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Billet de blog 22 déc. 2012

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Comme Le Pen, Cahuzac et le PS refusent le débat avec Mélenchon

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D’après Jérôme Cahuzac, « Mélenchon est d’une certaine manière à gauche ce que Marine Le Pen est à droite¹». On aurait aimé que le ministre du Budget ait le courage de réitérer ses propos face à l’intéressé. Malheureusement, il a préféré se défiler et a annulé sa participation au débat prévu ce lundi sur France 2 avec le co-président du Parti de gauche. Suite à cette défection, pas moins de quatre ministres ont été approchés pour venir soutenir la position du gouvernement, mais tous ont refusé. Il y a deux semaines pourtant, Manuel Valls, ministre de l’intérieur, acceptait de débattre face à Marine Le Pen dans Des paroles et des actes…             

"Je ne débattrai pas avec M. Mélenchon²"

Au fond, le désistement de Jérôme Cahuzac et des membres du gouvernement n’a rien de très surprenant. Souvenons-nous de l’attitude adoptée par le candidat Hollande durant la campagne présidentielle. Il a toujours refusé le débat public proposé par Jean-Luc Mélenchon, déclarant notamment «je ne veux pas être dans une situation ou nous aurions à montrer nos divergences³ ». Un discours qui avait profondément surpris, quelques semaines après des primaires socialistes qui, rappelons-le, étaient ouvertes à l’ensemble des formations de la gauche !

De son coté, le candidat du Front de gauche expliquait à l’époque, « j’aimerais, que ceux qui veulent se mobiliser pour notre pays à gauche puissent être complètement saisis des données du problème, qu’ils sachent ce qui est en cause. Ce ne sont pas nos personnes, la couleur de nos cravates, ni la qualité de nos costumes, ni le poids que nous pesons. C’est le fond : quelles propositions fait-on pour tirer le pays de l’impasse dans laquelle il est ?4».

Malheureusement, le Parti socialiste ne partage pas cette vision du débat démocratique et préfère fuir Jean-Luc Mélenchon plutôt que de lui faire face. Une attitude de défiance qui n’est cependant pas l’apanage du PS ou du gouvernement.

« Ce débat n’a pas de sens », « je ne débattrai pas avec M. Mélenchon », ce n’est « pas un vrai candidat »,  « il n’existe pas ». Qui a oublié ces propos tenus par Marine Le Pen sur le plateau de Des paroles et des actes durant la campagne présidentielle, alors que le candidat du Front de gauche se tenait face à elle, prêt à lui apporter la contradiction. La présidente du Front nationale s’était offusquée qu’on lui impose « de force cet adversaire ». Mais depuis quand choisit-on ses adversaires en démocratie ? Que faut-il donc pour qu’au PS comme au FN on accepte de débattre publiquement avec le co-président du Parti de gauche ? Que celui-ci soit bâillonné, réduit au silence ? Hollande, Le Pen, Cahuzac, combien d’autres encore vont se défiler ?

Mais de quoi ont-ils si peur ?

« Dès qu’elle tombe sur quelqu’un qui lui montre que ses argumentaires sont faux, elle regarde ses papiers comme elle est en train de le faire, elle regarde ailleurs car elle a peur ». Pour Jean-Luc Mélenchon, ce refus de débattre, cette attitude méprisante qu’entretiennent certains politiques face à lui, dénote purement et simplement la faiblesse de leur argumentaire. Plutôt déserter que faire face à la contradiction, voilà une manière de faire de la politique qui n’a rien de très rassurant. C’est pourtant ce que se sont dit les différents membres du gouvernement qui ont décliné l’invitation pour l’émission d’Yves Calvi.

Comment continuer à faire illusion lorsque l’on se retrouve dans une impasse et que l’on refuse de mettre en place les solutions concrètes que nous apporte celui qui nous fait face. Car si Jean-Luc Mélenchon est un redoutable débatteur c’est avant tout parce qu’il est le porteur d’un programme solide, celui du Front de gauche, l’Humain d’abord.  Un gouvernement qui a déjà capitulé face à Mittal, aux patrons pigeons, au Medef et au capitalisme vorace qu’ils incarnent, a finalement raison d’avoir peur pour sa crédibilité s’il se retrouve face à un représentant de la gauche radicale. Car il se retrouverait rapidement à devoir justifier sa politique et donc à justifier l’injustifiable lorsque l’on se dit de gauche et socialiste.

Si le Front de gauche fait peur au gouvernement, c’est parce que ses solutions, à l’inverse de la politique mise en place actuellement, vont dans le sens de l’intérêt général et satisfont donc une grande partie des français.  La « hausse » ridicule du Smic, la remise en cause des 35 heures, la convergence avec la politique du gouvernement précédent sur la question des retraites, comment peut-on être de gauche et justifier cela lorsque l’on se retrouve face à quelqu’un qui vous prouve que, le Smic à 1700 euros, les 35 heures effectives et la retraite à 60 ans à taux plein, sont possibles.

Une attitude méprisable et peu respectueuse envers les français

Une chose est sure cette attitude anti-démocratique qu’ont adopté le PS comme le FN à l’égard de Jean-Luc Mélenchon et qui consiste à dire, « cette adversaire politique ne me plait pas, je refuse de débattre avec lui » est à bien des égards méprisable. Elle démontre non seulement un manque de courage manifeste de leur part, mais surtout un manque de respect envers les français, car elle les prive d’un débat d’idée, qui en temps de crise, n’est pas sans enjeux.

¹Public Sénat, 4 octobre 2012

²Marine Le Pen, Des paroles et des actes, France 2, 23 février 2012

³Le Point.fr, 17 octobre 2011

4 France inter, 6 décembre 2011

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