Appel de Skópelos pour faire gagner la démocratie aux municipales

Que nous le voulions ou non, il faut faire preuve de pragmatisme, comme ils disent, pour faire progresser la démocratie et entamer une reconquête, par nous toutes et tous, des institutions républicaines.

L’Appel de Skópelos

Pour faire gagner la démocratie aux municipales de 2020

Frères et sœurs démocrates ! 

Vous qui croyez sincèrement au gouvernement du peuple, pour le peuple, par le peuple,

Vous qui détestez le pouvoir d’un seul au service des riches,

Vous qu’horrifie l’égoïsme des opulents, exploitant leur prochain et saignant la planète à blanc pour se remplir bêtement les poches,

Je vous écris du bord de la mer bleue de Grèce, là où s’épanouirent les idées auxquelles nous vouons nos efforts.

Il y a 2 500 ans, à Athènes et dans d’autres Cités, pauvres et riches, savetiers et propriétaires, pêcheurs, guerriers, potiers, décidaient en commun de leur destin.

Réunis par milliers sur les places publiques, ils bâtirent des Villes redoutables, cultivèrent des terres arides, développèrent les sciences, les lettres et les arts comme personne, inventèrent des dieux glorieux et immortels, dont aujourd'hui encore nous connaissons par cœur les histoires, se défendirent, attaquèrent, ne furent pas des saints, mais des hommes libres.

C’est vrai : les femmes ne participaient pas au pouvoir politique, ni les esclaves, ni les métèques,encore que les choses furent bien plus compliqué qu'on ne le dit souvent. Mais la démocratie réelle connut sous ces cieux une vigueur jamais retrouvée depuis.

D’ici, l’idée d’égalité civique s’en alla inspirer le reste du monde.

A Rome, conquérante de la Grèce, mais conquise, en retour, par sa culture splendide, se répandit le récit invraisemblable de la démocratie.

Dans les ports, les marins de l’Attique narraient l’histoire de guerres menées et de tyrans abattus pour la démocratie, épopées incroyables pour ceux qui vivaient là où régnaient des aristocrates sûrs de leur bon droit.

Dans la nuit féodale, l’idéal de la démocratie authentique a survécu à l’abri de certains villages de l’Europe médiévale, loin du joug royal, dans ces communautés rurales où tout se décidait collectivement. 

L’idéal chemina jusqu’à nous dans l’espérance des femmes et des hommes de bonne volonté, où jamais l’exemple grec ne fut oublié.

Les Révolutionnaires de France, des États-Unis et d’ailleurs, l’eurent à l’esprit—souvent, hélas, pour finir par le travestir, comme avant eux les Romains de l’Antiquité, en gouvernement des élites, qu’on rêva, cependant, les plus vertueuses possible.

Dans notre pays, les artisans de 1789, de 1792, de 1848, de la Commune de 1871, voulurent le réveil triomphant de l’égalité civique, plaçant entre les mains de chacune et chacun une part réelle de la souveraineté.

On tomba sous les balles impitoyables de dominants ivres d’eux-mêmes, dont nos dirigeants actuels, couvrant d’une voix flûtée les violences policières, sont bien les dignes héritiers.

L’idée démocratique, l’oligarchie haineuse n’a jamais cessé de la combattre.

C’est elle, la détestable oligarchie, qui, aujourd’hui encore, nous impose ses piteuses monarchies électives partout sur la surface du globe, injuriant le nom magnifique de démocratie en l’usurpant, et le revendiquant depuis ses palais, ses yachts, ses comptes cachés, ses dîners mondains à nos frais soi-disant dans notre intérêt !

Mais, Nuit Debout, Gilets Jaunes, mouvements citoyens, presse indépendante : voilà que la liberté civique s’est réveillée ! Occupy Wall Street, Printemps arabes, Y’en a Marre, Printemps Erable, Hong-Kong, voilà que partout dans le monde on réclame un pouvoir plus horizontal, la fin des rois profiteurs, des rois tout court !

Voilà qu’on commence à envisager autre chose qu’une équipe s’emparant du pouvoir et l’exerçant au nom de toutes et tous mais en réalité pour le compte des dominants !

Voilà que l’idée de démocratie authentique, qui veut la participation de tous à la vie politique, se fraye un chemin dans les consciences, dans les combats, dans l’imagination d’institutions et de pratiques nouvelles !

Voilà qu’enfin l’exaspération a trouvé le chemin de la révolte légitime et de l’alternative. 

Nous ne voulons plus d’un souverain élu parmi les élites sociales, ni de sa Cour de Ministres et d’éditorialistes aux ordres, répétant à tue-tête qu’il y a trop d’État, trop de libertés, pas assez de richesses à se partager entre grands de ce monde !

Nous ne voulons plus de politiques professionnels appointés par de froids seigneurs, ne laissant de choix à l’électrice et à l’électeur qu’entre le moins pire d’entre ces chargés d’affaire des dominants que sont nos représentants !

Pendant des mois, les gilets jaunes ont porté la revendication de l’égalité politique avec une  ardeur et une efficacité extraordinaires.

Conspués, menacés, tabassés, mutilés, ils ont pourtant redoré le blason du pays des droits de l’Homme, lui faisant retrouver son rang aux yeux de ceux qui, dans le monde, refusent de baisser les bras, se tiennent debout, fixent l’horizon avec fierté—comme nos frères et sœurs de Grèce, qui ici m’ont parlé de la France des gilets jaunes avec émotion.

Ce soulèvement n’a pas mis fin à l’injustice drapée dans l’iniquité d’un suffrage universel où les dominants croient pouvoir trouver le moyen de nous faire taire.

Écoutons-les : « Les Françaises et les Français placent les inégalités au premier rang de leurs préoccupations ? Qu’ils se taisent, ils ont voté pour nous, qui supprimons l’ISF, qui soulageons l’impôt des rentiers, qui rabotons l’aide personnalisée au logement pour les plus modestes, qui favorisons l’entre soi scolaire, qui retardons l’âge de départ à la retraite, qui soldons le patrimoine national au profit de nos amis richissimes, et ce n’est pas fini ! Quoi ? Les Françaises et les Français veulent qu’on lutte contre le réchauffement climatique ? Qu’ils se taisent, ils ont voté pour nous, qui soutenons l’industrie pollueuse, qui ratifions des traités de libre-échange en dépit de la nécessité, écologique et économique, des circuits-courts, qui facilitons la destruction des terres agricoles au nom de notre valeur fondamentale : l’argent, l’argent, l’argent ! Cet argent qui nous a imposés, nous les serviteurs des riches, parce que les élections coûtent une fortune, parce que les grands patrons de presse sont de notre côté et ont fait campagne pour nous, comme seule alternative au désastre, encore plus grand, du Rassemblement National, forçant par là-même la main des votantes et votants. Mais peu importe : ils ont voté pour nous, alors, silence !»

Si nous nous taisons, ils continueront d’assécher les dépenses publiques, de faire grandir les inégalités, d’enrichir effrontément une poignée de privilégiés soutenus par le Trône, après avoir porté au pouvoir un roi qui maintenant les sert éhontément.

Ils continueront de transformer notre Terre en vaste usine à richesses mal réparties, alimentée par la sueur du Tiers-Monde, et qui finira bien par exploser si nous n’agissons pas maintenant.

Comment ? Au moyen de manifestations massives ?

Il est sans exception dans l’Histoire que l’égalité civique s’arrache et ne se demande pas. On peut déplorer la violence. Mais à quoi bon la condamner là où elle est inéluctable ?

C’est cette fermeté utile, légitime, accoucheuse de l’égalité qu’en France on célèbre, ou plutôt, que l’on est censés célébrer, chaque 14 juillet en souvenir de la prise de la Bastille. Cet épisode stupéfiant eut lieu à une époque où la guerre était monnaie courante, les exécutions, nombreuses sur la place publique, et la mort familière. Périr un peu plus tôt, l'arme à la main, qu’importait ? Nous ne sommes plus ces gens— en un sens il faut s’en réjouir. Et même dans pareil contexte, même portée par de tels tempéraments pour qui la vie valait moins que pour nous, la Révolution s’est aussi bien jouée dans la rue que dans les Parlements, par le fusil que par la plume et le vote.

Aussi fermes qu’elles soient, les manifestations ne permettront pas, à elles seules, d’établir, en France, une démocratie véritable, donnant à chacune et chacun la possibilité réelle d’agir directement dans la sphère publique. Pour qu’un changement majeur advienne dans cette direction, il faudra, au moins, que ces efforts se conjuguent avec d’autres : électifs et institutionnels.

Il ne s’agit pas que l’investissement, par les démocrates authentiques, du jeu électoral, se substitue à la mobilisation dans l’espace public. Celle-ci devrait demeurer, et même s’intensifier au cas où étaient portés aux responsabilités des femmes et des hommes explicitement favorables à l’égalité civique, et proposant des mesures concrètes en ce sens : alors ces nouveaux élus devraient être encouragés, par une pression sans précédent, à ne pas trahir le mandat d’un peuple vigilant. Ainsi, l’appropriation collective des moyens de la décision passe aussi par la compétition électorale : elle est un autre moyen de s’emparer de l’État au profit de toutes et tous. 

Or,  les élections municipales approchent. Voilà que l’occasion se présente de s’approprier collectivement les moyens de l’action locale.

Dans les 36 000 communes françaises, l’argument, fallacieux, mais courant, qui veut qu’une démocratie directe soit impossible dans un pays de 67 millions d’habitants, n’a plus lieu d’être.

Cette occasion de 2020, nous ne la saisirons qu’à condition d’avoir une conscience pleine et entière des difficultés érigées, sur le chemin du collectif, par une compétition politique individualiste, obsédée par l’idée de l’homme providentiel—le plus souvent au masculin.

Partout, la présidentialisation a contaminé les institutions, les pratiques et les mentalités.

Y compris à l’échelle locale, dans des petites villes et même dans des villages, des maires autoritaires sont mis en état d’imposer leur loi.

Il faut bien l’avouer : c’est en partie de notre faute. Même là où les affaires pourraient être administrées par tous, même là où nous pourrions tous tenir dans une petite salle communale pour évoquer, ne serait-ce qu’une fois par mois, les problèmes de la vie collective, et les régler, nous préférons confier les rênes au premier magistrat de la commune, qui bien souvent finit par ne plus accepter que ses propres avis, et ceux de ses amis proches—à la rigueur.  

Nous avons pris l’habitude de nous en remettre à un seul. De donner à un seul les forces mises en commun, et, ensuite, de l’insulter copieusement s’il fait mal—tout en revotant pour lui après, si personne de meilleur à nos yeux se présente.

Quel abandon ! Quelle honte ! Quelle vigueur il nous faut pour reprendre notre destin en main !

Les circonstances actuelles, désastreuses, commandent la mobilisation de toutes et tous. Nous devons opposer la force du collectif au progrès délirant d’une politique brutalement inégalitaire, écologiquement dévastatrice. 

Nous le pouvons. D’abord en convainquant celles et ceux qui pensent que notre seul salut est dans la rue. Ceux-ci aiment la lutte. Pas son résultat. Ils voudraient la faire durer toute leur vie pour lui donner un sens. Or je leur redis : la mobilisation des rues est nécessaire mais pas suffisante.

Oui, nous devons nous présenter aux élections. Dans les villages et petites villes, partout où cela est possible, constituons des collectifs citoyens.

Reprenons nos communes d’entre les mains des potentats assouvissant leur goût pour la domination et cultivant le nôtre pour la soumission.

Partout, inventons des modalités d’action nouvelles pour que les réponses à l’urgence sociale et environnementale s’inventent en bas de chez nous. Instaurons des assemblées locales. Exigeons des référendums d’initiative citoyenne locaux. Faisons de la participation politique une seconde nature en crédibilisant son usage !

Des collectifs s’empareront de certains villages et petites villes en mars 2020. Mais attention : que des villages ne soient pas pris d’assaut par des néo-ruraux imposant leurs lois aux autres. On ne se contentera pas, non plus, dans les banlieues, d’installer le pouvoir, certes collectif, mais partiel, d’une petite fraction de bourgeois bohèmes. Faisons de la non exclusion une exigence de tout instant ! Amenons chacune et chacun, quel que soit son origine sociale, géographique, politique, à rejoindre le vaste mouvement participatif où résident notre salut et celui de notre planète.

Dans les villes plus grandes, ne nous payons pas non plus de mots. Ne nous grisons pas de l’enthousiasme de quelques-uns qui cherchent une forme de pureté citoyenne et refusent les règles implacables, à grande échelle, de la campagne électorale.

Frères et sœurs de la démocratie authentique !

J’en entends parmi vous qui s’imaginent prendre, à eux seuls, entre citoyennes et citoyens inexpérimentés, quelquefois tirés au sort, Lyon, Lille, Paris, Nantes simplement parce qu’il serait plus juste—et ils ont raison : ce serait plus juste—de ne pas laisser le pouvoir à des ambitieux !

J’en vois qui se disent, et comment leur donner tort ? Que le pouvoir d’un seul est insupportable, que les médias qui organisent ce genre de confrontations entre égos sont insupportables, que ceux qui se complaisent dans ces duels sont insupportables !

Et pourtant ! Ce n’est pas en agissant seul dans son coin, en discourant seul dans son coin, en refaisant le monde seul dans son coin qu’on le change !

Sans aller, intensément, obstinément, à la rencontre de nos concitoyennes et concitoyens devenus pour un temps, électrices et électeurs ; sans se confronter à nos adversaires, qui sont les oligarques et les marchands de haine ; sans aller défendre auprès de tous les habitants  nos idées de transformation et l’exigence de démocratie authentique, on ne gagnera strictement rien, personne ne saura même qu’on existe !   

Voilà pourquoi il faut, partout où cela est nécessaire, dès que la ville devient trop grande pour le bouche à oreille, dès que les portes deviennent trop nombreuses pour être frappées par un petit collectif bienveillant, dès que les médias deviennent un passage nécessaire, trouver le moyen de devenir visibles, et crédibles, auprès de celles et ceux qui voudront bien, alors, porter, par leur suffrage, nos idées au pouvoir, parce qu’elles seront aussi devenues les leurs.

Oui, beaucoup d’entre nous voulons un changement radical. Oui, beaucoup d’entre nous croyons en la démocratie directe. Mais beaucoup également veulent, avant tout, que leur vote ne soit pas inutile, souhaitent être représentés, et donnent leur voix à des candidates et candidats dont ils se disent qu’ils peuvent gagner.

Aussi, telle est la tâche immense pour ces municipales : trouver le moyen de diffuser les idées de la démocratie authentique à l’échelle de la commune dont nous voulons, collectivement, nous emparer, pour en remettre les clés à tous.

Voilà pourquoi je ne crois pas que nous pourrons, pour cette fois-ci, dans les villes moyennes et dans les grandes villes, avancer sans les formations politiques traditionnelles.

Le principe du scrutin de liste nous permet de faire alliance, au sein de collectifs citoyens, avec celles et ceux qui, consacrant l’essentiel de leur vie à la conquête et à l'exercice du pouvoir, nous aideront, parfois par conviction, parfois par intérêt, souvent par un peu des deux, à porter nos idées à la connaissance de tous et ainsi à les inscrire concrètement dans leur vie, une fois les élections gagnées.

Ces alliances doivent se faire à trois conditions.

La première est qu'elles se nouent au sein de collectifs citoyens avec des personnalités de bonne foi et réellement attachées à la démocratie directe, quel que soit leur bord politique, et en fonction de la situation locale.

Soyez d’une vigilance extrême avec toutes celles et ceux qui, sentant proche la fin des politiques professionnels, éprouvant chaque jour la détestation grandissante dont ils sont l’objet, vont entonner, main sur le cœur, le couplet du participatif !

Je le dis sans détour : il en est parmi nous qui, par leur acharnement à se laisser tromper, méritent franchement de l’être—vous ne serez pas de ceux-là. N’entrez dans pareils collectifs, ou plutôt, ne constituez pareils collectifs qu’après avoir bien cherché à savoir à qui vous aviez affaire.

La deuxième condition pour que ces alliances citoyennes au sein de collectifs démocratisent les communes est que leur programme comporte des mécanismes clairs de démocratie directe.

Le référendum d’initiative citoyenne local me semble indispensable à cet égard.

Bien des mesures relèvent du bavardage institutionnel. Le référendum d’initiative citoyenne local saura, lui, provoquer, de manière évidente, un renversement de l’horizon de la souveraineté : avec lui, chacune et chacun peut exiger que tous se prononcent sur ce qui lui tient à cœur.

Alors réclamez-le partout ! Ne vous engagez dans des listes qu’à la condition expresse qu’il soit du nombre des propositions ! Et inventez-en d’autres du même ordre, forçant les portes de la démocratie locale, en attendant la nationale ! Et la mondiale !

La dernière condition pour que vous puissiez vous engager dans des collectifs citoyens, est la plus pénible pour vous, qui ne voulez pas être élus : justement, il vous faudra l’être.

Il faudra vous imposer en position éligible sur les listes afin d’être des vigies citoyennes faisant appliquer les parties du programme susceptibles de produire un basculement démocratique. Il vous faudra sortir vos calculatrices, et savoir en quelle position telle ou tel devra être pour pouvoir, pendant les 6 années de la mandature, concrétiser des mesures comme le référendum d’initiative local et d’autres aussi belles et aussi audacieuses qui seront votre raison d’être électorale.

La perspective d’être élus vous est pénible. Vous devrez pourtant l’être. Voilà le sacrifice que nous avons à faire, pour que la politique cesse d’être l’affaire d’une clique de vaniteux au service d’eux-mêmes ! Voilà l’engagement auquel nous devons consentir pour que le mot de démocratie reprenne toute sa signification, tout son sérieux, toute sa grandeur !

Frères et sœurs démocrates,

Si j’écris dans le style pompeux, c’est que, vraiment, je crois en nous.

Provoquons les débuts d’une appropriation collective : celle des moyens de la décision. Celle de l’État. Il est à nous.  

Cela commence maintenant. Ici. Dans nos villages. Nos petites villes. Nos villes moyennes et nos grandes villes. En adaptant, à chaque fois, les modalités de notre action aux territoires à arracher d’entre les mains des oligarques.

Soyons pragmatiques, comme ils disent ! Retournons leurs armes contre eux.

Je vous écris toute ma confiance depuis la Grèce, berceau de nos idées.

Je vous écris sous l’œil juste et sévère d’Athéna, déesse de la sagesse, veillant sur nous, dont le temple grandiose, le Parthénon, témoigne de l’antique grandeur de notre espèce.

Montrons-nous dignes d’elle ! Dignes des Grecs ! Dignes de nous !

Achevé d’écrire à Skópelos, en Grèce, le 3 Août 2019, devant la mer, à 6h30 du matin.

 

 

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