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Reboot, remake, sequel, prequel, postquel, prepostquel, re-reboot… Depuis quelques années, le cinéma hollywoodien a plutôt tendance à nous désespérer sur sa capacité à créer, et ainsi nous faire rêver.

Reboot, remake, sequel, prequel, postquel, prepostquel, re-reboot… Depuis quelques années, le cinéma hollywoodien a plutôt tendance à nous désespérer sur sa capacité à créer, et ainsi nous faire rêver. Il suffit de lire ici ou là les quelques interviews des présidents des grands studios pour remplir son agenda des dates de sorties des principaux blockbusters jusqu’en 2022. Le prochain X-Men ? 18 mai 2016. The Equalizer 2 ? quelque part mi-2017. The Avengers infinity part 2 ? 2019 ! Le 4e Amazing Spiderman verra le jour en 2018, alors qu’un autre studio concurrent sortira le reboot en 2017.

Conséquence, les ingénieux auteurs américains ont tous migré vers la télévision, nous offrant une multitude de créations originales avec des séries exceptionnellement riches, originales et … cinématographiques ! Mais il faut pour cela apprécier le 7e art chez soi, parfois très pixélisé, souvent seul. Hors, en tout cinéphile qui se respecte ne sommeille pas forcément son binge watcher en devenir.  Comme, à l’inverse, tout binge watcher patenté ne fuit pas forcément l’ambiance de la salle obscure, avec son grand écran et son expérience unique et partagée (je ne parle pas des bruits de popcorn et des coups dans le fauteuil). Comme pour les séries d’ailleurs, le spectateur contemporain se doit de choisir sa came : plutôt Iron Man ou Captain America ? Les deux en même temps (et plus si affinités) ? Choisis ton camp, ton univers, et déguste les nouvelles recettes, les mélanges, les additifs ou les retours aux sources. Comme un juste reflet de notre époque, après le toujours plus des années 90 (et son pendant des années 2000 : l’overdose), les années 2010 seront celles de la récup. Green Hollywood. Oncle Sam-la-brocante.

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La pratique est tellement généralisée que le terme de fiction originale est devenu exceptionnel outre atlantique. On en donne même un oscar ! (oui, je suis de mauvaise foi, la catégorie ‘œuvre originale’ existe depuis longtemps). Félicitations au passage à l’équipe marketing de Canal + pour la trouvaille de leur slogan à contre-courant (« créateur original »). Le jeu pour le spectateur de 2015 n’est donc plus de se laisser berner par de grosses ficelles aux services de nouvelles idées mais plutôt de chercher son bonheur dans les changements de ton, les réajustements, les nouvelles tentatives. Batman devient plus dark. Spiderman moins naïf. James Bond se cherche.

Mais malgré les démarquages, la tendance est commune : le monde est dur, les problèmes sont complexes, le cinéma se doit de l’incarner. Comme s’il avait grandi, ou plutôt vieilli. Hollywood n’est plus le jumanji de notre enfance, le terrain de jeu de nos imaginations quémandeuses, mais un adulte austère, savant et pragmatique. On ne fait plus rêver, on impressionne. On n’invente plus, on extrapole. Est-ce le signe d’un syndrome Jason Bourne qui avait kitschiseurisé James Bond et rendu Mission Impossible anachronique ? Peut-être. C’est en tous cas le signe que les studios s’adaptent à leur nouveau public. Fini le temps où Ethan Hunt pouvait changer 15 fois de visage et provoquer autant de surprises. Ou celui où le méchant est mort mais se relève quand même parce qu’il n’était pas vraiment mort. Une fois, deux fois, trois fois ! Coup final ! Même la psychologie des vilains s’affine. Sauf exception, il est désormais rare de rencontrer un grand méchant, moche, bête et très méchant. Ce serait trop drôle, à son insu, ou trop minion (pardon…).

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Les propos restent toujours aussi simplistes et moralisateurs, attention. Le gentil Occident est systématiquement attaqué, ses belles valeurs constamment défendues. Mais face à un public de plus en plus suspicieux des narrations officielles, plus connecté et investigateur que jamais (certains diront complotiste), il faut justifier plus subtilement les raisons d’agir des grands méchants pour que ceux-ci conservent leur crédibilité et leur capacité d’effrayer. Dans MI5, c’est un ancien agent anglais du MI6 (quel paradoxe) qui tue des innocents avec son nouveau Syndicat. Et il s’en défend très justement : combien d’innocents avait-il assassiné avant, au service de la couronne royale ? Beaucoup plus semble-t-il. Qu’importe qu’il n’ait aucune idéologie intelligible, ni même un semblant de dessein compréhensible, l’entourloupe est passée : c’est un mauvais gars qui a vrillé pour quelques bonnes raisons.

Alors ne désespérons pas ! Peut-être que les futures analyses, les prochaines courbes de satisfaction, les rapports des envies anticipées du public, pousseront les grands studios américains à tenter l’ultime remaniement de franchise. Celui qui brouillera totalement les pistes entre les méchants et les gentils, celui qui fera douter nos héros du bien fondé de leurs démolitions, qui fera  changer de camp ses protagonistes. Alors, nous verrons Ethan Hunt changer rejoindre le Syndicat, James Bond tuer M après une grosse crise de conscience et Jack Ryan poser des bombes avec les anarchistes ! Pourquoi pas… en série sur Netflix après 2022 ?

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