L’affaire du Mont Vanille : Jouir sans entrave ? Portrait au vitriol d’un carrier...

A Saint-Nazaire-en-Royans, dans la Drôme, on lutte contre l’ouverture d’une carrière.

Revenons sur la naissance de cette affaire : le 6 janvier 2020 naît une enquête publique sur la commune de Saint-Nazaire-en-Royans, sur l’ouverture d’une carrière d’extraction de roches massives. Pour la loi c’est une ICPE, c’est à dire une Installation Classée Protection de l’Environnement, ce qui veut dire que cette entreprise va engendrer de nombreuses nuisances, et doit donc obtenir des dérogations par rapport aux Lois de Protection de l’Environnement : lois sur l’eau, l’air qu’on respire, les décibels qui nuiront au voisinage et les animaux que l’on va obligatoirement exterminer, alors qu’ils sont habituellement protégés par la Loi.

Beaucoup d’habitants vont découvrir ce projet à ce moment-là, alors qu’il est dans les objectifs du carrier depuis plus de 8 ans…

Ceci a son importance car le carrier prétend que son projet est à objectif de développement durable, il l’a affirmé en réunion publique le lundi 10 février 2020. Or, un projet de développement durable doit réunir 5 conditions concomitantes, et c’est la Loi qui le dit dans son article L110-1 du code de l’environnement :

1° La lutte contre le changement climatique ;

2° La préservation de la biodiversité, des milieux, des ressources ainsi que la sauvegarde des services qu'ils fournissent et des usages qui s'y rattachent ;

3° La cohésion sociale et la solidarité entre les territoires et les générations ;

4° L'épanouissement de tous les êtres humains ;

5° La transition vers une économie circulaire.

La cohésion sociale (3°) ? L’épanouissement de tous les êtres humains (4°)?Monsieur Benoît Gauthier, le carrier porteur du projet, n’a daigné ni rencontrer les habitants ou professionnels impactés, avant la construction de son projet, ni répondre aux nombreuses questions qui lui étaient posées au travers de l’enquête publique par toute une frange de la population.

Monsieur Gauthier préfère jouir sans entrave.

La démocratie ? Celle qui a fait connaître le choix des habitants de Saint-Nazaire-en-Royans en Mars 2020, contraire au choix de l’ancienne municipalité, celle qui prononce les votes défavorables ou réservés de 6 communes avoisinantes par l’intermédiaire de leur Conseil Municipal… l’avis défavorable en l’état actuel du projet donné par la Saint-Marcellin Vercors Isère Communauté ? Monsieur Gauthier préfère les dédaigner, car il a décidé de jouir sans entrave et que tous ses opposants étaient forcément des personnes qui n’avaient pas compris que son projet était écologique !

Un chemin rural ? Qu’il est interdit d’aliéner sans une procédure administrative qui nécessite une enquête publique particulière ? Monsieur Gauthier nie son existence dans son dossier. Devant les multiples preuves qui sont apportées par l’équipe municipale nouvellement élue en mars pour s’opposer au projet, il prétend désormais que ce chemin lui appartient. Il se l’accapare, et prive d’un droit d’accès ainsi les propriétaires de parcelles desservies par ce chemin sur le Mont Vanille.

Jouir sans entrave. Peu importe les droits des tiers existants.

Monsieur Gauthier a certes revu son projet à la baisse concédant de facto que son projet si volumineux (« Trois classeurs ! » s’extasiait le Commissaire enquêteur...) était mal construit. Huit années de travail et mille pages pour noyer le poisson. Huit années de travail et mille pages où il saucissonne le projet pour oublier de dire à l’ARS qu’à proximité se trouvent des habitations. Huit années de travail et milles pages pour s’autoproclamer champion de l’environnement en manipulant chiffres, photos, données à son avantage.

Un exemple : une photo prise du Mont Vanille pour montrer l’emprise du projet de carrière. L’emprise est soigneusement découpée derrière le houppier de l’arbre. C’est l’arbre qui cache la carrière ! Pourquoi s’agit-il d’une manipulation de l’image ? Le photographe avait tout loisir de faire une prise de vue d’un point de vue déplacé de quelques mètres, et l’emprise était toute dévoilée.

Un autre exemple, bien choisi sur les chiffres. Monsieur Gauthier va utiliser pour le transport de ses matières premières des engins de 38 tonnes de charge utile. 38 tonnes, c’est déjà lourd, mais lorsqu’on lui demande en réunion publique combien feront ces engins en PTAC, il a quelque mal à articuler 44 tonnes. 44 tonnes qui vont rouler quotidiennement 13 fois par jour sur ce goulot d’étranglement qu’est la départementale 532 à cet endroit, après la sortie de Saint Nazaire en Royans, en direction de Romans-sur-Isère. Cela ne gêne ni Monsieur Gauthier ni la Préfecture, alors que cette zone voit passer de nombreux convois exceptionnels, est accidentogène, et a déjà vu des accidents mortels.

Pour les retraits gonflement des argiles ? L’étude du carrier affiche « aléas modérés », alors que les sites officiels qu’a consultés le collectif déclarent des « aléas forts ». Le dossier est présenté, personne ne sourcille à la DREAL. Le commissaire enquêteur ne le relève même pas dans son rapport, alors que des riverains le lui signalent… même si cela implique des glissements de terrains qui peuvent mettre en jeu des vies.

Enfin, son étude d’impact a envisagé que le Grand-Duc était présent. En fait, il niche sur le Mont Vanille, et la LPO (Ligue de Protection des oiseaux) l’a attesté. La nidification en change le statut pour le protéger davantage. Tous les habitants alentours le savaient car ils pouvaient entendre son hululement. Mais pas Monsieur Gauthier. Non. Il ne l’avait ni vu ni entendu.

Jouir sans entrave. Manipuler sans entrave.


La cohésion sociale et la solidarité entre les territoires et les générations (3°) ?

Pour construire son projet, Monsieur Gauthier n’a pas choisi de faire appel à un agenda 21, qui est un projet territorial de développement durable, possibilité ouverte par la loi. Monsieur Gauthier n’a pas choisi d’inscrire son projet dans un Schéma de Cohérence Territoriale (ScoT). Non. Il a préféré imposer à la Mairie de Saint Nazaire un « Contrat de Vente » où il se taille la part du lion, sans doute pour échapper aux lois sur les marchés publics qu’aurait pu lui imposer un contrat de fortage… ce que des particuliers ont obtenu. L’un d’entre eux, a été bien conseillé, peut-être par un membre de sa famille, à la fois carrier à la retraite et membre du Conseil Municipal de Saint Nazaire, chargé de l’urbanisme avant 2020…

Pour la prise en compte des générations futures, pas de souci : dans l’étude on oublie de signaler les écoles, dont celle de Saint-Hilaire du Rosier, qui accueille désormais tous les enfants du village scolarisés de la Maternelle au CM2, qui se situe à quelques centaines de mètres du projet. Monsieur Gauthier se soucie de sa descendance, mais pas de celle des autres.

En ce qui concerne tous les projets de carrière, inutile de vous dire qu’ils n’ont que faire de « la préservation de la biodiversité, des milieux, des ressources ainsi que la sauvegarde des services qu'ils fournissent et des usages qui s'y rattachent ». Ce sont tous des projets écocides. On massacre les sols, les sous-sols, (la pédosphère), on pollue l’air, on est gourmand en eau (et la Drôme souffre de la sécheresse, de nombreuses sources sont asséchées), on risque de polluer les nappes phréatiques. On déforeste, on massacre la Faune et la Flore. On nuit au voisinage, et dans ce projet-ci les premiers voisins sont présents à moins de 100 m. Habitants et entreprises.

Jouir sans entrave. Nuire sans ambages.

Pourtant, Depuis la pandémie de 2020, le grand public a compris l’enjeu systémique de la sauvegarde de la biodiversité : conserver faune et flore est un rempart contre les épidémies. https://www.lumni.fr/video/la-biodiversite-un-rempart-contre-les-epidemies

Mais Monsieur Gauthier a ignoré Lumni pendant le premier confinement, il a préféré préparer son dossier sur la Maison des Roches. Consultable à la Mairie de la Baume d’Hostun, on y lit que la carrière aggravera les risques de chute de pierres à cet endroit, certes, ils existent déjà. Pour protéger cette maison ou les promeneurs des risques, Monsieur Gauthier ne songe pas à retirer son projet, non, ce serait trop facile. Il préfère proposer des poses de filets et des créations de merlons sur des terrains qui ne lui appartiennent pas ! Naturellement, il n’en a pas touché un mot aux propriétaires concernés ! Jamais. Ni avant, ni après.

Jouir sans entrave. Construire chez autrui. Imposer son point de vue. Nier les droits des tiers. Nier le droit à la tranquillité d’autrui, le droit à la santé, le droit de vivre tout simplement. Sans ambages.

Inutile de vous rappeler qu’un projet d’ouverture de carrière ne peut être qualifié à développement durable. Ce ne peut être par nature de l’économie circulaire (5°) : on détruit tout pour aller chercher la matière première dans la nature.

Reste à se poser la question à savoir si ce projet permet de lutter contre le changement climatique (1°). Monsieur Gauthier l’affirme, parce que ce n’est pas bien de faire venir les pierres de Chine ! Certes, on le comprend ! Quel argument ! Surtout lorsqu’on consulte la carte des carrières de Drôme et d’Isère qui se situe à moins d’une heure de route de son projet. De Rovon à Châteauneuf-sur-Isère, de Méaudre aux Monts du Matin, le Royans-Vercors n’a-t-il pas payé son tribut ? Enrochement, granulat, gravier, sable, argiles, tout y passe… Même Le Teil dont le séisme a été attribué pour partie à l’exploitation par l’entreprise Lafarge peut y être dénombrée. Plus d’une trentaine de carrières, exploitées ou inexploitées, mais existantes. Mais Monsieur Gauthier a décidé d’ouvrir la sienne, une deuxième dans la Commune de Saint Nazaire-en-Royans, parce que deux valent mieux qu’une sans doute… et c’est lui qui a fait cette proposition initiale à la commune, après avoir prospecté de nombreux lieux. L’ancien Maire y a vu une manne financière, mais s’est laissé berné par la complexité d’un contrat où il n’y a vu que du feu.

Monsieur Gauthier est un carrier sans carrière, voilà sans doute ce qui devrait soulever notre empathie.

Des carrières à foison sur le territoire, cela a son importance. En effet, un projet d’ouverture de carrière doit revêtir un intérêt général. Le Conseil National de la Protection de la Nature a pourtant objecté que ce dossier manquait d’arguments pour son intérêt général d’une part, et que ce dossier manquait de transparence. Mais qui va l’entendre ? Le commissaire enquêteur a décidé qu’un avis ne se commentait pas. Son rapport était d’une qualité telle qu’il a dit avoir été reçu par 2 fois à Saint Nazaire-le-Désert, une autre commune de la Drôme. Lapsus révélateur s’il en est ! Il donne plus de place à l’avis de son ami hydrogéologue, qu’à celui du CNPN. Relisez ! C’est bien écrit dans son rapport !http://www.drome.gouv.fr/IMG/pdf/carrieregauthier_rapport-d-enquete.pdf

Le collectif « Protégeons le Mont Vanille », qui a évolué depuis mai 2020 en association ne s’y est pas trompé. Il a envoyé de nombreux courriers au travers des personnes qui le composent, d’une part pendant l’enquête publique, mais aussi depuis lors…Vous pouvez consulter le site de l’association sur pourvanille.fr. Et pourtant, à ce jour, il semblerait que le Préfet soit encore dans l’objectif de donner son accord à l’exploitation.

Avez-vous remarqué, aucune des conditions légales n’est réunie pour que ce projet soit considéré comme « à objectifs de développement durable. » On attend encore les arguments sur l’intérêt général, pourtant Monsieur Gauthier s’est autoproclamé « Champion de l’écologie ». Et en Drôme, les habitants ne sont pas convaincus que le Préfet refusera le projet. Bienvenue en Macronie.

MLM

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