Et si on ne les compare pas à Vichy, on les compare à quoi alors ?

De nombreuses voix s’élèvent pour trouver scandaleuses toutes comparaisons du gouvernement Sarkozy au gouvernement de Vichy, ou de notre époque aux années trente. Ça serait même ridicule. On ne pourrait pas trouver des ressemblances entre la politique sécuritaire qu’envisage ce gouvernement et celle faite par le gouvernement de Vichy, ou celle appelée de ses vœux par la droite des années trente. Pourtant la stigmatisation de minorités, l’obsession de la nationalité sont bien les deux même obsessions que partage l’UMP de Sarkozy et la droite des années trente qui accouchera de Vichy. Oui, mais la différence serai que l’UMP de Sarkozy ferait ça par opportunisme politique… Parce que Vichy ce n’était pas de l’opportunisme politique peut-être?

Voici quelques éléments de comparaison entre notre époque et celle qui précéda Vichy.

L’obsession des étrangers

Le 22 juillet 1940 Vichy promulgue sa première loi visant la mise en place d’une politique raciste d’Etat. La chasse aux français d'origines étrangères est désormais ouverte. Cette loi met en place une commission chargée de réviser les naturalisations depuis 1928, dernière changement en date du code de la nationalité. Douze ans que la droite de l’époque voulait en venir à bout, Vichy va leur apporter sur un plateau. Cette commission ne va pas, comme trop de personne le pense déchoir les juifs français de souche de leurs nationalité, mais les juifs naturalisés en même temps que bien d’autres naturalisés. L’obsession de Vichy c’est les étrangers, les français d’origine étrangère, et bien sûr, les juifs d’origine étrangère qui se verront tous déchus. Et pour cela, le code de nationalité sera au centre de leurs préoccupations, alors même que toute l’Europe est en guerre. Vichy comme l'UMP va se préoccuper de la nationalité alors que tant d'autres chantiers sont dans l'urgence. Les juifs sont l’obsession des Nazi, Vichy est juste antisémite comme une grande partie des français d'ailleurs. Ce que je veux dire pas là, c’est que Vichy comme l’UMP de Sarkozy a cette même obsession de l’étranger, et du français d’origine étrangère qui ne méritera jamais sa nationalité française. Il faut sans cesse le mettre à l’épreuve. Alors rassurons-nous, les institutions de la Vème république sont encore là, et ce gouvernement n’a pas les mains aussi libre que pouvait les avoir celui de Vichy. Cette obsession, Sarkozy la partage avec Vichy et personne d'autre. Il n'y a pas d'autre exemple, dans l'histoire moderne de la France, de gouvernement ayant cette même obsession. La comparaison est donc méritée et justifiée. Il faut l'assumer jusqu'au bout. Ce gouvernement à de nombreux traits communs avec ce qui s'est fait de pire en France et la France n'est pas un cas isolé en Europe, loin de là.

A quel moment il est trop tard ?

En Allemagne pendant avant la guerre: A quel moment tout va déraper ? A quel moment les évènements s’enchainent de manière inexorable ? C'est bien avant les lois racistes de 33. Tout dérape au moment où il devient acceptable de débattre publiquement de la question juive. Ou plutôt de débattre sur le fait de l’existence ou non d’un problème juif. Puisque nous sommes en démocratie, pourquoi ne pas débattre publiquement de l’existence ou non d’un problème juif ? N'ayons pas peur du débat, et ne cédons pas aux "bien-pensant".

De nos jours, en France :Voici le débat que l’on nous propose actuellement: Débattons de l’identité nationale, dans un premier temps. N'ayons pas peur d'un tel débat. Puis, naturellement, les choses s'enchainent, et voici que l’UMP de Sarkozy met sur la place publique le débat de la relation, ou non, entre immigration et délinquance. Et oui, nous sommes en démocratie, alors parlons-en. Aucun sujet ne doit être tabou, ne cédons pas aux "bien-pensant". Y a-t-il un problème étranger dans notre pays ? Laissez encore un peu de temps à la droite pour formuler sa question avec un peu plus de courage, et on débattra bientôt de l’existence ou non d’un problème musulman. Les pauvre Rom ne sont que les éternelles victimes collatérales de la haine qui s’annonce. Bien entendu, un tel débat n’a pas besoin de réponse, la question la contenant déjà par avance.

La gauche reprendra bientôt le pouvoir.

Surement. Et alors ? Cela effacera-t-il ce qui a été dit et sera dit dans les deux prochaines années ? Cela rétablira-t-il l’image de la France à l’étranger ? Cela fera-t-il disparaitre Sarkozy et son idéologie raciste, qu’elle soit par opportunisme ou non ? Cela fera-t-il disparaitre une adhésion de nombreux français à ses idées qui ne sont plus taboues aujourd'hui. Nous sommes en France, et il reviendra. Il sera candidat en 2017 sans l’ombre d’un doute. Il continuera à proposer ce débat pour en faire son gagne-pain électoral. Et ce débat sera bien installé dans la société française comme celui du problème juif le fut à l'époque. La gauche reprit le pouvoir avec éclat en 1936, c’est même un juif qui fut élu. Mais cela ne fit pas taire la droite antisémite, bien au contraire. Ce que je veux dire, c’est qu’il y a une grande différence entre une société raciste mais qui en a honte, et une société raciste qui se décomplexe, ce qui rappelle la fameuse droite décomplexée de Sarkozy. Le débat s'est installé et la gauche n'y pourra rien, d'autant que cons comme ils sont, ils sont capables de nous faire perdre. En plus, je ne pense pas que ce débat soit et sera mal accueillie dans l'opinion.

La droite qui se décomplexe entraine toute la société française avec elle.

Juste un exemple de droite qui se décomplexe : Un homme comme Finkielkraut, un type intelligent, penseur de gauche à une époque (maintenant bien lointaine), nous dit la chose suivante : "Je rappelle quand même que l'école n'exclut personne, elle exclut le foulard, ce qui est tout à fait différent. Je rappelle que si peur il y a aujourd'hui ce n'est pas la peur de l'étranger, c'est la peur de la haine dont certains immigrés ou enfants d'immigrés sont porteurs et qui n'a pas de précédent dans les vagues d'immigration antérieures." Est-ce du racisme de dire ça ? Il prend les précautions d’usage. Mais quelles conclusions peut-on en tirer ? "foulard", "haine", "immigrés ou enfants d'immigrés". Cette peur, il l'avait au fond de lui, maintenant il nous l'exprime. L'expression d'un tel courant de pensée n’aboutira qu’à une seule conclusion : Les immigrés musulmans ainsi que leurs enfants constituent une immigration haineuse envers la France. Bien sûr Mr Finkielkraut est trop intelligent pour aboutir à une conclusion aussi directe, et ce n’est pas sa pensée. Il nous exprime ses peurs et non sa pensée. Mais peu importe car le résultat est le même. C’est le débat, auquel il participe, qui aboutira à cette conclusion. Et ce débat, c’est : Il y a-t-il un problème musulman France ? Partout nous commençons à être obliger de débattre de cela. La mobilisation contre le racisme en fait elle-même partie. Bientôt le PS sera traité de "laxiste" face à la question musulmane, on dira qu'il est dans l'aveuglement face aux problèmes auxquels sont confrontés les Français.

Un autre exemple : Dans l'émission C dans l'air sur France 5, j'entendais un analyste politique dire sur le plateau, et ce, sans que personne ne le contredise, qu'il ne fallait pas donner à l'extrême droite le monopole de certaines préoccupations légitimes des français, ( ça annonce la couleur de la suite) et qu'il fallait reconnaitre la communautarisation des immigrés en France, et la relation entre les communautés et la délinquance. Rien que ça. Alors il prend les précautions d'usage pour ne pas être taxé de racisme. Lui-même admet que ce constat est très désagréable à faire, mais il faut appeler un chat un chat, selon lui. Que des gens aux tendances racistes disent des conneries, cela a toujours existé, le problème c'est que personne ne les reprennent sur un plateau de télé où de nombreux experts et journalistes étaient présents. Le débat s'installe, et au fur et à mesure de ce débat la droite proposera des solutions toujours plus stigmatisantes, toujours plus radicales, et le camp d'en face en acceptera toujours plus face à cette surenchère. On ne devient pas un Etat raciste en un jour, c'est un travail de longue haleine qui vient peu à peu. Ce qui est inacceptable aujourd'hui le sera moins face à ce qui sera inacceptable demain.

Je ne nous prédis pas un nouvel Auschwitz, loin de là, non je vois juste la haine s'installer durablement en France et en Europe, une haine tenace qui sera perçu dans le monde entier. Et il ne faut pas douter un instant que la haine appelle la haine, et que cela finira mal.

Alors que faire ?

Moi, je ne vais rien faire. Je regarde l’histoire qui se met en marche sans que rien ne l’arrêter. L'économie va finir de nous entrainer dans des abimes que nous n'avons pas connues depuis bien longtemps, puis la haine finira le travail. Nous ne sommes pas seuls sur cette planète, il y aura des réactions et la guerre se rapproche à grands pas. Je dois certainement dire des bêtises, comme souvent, mais telle est ma vision de notre époque et de celle qui s'annonce. Je ne dirai pas à mes petits enfants qu'à l'époque je n'ai rien vu venir...

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