MATTHIEU LEPINE
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Billet de blog 30 janv. 2013

Mais pourquoi le PS a-t-il si peur de Mélenchon ?

MATTHIEU LEPINE
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Jean-Luc Mélenchon est particulièrement connu pour avoir été le candidat du Front de gauche lors des dernières élections présidentielles. Il est cependant aussi avec Martine Billard, co-président du Parti de gauche. Le PG, qui s’identifie à travers le triptyque écologie, socialisme et République, est né le 29 novembre 2008. Il compte aujourd’hui plus de 12 000 adhérents, c’est donc une jeune et modeste formation politique. Pourtant depuis plusieurs semaines, il est devenu la cible d’attaques répétées venant du parti majoritaire, le Parti socialiste. Le PS est créé en 1969 suite à la disparition de la SFIO (fondée en 1905). Il est aujourd’hui à la tête de l’Etat, majoritaire à l’Assemblée comme au Sénat, dirige une grande partie des Régions et des grandes villes et la majorité des Départements. Avec plus de 174.000 adhérents, il représente la deuxième formation politique du pays sur le plan des forces militantes. Face au Parti de gauche il fait donc à l’évidence office de géant. Pourtant la répétition des attaques menées par ses instances dirigeantes à l’encontre de Jean-Luc Mélenchon depuis plusieurs semaines et sa volonté d’ostraciser le Parti de gauche et ses militants démontre sinon une crainte, un véritable malaise vis-à-vis de ce jeune parti.

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Mélenchon, l’ennemi public N°1

Depuis plusieurs semaines, l’ensemble de l’appareil socialiste est en ordre de bataille. Il multiplie les attaques à l’encontre du co-président du Parti de gauche et en devient même parfois méprisant et menaçant. L’argumentaire est simple, faire passer Mélenchon pour un homme esseulé, dangereux, en dehors des réalités, afin de réduire à néant tout son argumentaire et de pouvoir poursuivre sans encombres le virage social-libéral au sein du PS.

Ainsi, de Hamon à Désir, chacun y va de sa petite phrase. « Vous êtes un homme seul, M. Mélenchon » (Jérôme Cahuzac), « Mélenchon ne sert pas à grand chose » (Benoit Hamon), « Mélenchon est devenu le pyromane de la gauche française » (Luc Carvounas), « Jean-Luc Mélenchon devrait changer de ton » (Harlem Désir), «  Jean-Luc Mélenchon dépasse les bornes! » (Luc Carvounas), il s’échappe «vers les sommets de la démagogie et du populisme» (Luc Carvounas),  adopte une stratégie «assez personnelle» (David Assouline), invente chaque jour une formule « pour exister » (Alain Vidalies)…

Tout est bon pour tenter d’affaiblir et d’isoler l’ancien candidat du Front de gauche à la présidentielle.

Le PS ne supporte plus d’être critiqué sur sa gauche

« Ce clip est  de mauvaise foi, mensonger et caricatural : il est une faute contre la gauche », telle avait été la réaction d’Harlem Désir suite au clip réalisé par le Parti communiste dans lequel les contradictions du président de la République étaient pointées du doigt. Pour le nouveau Premier secrétaire du PS la critique, même constructive, n’est pas possible à gauche.

On retrouve cette attitude dans sa volonté de mettre l’aile gauche du PS au ban du parti. En effet, suite à la nomination de Désir, l’équipe dirigeante du parti majoritaire a été remodelée. Cependant, aucun membre de l’aile gauche (Maurel, Lienemann, Guedj…) n’a été intégré au secrétariat national. En effet, d’après Emmanuel Maurel, la nouvelle direction du parti ne leur proposait que « des postes gadgets ».

Depuis plusieurs semaines, l’aile gauche du PS tente de maintenir la tête en dehors de l’eau, en soutenant la nationalisation de Florange ou en dénonçant l’accord sur l’emploi. Cependant ces prises de position resteront sans incidences, tant que ceux qui les prononcent se tiendront figés au sein du PS…

Critiqué sur sa gauche, le PS est aujourd’hui obligé de s’auto-congratuler. En témoigne, la lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon écrite par Jean-Christophe Cambadélis dans lequel ce dernier explique, « nous attendons un satisfecit qui ne vient jamais ». Mais que nous demande-t-il d’applaudir ? L’objectif de « 150 000 logements sociaux » à construire par an. On demande à voir. « Le relèvement de 20 à 25 % du seuil minimal de logements sociaux ». Tant que les communes les plus riches pourront se permettre de contourner la loi en payant des amendes… « La hausse du SMIC ». Est-ce sérieux, que de demander à une formation qui soutient la mise en place d’un SMIC à 1700 euros d’applaudir la hausse ridicule consenti par le gouvernement (+ 3 centimes de l’heure, soit la plus faible hausse de l’histoire) !

Diviser pour mieux régner à gauche

L’objectif du PS est aujourd’hui clair, le Front de gauche doit disparaitre. Pour cela la tactique est simple, il fait tout pour opposer le Parti communiste au Parti de gauche. Dès le début de ses prises de fonction, Harlem Désir avait montré la voie en recevant tous les partenaires de gauche du PS (PRG, PCF, EELV, MRC), sauf le parti de Jean-Luc Mélenchon.

Depuis les attaques s’enchainent. Ainsi David Assouline porte-parole du PS, se permet d’opposer la « stratégie » du PG à celle du PCF. La stratégie de Mélenchon, « ce n’est pas la stratégie du PCF ». Christophe Borgel, chargé des élections se permet de déclarer,   »pour les municipales, je crois qu’ils (les communistes) vont s’émanciper de Jean-Luc Mélenchon ». Le sénateur Luc Carvounas, secrétaire national du PS aux relations extérieures ose quant à lui demander au PCF de se « désolidariser » du Parti de gauche…

Avec l’arrivée des élections municipales, le PS se fait même menaçant. En effet, une circulaire va être envoyée aux cadres locaux du parti leur demandant de respecter la ligne érigée par le secrétariat national : « pas d’accords en vue des municipales avec les partenaires de gauche tant qu’ils n’ont pas clarifié leur ligne ». Traduction, pas d’alliance possible avec ceux qui ne jurent pas fidélité au PS. Ce chantage intolérable vise tout particulièrement le PCF dont l’opposition au gouvernement au Sénat sur certains textes ne passe toujours pas du coté de la Rue de Solferino.

Alors que Hollande et Ayrault battent des records d’impopularité, que l’action du gouvernement ne cesse de décevoir les électeurs de gauche et que les prochaines échéances électorales, élections municipales et européennes (scrutin majoritaire à un tour) approchent, le PS semble se crisper. Il craint de perdre son hégémonie sur la gauche. En réalité, ses attaques répétées contre Parti de gauche et Jean-Luc Mélenchon sont dirigées ver le Front de gauche et ses 4 millions d’électeurs.

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