Silence des institutions françaises face aux crimes commis à Gaza et à la non-reconnaissance de l’État de Palestine
Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le Président du Sénat,
Madame la Présidente de l’Assemblée nationale,
Madame la Ministre de l’Éducation nationale,
Depuis plusieurs mois, le monde assiste, impuissant, à une guerre asymétrique qui a déjà causé des dizaines de milliers de morts civils à Gaza. Les Nations unies, de nombreuses ONG internationales, et même des voix israéliennes courageuses parlent de crimes de guerre, voire de crimes contre l’humanité. La Cour pénale internationale a ouvert une enquête.
Dans ce contexte tragique, je m’étonne — et m’indigne — du silence ou de l’inaction des plus hautes autorités françaises.
Monsieur le Président de la République, la France, sous votre autorité, n’a toujours pas reconnu l’État de Palestine, malgré l’urgence humanitaire et la nécessité politique de sortir de cette logique de destruction. Pourtant, nombre de nos alliés européens prennent aujourd’hui cette initiative historique.
Monsieur le Premier ministre, vous n’envisagez aucune mesure contre Israël, ni diplomatique, ni économique, et vous vous retranchez derrière l’horreur du 7 octobre, comme si ce drame — incontestable — justifiait tout : le siège, les bombardements, les amputations sans anesthésie, les famines organisées.
Monsieur le Président du Sénat, la Haute Assemblée n’a pas été mobilisée pour ouvrir un débat solennel sur ces crimes. Le silence institutionnel, dans un moment aussi grave, est un abandon des principes républicains.
Madame la Présidente de l’Assemblée nationale, vous n’avez pris aucune initiative pour permettre un débat public et républicain sur les crimes commis à Gaza, comme si ces morts ne méritaient pas même une parole nationale.
Madame la Ministre de l’Éducation nationale, vous ne dites mot face au massacre d’enfants, d’enseignants, à la destruction systématique d’écoles — vous, qui avez la responsabilité morale de défendre la jeunesse et le savoir.
Ce deux poids, deux mesures est insupportable. Le 7 octobre, les plus hautes autorités de l’État étaient unanimes et très présentes, à juste titre, pour condamner l’attaque barbare du Hamas. Des marches officielles ont été organisées, des hommages ont été rendus, des discours fermes ont été prononcés.
Il y a quelques jours à peine, deux jeunes Israéliens ont été assassinés aux États-Unis dans un acte tragique. Vos réactions ont été immédiates, solennelles, coordonnées. Et je condamne avec force cet assassinat injustifiable.
Mais je constate, avec douleur et colère, que les massacres à Gaza — des dizaines de milliers de civils, en majorité des enfants — ne suscitent ni larmes publiques, ni déclarations officielles aussi puissantes, ni hommages républicains.
Alors je vous pose cette question, simple et terrible : pourquoi, le 7 octobre, étiez-vous dans la rue — présidents d’assemblées, chefs de partis, élus de tous bords — unis pour dénoncer un acte terroriste, et pourquoi gardez-vous aujourd’hui le silence face à des crimes contre l’humanité ?
Est-ce que la mort de milliers d’enfants palestiniens vaut moins que celle de victimes israéliennes ? Est-ce que le terrorisme d’un groupe armé mérite plus d’émotion que celui d’un État disposant d’une armée ?
Pourquoi cet aveuglement ? Pourquoi cette gêne ? Pourquoi ce silence ? Serait-ce parce que les victimes sont palestiniennes ? Parce que le bourreau est un allié ? Parce qu’une parole juste vous exposerait à des accusations injustes mais redoutées ?
Ce silence, ces postures, cette frilosité à condamner clairement les actes d’un État pourtant accusé par la justice internationale, ne sont pas neutres. Ils font de vous, aux yeux de l’Histoire et du droit, des complices par omission.
Critiquer la politique d’un gouvernement — fût-il allié — n’est pas de l’antisémitisme. C’est un acte de conscience, un impératif moral, surtout quand les faits sont étayés, répétés, monstrueux. Refuser de les nommer, c’est trahir l’idéal républicain.
Je vous appelle solennellement à sortir de cette ambiguïté coupable. L’Histoire jugera les silences comme les prises de position. À l’heure des responsabilités, de quel côté serez-vous ?
Veuillez recevoir l’expression de ma haute considération,
Manan Atchekzaï