Aucune société, avec 30 % de chômeurs, ne peut éviter l’explosion sociale !

Lettre ouverte à Annick Girardin, Ministre des Outre-mers : Aucune société, avec 30 % de chômeurs, ne peut éviter l’explosion sociale ! Max DUBOIS, Président de R&DOM et Ex-coordinateur Outre-Mer du candidat MACRON Tire le signal d’alarme !

Mayotte existe,
La Réunion, Saint-Pierre-et-Miquelon existent,
Wallis, Futuna, Saint Barth, la Guyane existent,
La Polynésie Française, la Guadeloupe, la Martinique, la Nouvelle-Calédonie, Saint-Martin existent,
les Terres australes et antarctiques françaises existent,

Mais l'Outre-mer ça n’existe pas !

Les « Outre-mers » sont au mieux un fantasme politique et au pire l’expression de la plus grande incompréhension, parfois même du plus grand mépris des gouvernements qui se succèdent, à de rares exceptions près, depuis plus de 70 ans.

L’intégrationisme, la machine à laver jacobine dopée à coup de subsides sociaux, tenant implacablement à l’écart du développement économique les populations de la France océanique, fut la politique qui devait pérenniser l’économie de comptoir des territoires océaniques français depuis 1945.

Nulle égalité dans cette trajectoire qui devait favoriser l’émergence en quasi monopole de la grande distribution, en particulier alimentaire.

En effet, dès qu’il devint plus juteux d’importer plutôt que de produire sur place, les tentatives de développement économiques locales de la filière agroalimentaire furent condamnées à l’échec notamment aux Antilles.

La cherté de la vie et le chômage de masse sont les conséquences enkystées de ce laisser faire, de cette complicité politique et administrative gouvernementale. Il n’y a pas d’assistanat en France océanique, il n’y a que du chômage !

L’INSEE dit 23 % mais chaque observateur averti y ajoute un halo de 8 à 10 %. Donc, la vérité représenterait plutôt le 1/3 de la population active sans emploi. 1 Ultra-marin sur 3 n’a pas de travail !

Il faut en finir sèchement avec les vieux poncifs de l’administration qui condamne souvent sans procès les Français des 3 océans à une indolence coupable.
La commande publique qui « soutient » l’économie locale représente la part essentielle du PIB dans presque tous les territoires, cela met en évidence les difficultés de l’économie marchande à se déployer.

Gardons l’une et dynamisons puissamment l’autre.

Quand, lors de la campagne de 2017, j’ai plaidé pour le développement des filières économiques locales, voire des micro filières, c’était en parfait accord avec Emmanuel Macron.

Depuis son élection, le Président a fortement rappelé ce cap, et à diverses reprises. Ce fut notamment le cas lors de la grande réunion organisée à l’Élysée le 28 juin 2018 à l’occasion de la remise du livre bleu.

Alors. Alors ???
Que se passe-t-il d’aussi étrange au Ministère des Outre-mers, au gouvernement, chez les conseillers de Matignon et même chez ceux de l’Elysée pour que cette feuille de route soit ainsi piétinée ?

Le dernier conseil interministériel fait état du programme 5.0 !

Mais d’où sort-il celui-là ???

0 Déchets
0 Carbone
0 Intrants chimique
0 exclusion
0 vulnérabilité

Et pourquoi pas:
0 vie chère ?
0 chômage ?

Car pour la plupart de nos concitoyens, ces deux maux sont la cause de pratiquement tous les autres !

Ce programme 5.0 serait-il un quintuple écran de fumée pour masquer l’incapacité du ministère des Outre-mers à mettre en œuvre la feuille de route du Président,
Le développement des filières économiques locales ?

- Inciter fermement la grande distribution alimentaire à écouler les productions locales, favorisant ainsi l’émergence et la consolidation des filières économiques,
- Labelliser les fleurons et en soutenir nationalement la commercialisation dans le monde,
- Transférer les compétences aux territoires pour qu’ils négocient directement avec leurs voisins internationaux,
- Sortir d’une réglementation incarnée par la DEAL, perçue comme punitive, trop souvent inadaptée aux attentes des entreprises et qui constitue un des principaux freins au développement économique de la France océanique,
- Investir dans les filières d’avenir comme la bio diversité, les métiers tournés vers la mer,
- Investir dans la formation par l’apprentissage.  Soutenir fortement le SMA, 
- Raccourcir les procédures d’accès au crédit,
- Implanter des instituts de recherche,
- Ouvrir des classe préparatoires,
- Renforcer les filières universitaires..

Ce ne sont là que quelques points mais ils font ligne. 
Cette ligne même, défendue par R&D.OM, République Développement Outre-Mer.

Non Madame la Ministre, le chômage de masse n’est pas une fatalité,
Oui Madame la Ministre, le Président de la République a raison quand il fixe le développement des filières économiques comme priorité dans sa feuille de route pour la France océanique.

Alors pourquoi cela n’est-il pas ? 
Ministère et haute administration parisienne ont-ils capitulé comme le firent avant eux sur ce sujet les précédents gouvernements ?
Le President se serait-il trop avancé ?

Le dernier comité Inter ministériel annonce, un tant soit peu bravache « 66 % des actions prévues au livre bleu sont réalisées ou engagées »
Le chômage serait donc en baisse ou en cours d’être abaissé de 66 % ? 
Voilà qui a échappé à ma sagacité !

La victoire du président MACRON a reposé sur sa capacité à « renverser la table », à ouvrir les possibles, à casser les modèles, les codes anciens, à autoriser, favoriser les innovations, à accepter d’autres pensées , d’autres propositions , en un mot, à permettre de faire autrement.

Au Ministère des Outre-mers, le compte n’y est pas. Loin s’en faut. Au désespoir de tous.
Territoire par territoire, sans amalgame, un par un parce qu’ils sont uniques par leur histoire, leurs aspirations, leur position dans le monde, leurs langues, leurs croyances, leurs objectifs.
Mayotte a beaucoup d’ambition de volonté et de courage.
La Réunion, Saint-Pierre-et-Miquelon ont beaucoup d’ambition de volonté et de courage.
Wallis, Futuna, Saint-Barth, la Guyane ont beaucoup d’ambition de volonté et de courage.
La Polynésie Française, la Guadeloupe, la Martinique, la Nouvelle-Calédonie, Saint-Martin ont beaucoup ont beaucoup d’ambition, de volonté et de courage.

L’amalgame n’est qu’une preuve d’incompréhension de la réalité sociale, économique, environnementale et culturelle des territoires français océaniques. 
Il conduit à des aberrations comme, en récente date, la redistribution budgétaire à l’ensemble des territoires de la TVA NPR qui bénéficiait principalement à la Réunion, la Martinique et la Guadeloupe. Il fallait très certainement augmenter les budgets de l’ensemble des territoires, mais prendre à ceux déjà en grande difficulté est totalement injuste. 

Chaque territoire doit être pris à part. Pour tous les sujets. Seulement après avoir fait cette démarche, si certaines mesures font sens dans d’autres territoires, y compris métropolitains, on peut chercher une optimisation. Mais ça ne doit en aucun cas être le cap au départ.

Permettez-moi cette suggestion : au prochain Conseil Inter-ministériel des Outre-mers, invitez les dirigeants politiques de chaque territoire. Faites leur valider votre état d’avancement, vos 66 % .

 

Les citoyens des territoires océaniques ont besoin du concours solide et sérieux de la Nation toute entière, pas de slogans publicitaires. Les citoyens des territoires océaniques ont besoin de fixer en conscience leur cap de développement économique, pas de slogans publicitaires .
Les citoyens des territoires océaniques attendent un changement radical du regard trop souvent péjoratif que porte sur eux la gouvernance parisienne.
Les citoyens des territoires français océaniques attendent d’être considérés dans la singularité de leurs réalités culturelles, historiques, économiques, environnementales et sociales, extrêmement différente d’un territoire à l’autre :

Français de la Réunion et non ultramarin
Français de Mayotte et non ultramarin
Français de Wallis et Futuna et non ultramarin
Français de Polynésie et non ultramarin
Français de Nouvelle-Calédonie et non ultramarin
Français de Saint-Pierre-et-Miquelon et non ultramarin
Français de Saint-Barth et non ultramarin
Français de Saint-Martin et non ultramarin
Français de la Guadeloupe et non ultramarin
Français de la Martinique et non ultramarin
Français de la Guyane et non ultramarin

C’est de cette écoute-là, de ce respect-là, de cette ambition-là que naîtra la croissance à travers le développement d’une économie choisie par chacun et mise en réalité par la Nation toute entière.

Le chômage de masse en France océanique est le reflet de l’incurie des gouvernements qui se succèdent depuis 1945. 

Et seulement de cela.

 

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