MATTHIEU LEPINE
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Billet de blog 8 janv. 2013

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Gilbert Collard, un député au service du nationalisme, du capitalisme, de la réaction, bref du Front national

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Élu député en juin dernier, le très médiatique Gilbert Collard est devenu l’une des figures de proue de l’extrême droite française. Bien qu’il s’en défende parfois, son discours politique est à l’unisson avec celui du Front national et de sa présidente Marine Le Pen.  Il se présente d’ailleurs lui-même comme un « mariniste », siégeant au Palais Bourbon pour « défendre les idées » de la députée européenne. Il explique par ailleurs, que « le Front, c’est Marine ! » et qu’il n’aurait « aucune difficulté » à y prendre sa carte… Au-delà des déclarations, ce sont les idées qu’il défend quotidiennement sur son blog et son action en tant que député qui font de lui le nouveau porte-voix de l’extrême droite. Nationalisme, préférence nationale, conservatisme, défense du capital, tout y est…

Un discours nationaliste : « J’ai toujours soutenu des idées souverainistes et nationalistes »

Vous avez des questions, comme le Front national, Gilbert Collard a une réponse : tout ça c’est la faute des immigrés. Plus que jamais, dans son discours l’immigré est le bouc-émissaire, celui que l’on montre du doigt, celui sur qui on rejette toujours la faute, celui que l’on accuse d’être responsable de tous nos maux, le « fardeau » de la société. Tout le monde  se souvient de ce slogan du FN « 3 millions de chômeurs, c’est 3 millions d’immigrés en trop ! ». Avec Gilbert Collard, la rengaine est la même : « La France compte aujourd’hui trois millions de chômeurs (…), dans ce contexte, il serait incongru d’alléger le coût de la délivrance ou du renouvellement des titres de séjour des travailleurs immigrés¹», « à l’heure des économies de bouts de chandelle, on donne aux clandestins plutôt qu’aux français ».

Dans son discours, les immigrés sont aussi accusés de vouloir imposer leur mode de vie dans un pays qui je cite « n’est pas le leur! ».  Pour le député « mariniste » le peuple français n’a aujourd’hui qu’une envie «se sentir encore un peu, connement, chez soi! » car « on a le droit de ne pas vouloir changer de mode de vie ». Lorsqu’en octobre dernier des militants de Génération identitaire voulant dénoncer «l’islamisation de la France» ont occupé une mosquée à Poitiers en scandant « Reconquista »², Gilbert Collard a estimé qu’« il faudrait être aveugle pour ne pas les comprendre » ajoutant être « désolé » de ne pas pouvoir les défendre devant la justice du fait de son mandat de député.

Rien d’étonnant donc de le voir s’opposer au droit de vote des étrangers non communautaires pour les élections locales. « S’ils veulent entrer dans le tissu de la nation, pourquoi n’adhèrent-ils pas à la Nation en y prenant la nationalité? ». D’après-lui le droit de vote serait lié à la nationalité. Pourtant à aucun moment il ne s’oppose au droit de vote des ressortissants de l’Union Européenne pour ces mêmes élections locales. Que doit-on en conclure ? A cela viennent s’ajouter l’opposition à la double nationalité ou encore la défense de la double peine pour les étrangers condamnés…

«J’ai toujours été pour la préférence nationale». Quoi donc de plus logique, que de voir Gilbert Collard soutenir activement la préférence nationale à l’Assemblée. Dès le mois de juin il se manifestait à ce sujet en qualifiant d’ « absurdité » l’abrogation de la circulaire Guéant sur les étudiants étrangers. En Juillet, il déposait avec Marion Maréchal-Le Pen un amendement pour faire supprimer l’Aide médicale d’Etat (AME),  pour les étrangers en situation irrégulière les plus démunis. En Septembre, il proposait que  les logements sociaux soient attribués en priorité aux français. Ce même mois, il déposait un autre amendement afin que « l’emploi d’avenir s’adresse en priorité aux jeunes de nationalité française » car «c’est eux qui vont consentir les sacrifices nécessaires ». Un argument fallacieux, puisque chacun sait que toute personne résidant et/ou travaillant en France paye des impôts.

A travers ces différents exemples, on se rend rapidement compte que le député soutenu par le Front national consacre une grande partie de son temps et de son action à rendre la vie toujours plus difficile aux étrangers plutôt que de s’occuper des problèmes que rencontrent réellement la France.

Un discours au service du capital : « Les « Pigeons » ont eu parfaitement raison d’agir »

Comme le Front national, Gilbert Collard se présente souvent comme le représentant de ceux qui souffrent. On aurait donc pu penser qu’il se battrait pour une meilleure redistribution des richesses ou encore pour une croissance des dépenses en matière de protection sociale ou de santé. Mais la réalité des faits est bien différente. Il a soutenu le mouvement des autoproclamés « Pigeons » en déclarant notamment qu’ils avaient « parfaitement raison d’agir » et en déposant un amendement en ce sens.

Pourtant, ce groupe « d’entrepreneurs » ne se bat pas pour pouvoir embaucher davantage d’employés ou pour pouvoir augmenter leurs salaires, mais tout simplement pour échapper au nouveau taux d’imposition sur les plus-values lors de la vente de sociétés, prévue dans la loi de finance 2013. Soutenir ce mouvement c’est donc soutenir la spéculation sur la vente des sociétés. Les « Pigeons » remettent par ailleurs en cause l’alignement de l’imposition des revenus du capital sur ceux du travail et encouragent la réduction des dépenses publiques. Peut-on donc sérieusement être à la fois « dévoué » à la cause des « Pigeons » et à celle des français qui triment chaque jour un peu plus ?

L’exilé fiscal le plus célèbre de France a lui aussi reçu le soutien de Gilbert Collard. Pour l’avocat marseillais, Gérard Depardieu « a raison » de s’opposer à la fiscalité française concernant les plus hauts revenus car elle s’apparente selon lui à une « guillotine fiscale ».  Il préfère donner du crédit à la complainte des plus riches plutôt que de s’offusquer face aux sommes indécentes qu’ils accumulent ! D’après-lui, un pays sans riches « est un pays perdu ». Mais M. Collard, ce sont les travailleurs qui créent les richesses ! Que serait donc la France sans eux ? A l’heure où 8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté et plus de 4,5 millions recherchent un emploi, le député « mariniste » et le Front national prennent à l’évidence fait et cause pour les plus fortunés.

Un discours réactionnaire : « Il serait temps que les catholiques de France se réveillent »

Comme Marine Le Pen, Gilbert Collard prétend vouloir défendre la laïcité. Cependant, comme elle, il est en réalité partisan d’une laïcité à géométrie variable. En effet sa position sur ce sujet s’apparente davantage à celle de Paul-Marie Coûteaux, souverainiste allié au Front national, qui prône « la préférence chrétienne », qu’à celle de Jean Jaurès.

D’après-lui, « trop de crachats impunis ont depuis des années souillé d’humiliations notre histoire », quoi de plus normal que le peuple français « cherche à faire respecter son héritage judéo-chrétien ». A chaque polémique autour de l’islam (parfois montée de toute pièce par le FN), le député « mariniste » demande le respect de la laïcité. Cependant lorsqu’il s’agit de l’Eglise catholique il en appelle à la prétendue « culture chrétienne »  de la France ou à un hypothétique «enracinement chrétien » dans notre pays, pour justifier les contournements du principe de neutralité. Le député Collard se pare du visage de la laïcité, mais personne ne se fait illusion sur ses intentions.

Sa vision rétrograde de la société se manifeste aussi dans son positionnement sur le mariage pour tous. Il a tous simplement proposé de faire inscrire dès le 1er article de la Constitution « le mariage consacre l’union d’un homme et d’une femme » ! D’après-lui « la famille naturelle doit rester la pierre angulaire de notre société », « les traditions » et « les religions » « reconnaissent depuis des millénaires » le mariage entre un homme et une femme pour « le seul intérêt de l’enfant ». Christine Boutin n’aurait pas dit mieux !

Fin 2011, Gilbert Collard déclarait « on peut rejoindre Marine Le Pen sans pour autant épouser les idées du Front national ». Il a finalement décidé de faire les deux, son activité parlementaire depuis 7 mois en atteste. Sa non appartenance au FN lui donne l’illusion de la liberté, mais en réalité, tant sur le plan politique, qu’idéologique, il lui est complètement affidé. Il disait voir en Jean-Marie Le Pen « l’image d’un père », nul doute que celui-ci se félicite aujourd’hui de le voir porter de nouveau le flambeau de l’extrême droite sur les bancs de l’Assemblée.

¹Amendement n°I-25 sur le projet de loi de finances pour 2013

² En référence à la reconquête de la péninsule Ibérique, devenue quasiment entièrement musulmane au VIIIe siècle, par les royaumes catholiques du nord.

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