L'Emission Politique avec Mélenchon : stoïcisme et sang-froid face à la caricature

Dans la même bonne veine de l’émission « Des Paroles et des Actes », « L’Emission Politique » de Pujadas voit son caractère manipulatoire indigne du service public aggravé au point de devenir une caricature du genre.

Dans la même bonne veine de l’émission « Des Paroles et des Actes », « L’Emission Politique » de Pujadas voit son caractère manipulatoire indigne du service public aggravé au point de devenir une caricature du genre.

Ces gardiens et défenseurs du système politique et économique actuel en décomposition avancée ont une nouvelle fois fait preuve d’un esprit inventif pour rajouter quelques ingrédients à la recette habituelle dont le seul but est de déstabiliser l’invité du jour, Jean-Luc Mélenchon, non pas par rapport à sa personne mais parce qu’il est le seul candidat qui propose un programme apte à sortir le pays positivement par le haut ce qui ne peut se faire qu’en sortant de ce cadre idéologique libéral définissant l’enfermement intellectuel du pays et de l’Europe dont ces médias sont les cerbères intransigeants.

On notera par exemple que, par un « bienheureux hasard », EELV et le PS venaient vers 17h30 de signer un accord aboutissant au retrait de Y. Jadot en faveur de B. Hamon pour l’élection présidentielle contre des circonscriptions pour les législatives, la plus emblématique étant celle de C. Duflot qui va donc conserver la sienne alors qu’un candidat PS avait déjà été investi, le reste de l’accord sur le « fond » fondra comme neige au soleil au cas où Hamon deviendrait président comme à chaque fois avec le PS, cet accord étant de même engeance que celui de 2012. Il avait été pourtant annoncé que l’officialisation d’un accord devait être préalablement validé par les militants EELV qui s’étaient exprimés à la primaire interne de ce parti, ce qui était la moindre des choses. Et bien NON ! Ces militants se sont exprimés « pour de faux » puisque leur avis compte pour du beurre. Ainsi nous avons une nouvelle fois à faire face à un accord à « l’ancienne », un accord d’appareils, d’états-majors, bref une tambouille qui donne le haut-le-cœur à la majorité des français.

Ce « bienheureux hasard » a donc été récupéré par les organisateurs de « L’Emission Politique » : Y. Jadot, invité au journal de 20h00, a été conduit avec sa complicité par le présentateur Julian Bugier, à lancer un appel à Mélenchon pour le sommer de se rallier à B. Hamon. Juste pour alimenter la pression sur le candidat qui allait s’exprimer dans l’émission de Pujadas et permettre de développer sur la responsabilité de JLM en cas d’échec.

Pujadas et son équipe pensaient également avoir un  atout maitre dans leur poche avec l’invité surprise, l’acteur engagé Philippe Torreton, qui a leur grande surprise, a tenu un discours qui les étonna au point où toutes les retenues à la fois éthiques (mais ça fait longtemps qu’ils n’en ont plus) et simplement de bienséance, ont été rompues. En pleine émission Pujadas qui s’étonnait du discours courtois et intelligent de Torreton, a lâché « mais ce n’est pas ce que vous m’aviez dit avant l’émission » UN AVEU de taille à la fois sur la tentative de manipulation de l’acteur et sur la volonté de casser du Mélenchon uniquement sur du parti pris et non sur un argumentaire, ce qui mériterait une sanction sévère de la part du CSA mais qui bien évidemment ne viendra pas.

Face à ces agissements tordus, d’une malhonnêteté intellectuelle d’un niveau rarement atteint, frisant une forme de voyoucratie en bande organisée au service de la caste et de l’oligarchie, Jean-Luc Mélenchon est apparu dans une force stoïque et a fait preuve d’un sang-froid magnifique, en déjouant les pièges et en ramenant le fond des sujets sur le devant de la scène avec fermeté et conviction. Nous attendons donc maintenant la réponse de Jadot et Hamon au renouvellement des propositions d’ouverture et de rencontres de Mélenchon. Il est clair que s’agissant du PS il est hors de question d’aller vers un accord sans garanties. Si Mélenchon allait vers cet accord sans ces garanties, un espoir magnifique se briserait une fois de plus et des centaines de milliers d’électeurs voteraient blanc ou s’abstiendraient dès le 1er tour en plus des habitués. A mon humble avis Hamon et Jadot refuseront de donner ces garanties et Mélenchon doit poursuivre jusqu’au bout et les résultats, les vrais (pas les sondages) montreront qu’il se trouvera largement devant Hamon qui sera alors celui qui aura empêché la gauche d’être présente au second tour comme en 1969 Defferre/PS (5%) avait empêché Duclos/PCF (21,5%) d’accéder à ce second tour.

 

Cette émission a aussi conservé ses ingrédients habituels qui consistent par exemple pour les officiants à ne pas écouter les réponses tout en continuant à parler sur la voix de leur interlocuteur ce qui rend volontairement très pénible l’écoute des téléspectateurs, le crane d’œuf excelle en la matière, ou à ne pas attendre la fin de la réponse en posant, quasiment au début de celle-ci, une autre question ce qui a pour but d’aboutir à un brouillage du discours du candidat dont le calme et la maitrise de soi lui ont permis de franchir au mieux ces zones de turbulence.

Parmi ces ingrédients habituels nous avons encore eu droit aux invités lambda représentatifs des français. Ce n’est pas inintéressant en soi mais les invités ne sont nullement représentatifs. Ils évoquent un parcours et une position très particulière mais ne s’inscrivent en aucun cas dans le panel des français moyens. En tout état de cause ils étaient de toute façon anti Mélenchon. La maire LR de Pierrelatte, une électrisée du nucléaire, aux neurones probablement irradiés, qui ne regarde que les intérêts immédiats de sa commune mais qui, lorsque sa centrale aura de graves problèmes qui impacteront bien au-delà de son territoire, sollicitera la solidarité nationale. Elle n’a visiblement aucune idée des centaines de milliers d’emplois que créera la transition écologique dans une mauvaise foi paroxystique.

Un flic de Guadeloupe représentant caricatural du système de BAC dont tout le monde sait que la majorité des membres ont effectivement des comportements de cow-boys dangereux voire criminels comme dans l’affaire Théo. Lui était là juste pour dire que Mélenchon était contre la police mais tous ceux qui ont écouté le discours de Strasbourg savent qu’il n’en est rien. Ce type de « dialogue » est déformant en ce sens où le sujet de la sécurité nécessite un débat en soi et ne doit pas être ramené à un jeu de quizz comme l’a orienté l’équipé Pujadas.

Enfin la pauvre dame de Calais qui a raconté la destruction de sa vie, avait l’air sincère et à mon avis avait été mise en avant par l’émission pour faire entendre qu’elle allait voter Le Pen juste pour voir si Mélenchon allait craquer. Là encore sa réponse maitrisée a été à la fois humaine et très politique quand il a pris à son compte la douleur de cette femme, pointé la responsabilité du système qui ne propose aucune solidarité en pareil cas et démontré que l’avenir de ce pays et de cette femme n’est surtout pas de voter Le Pen.

 

Enfin cette émission a été suivie d’un reportage reprenant avec intensité la propagande libérale selon laquelle la France est trop endettée et que la seule solution c’est l’austérité par notamment la coupe dans les dépenses publiques. JLM aura ainsi été très encadré entre le coup de Jadot-J’arnaque avant et ce reportage après, le tout sensé être de nature à détruire tout son programme et son argumentaire. Or tout le monde sait que la poursuite et l’aggravation de l’austérité en vue de diminuer les déficits ne fera qu’aggraver les déficits et donc l’austérité. Ça c’est une politique dans l’intérêt du CAC40 et de la finance.

La seule façon de s’en sortir dans l’intérêt des peuples c’est la relance par l’investissement public massif, c’est bien le programme l’Avenir en commun.

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