Un dollar basé sur la dette : future monnaie de singe ?

Avec un déficit commercial d’environ 8.000 milliards de - dollars cumulé depuis 1971 -, les États-Unis ne produiront bientôt plus que de l’argent ce qui en fera la première exportation du pays. Ainsi un tel système monétaire adossant de la monnaie papier au crédit est-il adapté à un monde globalisé ? Pourrait-il s’effondrer faisant du dollar une monnaie de singe ?

Le dollar US : première exportation du pays

Les États-Unis et l’Occident en particulier fonctionnent sur un système monétaire adossé à un crédit inadapté dans un monde moderne. Un tel système ne peut survivre à un cycle de crédit complet car ce dernier enfle jusqu’à ce que la dette soit bien trop lourde. Comme les taux d’intérêt grimpent par la suite, le coût de la dette augmente au point que le système s’effondre.

Le système monétaire américain d’avant 1971 ne permettait qu’une quantité de crédit très limitée car les comptes nationaux étaient réglés en or – monnaie fiduciaire par excellence -. La France pouvait alors présenter les dollars qu’elle possédait et demander immédiatement au Trésor US de l’or en échange. A présent, elle doit les conserver et espérer la non-dépréciation de cette devise.

En tant que pierre angulaire du système monétaire international, le dollar reste très demandé. L’État américain en produit énormément, gonflant ainsi dangereusement sa masse monétaire et en faisant la première exportation du pays. Ce dernier dégage ainsi la plus haute marge de tous les produits d’exportations jamais fabriqués.

La loi de Say [1] précise bien que « l’achat d’un produit ne peut être fait qu’avec la valeur d’un autre ». Des biens doivent être produits pour pouvoir en acheter d’autres. Sauf qu’ici, c’est la devise de réserve mondiale qui est imprimée. Washington a donc le privilège exorbitant d’être en mesure de n’avoir à produire que de la monnaie.

Par conséquent, les usines qui auraient dû normalement fabriquer des produits nécessaires pour acheter d’autres produits à d’autres nations, en d’autres endroits, ont été délocalisées dans les pays émergents.

Selon le Bureau américain des statistiques de l’emploi, entre 1978 et 2010, les États-Unis ont perdu 78% de leurs travailleurs dans l’habillement, 69% dans les métaux primaires, 67% dans le textile et 26% dans les équipements de transport.

Le déficit commercial américain cumulé depuis 1971 atteignant approximativement les 8.000 milliards de dollars, c’est le point où l’échange « produits contre produits » devient déséquilibré. En effet, c’est à ce niveau que les étrangers produisent des biens alors que les Américains ne produisent que de l’argent.

En prenant pour hypothèse que la composante « main-d’œuvre » des biens se monte à 50%, les travailleurs américains auraient ainsi laissé échapper l’équivalent de 4.000 milliards de dollars de revenus. Si l’on répartit cette somme sur l’intégralité de la main-d’œuvre masculine de ce pays, chacun en serait plus riche de 80.000 $. Sans le recul général de leur industrie, les Américains auraient désormais plus d’emplois et des salaires plus élevés.

Le dollar actuel : un fardeau pour l’Américain moyen

Dans les années cinquante, le travailleur américain pouvait subvenir aux besoins de sa famille. Aujourd’hui, comme ses principales dépenses ont littéralement explosé, il peine à subvenir à ses propres besoins. Il doit travailler deux fois plus pour s’acheter une nouvelle voiture et une nouvelle maison.

Selon le gouvernement US, les prix des soins de santé pro capite [2] auraient - quant à eux - été multipliés par dix sur la même période et devraient donc coûter environ 1.000 $. Or ils sont passés de 100 $ en 1950 à 9.000 $ aujourd’hui.

Il y a soixante ans, l’Américain moyen gagnait environ 60 $ par semaine et consacrait moins de sept semaines de travail pour couvrir les dépenses de santé d’une famille de quatre personnes. Aujourd’hui pour un salaire de 30.000 $/an, une même famille devrait consacrer environ 36.000 $ rien qu’en dépenses de santé !

Un moyen de détourner la richesse des masses populaires vers une minorité d’initiés ?

L’argent basé sur le crédit est de l’argent facile qui se transforme en dette. Cette dernière appauvrit les peuples et permet à une élite de s’emparer du pouvoir et de l’argent.

La monnaie basée sur le métal précieux est une limite naturelle à la capacité d’une minorité à dépouiller le reste de la population. Il est relativement plus difficile de créer des montages financiers adossant des pièces d’or et d’argent à du crédit que ceux associant de la monnaie papier à une autre forme de crédit. Les quantités d’or et d’argent étant limitées, quand Paris se présente au Trésor américain dollars en main, ce dernier doit honorer l’échange sans quoi il est en défaut de paiement.

En prenant le contrôle de cette devise, les gouvernements l’ont épisodiquement utilisée comme un moyen de détourner la richesse des masses populaires vers un cercle restreint d’initiés. Les résultats en sont visibles en réexaminant les effets sur le salaire d’un Américain moyen contemporain. Nourriture, carburant, automobile, logement et soins de santé coûtent à peu près le double pour atteindre le même niveau de vie qu’en 1950.

Où s’en est allé tout ce revenu supplémentaire ? En partie à la Chine, aux autres concurrents des États-Unis, aux classes dominantes et… en fumée. Maxence DAGHER

 

[1] En économie, la loi de Say (ou loi des débouchés) est attribuée à l'industriel et économiste français Jean-Baptiste Say. Elle est surtout connue sous l'interprétation qu'en a donnée John Maynard Keynes, résumée par l'affirmation lapidaire : « l'offre crée sa propre demande », autrement dit que la création d'un bien trouve toujours un débouché. Interprétation, car Jean-Baptiste Say, en défenseur du libéralisme économique, prône avant tout l'équilibre naturel de l'offre et de la demande, sans intervention de l'État (voir : le concept de demande effective, le libre-échange, le principe d'autorégulation de l’économie de marché). (Source Wikipedia)

[2] Coût par personne et par an.

 

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