Grèce: le plan (à peine) secret de l'Allemagne

Selon un rapport confidentiel du FMI dévoilé ce matin par Reuters, la dette grecque est insoutenable dans des proportions largement sous-estimées par l’Eurogroupe ce qui n’est pas la révélation du siècle… Le plan de 80 Milliards et des poussières équivaut donc à jeter des cacahuètes sur un paralytique. 

Parmi les mesures proposées, le FMI suggère un moratoire de 30 ans où la Grèce n’effectuerait aucun remboursement, évidemment inacceptable pour l’Allemagne et ses sbires. 

Mais le plus intéressant est ailleurs: selon des officiels européens, les leaders de l’Eurogroupe avaient eu connaissance de ce document avant de conclure l’accord. 

De plus, rappelle le Guardian, les statuts du FMI lui interdisent de prêter du fric à un pays dont il considère que la dette est insoutenable.

La conséquence évidente de tout cela est le FMI a décidé de se laver les pognes  de la crise grecque, ce que tweete sans ambages le chef du bureau du Financial Times à Bruxelles, Peter Spiegel: 

Got copy of #IMF DSA update. To me, most interesting thing not lines on debt relief. Tone sends signal they want out of #Greece completely: "J'au eu une copie du doc du FMI. Pour moi, le plus intéressant n'est pas sur la réduction de la dette. Le ton envoie le signal qu'ils veulent sortir complètement de la Grèce."

— Peter Spiegel (@SpiegelPeter) 14 Juillet 2015Et la journaliste du FT et de Forbes, Frances Coppola, médite: "Plus je regarde cet accord plus je me dit qu’il à été construit pour échouer." 

 More I look at this Greek deal, the more convinced I am that it is set up to fail.

— Frances Coppola (@Frances_Coppola) 14 Juillet 2015 

En résumé, on a mis à genoux Tsipras pour le contraindre à accepter un accord dont tout le monde savait qu’il était caduc avant même d’être signé !

Laissons là le FMI et passons maintenant à Herr Dr. Schäuble. Dans un article titré « Schäuble sape l’accord grec », Politico explique que le ministre des Finances s’est « opposé publiquement » à Sa gracieuse  Chancelière en expliquant que « plusieurs ministres du gouvernement fédéral allemand estiment que le Grexit est la meilleure solution pour la Grèce et le peuple grec ». Cette prise de position, commente Politico, « complique les efforts de Merkel pour convaincre sa majorité de voter oui à l’accord au Bundestag ». A supposer que la victoire du « oui » au Parlement soit vraiment l’objectif de Merkel -ce qui reste à prouver-, c’est le moins que l’on puisse dire: Schäuble met tout son poids dans la balance pour obtenir un « Non » et donc un Grexit, bien aidé en cela par le rapport secret du FMI qui dézingue l’accord grec dans les grandes largeurs. 

-On devine la "séquence" qui s’annonce:

-L’accord, de l'aveu de tous, est nul et non avenu
-Le Bundestag refuse ce plan aussi absurde qu’inutile
-La Grèce sort de la zone euro, objectif intangible de l’Allemagne
-Et, surtout, Tsipras qui s’est couvert la tête de cendres en acceptant toutes les exigences de la bande de sadiques de l’Eurogroupe, qui s'est compromis pour qu'il soit voté au Voulí, ne dispose même plus de la minuscule contrepartie sur la dette grecque qu’il croyait avoir obtenue. Le Grexit s’effectue donc avec un Tsipras totalement anéanti, humilié, trompé, sur-trompé sur-humilié et Syriza en miettes.  #ThisACoup

J’espère juste que je prends mes cauchemars pour la réalité. 

 

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