzi à tirer les leçons du premier tour des régionales en France et à opérer un virage à gauche toute en vue des élections locales du printemps 2016. Lettre qui ne devrait pas suffire à résorber la fracture entre le Parti Démocrate et la gauche radicale.

« Les nouvelles qui arrivent de France sont une sonnette d’alarme. Elles doivent nous faire réfléchir et nous imposent de faire quelque chose pour empêcher que la droite, le populisme et la peur ne gagnent » écrivent Giuliano Pisapia, maire de Milan, Marco Doria maire de Gênes et Massimo Zedda, maire de Cagliari dans une lettre commune publiée mercredi 9 décembre dans les colonnes de la Repubblica.

Au lendemain de la percée du Front National au premier tour des régionales en France, les trois maires élus grâce à des alliances avec la gauche radicale (coalition « orange ») lancent clairement un appel à Matteo Renzi, premier secrétaire du Parti Démocrate, durement critiqué par l’aile gauche de la formation politique qu’il dirige.

« Nous qui gouvernons nos villes avec une approche idéale et non idéologique, pensons qu’il est nécessaire, dans un moment aussi difficile et complexe, de retrouver cette unité ouverte et large du centre-gauche, qui seule, peut redonner confiance aux citoyennes et citoyens italiens. Pour ce faire, il est indispensable de repartir des forces politiques qui, composent dans une large partie de l’Italie le centre-gauche et qui avec des différences mais une unité d’intentions ont su gagner et gouverner. Ces forces sont principalement le PD et Sel » écrivent les trois maires invitant donc Matteo Renzi à tourner son regard vers la gauche en vue des élections municipales du printemps 2016.

Les « sindaci » (maires) relèvent cependant que ce schéma d’une alliance Pd et Sel, est un « schéma différent de celui national, où SEL a trouvé sa place dans l’opposition ».

L’appel des maires, qui espèrent que cette configuration est un « moment transitoire », est aussi adressé à l’aile gauche du PD et à SEL.

« Dépasser cette phase signifie devenir plus forts. Et non plus divisés et donc plus faibles. Cela veut dire travailler avec la plus grande unité possible pour une confrontation entre PD, forces de gauche internes et externes au PD, ce civisme qui a fait la différence et qui maintenant entendent assumer la responsabilité de gouverner, plutôt que de se retrancher dans le rôle facile de l’éternelle opposition. »

Tentative louable, celle des trois maires « orange » qui pourrait même se révéler « utile » en vue des municipales du printemps 2016 selon l’entourage de Renzi, cité par la Repubblica, au lendemain de la publication de cette lettre.

Mais la gauche radicale n’est pas du tout convaincue. « La raison pour laquelle la droite progresse n’a rien à voir avec des alliances, mais plutôt avec des choix politiques que fait la soi-disant gauche, qui sont des choix politiques de droite. C’est le cas pour la question de l’emploi avec le Jobs Act, pour l’absence d’une vraie redistribution des richesses et de nombreux autres thèmes. Aujourd’hui le centre-gauche national n’existe plus et les positions politiques de Matteo Renzi sont des politiques de droite. Et nous sommes engagés contre cette politique » tranche Nicola Fratoianni coordinateur national de SEL (Sinistra Ecologia e Libertà) dans la Repubblica.  

Pour Pippo Civati, anti-Renzi, qui a quitté le Parti Démocrate en mai pour fonder un nouveau parti « Possibile », cette lettre des trois maires « oranges » appelant à se ranger derrière le Parti Démocrate pour faire barrage aux populismes ressemble à « l’appel de Manuel Valls à voter Sarkozy », à un « appel anticipé au vote utile ».

« Prétendre qu’avec cette lettre, le Parti Démocrate changera de cap et reviendra à gauche, c’est un peu comme tenter de remettre le dentifrice dans le tube » relève enfin Pippo Civati, reprenant une expression de Romano Prodi.

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