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Billet de blog 12 mai 2020

Mourir d'être né à Kaboul

Un attentat dans une clinique a eu lieu ce matin à Kaboul. Parmi les victimes, des nouveau-nés et des jeunes mères.

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En Afghanistan on meurt d’être né. Car venir au monde en Afghanistan, venir au monde de l’Afghanistan, cela veut dire apprendre le son des explosions avant celui des comptines ; reconnaître les cris avant les rires ; venir au monde en Afghanistan, cela veut dire mourir avant de vivre.

Ce matin on a tué des nourrissons dans une clinique de Kaboul. Deux nouveau-nés et de nombreuses jeunes mères parmi les seize victimes de l’attentat-suicide qui a commencé à dix heures du matin, alors que les jeunes femmes se remettaient à peine de leur accouchement.

Ici, de l'autre côté de la mer, à l’hôpital de Mytilène, les jeunes Afghanes ont la chance d’accoucher sans craindre les balles. C’est déjà ça et c’est la seule chose qu’elles demandaient à l’Europe, la paix. Pour le reste, les nuits sans sommeil dans leur tente une fois sorties de la maternité, la peur d’être réveillées en pleine nuit par des voleurs, celle de trouver au matin un cadavre devant leur tente, elles se taisent. Que pourraient-elles dire ? Elles sont habituées à tout. La mort, l’angoisse, les insomnies et les douleurs insidieuses qui s’insinuent doucement dans le corps quand l’esprit n’en peut plus d’être sur ses gardes, elles connaissent depuis toujours. Quarante ans que la guerre n’en finit pas. Et le cauchemar continue une fois arrivées là où elles pensaient trouver le calme après avoir bravé tous les dangers. Mais non, l’Europe ne veut pas d’elles, car personne ne veut d’elles. On ne veut plus des Afghans. D’accord pour les Syriens à la rigueur, les chaînes de télévision ont assez parlé de ce qui se passait chez eux pour que l’opinion s’y fasse. Et puis la Syrie est si proche. Mais les Afghans, non. Parce qu’on ne sait pas, qu’on ne veut pas savoir. Parce que personne ne s’intéresse à l’Afghanistan où on continue de mourir loin des caméras internationales.

En Afghanistan, on meurt d’être né et on meurt de mourir. Ce matin, une heure après l’attaque de la clinique, on a attaqué un convoi funèbre dans la province de Nangarhar. Presque en même temps, on tuait la vie et on tuait la mort. On tuait tout ce qui avait l’audace d’exister. Comme d’habitude. Comme toujours.

Ce matin comme tous les jours, en Europe, on fait dormir des milliers d’Afghans dans des tentes en plein soleil. On les force à faire la queue pendant des heures pour une barquette de riz, des toilettes sales, une douche froide. Ceux là-même qui ont survécu à quarante ans de guerre et ont eu la force de s’enfuir et de traverser déserts, mers et montagnes, pour vivre, juste pour vivre. Ceux-là même qu’on devrait honorer pour leur courage, car ils ont tant à nous apprendre à nous, Européens, campés sur nos valeurs, et pourtant incapables de les regarder en face.

Qui sait, peut-être avons-nous raison. Peut-être qu’en voyant dans leurs yeux de Méduse notre propre reflet, nous en resterions pétrifiés de honte.

Traduction en dari par Hashem Shafaq: 

در کابل، امروز صبح به یک کلینیک حمله شده است. نوزادان و مادران جوان قربانیان این حمله هستند.

در افغانستان، انسان ها به جرم اینکه به دنیا آمده اند، میمیرند. چرا که به دنیا آمدن در افغانستان به معنی یاد گرفتن صدای انفجار قبل از یاد گرفتن صدای آهنگ های طفلانه است ؛ به معنی شناختن صدای ضجه، قبل از شناختن صدای خنده است. به دنیا آمدن در افغانستان به مفهوم مردن قبل از زندگی کردن است.

امروز صبح، حمله کنندگان در یک کلینیک نوزادان را کشتند. دو نوزاد و چندین مادر جوان که تازه وضع حمل کرده بودند، در بین  شانزده قربانیِ حمله یی هستند که ساعت 10 صبح اتفاق افتاد.

در این طرف اقیانوس، در بیمارستان میتیلین، زنان جوان افغان، اطفالشان را بدون ترس از گلوله به دنیا میاورند. این یگانه چیزیست که  آنها از اروپا میخواهند، یعنی صلح میخواهند. برای بقیه چیز ها همچون شب ها بیخوابی کشیدن در خیمه هایشان بعد از بیرون شدن از شفاخانه نسایی، ترس از بیدار شدن توسط دزدان در نیمه شب، و یا در مورد یافتن یک نعش، صبحگاهان در جلو خیمه شان، خاموشی میگزینند. چه میتوانند بگویند؟ آنها به همه چیز عادت دارند. آنها از دیر زمانی بدینسو مرگ، دلهره، بیخوابی و دردهای مزمن را  هنگامیکه روحشان در برابر آنها بیشتر ازین ایستادگی نتوانسته و این درد ها در بدنشان آرام آرام ریشه میگیرند ، میشناسند. از چهل سال بدینسو جنگ تمام نمیشود. کابوس همچنان ادامه دارد حتی بعد ازپشت سر گذاشتن تمام خطرات و رسیدن بجایی که تصور داشتند آنجا آرامش شان را باز خواهند یافت. اما نه. اروپا این زنان را نمیخواهد چون که هیچ کسی آنها را نمیخواهد. کسی افغان ها را نمیخواهد. بلی، تیلیویزیون ها برای اینکه اروپا یی ها دید درستی از وضعیت داشته باشند، در باره سوری ها و در باره آنچه که در کشورشان میگذشت، به اندازه کافی صحبت کردند. گذشته ازین، سوریه خیلی نزدیک است. آما افغان ها نه، چون که کسی چیزی در باره آنها نمیداند و نمیخواهد نیز چیزی بداند ؛ چون که مردم به افغانستان، جایی که انسان ها دران بدور از کمره های جامعه جهانی میمیرند، علاقه ای ندارد.

در افغانستان، انسان ها به جرم به دنیا آمدن و برای مردن میمیرند. امروز صبح، پس از حمله به کلینیک، به یک نماز جنازه در ننگرهار حمله کردند. تقریبا در یک زمان، همچنان که زندگی را میشکتند، مرگ را نیز میکشتند. آنها، تمام آنچه را که جرأت بودن را داشتند، میکشتند. طبق معمول. مثل همیش.

امروز صبح، در اروپا هزاران افغان را زیر خیمه ها در آفتاب میخوابانند. آنها را برای دریافت یک قطی برنج، برای رفتن به تشناب و برای حمام گرفتن با آب سرد، وادار میسازند که ساعت ها در نوبت بایستند. آنها همانهایی هستند که از چهل سال جنگ جان سالم بدر برده اند و توان فرار از مسیر صحرا ها، کوه ها و بحر ها را داشته اند تا بتوانند زنده بمانند، فقط زنده بمانند. آنها همانهایی هستند که باید مورد قدردانی قرار بگیرند چونکه چیزهای زیادیست که ما اروپایی ها که روی ارزش هایمان میخکوب شده ایم و نمیتوانیم به چشمان شان بنگریم، باید از آنها بیاموزیم.

از کجا معلوم، شاید حق با ماست. شاید با نگریستن تصویر خودمان در چشمان میدوس آنها، از  نهایت شرم از هم بپاشیم.

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