Crise de régime ? Non. Crises des dirigeants politiques et des élus

Pourquoi ce titre, me demanderez-vous ?

 

Parce que j’ai constaté que, depuis la victoire du FN aux élections européennes avec 58% d’abstention (important à rappeler), diverses voix s’élèvent pour appeler à changer de république croyant que, dans ce remède miracle, tout se réglera facilement.

 

Bien entendu, ces appels divers et variés demandent impérieusement le retour du scrutin à la proportionnelle pour les élections législatives, d’autres à un retour à 7 ans du mandat présidentiel, etc.

 

Petit rappel historique :

 

La 4ème république, qui a duré du 21 novembre 1945 au 8 janvier 1959, soit 13 ans 1 mois et 18 jours, a vu 28 gouvernements défiler dont le plus long a duré 16 mois.

 

Pendant ces 13 ans, l’instabilité politique a régné en maitre. Les formations politiques, tous bord confondus, marchandaient âprement leur participation ou soutien au gouvernement.

 

Je rappelle que la Commission Nationale des Comptes de Campagne et de Financements Politiques (CNCCFP) a recensé, en 2013, 285 formations politiques.

 

Je rappelle que, à chaque élection, des candidats de tous les partis, qui ne sont pas désignés par leur formation, se présentent quand même.

 

Lors des 2 dernières élections, des listes citoyennes sont apparues et qu’il y avait 193 listes lors des élections européennes.

 

Comment voulez-vous, dans ces conditions, obtenir une majorité avec un retour au scrutin proportionnel ? Impossible et nous reviendrions dans l’instabilité politique qui a fait tant de mal à notre pays.

 

Le Général de Gaulle en créant la 5ème république a instauré une stabilité qui dure depuis près de 60 ans. Bien entendu, cette république était taillée sur mesure pour le Général amis ses 3 premiers successeurs, dont fait partie François Mitterrand ,s’y sont adaptés parfaitement.

 

Cette 5ème république n’est pas parfaite dans ce sens qu’elle donne beaucoup de pouvoir au président de la république. Elle peut et doit être modifiée pour donné plus de pouvoir au parlement.

 

Depuis quelques années, des modifications ont été apportés à cette constitution mais il fallait profiter du référendum instaurant le quinquennat pour modifier largement la constitution mais la droite et la gauche n’en n’ont pas profité ou n’ont pas voulu et en sont, donc, responsables.

 

Qu’avons-nous pu constater lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy et celui de François Hollande ?

 

Qu’à chaque fois que le gouvernement, qu’il soit de droite ou de gauche, voulait passer en force pour faire adopter une loi, ce gouvernement utilisait divers moyens de pression sur les députés et sénateurs de sa propre majorité pour les obliger à approuver le texte de loi.

 

Qu’a chaque fois, les députés et sénateurs, qu’ils soient de droite et de gauche, votaient pour le projet de loi même s’ils ne l’’approuvaient pas.

 

Ce n’est pas de la faute de la 5ème république si les gouvernements de droite ou de gauche se révèlent incapables ou ne souhaitent pas négocier avec leurs propres majorités.

 

Ce n’est pas de faute de la 5ème république si les députés et sénateurs de droite et de gauche n’ont pas la volonté ou le courage de dire non ou de s’abstenir.

 

Ce n’est pas de la faute de la 5ème république si les députés et sénateurs de droite et de gauche n’exercent pas leur droit de contrôle comme les y autorise cette même constitution.

 

Ce n’est pas de la faute de la 5ème république si un député de gauche dit publiquement qu’il est en privé contre un projet de loi présenté par le gouvernement mais que publiquement il est pour.

 

Ce n’est pas de la faute de la 5ème république s’il y a, depuis plusieurs années, des affaires concernant le financement illégal des partis, de campagne, des abus de bien sociaux, des détournements de fonds, de faux électeurs, d’achats de vote, de népotisme, de favoritismes lors des marchés publics, etc. Et cela touche beaucoup de partis.

 

Ce n’est pas de la faute de la 5ème république si des candidats de tous horizons politiques à la présidence de la république font, pendant leur campagne électorales, des promesses ou des engagements et, qu’une fois élus, font le contraire.

 

Ce n’est pas de la faute de la 5ème république si les élus de tous bord ne veulent pas du non cumul intégral des mandats, ne veulent une transparence totale sur leur patrimoine, ne veulent pas instaurer des instances de contrôle, présentent des amendements pour affaiblir le rôle de la justice dans les affaires citées paragraphe ci-dessus, ne veulent pas une diminution de leur privilèges.

 

Ce n’est pas de la faute de la 5ème république si les divers gouvernements, qui se sont succédé et soutenus par leur majorité, se sont révélés incapables de lutter contre la montée du chômage, de la pauvreté, de la haine de l’autre parce que ces mêmes gouvernements n’ont pas eu le courage ou la volonté de prendre de réelles mesures de justice et ont préférés s’incliner devant les marchés financiers.

 

Et ce n’est pas la faute de la 5ème république, si des électeurs, de tous horizon politique, constatant tous cela et ayant perdu confiance dans leurs dirigeants, préfèrent s’abstenir de plus en plus ou voter pour un parti d’extrême droite.

 

C’est pour ces raisons qu’il y a non pas une crise de régime mais une crise des partis politiques, de leurs dirigeants et de leurs élus parce qu’ils ont perdu la confiance de leurs concitoyens.

 

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