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Je suis un résident du squat de la Révolution.
Je n'y habite pas seul, cet abri de fortune héberge une centaine de migrants et migrantes sans-papiers depuis son ouverture le 25 mai 2019. Il se situe entre deux rues parallèles menant toutes deux aux bords de Vienne.
L'avenue de la Révolution sur son flanc sud et la rue du pont Saint-Martial au nord, ancienne artère principale du temps des romains quand Limoges s’appelait encore Augustoritum. Quasiment deux mille ans les sépare. Et au beau milieu de cette Histoire, il y a Nous !
« L'Histoire c'est aussi le présent », ai-je dit à mon fils de 10 ans l'autre jour, « et nous sommes en train de la vivre ! ». J'ai pu lire dans ses yeux d'enfant qu'il comprenait ce que je voulais dire. J'ai compris à cet instant qu'il deviendrait plus tard le témoin, la mémoire vivante de nos actes, de nos actions. J'ai compris que volontairement ou inconsciemment sa vie future sera impactée par notre présence en ces lieux, et qu'en filigrane en son for intérieur s'inscrira le fait que nos vies valent plus que leur profit comme on dit. Je lui souhaite d'en faire bon usage.
Mais cela ne sauvera pas le squat de l'inéluctable destin qui l'attend. D'autres forces sont en jeu, d'autres vecteurs sont en cours et mènent sa population directement à l'expulsion. Alors pourquoi ne pas laisser une trace de notre éphémère passage en tentant de le mettre par écrit ?
Pour qu'on se souvienne, pour faire jurisprudence, pour signaler que la lutte est partout et que la Résistance n'est pas un mot vain. Au nom de l'humain, rappeler à tout un chacun que ça vaut la peine de se battre.
Nous sommes une centaine de résident(e)s ici, au squat de la Révolution.
C'est une moyenne. Certain(e)s ont pu trouver meilleur logement et sont partis, aussitôt remplacés par d'autres. Il est constitué actuellement de 43 logements, où résident gratuitement des familles, des hommes et des femmes seul(e)s. Pas moins de trente enfants y habitent, tous scolarisés, et des bébés (le dernier en date à seulement quelques semaines).
La population du squat est issue de Guinée, d'Algérie, d'Albanie pour sa majorité, mais des ressortissants d'autres pays y sont également présents. Beaucoup ne remplissent pas les critères pour une légalisation de leur présence sur le sol français. Parmi eux (elles) des OQTF, des IRTF, des dubliné(e)s. Une poignée de Français(es) y résident comme moi de façon permanente.
Le squat de la Révolution a été ouvert pour faire face à l'évacuation imminente de notre précédent squat, appelé « squat du CRDP » situé lui, sur le campus de la fac de lettre à Limoges. La région Nouvelle-Aquitaine en étant le propriétaire, c'est par décision du tribunal Administratif que la police nationale a procédé à son expulsion début juin 2019, après un an d'existence. (TA Limoges 30 aout 2018 n°1801249). Certain(e)s migrant(e)s avaient déjà élu domicile au squat de la Révolution, tandis que les autres, « raflés » par la préfecture et mis dans un car ont été emmenés à 30km de là, à Saint-Junien, dans un ehpad désaffecté et obsolète, en échange d'un récépissé provisoire. Une majorité l'a obtenue, certains recalés sont revenus habiter ici, d'autres ont disparu de la circulation et nous sommes sans nouvelles.
J'ai assisté à l'expulsion. Je n'en avais jamais vécu. Çà a été un choc émotionnel. Pour mes enfants aussi, présents ce jour là.
Pour ma part, je m'appelle Matteo V. Je suis français « avec papiers », j'habite Limoges depuis toujours et je suis SDF depuis 2 ans suite à la faillite personnelle de mon entreprise. Endetté, je suis père de deux enfants, un garçon et une fille de 10 et 8 ans. Séparé de ma compagne depuis 5 ans, je lutte pour conserver ma garde partagée avec elle. J'habite au squat depuis son ouverture et participe activement à la vie quotidienne du lieu et à sa maintenance.
Les faits :
Nous sommes entrés au squat le 25 mai 2019. La société SPEED REHAB en est le propriétaire et a déposé plainte le 27 mai, prévenue par le préfet de la haute-vienne, Mr Seymour Morsy.
Le 11 juillet 2019, une descente de police plutôt musclée, conduite par Me Madot, huissier de justice procède a un contrôle des individus présents sur site. Les portes sont forcées et tout le monde est rassemblé au milieu de la cour, y compris mes enfants, en vacances avec moi. La police constate la présence de 44 occupants ainsi qu'une quinzaine d'enfants.
Le 09 septembre la société Speed Rehab, filiale du groupe d'investissement BROWNFIELDS GESTION, nous assigne au tribunal. L'audience est repoussée au 29 octobre 2019 car bon nombre d'entre nous n'a pas eu le temps de prendre un avocat pour leur défense.
Le site est une friche industrielle potentiellement polluée située en zone urbaine.
Un rapport du ministère de la transition écologique et solidaire sur l'état de pollution du site est rendu courant 2018. Il s'agit du document Basol 87.0009. document basol
L'historique du site y est expliqué: Sa construction remonte aux années 1900, il s'agit d'une ancienne usine à gaz démantelée dans les années 1930 puis utilisée comme bureaux et ateliers par EDF et GDF jusqu'en 2010, date où le site est laissé à l'abandon. Il appartient historiquement à EDF-GDF devenu ENGIE qui, on le sait, a fini par se faire absorber par le puissant groupe SUEZ.
En 2019 la société Speed Rehab en devient l'acquéreur. L'avocat des propriétaires s'axe sur ce rapport pour démontrer l'urgence sanitaire à laquelle nous sommes exposés en demeurant sur ce site. Sur la base de ce même document, nos avocates démontreront que l'urgence n'y est que partiellement constatée, et ne peut être un motif d'expulsion immédiate.
La juge du TGI de Limoges, Joëlle Canton, donne peu après son verdict. Elle déboute speed rehab de sa demande d'expulsion et octroie aux habitants du squat un délai jusqu'au 15 juillet 2020. Concernant la voie de fait, l'ordonnance s'exprime en ces termes : « (le tribunal) DIT que la preuve d'une voie de fait imputable aux occupants sans droit ni titre n'est pas rapportée ».
tentative d'intimidation :
Le 17 février 2020, des résidents repèrent deux ingénieurs en train de faire des prélèvements dans le sol sur une partie inusitée du site. Nous demandons à voir leur autorisation de travaux sur notre lieu d'habitation. L'ingénieur en chef, lâche le morceau : « Nous travaillons pour les propriétaires, vous, vous n'êtes pas chez vous, vous n'avez rien à dire. ». Puis il conclut : « de toute façon nous reviendrons demain avec une pelleteuse pour faire des prélèvements dans la cour principale ! »
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En effet, le lendemain, mardi 18 février, 8h du matin, une grosse pelleteuse commence à fracasser le bitume au pied d'un de nos bâtiments d'habitation et fait des trous un peu partout derrière un fragile cordon de sécurité. Ils nous expliquent qu'ils ont l'intention de faire de même sur l'ensemble des parties goudronnées du site. Ruinant ainsi les voies carrossables donnant accès aux différents bâtiments fréquentés par hommes femmes et enfants. L'alerte est donnée.
Plusieurs résidents et résidentes s'attroupent aux abords du chantier, consterné.es par ce qu'ils voient. Nos avocates sont appelées. A nouveau, nous leur demandons les autorisations qui justifient leur présence ici. En vain. Des sympathisants du squat sont appelés à leur tour pour nous prêter main forte. Bientôt, plusieurs dizaines de personnes sont présentes et font face aux « casseurs de squat », seulement séparés par la petite bandelette de sécurité en plastique.
Puis la pelleteuse enfonce profondément son godet près du mur d'enceinte. Une forte odeur de bitume et de pétrole se répand sur le squat. Nous qui avons pris grand soin de ne pas toucher au sol potentiellement pollué pour des raisons de sécurité, voilà que ce sont les propriétaires eux-même qui nous mettent en danger. Une discussion s'entame alors entre les résidents et l'ingénieur-chef. On lui explique que les bâtiments sont habités par des familles et des enfants, que les travaux mettent en péril le fragile équilibre qui règne ici, et qu'il se doit humainement d'en tenir compte. Il réalise alors où il se trouve, c'est à dire un lieu d'habitation où vivent une centaine de personnes et décide de lui-même l'arrêt du chantier. La tension retombe et fait place au soulagement quand vers midi, ils quittent définitivement les lieux sans heurts ni violence.
Nos avocates confirmerons par la suite qu'effectivement rien n'autorisaient les propriétaires à entrer dans les lieux pour y effectuer des travaux. Le référé du 29 octobre 2019 nous donnant un statut d'occupants légaux, autrement dit en tant que locataires : des droits !
Visite de la directrice de la cohésion sociale et de la protection des populations :
En pleine crise du covid-19, et pour la première fois depuis l'ouverture du squat, la préfecture, sous l'égide de Marie-Pierre Muller directrice départementale de la cohésion sociale et de protection des populations, cherche à nous joindre. Elle a quelque chose a proposer aux habitants. Des masques ? Des gels hydro-alcooliques ? Des papiers ?
Le jeudi 09 avril, sous un soleil de plombs, Mme Muller est invitée à une réunion extraordinaire des résidents dans la grande cours du squat pour s'expliquer. Elle propose à celles et ceux qui le souhaitent des logements temporaires, en l’occurrence des chambres d’hôtels en zone industrielle pour faire face à l'épidémie qui fait rage, jusqu'à la fin de l'état d'urgence. L'assemblée, une cinquantaine de personnes, l'écoute avec attention. Tous et toutes connaissent bien les rouages du 115 et des centres de jour pour y être déjà passé(e)s et qui les jettent à la rue du jour au lendemain sans autre recours. Tout le monde connaît les conditions d'hygiène déplorables des hôtels dans lesquels ils sont entassés la plupart du temps.
Son discours terminé, Mounir un des réfugiés se lève, vient se poster au milieu du grand cercle que nous formons, et face à elle se met à lire la lettre qu'il a écrit pour l'occasion.
« Madame,
Nous avons reçu votre mail concernant votre proposition de places exceptionnelles d'hébergement ouvertes pendant la crise sanitaire. Nous pensons que cette proposition n'est pas la meilleure solution pour nous, car nos conditions de vie dans ce lieu sont correctes.
Ce que nous demandons, c'est la régularisation de tous les occupants du squat, car cette régularisation est une question de vie ou de mort ! (…) Il est urgent de nous intégrer pour pouvoir bénéficier des même traitements que les citoyens français et pouvoir travailler.
Nous souffrons en silence parce que nous n'avons pas de papiers. Nous vous appelons à considérer notre situation humaine car nous ressentons également le danger pour nous et nos enfants. (...)Nous sommes des citoyens étrangers, individus et familles d'origine et de nationalités différentes qui vivons ici depuis des années.
Nous avons fusionner dans la société française, nos enfants sont nés ici, ils sont à l'école et nous sommes habitués à vivre ici. Nous savons que la France est un pays de droit, de fraternité et d'égalité et nous respectons aussi les valeurs et les symboles de la République.
Madame, comme votre poste l'indique, directrice de la cohésion sociale et protection des populations, nous espérons que notre message puisse arriver à votre hiérarchie dans l'espoir qu'elle prendra en considération notre situation. Il est vrai que nous sommes des étrangers mais en réalité nous sommes des êtres humains.»
Mounir retourne s'asseoir sous une salve d'applaudissements et confie un double de sa lettre à Mme Muller pour qu'elle la fasse parvenir à son supérieur hiérarchique, le préfet Seymour Morsy.
La réunion se poursuit dans le calme et beaucoup de personnes présentes ont l'opportunité de s'exprimer, de faire face à une représentante de l'état, avec courage et dignité, expliquant les contraintes et les difficultés d'être un ou une « sans-papier », du désir d'avoir une vie normale et ne plus vivre dans la peur au quotidien.
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Certains rappellent à Mme Muller ce que cela implique de vivre ainsi, caché, coincé, dans l'impossibilité de travailler et de vivre au crochet de l'aide humanitaire alors qu'ils pourraient gagner leur vie eux-même, nourrir leur famille, se trouver eux-même un logement.
La directrice de la cohésion sociale écoute chaque doléance avec patience durant cette réunion, mais ne cessera de préciser la phrase fétiche de tout bon représentant de toute chose «j'entends bien, mais cela n'est pas de mon ressort ! ».
Non, vraiment ?
Un peu si quand même! Car lors de l'expulsion du squat du crdp en juin 2019, c'est tout de même elle qui coordonnera la prise en charge des migrants dans l'ancien Ehpad de Saint-Junien ce qui créera un vrai état d'urgence quand du jour au lendemain, plus de 50 personnes débarqueront là-bas sans rien pour se nourrir. La croix rouge dépêchée en urgence sur place ce jour là, débordée, le reconnaîtra elle-même lors d'une interview sur France 3 limoges.
Est-ce un bis repetita qui s'annonce au 15 juillet 2020 à l'échéance du délai octroyé par le TGI de Limoges pour le squat de la Révolution et sa population ? C'est à craindre.
Pour ses un an d'existence, le squat offre des masques à la préfecture :
Le 25 mai 2020, 11 heures une trentaine de résident(e)s se présente devant la préfecture avec banderoles et enfants pour offrir cinquante masques confectionnés par l'atelier couture du squat, symboliquement, afin d'affirmer leur existence. Cette initiative tente d'alerter à nouveau le préfet sur la demande de régularisation de tous les habitants.
Une deuxième lettre est donnée à Mr Curé en charge de l'immigration à l'intention du préfet qui n'a jusque là pas donné suite à la première lettre. Des journalistes sont présents sur place:
Article du Populaire datant du 26 mai 2020
Vidéo réalisée par zone libre, journal indépendant: 50 masques pour cent papiers
Le lendemain le préfet réagit enfin et envoie le courriel qui suit sur la boite mail du squat. Il s'adresse vraisemblablement aux personnes venants en aide aux migrants :
« Mesdames, Messieurs, Comme nous avons su trouver un chemin vertueux pour celles et ceux qui étaient hébergés dans un autre lieu, j'ai été amené à vous proposer de traiter le mieux possible la situation de celles et ceux qui ont une position stabilisable.
Vous n'avez pas souhaité donner suite à ma proposition installant, hélas trop durablement, dans la précarité, certaines personnes.(…) Aussi une fois encore, j'espère pouvoir compter sur votre coopération au profit de celles et ceux que vous abritez.
Je vous prie d'agréer, Mesdames, Messieurs, l'expression de ma considération distinguée. Seymour Morsy. »
Le préfet ne lésine pas sur la métaphore, considérant l'expulsion sommaire du squat du CRDP et l'ehpad de Saint-Junien comme un chemin vertueux.
Il n'hésite pas non plus à juger celles et ceux qui se battent pour que les habitant(e)s du squat puissent vivre dignement et aient en permanence un toit sur la tête, en leur reprochant de laisser trop durablement, dans la précarité, certaines personnes.
On pourrait cordialement lui rendre la pareille, mais il serait malvenu ici de froisser notre aimable préfet aux intentions si charitables envers les réfugié(e)s hébergé(e)s ici...
Enfin, il compte une fois encore sur notre coopération pour que l'expulsion se fasse sans opposition de notre part comme cela a été le cas, hélas, pour le squat du crdp. Il est vrai que c'est mieux de ne pas résister aux forces de l'ordre quand elles défoncent votre porte à six heures du matin.
Après ce bref mais concis courrier, on peut raisonnablement penser qu'une nouvelle rafle s'organise dans les bureaux de la préfecture ! Merci monsieur le préfet pour votre retour.
A un mois de l'expulsion :
Je profite de cette tribune pour lancer un appel à celles et ceux qui ont des connaissances juridiques en la matière ou d'un(e) avocat(e) militant(e) qui serait prêt(e) à nous défendre!
Pour faire face à la crise du covid-19, le gouvernement a repoussé la date de la trêve hivernale au 31 mai, puis au 10 juillet 2020. Nous, par un référé datant du 29 octobre 2019, notre échéance expire le 15 juillet 2020. A ce jour nous n'avons encore reçu aucun commandement de quitter les lieux.
D'après le guide juridique du GISTI, il ne pourra être délivré par huissier de justice qu'à compter de cette date. (expulsions de terrain et de squat : sans titre mais pas sans droits, bas de page 33): «Si la décision de justice prononçant l'expulsion a accordé des délais supplémentaires aux habitant(e)s (distincts du délai de 2 mois du commandement quitter les lieux), le commandement de quitter les lieux ne pourra être délivré aux habitant(e)s qu'à l'issue de ces délais. »
Nous, nous avons eu de la part du TGI une prolongation de 3 mois et demi (15 juillet) à compter de la fin de la trêve hivernale. (31 mars). Malheureusement j'ai beau épluché les textes de loi, je ne vois cette mention inscrite nulle part. Pouvons-nous légitimement prétendre à ces deux mois supplémentaires pour quitter les lieux ?
Autres questions préoccupantes, en étudiant les textes, je comprends que si les propriétaires nous relogent cela pourrait réduire voire supprimer ce délai légal de deux mois. Sachant que la préfecture semble prête à nous évacuer comme elle l'a fait avec notre ancien squat, la préfecture a t-elle le droit de nous évacuer durant la période du 15 juillet au 15 septembre ? Peut-elle se substituer à un propriétaire privé pour nous reloger ? Peut-elle procéder à l'expulsion à n'importe quel moment sans nous avertir ?
Par l'ordonnance du référé du 29 octobre 2019 nous sommes déboutés de la demande de prorogation d'un mois du délai légal de deux mois après commandement de quitter les lieux. Est-ce que cela signifie que nous ne pouvons plus saisir le juge d’exécution de Limoges en dernier recours ?
Si cela ne change rien pour notre expulsion programmée, Que pouvons-nous faire pour retarder son exécution ?
Le guide du GISTI fait mention d'une opposition de tierce personne, je ne peux moi-même y prétendre car j'ai été jugé par l'audience du 29 octobre 2019, mais environ 40% de la population qui ont le squat comme résidence principale n'ont pas été convoqué(e)s. Une telle procédure est-elle encore envisageable ?
Merci par avance, pour toute information qui nous permettrait de mieux faire face au péril qui nous menace. Pour plus d'informations, France 3 Limoges, Le populaire, et « feu » le journal de l’écho du centre ont régulièrement suivi nos actualités depuis deux ans.
Mots clés : squat de la Révolution Limoges , squat du crdp Limoges. Exemple d'article paru le 24 aout 2019, la photo a été prise le 11 juillet 2019, lors de la perquisition de la police dans le squat : Le populaire. une centaine de personnes menacées d'expulsion
Pour finir, quelques mots sur les propriétaires :
En 2019 la société Speed Rehab en devient le propriétaire. Après quelques recherches sur le web, il s'avère que cette société fantôme a pour direction général BROWNFIELDS GESTION. (société.com )
Patrick Viterbo, le directeur général de cette société d'investissement spécialisée dans la dépollution quand à lui, n'est autre que l'ancien président directeur général de TERIS la filiale du traitement des déchets industriels et de la dépollution des sols de SUEZ, de 1999 à 2004.Coïncidence, sans doute...agefi.fr Brownfields installe un nouveau métier
Poussant un peu plus loin les recherches, il s'avère que le 05 février 2019 un accord de vente est signé entre ENGIE, détenteur des lots, et BROWNFIELDS GESTIONS en partenariat avec VINCI IMMOBILIER, pour un montant qui reste à ce jour inconnu. Le premier cède une cinquantaine d'usines à gaz du même type partout en France, et les deux autres se partagent le butin, l'un en dépolluant, l'autre en éco-construisant.
Les trois sociétés se congratulent mutuellement sur leurs sites internet réciproques. Vinci immobilier.com. Brownfields et Vinci acquièrent auprès d'Engie une cinquantaine de site à reconvertir
Un filon ! selon Patrick Viterbo qui n'hésite pas à parler de marges bénéficiaires allant de 10 à 15% lors de la revente des produits finis aux collectivités. Le tout sur fond de financement de la banque européenne d'investissement et de la caisse des dépôts qui ont débloqué à elles seules 80 millions d'euros pour cet éco-projet de réhabilitation responsable. boursorama.com Brownfields vise 250 millions pour son 3eme fond de réhabilitation
Quant au groupe SUEZ, bien que n'apparaissant sur aucune ligne des contrats, on peut tout de même penser qu'il ne perd pas au change, puisqu'il a toujours la main sur ENGIE et qu'il n'a pas complétement couper les ponts avec son ancien PDG de filiale Patrick Viterbo à en croire son site internet dédié à la dépollution: suez remédiation.com.
En effet, si un de « vos besoins » pressants de « reconquérir des friches urbaines industrielles pour des projets immobiliers » vous grattouille subitement, suez remédiation.com à des solutions juridiques et techniques « clé en main » rien que pour vous. Pour cela, rien de plus simple, il suffit de vous rendre au bas de sa page web et d'un simple clic, accéder à la rubrique intitulée sobrement « brownfields ». https://www.suezremediation.com/fr/vos-besoins/brownfields
Ici au squat de la Révolution, nous sommes cent petits poucets entrés dans la maison non pas de un, mais de deux géants. Avant qu'ils ne se mettent à table nous leur préparons un bon plat de résistance.
Matteo V.
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