La malédiction du « Rabiglouchette »

Le Rabiglouchette est né à l’époque, où, jouer au baseball, avec un bout de bois en guise de batte, une balle de tennis en guise de balle et le tout sans GANT ; suffisait à animer nos soirées d’été à la Tess. Mais, mais : « on avait les bases » ! Ces étés-là, personne ne nous les enlèvera, JAMAIS !

Une ambiance de tarés, de rires, de larmes, de coups de rageux, de concours de vanneurs, des qui trichent, des qui tisent, bref, la Tess, quoi !

Faut savoir que dans les années 80, nos étés étaient rythmés de temps à tuer.

Le temps à tuer quand tu pars pas en vacances dans une ville de droite qui n’investis pas dans les quartiers populaires comme les cocos de l’époque. A l’époque, le 93 ça faisait rêver, frère !

Les communistes, putain, ils misaient tout sur la populace, ils étaient proprios de centres de vacances, de culture, et tout ça… En gros le 93, c’était l’Eldorado, notre « banlieusard dream ».

Les journées d’étés paraissaient longues, très longues et paradoxalement, c’est le genre de journées à la Training Day, où il t’arrivait milles choses. Le même jour, tu passais du temps à zoner au centre commercial du coin : Les 3 fontaines, tu visitais le musée de l’Homme avec la maison de quartier : « La baleine » qu’elle s’appelait, tu m’étonnes, elle gobait toute la sèrmi de la cité. Et enfin, le final, une partie de baseball.

  • Y a quoi ? On s’refusait rien, nous…

A cette époque, le quartier était divisé en deux : Marcouville 1 et Marcouville 2. Allez savoir pourquoi, un jour ils ont créé deux groupes scolaires, et depuis leur naissance, une ligne Maginot, divise la même cité. De celle qui ressemble à Tetris, un assemblage de tours, longues et hautes, le tout peint dans un blanc-gris pigeon déjà vintage pour l’époque.

La touche de notre cité, la hauteur sur la ville, si bien que, de ma chambre, au 11 ème étage, je matais la tour Eiffel, l’arc de triomphe, la Défense du balcon.

Ok, c’était loin, mais quand même, ça en j’tais quand tu recevais pour le feu d’artifice des Champs Élysée, de ta chambre …

Bref, tout dans notre quartier se prêtait aux jeux collectifs.

Son étendue d’herbe, surplombant les tours, les plus hautes pour les prolos, les plus basses pour les proprios, ben ouais, fallait bien nous distinguer.

La limite de cette frontière, c’était la Baleine. La Suisse, on s’y retrouvait pour les loisirs, une fois sortis de là, les clans se reformait, illico presto.

Comment est-il possible de se croire si différent, à partir d’une ligne Maginot…

L’ancien dirait : « La propriété, c’est là le problème, oups ! » Enfin, bref.

            C’était une de ces longues journées d’été, celle qui ne voit pas la nuit venir, ni le jour poindre.

Sur le terrain, les équipes se formèrent, comme souvent sur des critères très éclairés : les rageux et les tricheurs d’un côté, les sportifs et les winners de l’autre.

Stratégiquement, tout le monde peut remporter la partie. La diff :la filouterie employée par l’adversaire pour te déstabiliser.

Et quand tu viens de ma Tess, par filouterie, tu comprends que toutes les dingueries sont utilisées à cet effet.

Si, pour gagner le point, on doit montrer ses fesses à l’assemblée, le gars le fait, tu vois !

Chacun était à sa place, sa base et tout ça…t’as compris !

Les deux équipes, sont là, prête à jouer, le score est tendu. Un de ces moments où tout peut basculer, la victoire se joue au prochain coup, c’est certain.

Je sais pas pourquoi, je sais pas comment, je sais même plus qui, mais c’est à cet instant précis qu’est né le rabiglouchette.

Si tu creuses, on retrouve la racine de « biglouche », genre t’es miro. Le « Rabi », il y a deux pistes, soit, ça veut dire, Dieu, en arabe. Après, ça voudrait dire, qu’on demandait à Dieu de rendre aveugle l’adversaire… Pas fairplay, du tout, pas not ’genre… Je préfère la deuxième version, qui dit que le Rabi serait un hommage à Rabbi Jacob, The best film humoristique par excellence, validé et certifié par toutes les générations de la Tess.

En tous cas, le tireur, s’est vu mettre une pression de malade lorsque tous les joueurs du camp adverse entonnèrent en cœur : RABIGLOUCHETTE ! RABIGLOUCHETTE, RABIGLOUCHETTE !, en tapant des mains façon clapping.

C’était foutu, le frappeur, décontenancé, déstabilisé, ne put atteindre les trois coups, les balles filèrent devant lui, il n’y voyait plus !

Depuis, ce jour, la malédiction du Rabiglouchette devint l’incantation fétiche de tous les rageux.

Si tu voulais seumé quelqu’un, tu ne voulais pas que son équipe gagne : Rabiglouchette !

Devant le mondial du foot, l’expression se démocratisa à chaque coup de pied arrêté, coup franc, penalty, corner et ce, sur des générations.

« Rabiglouchette, Rabiglouchette, Rabiglouchette ! toujours trois fois, c’est important.

Et ça marchait, ça marche toujours.

Je l’utilise souvent quand je veux que le PSG perde et ça fait rager mon fils de douze ans.

Avec le pouvoir du rabiglouchette, on était des putains de télépathes à la Professeur Xavier.

Voilà, si tu veux valider un mot, sans passer par l’Académie Française, tu prends la voie rapide, celle de l’usage.Une fois validé par le nombre, une fois la transposabilié de celui-ci dans divers champs d’activité, aussi bien ta sphère personnelle que professionnelle, mais surtout si tout le monde adhère à cette croyance. Alors seulement, là, tu ressens la magie de ce qu’un mot peut fédérer autant qu’un acte.

 

Film, Le petit champ (V.F. de The Sandlot) © Photo : Crédits photo : Pinterest Film, Le petit champ (V.F. de The Sandlot) © Photo : Crédits photo : Pinterest

HASTA SIEMPRE RABIGLOUCHETTE !!!!

 

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