Euro : rempart contre les chocs exogènes et les crises ?
Maxence DAGHER
L’attaque des courtiers de Walls Street vise à une plus grande volatilité paneuropéenne des taux d’intérêts de bons du trésor et des taux de change des monnaies transformant ainsi les problèmes d’endettements publics et privés en des gains gigantesques. Ils parient sur un défaut de paiement des dettes souveraines et sur la dislocation de la zone euro sous des chocs exogènes répétés. Aussi une économie de plus grande envergure que celles des États-Unis doit se donner la marge de manœuvre et la lisibilité qui la débarrassera des spéculateurs. L’Union, en instaurant le fonds de stabilisation européen, affirme ainsi sa détermination de redressement et celle du reste de sa périphérie évitant les défauts de paiements d’autres pays, la défection de monnaies de la zone euro, la dépréciation de l’euro et l’effondrement de tout le processus de construction européen. Afin d’achever l’élaboration de la monnaie unique, l’UE27 va devoir compléter l’union monétaire par une union économique et politique très puissante tout en amorçant avec les autres grands acteurs économiques une réforme radicale de la finance internationale métastasée si peu utile à l’économie réelle. Elle invente ainsi une nouvelle économie européenne autour d’un nouveau projet supranational et démontre encore une fois que l’on progresse dans la difficulté.
Les monnaies sont des armes économiques contre les dysfonctionnements équivalents à un cloisonnement du marché.
En raison du développement des échanges commerciaux mondiaux dans une division internationale du travail, les pays se spécialisent dans les secteurs où ils sont le plus compétitifs et se regroupent en grandes régions économiques interdépendantes dans une logique de concurrence, où chacune cherche à augmenter ses échanges intérieurs tout en les régulant avec le reste du monde, afin d’exploiter la complémentarité de leurs synergies et former un marché intérieur important. Les monnaies deviennent donc une arme économique.
La crise économique globale et l’instauration du marché mondial provoquent des turbulences responsables de l’élargissement de la demande de fluctuation de plusieurs monnaies, avec dévaluation dans un système de taux de change quai flottant. Ceci entraîne des pertes de marché considérables pour les entreprises exportatrices, les pénalisant en empêchant le commerce de porter sur la qualité des produits, des services, des capitaux et de l’avance technologique. La compétitivité est alors assurée par le biais des dévaluations à très court terme des parités monétaires, entre autre le dollar.
Ces désordres monétaires sont des dysfonctionnements équivalents à un cloisonnement du marché, les grandes variations de monnaies étant des barrières comme les tarifs de droit de douanes entre les pays.
Des bienfaits de l’euro.
L’Europe, première puissance économique mondiale, paie une grande partie de ses échanges en dollars dont le cours varie selon des intérêts qui ne sont pas les siens. Aussi, sans monnaie unique, les monnaies européennes étaient condamnées dans la compétition globale.
En permettant à l’Europe de libeller ses échanges en une monnaie unique, l’euro, introduit une stabilité monétaire majeure et réduit sa dépendance vis à vis des fluctuations erratiques d’un dollar sous-évalué et d’un yen surévalué. Il représente donc une protection collective dans un commerce mondial au système monétaire tripolaire entre euro, dollar et yen.
La monnaie unique a remplacé les opérations entre le dollar et les différentes monnaies européennes par des transactions de volume identique totales entre le dollar et l’euro. Le volume des opérations dollar/euro et yen/euro s’étant accrues fortement, elles constituent une source très importante de revenus pour les banques et compensent leurs pertes de rémunérations perçues sur les opérations de change intra européennes, le dollar entrant dans 83% des transactions au niveau mondial. Ainsi l’euro augmente les flux d’investissements mondiaux vers l’Europe.
Sur les marchés extérieurs où une grande partie des exportations est facturée en dollar, l’euro - monnaie régionale forte - en supprimant les risques de change permet aux grandes entreprises exportatrices européennes de vendre leurs produits et leurs services dans leur propre monnaie facilitant leurs opérations de facturation, de virement et de trésorerie, tout en diminuant énormément leurs coûts et améliorant la lisibilité de leurs comptes et l’appréciation de leurs performances.
En facilitant le développement d’activités exportatrices à l’intérieur du marché unique européen, l’euro reste son complément nécessaire et lui donne une meilleure fluidité et une meilleure lisibilité en termes de marché et d’investissement qu’il aide par le biais de la baisse et du maintien à bas niveau des taux d’intérêts.
Pour les particuliers et les consommateurs, un euro fort et stable fondé entre autres sur un très faible taux d’inflation induit la stabilité des prix et des revenus garantissant ainsi la sécurité de l’épargne, des revenus, des salaires et des retraites.
La monnaie unique est au premier rang des instruments de règlement internationaux et des devises de réserve des banques centrales et garantit une bonne gestion des finances publiques des états membres. L’Europe est ainsi très attractive pour l’épargne.
Les Allemands privilégient une très faible inflation, pilier du deutschemark/euro et du miracle économique germanique. Cette orthodoxie de la rigueur est appliquée par la BCE (Banque Centrale Européenne) qui surveille la stabilité des prix et de l’euro en adaptant sa politique monétaire et en la coordonnant aux politiques économiques des États participants, afin d’assurer et de maintenir les critères de convergence du Traité de Maastricht. Ce dernier présente des similarités avec la conditionnalité du FMI tout en différant de celle-ci. Néanmoins, ces critères permettent une certaine souplesse dans le respect de la discipline budgétaire en matière de déficit et d’endettement public des États membres. Ils sont aussi partiellement responsables via l’assainissement des finances publiques avec la mondialisation, l’évolution technologique, la démographie, les rigidités du marché du travail, et les réformes structurelles, du ralentissement de l’activité et de l’augmentation du chômage. Par ces sacrifices, l’euro s’impose ainsi comme l’une des trois monnaies les plus stables au monde avec le franc suisse et le yen.
Crise grecque, détonateur potentiel de la crise de la dette souveraine avec risque de dislocation de la zone euro.
L’effondrement financier global et la grande récession résultant de la crise du crédit hypothécaire de l’immobilier résidentiel US qui a dangereusement endetté les États, préparent le terrain à la crise de la dette souveraine susceptible de balayer les nations de l’économie désormais globalisée.
Juste après son entrée dans l’Union en 2000, la banque privée Goldman Sachs est intervenue en 2001 pour masquer secrètement le déficit budgétaire en aidant le gouvernement grec à déplacer des passifs en dehors du budget de l’État en construisant des entités off-shore et des swaps dérivés complexes qui ont été au cœur de l’effondrement du système bancaire américain il y a un an et demi. Ces spéculateurs institutionnels financiers de premier ordre de Wall Street - au nombre d’une dizaine d’acteurs - parient via les marchés financiers globaux sur un défaut de paiement de la dette grecque et de la dislocation de la zone euro.
Bien que le Produit Intérieur Brut grec ne représente que 3% du PIB européen, avec un déficit budgétaire actuellement à 13,7 % du PIB, une dette dépassant 400 milliards de dollars / 300 milliards d’euros, soit 114% du PIB, la crise fiscale grecque pourrait très bien être le détonateur de la crise de la dette souveraine globale alors que la communauté internationale sort à peine de la dernière crise.
Aussi la Grèce, État souverain qui n’est pas en faillite, sous l’impulsion de l’UE, afin de désamorcer l’actuelle crise économique - en gestation depuis des décennies - entreprend des réformes radicales urgentes d’austérité et effectue des coupes très profondes tout en resserrant son contrôle sur son économie afin d’éviter de faire défaut sur ses prêts avec rééchelonnement et renégociation de sa dette, la majorité des sacrifices et des factures étant assumée par sa population. Par conséquent, elle affirme sa détermination de redressement et celle du reste de la périphérie européenne évitant des défauts sur dettes d’une succession d’autres pays, la défection de monnaies dans la zone euro, la dépréciation de l’euro - déjà sous attaques des spéculateurs - et l’effondrement de tout le processus de construction européen en cours via l’unification par la monnaie.
L’aide annoncée de 110 milliards d’euros à hauteur de 80 milliards pour l’Europe et 30 milliards pour le Fonds Monétaire International à taux d’intérêt de 5% permet de garantir les bons du trésor grecs exactement comme l’a fait la FDIC - Federal Deposit Insurance Corporation - pour les banques américaines. Elle a été étendue aux fonds des marchés monétaires après l’effondrement de Lehman Brothers en 2008. Les gouvernements européens peuvent ainsi acheter des bons du trésor grecs et encourager les banques publiques et privées à faire de même.
Ainsi Athènes est aidée par 320 millions d’européens et reste soutenue par une économie de plus grande envergure que celle des États-Unis. Ce soutien européen lui donne la marge de manœuvre et de la visibilité qui la débarrassera des spéculateurs et lui permettra de se concentrer sur la restructuration de l’économie nationale.
Les spéculateurs se font déjà une joie de perturber cette convalescence en augmentant le taux d’intérêt de la dette grecque désormais au taux record de 11%.
La Grèce souhaiterait stabiliser son marché des bons du trésor car elle risque d’être rejetée du marché du crédit et de ne plus pouvoir emprunter.
Ce petit marché d’environ 2 milliards d’euros est une proie facile pour les spéculateurs de Wall Street. En l’attaquant, les courtiers jouent sur une plus grande volatilité paneuropéenne des taux d’intérêts de bons du trésor et des taux de change des monnaies, transformant ainsi les problèmes d’une petite nation en des gains gigantesques pour les instituts financiers new-yorkais.
En cela, Wall Street peut remercier l’administration Obama pour ses refus répétés de limiter de telles activités - en dépit des appels européens depuis 2008 de réguler conjointement les marchés financiers globaux,- ce qui permet à l’activité des courtiers de rester légale.
De fait, des profits de courtage immédiats et massifs permettent à des banques comme Goldman, Citi, JP Morgan, Barclays, de reconstruire leurs bilans sans fournir les prêts dont les économies réelles des États-Unis et de l’Europe ont besoin pour se remettre de la dernière crise.
Cependant, l’attaque spéculatrice contre la zone euro pourrait bien enclencher une réaction en chaîne qui tirera vers le bas le Portugal, l’Irlande, l’Espagne et peut-être l’Italie et le Royaume-Uni alors que les États-Unis, l’Europe et le reste du monde récupèrent péniblement de la dernière crise des « subprimes ».
L’attaque spéculatrice a un prix très élevé et pas seulement pour la Grèce. Pour l’Europe, cela veut dire un effet domino du crédit et du crédit fiscal parmi les économies européennes affaiblies, augmentant encore plus les coûts de l’emprunt. Pour l’Amérique, un euro affaibli –ayant perdu 10% de sa valeur contre le dollar ces trois derniers mois – signifie une appréciation du dollar ; ce qui induit une augmentation du déficit de la balance des paiements US. Ceci n’est pas la meilleure stratégie pour aider l’Amérique à sortir de sa propre crise, et encore moins pour doubler les exportations américaines durant les 5 prochaines années.
Il nous faut contrer le jeu dangereux des courtiers et le risque qu’ils font encourir à tous. Tout défaut souverain grec pourrait nous entraîner dans une nouvelle crise financière globale.
Le risque existe, suite à des chocs exogènes répétés, qu’un petit groupe de pays faibles et fragiles, ayant adopté la monnaie unique, incapables de faire tendre les déficits budgétaires et l’endettement public, ne soient responsables de la dislocation de l’Union Européenne par scission du marché unique en deux. Ainsi deux zones coexisteraient, risquant d’engendrer une séparation définitive, ces deux blocs de pays ayant des objectifs différents avec une stratégie spécifique. Le risque principal reste le statu quo, mais le relâchement des efforts de politique budgétaire des États participants ne doit pas être sous-estimé afin de maintenir un euro fort et stable.
Économie américaine en pleine mutation de développement de ses exportations financée par une Chine à la croissance fragile et de mauvaise qualité.
Lors de la dernière crise, la dépréciation du dollar par rapport au yen et à l’euro - monnaies de ses principaux concurrents - s’est globalisée entraînant un effritement d’autres devises malgré l’intervention des banques centrales, les capitaux quittant le dollar pour prendre position dans les monnaies refuges - euro et franc suisse - ce qui pénalise les exportations européennes vers les États-Unis.
L’économie américaine est en pleine mutation car son objectif est de développer ses exportations et en faire la source essentielle de sa croissance et de création d’emplois. Elle utilise ainsi sa monnaie comme arme pour forcer, entre autres, les barrières protectionnistes japonaises en rendant les produits américains attractifs et compétitifs à très court terme en jouant à la baisse sur la valeur de sa monnaie, et signe ainsi l’arrêt de mort du marché unique, de la libre circulation des marchandises, des services et des capitaux. De plus, un dollar faible permet de combler les énormes déficits budgétaires et commerciaux des Etats-Unis qui vivent à crédit car le dollar est la seule réserve de monnaie mondiale. L’euro barre la route à de tels projets.
L’Administration, ainsi que les milieux d’affaires financiers et industriels américains, considèrent l’euro comme une menace et sont frappés par l’ampleur et la qualité des programmes économiques mis en œuvre. Ils voient, avec affolement, l’inéluctable avènement de l’euro, sonnant le glas du dollar. Aussi, ils s’appliquent à saboter l’émergence de ce nouveau rival et s’empressent d’empêcher la pérennité d’une économie européenne créditrice, effaçant le privilège du dollar. Il faut donc s’attendre à de nouvelles turbulences monétaires provoquées par de forts mouvements spéculatifs.
L’Amérique, premier marché d’exportations chinoises - yuan sous-estimé de 40% - a son économie plombée par le chômage et la dette, que finance une Chine devenue ainsi son banquier.
Cette croissance chinoise - de 10,8% depuis 2008 et actuellement à 11-12% - est axée sur les exportations, avec une économie en situation de plein emploi, génère une pression inflationniste et favorise l’apparition d’une bulle spéculative immobilière par recyclage de l’emprunt bancaire. Elle reste donc fragile et de mauvaise qualité avec un risque de surchauffe dû à un taux d’inflation passant du négatif à 2,2% avec une probable légère évaluation du yuan à la clé.
Déjà concurrentes, l’économie chinoise sera bientôt plus grande que l’économie US, alors la Chine axera sa croissance sur sa consommation intérieure et aura moins besoin de financer l’économie américaine. Ainsi, le partenariat cessera.
Une nouvelle crise de l’immobilier commercial américain se profile à l’horizon 2012 dans un système financier global métastasé.
Une nouvelle crise de l’immobilier commercial américain se profile à l’horizon 2012 et risque d’entraîner dans sa chute, en plus des États-Unis, surtout le Royaume-Uni, pays développé au déficit budgétaire et à l’endettement le plus important ; tout en affaiblissant encore plus le Japon déjà lourdement endetté et dont la croissance actuelle reste très fragile car axée sur ses exportations vers la Chine et une expansion de ses dépenses gouvernementales financée par de la dette.
La crise des « subprimes » a commencé avec les produits dérivés, les positions nulles sur produits dérivés et la fonction assurantielle des instituts financiers et des banques. Mr. Henry M. Paulson, homme d’affaires, ancien Président Directeur Général de la Goldman Sachs nommé le 30 mai 2006 par le Président Bush Secrétaire du Trésor des Etats-Unis a contribué à mettre tous les actifs toxiques des fonds spéculatifs dans une seule structure et a demandé à Goldman Sachs de les vendre et aux grandes compagnies d’assurance US - comme American International Group Inc. (AIG) - de les assurer. Les investisseurs ont ainsi perdu des milliards de dollars, Goldman Sachs ne les informant pas de ce qu’elle leur vendait, les trompant sur le contenu des actifs achetés et sur le risque qu’ils encourraient. Cette entreprise a ainsi perdu toute crédibilité sur le marché.
Où peut aller un marché qui n’informe pas sur ce qu’il y a dans ses produits ? En ce moment, des titres au contenu inconnu sont achetés et vendus sans aucune transparence ni responsabilité financière. Personne ne vérifie les états financiers des grandes entreprises de courtage d’une industrie qui doit être restructurée.
Les banques responsables de cette crise sont trop grandes et devraient être démembrées en des structures plus petites et plus contrôlables. Or, à ce jour, il n’y a pas d’incitation du côté régulataire pour trouver une solution au contrôle de ces organismes.
Certaines banques privées négocient des CDS - crédit défault swaps - qui sont des assurances garantissant le paiement des obligations jusqu’à leurs termes. Ces banques prêtent donc de l’argent en spéculant que les pays ne pourront pas rembourser leurs dettes.
La crise du crédit hypothécaire et de ses excès montre l’insuffisance des mécanismes de contrôles et les défauts de l’organisation de la régulation où l’autorégulation trop lente des marchés globaux, qui fonctionnent mal, fait aboutir à des risques systémiques énormes.
Ces fondamentaux des mécanismes n’ont toujours pas changé et présentent encore les mêmes paramètres de risque. Aussi, les règles du système devraient être changées en fonction d’incitations puissantes venant de la part du gouvernement US. Si tel n’est pas le cas, elles le seront d’une autre manière quand de nouveaux méfaits seront commis sous une autre forme technique bien camouflée qui prendront du temps à être repérés.
Il faut donc œuvrer à une plus grande transparence des informations sur le courtage des produits financiers et augmenter le contrôle sur les états financiers des grands instituts de Wall Street par de nouvelles agences fédérales indépendantes qui remplaceront les actuelles 115 entités fédérales ayant échoué dans leur mission de surveillance.
Les marchés financiers devraient être générateurs de richesse ce qui n’est pas le cas. Ils sont totalement incontrôlables.
La spéculation des "traders" de banque déstabilise les marchés et augmente la volatilité des prix tout en augmentant l’industrialisation de la "titrisation". Cette activité de marché, souvent avec de l’argent public, devient très rentable se substituant ainsi à la dé-industrialisation.
Aussi les marchés financiers mondiaux servent très peu l’économie réelle qu’ils stérilisent et déstabilisent par la disparition de l’épargne. Dans les faits, une finance internationale très développée n’est plus une obligation économique. Sa réforme et son encadrement s’imposent.
En 2008 il y a eu un sauvetage de dernière minute du système métastasé de Wall Street et ce cancer n’est pas en phase de rémission. Sans une réforme radicale il est condamné.
Les fondamentaux sur les économies réelles restent bons. Le problème se trouve dans le domaine financier qui, s’il est résolu, permettra un bon sentier de croissance. Néanmoins, il faudra une décennie pour sortir de la crise. Autrement il y a risque de mainmise des États lourdement endettés sur les paradis fiscaux, manne de gisement de revenus "fiscalisables".
Invention d’une nouvelle économie européenne autour d’un nouveau projet supranational.
L’économie mondiale via la crise des « subprimes », qui a transformé de la dette privée en dette publique, privatisant ainsi les profits et socialisant les pertes, force l’eurozone à faire face au surendettement des États. L’UE27 doit donc le réduire sous la pression accélérée des marchés tout en se ménageant un sentier de croissance ; la sauvegarde de l’euro est à ce prix. Alors les spéculateurs qui attaquent aujourd’hui l’Europe s’acharneront demain sur la Grande-Bretagne et les États-Unis afin de les déstabiliser.
Le fonds de stabilisation européen est un sauvetage très risqué pour l’Europe.
La mise en place, somme toute rapide, le 9 mai 2010 du plan de stabilisation européen qui coïncide avec la déclaration de M. Robert Schuman - Ministre français des Affaires Étrangères - le 9 mai 1950, est un message envoyé aux courtiers de Wall Street les informant que l’Union compte bien se défendre et qu’elle barrera la route à la spéculation.
Le fonds de stabilisation européen, mis en place avec la collaboration du FMI qui a une longue expérience dans le domaine des déficits budgétaires ainsi que des restructurations et rééchelonnement de dettes, est architecturé à deux étages. Un premier étage de 60 milliards d’euros de prêt (facilité de crédit) de la CE assortis d’un taux d’intérêt de 5% qu’elle empruntera sur les marchés financiers avec la garantie des États, pour ensuite les prêter aux pays en difficultés avec, en échange, des conditions sévères d’austérité. S’ajoute un autre système de prêt par les pays de la zone euro, soit un deuxième étage s’appuyant, lui, sur 430 milliards d’euros levés sur les marchés financiers pour racheter la dette des pays membres en difficulté, à des conditions similaires à celles imposées par le FMI, sous forme de garanties et de prêt bilatéraux alloués pour trois ans par les États européens pour les États membres en difficulté. 250 milliards d’euros de prêt du FMI viennent renforcer ce dispositif. Ce coussin financier de 750 milliards d’euros - donne une gifle magistrale aux spéculateurs contre l’euro qui ont cependant fait d’énormes profits avant sa mise en place - les banques US gagnant aux alentours de 100 millions de dollars par jour pendant trois mois. Des prêts intergouvernementaux pourraient être émis dans un second temps.
C’est donc une armada richement dotée et diversifiée qui a été mise au service de l’euro, dans l’espoir de dissuader les attaques spéculatives. La CE a ainsi sauvé, renforcé et protégé l’euro - monnaie commune unique dans l’histoire des nations - pour la sécurité de chaque épargnant mais sans garantie de stabilité durable.
Aussi ce sauvetage est très risqué car des États - déjà très endettés - le sont désormais encore plus. Il faut à nouveau éviter aux banques la faillite et encore une fois transférer leurs risques vers les États. Comme le plan Paulson aux USA, on assiste à un renflouement par la puissance publique.
Ce fonds de stabilisation européen a arrêté la contagion de la crise grecque et fait reculer les spéculateurs en redonnant confiance et en rassurant les marchés qui ne manqueront donc pas de liquidités évitant ainsi sa propagation de passer de l’UE aux USA.
La BCE devient un instrument fondamental.
De plus, afin de stabiliser le marché, la BCE, dont le rôle a été redéfini par rapport au FMI, et toutes les banques centrales de l’Union - suivie en ce sens par plusieurs banques publiques et privées - sont autorisées à racheter les dettes souveraines et privées des États membres. Elle peut donc prêter de l’argent et créer de la monnaie en achetant des obligations lors de l’augmentation des taux d’intérêt. Aussi, elle vient d’acquérir de la dette grecque et celles d’autres pays en difficulté. Néanmoins, c’est à l’Union européenne d’emprunter, pas à la BCE, car dans le cas contraire, on passerait de la dette privée à de la dette publique et de la dette publique à la planche à billets signant ainsi l’arrêt de mort d’un euro stable, rêve secret des Anglo-Saxons.
Cette extension de pouvoir qui permet son intervention pour un meilleur fonctionnement de la zone euro est une première. Ainsi - fait unique et impossible auparavant - la Grèce ne pouvant pas dévaluer sa monnaie actuelle, si elle a besoin d’argent, la BCE le lui prêtera. Techniquement ce pays n’a plus besoin de se financer sur les marchés globaux et peut le faire auprès de Francfort qui achète ses bons du trésor et lui prête en contrepartie avec une relance du risque inflationniste par réactivation de la politique monétaire. Par conséquent, les États peuvent faire appel à la CE pour l’obtention d’un prêt souverain. Le fait de prêter à Athènes est une révolution, un reniement. La Communauté vient de se doter d’un moyen d’intervention.
Ainsi la Banque Centrale Européenne devient l’agent fiscal des pays les plus faibles de l’UE qui, en contrepartie de cette aide, devront diminuer leurs déficits budgétaires et prendre des mesures d’austérité très strictes. L’ère des politiques budgétaires différentes est révolue. A une monnaie unique correspondra dorénavant une seule politique budgétaire commune.
Sans la pression des spéculateurs, l’Europe aurait mis des années à prendre des décisions lourdes de conséquences - quant au système d’endettement et aux modes d’intervention de la BCE - adoptées ce 9 mai 2010.
L’Union montre, par cet acte politique fondateur fort, qu’elle est capable de mettre en place rapidement de la solidarité et du fédéralisme et faire fi de tous les traités et règles afin d’avoir une réponse adaptée et appropriée à la situation actuelle. Elle a réussi le tour de force d’obtenir rapidement à la fois l’accord du Conseil de l’Europe, de la Commission Européenne et du Parlement Européen malgré un problème juridique colossal dû à la gravité de la crise, des États pouvant faire faillite.
L’intervention de Francfort sur les marchés obligataires a été décisive et a apporté de la cohérence dans l’instauration d’une politique économique commune. L’Europe démontre ainsi que quelques spéculateurs ne peuvent défaire ce que des générations ont construit.
Cette décision change la donne et réduit le risque systémique car le secteur bancaire qui porte la dette de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal va mieux, le risque qui y est associé ayant diminué. Cependant, les marchés vont tester la volonté des États de mettre en œuvre le plan de stabilisation européen. Aussi, toute attaque sur l’Espagne aura des répercussions sur la France et l’Allemagne en raison de la mutualisation des risques. Ainsi, l’eurogroupe fait face à l’éventualité d’une crise généralisée d’ici deux ou trois ans.
Les signatures les plus sûres de la zone euro sont celles de l’Allemagne et de la France, les moins sûres sont celles de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne. En ce moment, les grands investisseurs vendent de la dette grecque, portugaise et espagnole pour acheter de la dette française et allemande, valeurs refuges, ce qui provoque la crise actuelle. Les grands gagnants étant les bons du trésor américains et les emprunts obligataires allemands.
Actuellement les « spreads » augmentent entre les obligations allemandes et espagnoles. La prime que les investisseurs demandent pour détenir de la dette espagnole, italienne ou française, à dix ans, plutôt que des obligations allemandes évolue à la hausse, les investisseurs étant à la recherche de valeurs sures. L’écart de rendement entre les obligations espagnoles et allemandes est au plus haut depuis la création de l’euro. Des outils nouveaux sont en cours de création, la différence de taux d’intérêts étant probablement la prochaine cible des spéculateurs.
Ici, la BCE devient un instrument fondamental. Si elle n’arrive plus à contrôler les taux d’intérêt des prêts, la situation deviendra encore plus dangereuse. L’Allemagne et la France devront s’endetter pour financer l’Espagne et alors les marchés se méfieront de toute la dette publique de la zone euro, et - prenant peur - se porteront vendeurs de l’ensemble de la dette de l’UE16. La France qui s’endette actuellement à un taux faible de 3,5% peut alors passer à un taux de 4,5% soit un service supplémentaire de 12 à 15 milliards d’euros par an ce qui représente 2 points de PIB. Si cela arrivait, l’euro déprécierait davantage plongeant alors l’Union dans une crise bien plus grave.
Dans « la guerre contre les marchés », la stratégie de « puissance de feu massive » mise en place par l’Union n’aura d’effets qu’à court terme en écartant momentanément les dangers de défaut de paiement de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne. Néanmoins les problèmes de dette demeurent à plus long terme et devront être résolus de manière ordonnée.
Des plans de rigueur sont à venir. Il est donc souhaitable que tous les États européens se comportent comme l’Allemagne en instaurant une bonne gouvernance économique avec modération salariale.
L’Occident - en perte de vitesse démographique - a cessé de croître sans accepter de baisser son niveau de vie et a donc emprunté.
Selon Jacques Attali, ingénieur et économiste de formation, haut-fonctionnaire ayant présidé la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) au début des années 90, la situation dramatique dans laquelle se trouve l’Union européenne en raison de la crise, avec des déficits qui explosent et un euro qui s’enfonce, était prévisible et son schéma d’ensemble est très simple à comprendre. Le monde a connu une croissance exceptionnelle jusqu’à il y a 30 ans. Mais l’Occident, fatigué, en perte de vitesse démographique, a - lui - cessé de croître sans pour autant accepter de baisser son niveau de vie, conséquence de cette perte de vitalité. Il a donc emprunté. Le Japon, les États-Unis et l’Europe ont multiplié les dettes publiques et privées.
En 2007, la dette américaine, publique et privée, représentait 350% du PIB, contre « seulement » 250% en 1929. Ce cycle ne pouvait durer. Il s’est arrêté brutalement à l’été 2007, quand les banques ont réalisé que de très nombreux emprunts privés américains ne valaient plus rien.
Malgré un endettement gigantesque, le Japon et les Etats-Unis ne sont pas autant pénalisés que l’Europe.
Le Japon et les États-Unis accusent également un endettement gigantesque sans toutefois être pénalisés autant que l’Europe. Contrairement à l’extraordinaire dynamisme américain lui conférant une telle crédibilité qu’il peut continuer à recevoir l’argent des autres nations, le Japon souffre d’une dette deux fois plus élevée proportionnellement que celle de l’Union qu’il peut gérer seul, s’il le décide, grâce a ses moyens financiers.
Il faut en finir avec les déficits et traiter les causes profondes de la crise, c’est-à-dire l’endettement des États.
Durant ces deux dernières décennies de bonne conjoncture industrielle financée par une extraordinaire augmentation de la dette agissant comme une bulle spéculative, les États européens n’ont pas été vertueux, s’adonnant à un laxisme budgétaire. L’état des comptes publics de la Grèce était connu, néanmoins elle continuait à emprunter sur les marchés au taux de l’Allemagne. Les États et les entreprises européennes ont ainsi vécu dix ans grâce à l’excédent allemand sur les marchés financiers avec très peu de risques. La crise grecque est une crise de confiance envers les pays européens et leur capacité à rembourser leurs dettes car, depuis les années 70, ils sont en situation financière critique, sans croissance, où la moindre étincelle peut provoquer une explosion.
L’extraordinaire développement de l’endettement privé dans les pays anglo-saxons et la socialisation de l’endettement en Europe, en France tout particulièrement, accentue la nécessité de rebâtir un consensus politique permettant un ajustement budgétaire et une niche fiscale.
L’Union européenne semble avoir remporté le bras de fer contre les marchés spéculatifs. Cependant, si elle ne s’attaque pas, d’ici deux à trois ans, aux causes profondes de la crise, c’est-à-dire à l’endettement des États, la somme engagée dans le plan de stabilité n’aura été qu’un cataplasme inutile sur la « plaie des déficits ». Ces derniers vont devoir s’ajuster et se restructurer en augmentant leurs impôts et en diminuant leurs dépenses avec pour conséquence une faible croissance.
La clause de « no bail-out », de non-renflouement, du traité de Maastricht n’a plus cours. Toutefois on ne sait pas encore jusqu’à quel point la modification apportée à ce traité conduira à une plus grande intégration des politiques économiques.
Pour rassurer durablement les marchés, la zone euro va donc devoir se doter d’une discipline budgétaire efficace – en menant des politiques fiscales responsables - et durcir les critères d’adhésion.
Les récentes propositions du Commissaire européen Oli Rehn sont très importantes car elles donneront la possibilité à la zone euro de devenir plus forte en termes de coordination économique et fiscale via un programme de réformes utiles qui va améliorer la méthode de travail de cette zone.
D’autres attaques valideront le sérieux des États.
Selon Jacques Attali, les marchés vont essayer de tester la volonté des États et probablement attaquer le Portugal, l’Espagne, l’Italie et la Grande-Bretagne (très mal placée aussi). On peut donc anticiper d’autres attaques visant à vérifier le sérieux des États.
Selon Dominique Strauss-Kahn - Directeur général du FMI – les marchés n’ont aucune pitié pour les pays dépensiers. La tragédie grecque, devenue ensuite européenne, impose de payer ses dettes.
Seule solution : création d’une agence européenne du Trésor pour l’émission de bons du trésor.
Dans la crise américaine des « subprimes » devenue crise mondiale des banques, les États n’ont fait que transférer sur les contribuables de la dette privée. Ainsi elle s’est transformée en une crise de la dette publique d’environ 7 ou 8 trillions de dollars.
Si le plan de stabilisation ne suffit pas, il va falloir trouver d’autres solutions. Selon Jacques Attali, à l’exception d’un rééchelonnement de la dette – comme dans les années 30 - qui ruinerait les épargnants, sept solutions possibles existent. Appliquer une politique de rigueur qui baisse les dépenses publiques, augmenter des impôts déjà très élevés, baisser des taux d’intérêt déjà très bas ce qui devient quasi-impossible, trouver un État ou une institution capable de payer pour les autres, se résoudre à un financement inflationniste (impossible vu l’intransigeance allemande) ou obtenir une relance économique par le déclenchement d’une guerre. Une seule solution sérieuse existe, celle de la croissance.
Or les gouvernements européens, à ce jour, n’ont toujours pas pris la seule décision possible dans cette situation : se donner du temps en créant d’urgence des bons du Trésor européens qui empruntent au nom de l’Europe – seul emprunteur crédible - en plus du plan actuel. Aujourd’hui, l’Union comme entité, n’a pas de dettes et peut donc emprunter immédiatement des sommes colossales excédent 1000 milliards d’euros. L’unique solution possible est de consolider les véritables mécanismes européens de réaction induisant une croissance indispensable pour réduire la dette en faisant les économies nécessaires. Ceci rassurerait les marchés sur les capacités de l’UE27 à résister à la crise.
Cette stratégie n’est pas nouvelle, l’Union européenne ayant déjà eu recours, par le passé, à des plans d’urgence pour se porter à la rescousse de la Hongrie ou de la Lettonie. Elle peut rapidement mettre en œuvre de telles mesures pour les États membres de la zone euro sans attendre les deux ans nécessaires à la modification de la constitution allemande. Malheureusement, une décision de cette envergure n’est pas à l’ordre du jour.
Créer un fonds européen qui puisse emprunter, c’est se doter d’un instrument indispensable dans cette crise. Si ces mesures avaient été prises il y a six mois, la crise grecque n’aurait pas éclaté. Malheureusement cet excellent plan à 750 milliards d’euros pourrait se révéler insuffisant, ses mécanismes étant trop complexes et portant sur des montants trop faibles car il ne représente que le quart de la dette du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie et de l’Irlande ; d’autant qu’il faut trouver des moyens de contraindre les pays très endettés à réduire leur dette.
L’explosion accentuée par la faillite de Lehman Brothers, en septembre 2008, a transféré la dette privée vers les États donc vers les contribuables. Devenue publique, elle a continué d’augmenter, inexorablement car on continue à emprunter. Les G-20 successifs ont été vain et rien n’a été fait en dix-huit mois. Le Grèce, dont les difficultés étaient évidentes depuis longtemps, a allumé la mèche de la dette publique, comme Lehman celle de la dette privée.
La seule solution est une combinaison graduelle et douce à la fois d’une politique fiscale et budgétaire ainsi que d’une capacité d’emprunts commune aux 27 pays de l’UE tout en interdisant l’exercice d’activités spéculatrices pariant sur un effondrement financier des États membres.
Seul un État fédéral européen sera capable d’assumer les dettes des différents États membres de l’Union qui souffrent d’une épargne faible sinon l’édifice entier s’effondrera et l’euro disparaîtra. Aussi l’Allemagne porte une responsabilité écrasante dans la création d’un Fonds monétaire européen et le lancement des bons du Trésor de l’UE. Il faut rapidement un ministre des Finances européen et une agence européenne du Trésor. Si cette décision tarde à venir, l’euro s’écroulera et l’Allemagne et les Pays-Bas s’en iront.
La spéculation des banques n’a pas cessé dans un système aux mains de la finance internationale.
Les banques continuent à spéculer exactement comme avant. Rien n’a changé dans un système entièrement entre les mains de la finance internationale. La crise des finances privées a engendré la crise des finances publiques car on n’a fait que transférer la dette privée sur la dette publique, reportant ainsi son paiement sur le contribuable puisqu’on a accepté de financer les diverses pertes des banques et ne laisser personne faire faillite, mis à part Lehman.
L’Allemagne s’étant opposée à ce que l’Europe paie et assume seule le plan de secours vis-à-vis de la Grèce en imposant le Fonds monétaire - structure non-européenne – oblige l’Union à confier essentiellement aux Américains, et à d’autres non-européens, le soin de décider de la politique qu’il convient de suivre dans un pays de l’eurozone. Cette stratégie détruit l’identité communautaire, l’essentiel du fardeau restant européen, puisque, de toute façon, c’est l’UE-27 qui en paiera le prix.
Restructuration et reconstruction des institutions européennes.
Si, aujourd’hui, l’Europe sort victorieuse de cette épreuve et peut continuer à peser dans les affaires du monde, seules de grandes réformes lui permettront de fonctionner et d’avancer. Il faut donc achever de créer un environnement économique - en termes de coordination - qui rende viable l’euro en restructurant et en reconstruisant les institutions européennes afin que ces dernières résistent en période de crise économique et fiscale. Les remodeler et leur redonner de la valeur devient donc une nécessité. Aussi complètera-t-on l’union monétaire par une union économique encore plus puissante. Dans cette situation unique où tous les États ont vécu au dessus de leurs moyens, on réduira leur poids dans la société en laissant l’espace politique et l’espace d’action aux institutions communautaires.
Commission Européenne : contrôle technocratique et rôle de gendarme.
Les superviseurs nationaux, tout particulièrement les banques centrales vont augmenter leur collaboration à la mise en place d’une analyse économique orientée vers le risque systémique.
Les nouveaux pouvoirs attribués à la BCE et à la CE sont essentiels. Selon Michel Barnier, le Commissaire européen au marché intérieur et aux services, la CE aura un droit de surveillance sur les budgets nationaux des États de l'UE. Dorénavant elle examinera et surveillera les budgets nationaux de chacun des États membres avant leurs parlements nationaux en exerçant un contrôle technocratique. Elle assure ainsi un rôle de gendarme et rencontre déjà l’hostilité et le refus britannique tout comme la réticence française.
La CE va revisiter le Pacte de Stabilité et de Croissance.
La CE va revisiter et modifier le Pacte de Stabilité et de Croissance, qui vient de voler en éclats, en introduisant des mesures de prévention collectives budgétaires et compétitives.
De même, Olli Rehn Le Commissaire européen en charge des affaires monétaires, appuie les dires de M. Barnier : le Pacte de stabilité doit être modifié et la Commission doit avoir un droit de surveillance important sur les budgets nationaux.
En ce sens, Herman Van Rompuy, président de l'Union européenne, confirme que sous la pression de l'Allemagne l'Union européenne appliquera des sanctions financières et non financières aux pays qui ne respectent pas le Pacte de stabilité afin de le renforcer, le rendre plus efficace et arriver ainsi à une plus grande discipline budgétaire.
Sans réforme majeure la viabilité de l'euro est menacée.
Tous les États européens sont sur un même bateau où le manque de solidarité menace la viabilité du projet communautaire. L’euro n’a jamais été appuyé par une politique européenne commune, ni fiscale, ni budgétaire, ni économique, ni de quelque façon que ce soit. Il disparaîtra si l’Union est dans l’incapacité de mettre en place un budget européen. Mrs. Jean Claude Trichet - Président de la BCE - et Jean-Claude Junker - patron de l’eurogroupe - ont très bien vu les enjeux et compris qu’il fallait une intégration beaucoup plus grande.
L’euro aujourd’hui reste inachevé.
L’euro a remporté une première victoire aux poings contre les marchés spéculatifs, mais il n’est tiré d’affaire qu’à court terme car les maux de l’économie à l’origine de cette crise de l’endettement ne sont pas guéris. Elle a été endiguée par la création d’une nouvelle dette à laquelle la France contribuera à hauteur de 90 milliards d’euros, aussi attention aux effets dans deux ans, où le pire nous attend - avec un délitement de l’Europe - si de nouvelles mesures défensives et offensives ne sont pas prises en raison de l’augmentation de la dette publique et de la présence de la récession. Elle n’est pas encore présente en Chine, en Inde, en Asie ou ailleurs, mais en Europe, aux États-Unis, au Japon et dans tous les pays de l’OCDE, elle est bien là. Pour ces vieux pays riches et fatigués qui ont choisi de vivre à crédit, le moment est venu de payer.
L'Europe a besoin de solidarité et d'empathie et sûrement pas d'une austérité créatrice de chômage et de dépression. Si elle s’obstine dans cette direction, il est possible que la monnaie unique périclite.
Le taux de chômage des jeunes Grecs avoisine 30 %, celui des Espagnols dépasse 44 %. S’il monte à 50 ou 60 %, des émeutes surviendront avec comme scénario probable un défaut de paiement alors Athènes, Madrid et Lisbonne pourraient décider de ne pas poursuivre le plan imposé par le FMI et Bruxelles et de redevenir maîtres de leurs politiques monétaires.
C’est ce qu’a fait l’Argentine. Comme le peso était attaché au dollar par un taux de change fixe, on pensait que Buenos Aires ne reprendrait pas en main sa politique monétaire car le coût en serait trop important. Elle l’a fait en dévaluant sa monnaie malgré le chaos qui en a résulté. Mais, en fin de compte, depuis six ans, elle croît à un rythme de 8,5 % par an.
Si l’on veut d’une Europe qui avance, d’une zone euro qui soit un succès, il faut terminer ce qui a été commencé avec la construction et le lancement de l’euro qui aujourd’hui est inachevé. Il y a une monnaie unique mais pas d’environnement économique qui le rende viable en période de crise. Les institutions européennes bâties il y a des années, solides en temps normal, ne sont pas assez fortes en période trouble et doivent donc être remodelées et rénovées.
Une union économique très puissante doit compléter l’union monétaire.
Avoir une même monnaie - l’euro - pour différentes politiques économiques et différentes fiscalités, sans bonne gouvernance économique européenne, est très risqué et affaiblit l’Union à qui il manque une discipline budgétaire unique et une politique fiscale commune efficaces, ainsi qu’une plus grande intégration des politiques économiques que l’on obtiendra en diminuant la souveraineté des pays membres tout en les intégrant dans un même moule politique.
Les mesures d’austérité prises par certains pays de l’Union européenne, comme la Grèce, l’Italie, l’Espagne peuvent faire bon ménage avec la croissance. En fait, elles sont nécessaires parce que plusieurs États membres souffrent de très hauts niveaux d’endettement public et de déficits handicapant leur développement économique. Elles peuvent avoir, à court terme, un impact négatif sur la croissance mais restent incontournables car le service de la dette publique affecte l’investissement privé indispensable à la croissance économique et à la création d’emplois.
Aussi est-il important que les États membres de l’Union assurent le retour à l’équilibre budgétaire par des réformes structurelles combinant à la fois : l’assainissement budgétaire, des finances publiques saines et de la croissance économique.
La situation actuelle où l’on ne paie pas les mêmes impôts tout en prenant les mêmes décisions économiques n’est pas viable et maintenant il devient urgent de compléter cette union par une union économique plus puissante avec une véritable gouvernance économique de la zone euro.
Le renforcement de la surveillance budgétaire préventive, où la Commission analyse et les ministres des finances et l’eurogroupe contrôlent les grandes lignes des budgets nationaux en termes d’équilibre budgétaire, avant qu’ils ne soient finalisés, est au cœur de la gouvernance économique, réduisant ainsi la souveraineté nationale des États membres.
L’UE27 doit parallèlement coordonner plusieurs positions des États membres et évoluer rapidement tout en accompagnant l’assainissement budgétaire accéléré des pays concernés.
Le Pacte de stabilité devra être modifié. Aussi les propositions de la Commission ont pour objectif de renforcer la gouvernance économique et spécialement de raffermir les armes préventives et correctrices de ce Pacte. La prévention est toujours préférable à une correction même précoce mais en cas d’échec de cette dernière, il faudra alors des instruments concrets et des incitations, tels qu’un plus large recours à la politique d’investissement de l’Union européenne.
Une Europe politique unie et puissante est indispensable.
Selon Alfred Grosse, on ne vaincra les déficits actuels que par le ralentissement de la croissance plongeant ainsi l’Union dans un cercle vicieux augmentant le risque de propagation de la crise. Les Européens découvriront peut-être qu’à l’euro doit correspondre un minimum d’autorité centrale commune sur les politiques budgétaires et fiscales.
Une Europe unie et puissante sur le plan politique n’est pas une utopie, c’est une nécessité. L’arrogance française de 1953 qui a dit non à la mise en place d’une Europe politique est une des causes qui ont permis cette crise avec pour résultat l’absence d’existence d’une zone euro coordonnée, avec une autorité centrale en matière économique et budgétaire.
Le traité de Lisbonne est une bonne base pour l’avenir de l’Europe, néanmoins il faut arriver à situer le pouvoir européen – ni à Paris ni à Berlin – qui soit initiateur d’une politique européenne commune plus intégrée avec davantage de pouvoirs centralisés.
Bien que les institutions européennes dont la Commission et le Parlement (choisi démocratiquement) travaillent de manière satisfaisante malgré l’arrivée de nouveaux pays membres, le premier président permanent de l’Europe devrait avoir plus de pouvoirs, un certain désordre régnant encore.
L’Europe peut s’en sortir sans être affaiblie mais quel en sera le coût ? C’est l’occasion pour elle de se renforcer, de faire de la crise une occasion de faire mieux et plus. Tout comme elle a saisi l’opportunité des grandes crises de dévaluation de 92-93 ou des années 83-84 pour se consolider, L’Union va peut-être comprendre qu’aujourd’hui la seule voie qui lui reste, c’est plus d’Europe et non pas moins d’Europe.
Concernant le Portugal et l’Espagne, les marchés vont vérifier si leurs gouvernements font les ajustements qui s’imposent. On assistera probablement à l’augmentation des CDS (Credit default swap, ou titres qui permettent de s’assurer contre le risque de défaut de paiement d’un débiteur, NDLR) pour ces deux pays, puis celui de la Grande-Bretagne. Il faudra sans doute passer par le scénario du pire pour arriver au réveil.
Outil européen de supervision financière et cadre européen commun des règles de concurrence.
Le seul moyen de mettre l’économie européenne à l’abri des coups de boutoir spéculatifs est de renforcer la supervision financière à l’échelle de l’Union.
Il devient urgent de se doter des instruments permettant un contrôle musclé des produits financiers, des banques et de ceux qui vivent de la contraction du marché commun et de l’euro. Ce contrôle doit donc s’effectuer via un outil européen de supervision financière qui incite la concurrence à se faire par les entreprises et non pas par les entités de supervision. Il faut donc moins de bureaucratie et plus de contrôle des entreprises.
On prépare en ce moment un cadre européen commun des règles de concurrence qui permettra la mise en place d’un cadre pour les marchés financiers qui ne favorise ni Frankfort ni Londres ni Paris mais où la seule concurrence sera la concurrence bancaire sur les produits. De même, on interdira les produits hautement spéculatifs tout en supprimant une certaine catégorie d’opérateurs avec pour principe la transparence du marché.
Comités Lamfalussy de niveau 3.
Au niveau de l’UE, le secteur des services financiers est nantit de trois comités dotés de pouvoirs consultatifs: le Comité Européen des Contrôleurs Bancaires (CECB), le Comité Européen des Contrôleurs des Assurances et des Pensions Professionnelles (CECAPP) et le Comité Européen des Régulateurs des marchés de Valeurs Mobilières (CERVM).
Ces comités ou « comités Lamfalussy de niveau 3 » jouent un rôle primordial dans le cadre institutionnel européen des services financiers.
En janvier 2009, la Commission a renforcé leurs pouvoirs en proposant un instrument financier leur conférant une base financière de travail sûre. Depuis février 2009, le rapport du groupe de haut niveau présidé par Jacques de Larosière recommande de transformer ces trois comités en autorités européennes, avec des pouvoirs proportionnellement accrus.
Ces derniers seraient notamment chargés de coordonner et d’arbitrer le travail des contrôleurs nationaux, de prendre des mesures pour harmoniser les réglementations financières nationales ; et de contrôler directement certaines institutions paneuropéennes qui sont réglementées au niveau de l’UE telles que les agences de notation.
Le 27 mai 2009, la Commission a adopté une Communication présentant les actions qu’elle envisage pour mettre en œuvre les recommandations du rapport de Larosière. Cette Communication a été suivie par des propositions législatives en septembre 2009.
Application réelle du contrôle mutuel : Le G20 procédera dorénavant à la surveillance mutuelle de ses économies avec le FMI comme arbitre.
Selon M. Jean-Claude Trichet, un lien existe entre la crise récente dans la zone euro et la chute de la banque américaine Lehman Brothers en 2008, suite au dysfonctionnement des marchés. Aussi il préconise le renforcement du contrôle de la politique financière et économique dans les 16 pays de la zone euro.
Il affirme également que l’Europe a besoin de structures améliorées afin d’éviter et de sanctionner les écarts au pacte de stabilité et de croissance, accélérer la réduction des déficits des États membres, et appliquer un contrôle mutuel réel.
De même, selon l'Allemand Günther Öttinger, le commissaire européen à l'Énergie, les pays utilisant la monnaie unique devraient réduire leurs déficits. L’Union a gagné du temps avec le plan de stabilisation européen mais l'issue de la bataille n’est pas encore décidée.
Pour M. Trichet, l’Europe doit envisager des changements profonds en vue de prévenir et de sanctionner les écarts de conduite des États de la zone euro en matière de politique économique car c’est aux gouvernements européens, plus qu'aux marchés monétaires, qu'incombe la responsabilité du recul de l'euro. Les Européens ont pour principale responsabilité de prendre des mesures appropriées pour contrebalancer les tensions actuelles en Europe car tout ce qui concerne le secteur public concerne la stabilité de la zone euro que l’euro soit attaqué ou pas.
Pour Jean-Claude Trichet, la sortie de la Grèce de la zone euro n’est pas une option envisageable ni souhaitable. Tous les pays de l'union monétaire partagent un destin commun mais de profonds changements sont nécessaires. Ainsi l’UE27 va devoir s’investir dans la surveillance mutuelle des politiques européennes et inventer de meilleurs mécanismes pour prévenir et sanctionner les comportements à risque.
Selon Alistair Darling, l’ex ministre britannique des finances, les ministres des finances des pays du G-20 ont convenu de renforcer leur coopération et donc accepter un droit de regard de leurs partenaires sur la façon dont ils gèrent leurs économies par le biais du FMI qui assurera le rôle d’arbitre de cette surveillance multilatérale et étudiera la possibilité d’introduire ou non une taxe sur les transactions.
Selon Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du FMI, une telle taxe serait davantage une « assurance contre la crise » qu’une véritable taxe sur les transactions. En raison des conditions financières mondiales et comme les banques restent encore fragiles car sous capitalisées, le G20 doit continuer à lutter contre les déficits tout en poursuivant la réforme du système financier.
Pour le moment, les grands argentiers ont décidé de maintenir les politiques de soutien alors que les signes de reprise restent fragiles tant en Europe qu’aux États-Unis où le chômage est au plus haut.
Stratégie d’ajustement des finances publiques par des réformes structurelles : convergence et désendettement ordonné.
Vague de rigueur sur l’Europe : austérité ou croissance ?
Toute l’Europe s’attèle à la cure d'austérité, au plan de rigueur, à la réduction budgétaire et aux économies. Chacun tente de colmater les brèches de ses finances publiques et de combler ses déficits abyssaux. Après la Grèce, l'Espagne et le Portugal, la Grande-Bretagne et l'Italie ont annoncé à leur tour des plans de réduction de leurs déficits publics. Conséquence de la crise grecque, de plus en plus de pays européens sont engagés dans une véritable lutte contre les déficits. Afin d'assainir leur situation budgétaire et de rassurer les marchés, les États adoptent les uns après les autres des plans de rigueur. Mais à quel prix ? Cette austérité va t elle se faire au détriment de la croissance ? Au risque de provoquer la colère des populations et des syndicats ?
Selon le Professeur Joseph Eugène Stiglitz, Économiste, Prix Nobel d’économie 2001, en adoptant la monnaie unique, les pays membres de la zone euro ont renoncé à deux instruments de politique économique, le taux de change et les taux d'intérêt, ce qui ne leur permet plus de s’adapter à la conjoncture si nécessaire. De plus, Bruxelles n'a pas été assez loin en matière de régulation des marchés, jugeant ces derniers omnipotents. L’UE n'a rien prévu dans ce sens.
L'Europe va dans la mauvaise direction et court au désastre – tout comme lors de la Grande Dépression des années 1930 - si elle continue dans la voie d’un plan coordonné d'austérité. Ce n'est pas ce qu'il faut faire.
Stratégie d’ajustement des finances publiques.
La spéculation cible les États endettés ayant une faible perspective de croissance. Le 9 mai 2010, l’Europe a écarté momentanément le risque de défaut de paiement et complètera cette intervention par une stratégie d’ajustement des finances publiques.
L’Union sortira de cette crise par des réformes structurelles qui garantissent l’équilibre des finances publiques en allant à la racine du mal en consolidant tous les budgets de la zone euro et en appliquant une politique responsable et rigoureuse de diminution des dépenses. Ce sont les prémices d’une longue course budgétaire où l’imposition augmentera sous des formes déguisées. Ainsi le fonds de stabilisation et le redressement fiscal seront financés par les contribuables des États européens, via une augmentation des taxes directes et indirectes. Néanmoins, aller sur le sentier de la rigueur peut tuer la croissance.
Nécessité de réformes structurelles menant à la croissance.
Faute d’une politique économique favorable à la croissance, l’Union se doit de se limiter à des dépenses d’investissement. Elle procèdera à des réformes structurelles où il devient primordial que les gouvernements des Etats membres investissent afin de retrouver le sentier de la croissance. Sinon l’Europe rejoindra les pays en voie de développement ne pouvant plus manœuvrer par leurs propres moyens sans le FMI, les créanciers que sont les marchés financiers décidant du rythme des efforts budgétaires à accomplir.
Création d’un fonds de solidarité pour la stabilité ?
Selon le Professeur Stiglitz, l’Europe pourrait créer un fonds de solidarité pour la stabilité, qui serait alimenté en temps de croissance économique, afin d'aider les pays soumis à des problèmes, comme elle a créé un fonds de solidarité pour les nouveaux entrants.
Il devient primordial que les gouvernements européens investissent.
Il nous faut activer d’ici 2012 les paramètres pouvant réduire une dette publique insupportable par une croissance obtenue grâce à une augmentation des investissements qui seuls permettront une progression douce dans la rigueur. L’activité économique doit être relancée mais d’une autre façon.
Nous vivons dans un monde nouveau où la croissance n’est plus aussi forte que par le passé nous obligeant à remettre en cause tous nos modes de consommation. Aussi la France et l’Allemagne doivent immédiatement prendre des mesures très audacieuses pour la défense de l’euro. S’il n’y a pas de convergence ordonnée, la monnaie unique est en grand danger. Il va falloir diminuer les dépenses au bon endroit, tout en étant vigilant sur l’impact des mesures intérieures sur l’épargne et la justice sociale lors de l’augmentation de la croissance que cet ajustement apportera.
Les déficits, en raison de l’impact négatif sur la croissance du service de la dette publique qui affaiblit l’investissement privé, handicapent le développement économique sur le long terme et sont facteurs d’augmentation du chômage. Aussi les États ont compris l’importance des réformes structurelles de l’assainissement budgétaire où des mesures d’austérité peuvent cohabiter avec la croissance dans le cadre d’une intégration économique renforcée qui va contrer les nationalismes. Une coopération rassurante et non-agressive dans le domaine de la fiscalité est urgente entre États membres où la surveillance budgétaire et la prévention sont au cœur de la balance économique.
Fonds Souverain d’Investissement (FSI).
Le Fond Souverain d’Investissement (FSI) est un fond stratégique d’État français qui soutient les entreprises exportatrices leur permettant à la fois d’augmenter l’emploi et de sauvegarder leur savoir-faire.
Comme les banques, en raison de la crise, ne financent plus les entreprises, le FSI prend les risques que ces dernières auraient du prendre et, en investissant, devient à la fois, pompier, architecte et partenaire de ces entreprises. Il participe ainsi à l’amélioration de la performance économique du pays et devient facteur de croissance, d’emploi et d’innovation. Son rôle est celui d’un investisseur qui participe au risque entrepreneurial, ce que le banquier ne fait pas se contentant de financer l’entreprise.
Le fonds en lui-même - 20 milliards d’euros - est stratégique et accompagne les entreprises françaises porteuses de projets, de compétitivité et de performances pour le pays où l’emploi, l’innovation et la croissance restent des objectifs très ambitieux à atteindre.
Ce fonds, né de la crise, a été conçu pour le long-terme. En effet, en étant proactif et en se mettant à la disposition des entreprises, il investit chaque année dans 25 entreprises sans faire de crédit après avoir étudié et observé un certain nombre de secteurs d’un pays.
Le FSI investit dans le capital des entreprises partenaires afin de soutenir leurs stratégies industrielles, tout en restant minoritaire pour ne pas prendre le contrôle d’une entreprise. Il a aussi un regard global sur le marché de l’investissement français qui reste sous capitalisé, manque de fonds propres et n’as pas de fonds de pensions.
En intervenant sous forme d’investissement industriel de manière avisée et judicieuse, pour le compte de l’État et de la Caisse des Dépôts et des Consignations, en partenariat avec des investisseurs privés, le FSI s’assure qu’il ne cause pas de distorsions de marché et n’évicte aucun autre investissement.
Progression douce dans la rigueur.
Du fait que les entreprises n’investissent pas en zone euro, tout plan d’austérité trop brutal réduirait le pouvoir d’achat. Aussi on procédera à des coupes de dépenses moins rapides tout en aidant les plus pauvres, afin de ne pas hypothéquer la croissance, évitant ainsi de mettre brutalement en récession les pays en difficulté ; une réduction rapide et trop ambitieuse des déficits inquiétant les marchés. Il va falloir prudemment choisir le rythme et la séquence de l’austérité en s’orientant vers un ajustement de cinq ans au lieu de trois ans. Aussi le redressement des finances publiques grecques devrait s’effectuer par un ajustement allant jusqu’en 2016.
Mise en place d’un nouveau modèle productif pour l’UE.
L’Union va devoir développer une nouvelle stratégie de croissance, par le biais d’un nouveau modèle productif, tout en préservant le dialogue social et les acquis sociaux. Les politiques de rigueur auront alors pour effet de faire diminuer nos dépenses gouvernementales tout en mobilisant nos économies vers les exportations et notre consommation interne.
Il lui faut donc un bon équilibre et centrer les économies sur les dépenses publiques qui ne génèrent pas de la croissance, sans toucher aux salaires, tout en gérant avec rigueur les budgets nationaux. Il faut chercher la croissance dans les exportations.
Les entreprises exportatrices françaises sont de grande taille contrairement à l’Allemagne qui adosse de petites entreprises exportatrices aux grandes entreprises. Dans les turbulences majeures que traversent les économies de l’UE27, il faut agir très vite et faire de la croissance via les exportations des PME en les adossant aux grandes firmes tout en créant des pôles de compétitivité.
De plus, l’Union européenne va miser sur la microfinance pour relancer son économie moribonde et générer des emplois. Le microcrédit permettra ainsi à des chômeurs de devenir des entrepreneurs, partenaires fiables des banques.
France.
La France vit au dessus de ses moyens grâce à l’excédent allemand.
Depuis des années, la France – qui a un déficit abyssal - vit au dessus de ses moyens grâce à l’excédent allemand. Ceci n’est plus possible malgré sa très bonne méthode de collecte des impôts lui donnant encore des ressorts et une fluidité extraordinaire. Aussi, il va falloir mettre en place simultanément des plans d’austérité et des fonds de soutien à l’activité qui ne mobilisent pas de fonds publics. Les Français devront travailler plus tout en gagnant moins car ils ne travaillent pas assez.
La France souffre d’une faible croissance, d’un problème d’endettement et de financement des retraites.
La faible croissance dans la zone euro est en partie due à la sauvegarde des plans sociaux, aux dépenses publiques et au manque d’investissement. De plus, en France, se posent les problèmes de l’endettement et du dossier des retraites.
Les privilèges du départ à la retraite n’ont plus rien à voir avec la durée de vie et font courir à la France le risque d’un grand désastre. Le gouvernement va procéder à une réforme systémique concernant leur financement qui aura des effets sur l’emploi des seniors et sur la croissance. La durée des cotisations sera augmentée et l’âge du départ à taux pleins (probablement après 60 ans) sera repoussé alors qu’il est de plus en plus difficile de travailler longtemps. A très court-terme, il faudra plus de ressources aussi on élargira l’assiette fiscale. Pour l’avenir, il faut améliorer le ratio de la population active sans remettre en cause ce droit fondamental car un système aussi coûteux risque d’empêcher la France de rembourser sa dette.
Cette question devra être réglée afin que les marchés financiers continuent à faire confiance à ce pays par une réforme réussie dans la justice des prélèvements et par un consensus qui permette de porter le fardeau équitablement. Les marchés évalueront les réformes, et la manière dont elles seront entreprises par la France.
La France pourrait changer sa Constitution et ralentir ses dépenses publiques.
Pour réduire les déficits publics, la France lancera bientôt une réforme constitutionnelle qui engagera désormais chaque gouvernement. Elle les obligera à fixer la tendance, la ligne et la discipline budgétaire à l’échelle de la législature.
Cette mesure permettra au parlement français de voter sur les engagements pris en matière de finances publiques vis-à-vis des ses partenaires européens.
Le déficit ne se réglera pas par une augmentation massive des impôts mais par une traque sans relâche des dépenses facultatives. Que ce soit l’État, les collectivités ou la sécurité sociale, les acteurs de la dépense publique devront immédiatement se serrer la ceinture.
Le maintien de la note AAA pour la dette française reste tendu.
L'objectif de conserver la note AAA - la meilleure note accordée par les agences de notation - de la dette souveraine française reste tendu, exigeant et ne se relâche pas, selon François Baroin, ministre du Budget. Il conditionne en partie les décisions sur la réduction des déficits dans une proportion et à une vitesse sans précédent et les politiques d'économie. De quelque 8% en 2010, le gouvernement prévoit de le ramener à 6,0% en 2011, 4,6% en 2012 et 3,0% en 2013 ou, au plus tard, en 2014.
Au début des années 1980, 80% de l'accès au crédit - permettant de financer les projets d’une entreprise, d’un particulier ou d’un État - se faisait auprès des banques ou des banques centrales. Aujourd'hui, 80% de l'accès à ces crédits pour financer les investissements - selon François Baroin - s'effectue auprès du marché.
Étre noté AAA permet à la France de financer ses déficits et ses dettes publics à un coût minime, à peine supérieur à celui exigé de l'Allemagne, la référence en Europe. Toujours selon François Baroin, la France doit maintenir cette note, réduire son endettement pour éviter d'être trop dépendante des marchés et le faire dans la durée. Elle pourrait ainsi procéder à la révision de sa constitution afin de légaliser cette inflexion de sa nouvelle discipline budgétaire. Il confirme que l’État ne touchera pas aux impôts sauf à travers des réductions de niches fiscales.
Selon François Hollande, l'ancien premier secrétaire du Parti socialiste, seule une hausse drastique des impôts permettra d'atteindre 3% de déficit public en 2013, ce qui serait illusoire et impossible. Il juge préférable de fixer cet objectif pour 2015.
François Bayrou, le président du Mouvement démocrate, qui avait porté sur le devant de la scène politique l'enjeu de la dette pendant la campagne présidentielle de 2007, a jugé « apocalyptique » la situation financière de la France que ce soit en finances publiques, en déficits, retraites, sécurité sociale, budget et dettes ; ce déficit ayant augmenté de 400% depuis 2007.
Le nouveau plan d’austérité français.
Paris, qui devrait enregistrer cette année un déficit historique de 8 % de son PIB et une dette à 83 % de la richesse nationale, a promis à Bruxelles de ramener son déficit public à 6 % en 2011 et à 4,6 % en 2012. Le redressement des comptes publics devient donc une priorité nationale. Les dépenses de l’État seraient ainsi gelées pendant les trois années à venir, avec pour objectif de ramener, en 2013, le déficit public sous les 3 %.
La France doit se rééquilibrer de 50 milliards d’euros en dépenses et / ou recettes sur 3 ans en diminuant ses dépenses au bon endroit. Un tel montant ne peut uniquement reposer sur des économies budgétaires qui doivent être d’une toute autre ampleur. Une hausse des impôts, notamment de la TVA, ainsi qu’une réduction du bouclier fiscal sont donc inévitables. Par conséquent, il lui faut diminuer les dépenses de transfert qui ne se reportent pas sur la croissance et ne pas toucher aux dépenses d’investissement qui viennent d’être divisées par deux coûtant à la nation 4 à 5 points de PIB/an. La génération actuelle de retraités sera mise à contribution, le déficit annuel étant de 14 milliards d’euros.
Cette politique de rigueur va avant tout affecter l'emploi et les retraites. La rigueur seule sera nocive mais les économies budgétaires ne sont pas incompatibles avec une stratégie de croissance, bien au contraire. Concentrer la rigueur sur les investissements pour maintenir des subventions serait dangereux. La Suède et le Canada, dans les années 90, sont revenus de situations de déficits publics dramatiques à coups de réformes considérables. Le Canada a réussi à diminuer ses dépenses de 20% montrant ainsi qu’avec de la volonté on peut réduire les déficits publics ; les citoyens acceptant des augmentations de taxes et des efforts temporaires contre un engagement durable de l’État.
Réforme structurelle suivie d’un ajustement fiscal.
Après la réforme structurelle, si besoin est, l’État pourrait procéder à un ajustement fiscal et taxer le capital au même niveau que le travail. Elle doit augmenter sa compétitivité et baisser son coût du travail. La situation de la France n’est pas celle de la Grèce. Elle a des perspectives de croissance que l’Espagne n’a pas. Un équilibre doit être trouvé sans casser la croissance tout en donnant des messages rassurants aux marchés financiers.
L’Allemagne a su gérer son économie et la placer dans la division internationale du travail contrairement à la France et la Grande-Bretagne.
On ne peut que rendre hommage à la gestion allemande qui a su placer son économie dans la division internationale du travail alors que la France et la Grande-Bretagne, par une politique persistante du déficit budgétaire, étaient laxistes dans la gestion de leurs économies.
Les pays du sud de l’Europe et la France ont un problème lié aux États, qui, avec les collectivités territoriales se sont endettés pour financer de la dépense courante ainsi que des prestations sociales supposées relancer la consommation. Ainsi le déficit français est plus proche de celui de la Grèce que de la Grande-Bretagne, ce pays n’ayant pas pris de mesures pour le résorber. On relancera la consommation dans ces conditions en relaxant les freins à la recherche et à l’innovation tout en utilisant les nouvelles technologies pour la décentralisation.
Grèce.
Les trois problèmes grecs, la dette, le niveau très élevé de celle-ci et la faible compétitivité vont être surmontés avec l’aide des Européens et du FMI.
La Grèce est au bord du rééchelonnement de sa dette souveraine.
La Grèce est au bord du rééchelonnement de sa dette souveraine car, avec un taux de remboursement de 3 à 4% du PIB/an et un endettement de 10-11%/an, son endettement augmente de façon exponentielle.
Athènes vient de rembourser 20 milliards d’euros sur les marchés financiers dont 15 milliards ont été avancés par l’Europe et 5 milliards par le FMI, ainsi qu’une dette obligataire de 8 milliards d’euros à un taux d’emprunt de 6%. Elle essaie de ramener sa dette souveraine à 3% du PIB d’ici 2014, entre autre, par un gel des salaires et un durcissement de sa fiscalité.
La Grèce ne peut pas faire 4% d’économie budgétaire par an sauf en dévaluant sa monnaie ; or elle est adossée à une monnaie forte, l’euro, qui ne correspond pas du tout à sa compétitivité. L’engagement du gouvernement grec de diminuer de 9 points du PIB son déficit budgétaire sur 4 ans est irréaliste et inhumain. Le peuple ne pourra pas suivre. Aucun pays ne peut réduire son déficit en 3 ans à un taux d’intérêt de 11% sans tuer son économie. Un ajustement sur 5 ou 6 ans s’imposerait. Les Grecs n’acceptent pas ce nouveau régime d’austérité mais qui permettra d’obtenir une aide internationale seule capable de sauver le pays de la faillite.
Risque d’effondrement de l’économie grecque en raison de la sévérité des contractions budgétaires en cours.
Athènes, en procédant à une économie budgétaire si forte, risque de s’effondrer avec pour résultat une baisse de ses recettes fiscales. Elle ne peut revenir au drachme - qui serait dévalué - en raison d’une dette libellée en euros ce qui la met dans la pire des situations. Aussi aucun économiste ne s’aventure à évaluer le coût de sa sortie de la zone euro.
En contrepartie des prêts octroyés par le FMI et l’UE, ce pays a dû s’engager à réduire son déficit de 30 milliards d’euros sur trois ans, en plus des 5 milliards déjà programmés. Et pour cela, la population va devoir se mettre au régime sec : suppression des 13e et 14e mois de paye pour les fonctionnaires et certains retraités, gel des salaires de la fonction publique, hausse globale de la TVA de deux points à 23 %, imposition de nombreuses taxes supplémentaires spéciales de l’ordre de 10%, sur le carburant, l’électricité, l’alcool ou encore les jeux d’argent, recul de l’âge de la retraite de 61,4 à 63,5 ans d'ici à 2015 alors que les pensions devraient être réduites, en moyenne, de 7 % d'ici à 2030 mais aussi augmentation de la durée du temps de travail. Aucun secteur, ou presque, n'est épargné.
Au final, un plan d’austérité d’une rigueur inouïe qui laisse les marchés sceptiques sur sa faisabilité et sur les capacités de la Grèce, déjà fortement impactée par la crise, à survivre à ces mesures drastiques.
Le FMI reste confiant pour l’avenir de la Grèce.
Dominique Strauss-Kahn se dit certain de l’efficacité des mesures adoptées par Athènes sur fond de tensions avec l’Allemagne. Il plébiscite l’audace et le courage du gouvernement grec qui a pris des mesures très douloureuses et difficiles. Ce pays devrait donc s’en remettre et retrouver une croissance normale, avec une augmentation des revenus de la population et une diminution du chômage. A l’avenir, la capacité des dirigeants européens à s’entendre sera sans doute déterminante.
Au-delà d’Athènes, c’est toute la zone euro qui est ébranlée. Pour sortir de cette crise, le Directeur-Général du FMI parie sur un sursaut politique au niveau européen pour réellement réorienter et réorganiser les institutions européennes. Il faut un environnement économique qui permette à une seule monnaie d’être viable en cas de crise.
Portugal.
Le Portugal n'échappe pas à l’austérité générale. Le Premier ministre José Socrates a annoncé des mesures d’austérité fondamentales pour défendre son économie, l'Europe et la zone euro. La TVA augmentera d’un point, les dépenses de l'État et les salaires dans la fonction publique seront réduits et une nouvelle surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises supérieurs à 2 millions d'euros sera instaurée. Ainsi le gouvernement portugais va reporter la construction du nouvel aéroport de Lisbonne et la liaison ferroviaire TGV Lisbonne-Madrid.
L’attaque financière dont fait l’objet le Portugal n’a aucune justification et n’est basée sur aucun fondement économique. Sa dette publique est inférieure à la moyenne de la zone euro. Détenteur aussi d’une dette privée, il doit réduire encore sa dette et calmer les inquiétudes des marchés en donnant des signes clairs par une diminution du déficit de 20% cette année, un rééquilibrage des comptes de l’État et une réduction de la dette.
L’agence de notation Moody’s vient d’abaisser la note de la dette portugaise de deux crans à A1, officiellement en raison de sa hausse et des faibles perspectives de croissance de ce pays. Toutefois elle a assorti sa note d’une perspective stable signifiant qu’il ne devrait pas y avoir de révision à la baisse de cette note avant 2011 à moins que les réformes structurelles ne portent leurs fruits. Ce qui fait dire à Fernando Texeira Dos Santos, le ministre portugais des finances, que ceci est un signe de confiance dans les mesures d’austérité prises par son gouvernement.
Espagne.
Madrid refuse la mise à mort.
L’Espagne avec un déficit budgétaire à 11,2% du PIB pour 2009 doit diminuer ses dépenses gouvernementales tout en n’augmentant pas ses impôts. Elle va rajouter 15 milliards d’euros aux 50 milliards d’économie prévus - et ce avec 20% de chômage - qui se feront au niveau des ministères et ne toucheront pas la population sauf en matière de TVA. L’austérité devrait durer au moins jusqu’en 2016 alors que ce pays garde un problème de productivité et de modèle économique non résolus qui incitent les places financières à la prudence.
Les Espagnols très lucides refusent la mise à mort et vont combattre les marchés afin d’éviter la contagion grecque ainsi que l’écroulement de leur économie lors de l’application d’un plan d’austérité et de rigueur. Néanmoins, le cas espagnol diffère du cas grec.
Le chômage est au plus haut depuis 30 ans affectant à la fois les plus de 45 ans, les 35-44 ans ainsi que beaucoup de diplômés de niveau bac ; les secteurs les plus touchés étant ceux du bâtiment et de l’industrie. La crise de l’emploi augmente le risque d’exploitation des plus vulnérables et pousse les Espagnols à revenir travailler à la campagne.
L’excellente administration espagnole de niveau européen contrôle tout.
En Espagne, la corruption est inconnue dans l’administration contrairement à l’immobilier où la requalification des sols est mauvaise avec trop de décisions prises au niveau des mairies.
Ce pays ne peut être assimilé à un paradis fiscal. En effet, dans la perception des impôts directs et indirects, l’excellente administration espagnole, de même niveau que l’administration européenne, contrôle tout.
Les rigidités du marché du travail vont ralentir les mesures d’ajustement et affecter la croissance économique à moyen et long terme.
Après l’agence Standard and Poor’s, c’est l’agence de notation Fitch qui vient de dégrader la note de la dette espagnole de AAA à AA+. La dette privée inquiète le secteur bancaire où la restructuration des Caisses d’Épargnes locales et régionales ainsi que les rigidités du marché du travail vont ralentir les mesures d’ajustement et affecter la croissance économique à moyen et long terme.
Le nouveau plan d’austérité espagnol : réduction des déficits publics.
Après la Grèce et le Portugal, c’est au tour de l’Espagne de se serrer la ceinture pour faire fondre son déficit public. Madrid va tenter de ramener ses déficits, qui ont explosé à 11,2 % du PIB en 2009, à environ 6 % en 2011, puis à 3 % en 2013. Le premier ministre socialiste, José Luis Rodriguez Zapatero, a annoncé un ensemble de mesures d’austérité, au premier rang desquelles 13.000 suppressions de postes, une réduction de 5 % des salaires des fonctionnaires, une baisse des dépenses d'investissement de l'État et un gel de la revalorisation automatique des retraites en 2011. Le gouvernement va économiser 15 milliards d'euros en 2010 et 2011. Il avait déjà entériné un plan d'austérité de 50 milliards d'euros.
Ce plan d’austérité à double détente a pour objectif l’accélération de la réduction du déficit budgétaire. Les salaires des fonctionnaires vont baisser en moyenne de 5% à partir de juin 2010 et seront gelés en 2011. Il en va de même pour la revalorisation des retraites. Les hauts salaires de la fonction publique seront les plus lourdement affectés. L’aide à la naissance de 2.500 euros- mise en place en 2007 pour soutenir la natalité - sera supprimée. Ces coupes budgétaires vont surtout décaler des investissements publics prévus en 2010-2011.
D’autre part, l’investissement public va être diminué de 6 milliards d’euros d’ici 2011 et la dotation aux régions et aux municipalités réduite à hauteur de 1,2 milliard d’euros d’économie. Après les 50 milliards du premier plan d’austérité, le gouvernement Zapatero table sur 15 milliards d’euros d’économies supplémentaires pour réduire le déficit du budget à 3% du PIB en 2013 contre 11,2% fin 2009. Les riches et les hauts revenus seront également taxés avec un impôt supplémentaire baptisé « effort de solidarité ».
Le gouvernement socialiste, contraint d'annoncer ces mesures d’austérité sous la pression des marchés, de ses partenaires européens et du Fonds monétaire international (FMI) qui lui demande d’effectuer des réformes urgentes de son marché du travail et de son système bancaire, se doute bien qu’elles affecteront à la baisse la croissance de l’économie en 2011 avec une terrible incidence sociale pour le pays déjà confronté à un fort taux de chômage. Il espère que l’Espagne retrouvera la reprise économique, la stabilité et la création d’emplois après ces efforts et sacrifices supplémentaires.
L'Espagne est désormais considérée comme un maillon faible de la zone euro en raison de ses déficits publics et des doutes sur sa capacité à retrouver rapidement la croissance et ce malgré l’appui de Bruxelles. Néanmoins, comme le rappelle l’économiste Nouriel Roubini, l’austérité seule n’est pas suffisante car les contractions budgétaires des États européens entraîneront une double dépression en Europe qui devra être compensée par l’application de politiques économiques correctrices.
Irlande.
L'Irlande, considérée avec la Grèce, l'Espagne et le Portugal comme l'un des points faibles de l'Union, a pris dès 2008 des mesures de rigueur passant par une baisse générale des allocations sociales et une réduction de 5 à 15% des salaires des fonctionnaires. Dublin entend continuer à appliquer des mesures d'austérité afin de réduire son déficit qui frôlera les 20 % du PIB en 2011.
Après la note du Portugal, l’agence de notation Moody’s vient d’abaisser aussi la note de crédit de l’Irlande, maintenant équivalente au AA de Standard & Poors mais un cran supérieure à celle de Fitch, officiellement en raison de la perte progressive mais significative de solidité financière de son gouvernement ainsi que le recul des perspectives de croissance et le coût élevé de la remise en ordre du secteur bancaire. Elle a cependant assorti sa décision d’une perspective stable. Cette annonce tombe au plus mauvais moment pour le gouvernement irlandais qui était sur le point de mettre sur le marché 1 milliard et demi d’euros d’obligations irlandaises.
Italie.
Le problème majeur de l’Italie est son émission de dette publique.
En Italie, le gouvernement de Silvio Berlusconi a approuvé un plan d’austérité visant à réduire le déficit budgétaire de 5,3 % du produit intérieur brut (PIB) cette année à 2,7 % en 2012, soit une économie de 24 milliards d'euros sur deux ans.
Même si Rome a réussi à limiter la progression du déficit public à 5,3% du PIB en 2009, les difficultés de placement des obligations d’État italiennes avec un déficit public à 13,7% du PIB en 2010, rendent les marchés nerveux. En effet, son problème majeur est son émission de dette publique résultant d’une décennie d’indiscipline budgétaire, le gouvernement n'ayant pas engagé de plan massif de relance pendant la crise. Celle-ci représentait 115,8% de son PIB pour 2009 et devrait augmenter à 120% du PIB pour 2011 restant ainsi l'une des plus élevées du monde. De plus, le taux de croissance augmentera de 0,5 à 0,6 % du PIB cette année pour une croissance de la zone euro de 1% en 2010 et qui tombera à 0,5% en 2011. Aussi l’Italie devra donner des gages aux marchés et à Bruxelles et reste considérée comme une région fragile de la zone euro.
Le gouvernement italien souhaite mieux équilibrer l’économie du pays et procédera à la diminution de ses déficits budgétaires par de lourds sacrifices et une lutte contre la fraude fiscale.
L’Italie présente plusieurs points forts.
L’Italie présente plusieurs points forts et reste stable malgré un déficit public supérieur à celui de la Grèce car Rome a su faire des économies. Ainsi l’augmentation de son déficit public est moins importante que dans d’autres pays méditerranéens qui ont des dettes publiques élevées.
La dette italienne, quoique consistante, peut être traitée en interne sans contracter de dette à l’étranger en raison d’une épargne consistante des ménages. Ainsi une grande partie de la dette publique est compensée par de l’épargne nationale ce qui va permettre à l’économie italienne de se concentrer sur le marché intérieur et sur la concurrence.
L’économie souterraine et la fraude fiscale sont les maux de l’Italie.
Il y a encore trop de corruption en Italie où l’économie souterraine et la fraude fiscale représentent 22,2% du PIB. Des responsables politiques, des chefs de police, des responsables des services secrets et des prêtres ont bénéficié de la générosité de patrons des bâtiments publics. Ceci ne reste pas le fait de l’Italie seule. Des épisodes de corruption et de « mismanagement » financier via des marchés publics trafiqués ont été signalés en France et en Grande-Bretagne.
Il faut donc moins d’espace pour la corruption et le clientélisme avec une autorité de la concurrence aidant à maintenir le système en ordre. Dorénavant, l’UE tient les gouvernements nationaux responsables de ces fraudes.
L’Italie adopte son plan d’austérité.
Le gouvernement italien, dont la dette est l’une des plus élevées au monde, a approuvé un plan d’austérité de 24 milliards d’euros portant sur les années 2011 et 2012 afin d’assainir ses finances publiques et de rassurer les marchés.
Ce pays s'est fixé pour objectif, via une cure d'austérité sans augmentation d’impôts, d’abaisser son déficit budgétaire de 5,3 % de son PIB en 2009 à 2,7 % en 2012. Cette correction budgétaire, contenant entre autre des mesures destinées à la stabilisation financière et à la compétitivité économique, aura un effet financier structurel global.
Ces mesures, fruits du projet de budget du ministre de l'Économie, Giulio Tremonti, sont concentrées sur la réduction des dépenses publiques suivantes : gel pendant trois ans des salaires des fonctionnaires avec baisse des salaires des hauts fonctionnaires et des ministres les mieux payés, réduction des dépenses des ministères et des fonds alloués aux collectivités locales, non-remplacement de 80 % des agents quittant le secteur public entre 2011 et 2013, départ à la retraite différé de plusieurs mois pour une majorité des salariés et lutte renforcée contre l'évasion fiscale. L’Italie compte ainsi diminuer les salaires de la fonction publique de 28% d’ici 2013 et va économiser en procédant à une simplification de l’administration publique, l’impliquant dans la chasse aux gaspillages tout en maintenant stable la pression fiscale. Du côté des recettes, le gouvernement mise sur la lutte contre l'évasion fiscale qu’il réduira de 30% et à laquelle il associera les communes pour plus d'efficacité. Malgré tous ces efforts louables, il se peut que ce plan ne suffise pas à l’ajustement public interne.
Allemagne : manque de raisonnement macroéconomique.
Bien que l’Allemagne ait mieux géré son économie que la France et le Portugal, son comportement durant cette crise - naïf et rigide - n’est ni favorable à l’Europe ni à ses propres intérêts et donne aux marchés globaux des signaux contradictoires. Cette politique allemande du pire pourrait bien être intentionnelle afin que les États européens réagissent enfin et gèrent plus efficacement leurs déficits budgétaires.
Selon M. José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne, l’économie allemande irait bien mal sans l’euro. En effet, comme 75% de ses excédents commerciaux se font en zone euro (victime de trois maux : la dette, les banques et l’union politique), elle ne fait pas preuve de générosité mais défend ses intérêts. Grâce à l’euro, elle se protège des dévaluations compétitives et ses excédents se font surtout avec l’Italie, la France et l’Espagne. Berlin, qui avec la Grande-Bretagne, exporte au détriment des autres États membres, manque ainsi de raisonnement macroéconomique.
Ici, la politique a tout son rôle à jouer afin que les grands pays acteurs de l’Union parviennent à un accord d’équilibre avec l’Allemagne dans l’intransigeance quant à l’application des critères de Maastricht.
Entretemps, le gouvernement allemand veut faire subir une cure d’amaigrissement de 10 milliards d’euros au budget de l’État jusqu’en 2016. Des hausses d’impôts et des réductions de dépenses généreront ces coupes budgétaires.
La croissance est le problème de l’Europe.
L’Europe a peu de croissance par rapport à l’Asie et aux États-Unis.
L’Europe, au modèle économique traditionnel où une croissance continue permettait de rembourser sa dette, se trouve à la traîne par rapport à la croissance de l’Asie et des États-Unis. Aussi les marchés n’approuvent que ses capacités de remboursement de dettes et ses perspectives de croissance. Les chiffres sont éloquents : pour 2010 la croissance US sera de 3,4 %, celle de l’UE de 1,2 % et celle de la Chine de 11,4 %. Pour cette même période la croissance mondiale sera de 4% et celle de l’Afrique de 5%...
L’Espagne, sans banque centrale, est mieux gérée que la Grande-Bretagne qui en possède une. Par contre, elle est minée et paralysée par une bulle immobilière qui gèle tout investissement et toute croissance. Sa dette publique est inférieure à celle de la France, néanmoins elle est attaquée, faute de croissance. Celle des USA, malgré une dette et un déficit budgétaire abyssal, est de l’ordre de 3 à 4%. On peut donc conjuguer dette élevée et croissance comme aux Etats-Unis, ou inversement n’avoir ni dette ni croissance comme la Hollande et l’Allemagne.
L’Europe fait face à un problème de structure.
L’UE est coincée dans un triangle entre un excellent modèle social, une baisse de la démographie et un taux de croissance faible. Elle fait donc face à un problème de structure car, pour maintenir son système social, il lui faut 3 à 4 % de croissance par an ou une bonne démographie ce qui n’est pas le cas. Les budgets des États de l’Union sont saturés et le niveau d’endettement a atteint son plafond.
Comme l’UE27 applique une politique d’austérité, sa performance sera mauvaise cette année ainsi qu’à l’avenir. Aussi, elle devra bien observer les politiques économiques qu’appliqueront les États-Unis chez eux.
Les économies de la zone euro seront toutes en récession selon Bruxelles.
Selon Bruxelles, un recul de l’inflation à 1% aura lieu en 2009 dans la zone euro. Ce qui permet de dire à Lorenzo Bini Smaghi, membre du directoire de la BCE, que la zone euro n’est pas exposée à un risque de déflation. Néanmoins, Frankfort prévoit, cette année, une baisse comprise entre 2,2 et 3,2% du PIB des 16 pays de la zone euro. Les économies seront toutes en récession, de l’Irlande qui affichera un recul de 6,3% de son PIB à la France dont la croissance se contractera de 1,8% cette année.
Selon Carsten Brzeski, analyste chez ING, afin d’alimenter l’économie de l’eurozone dans la seconde partie de l’année, l’Union procèdera a une relance fiscale très importante couplée à des mesures de stimulation du revenu disponible, de la consommation privée et un euro plus faible qui devrait relancer les exportations pour quelques temps.
Selon Paul Volcker, l’un des conseillers économiques du Président Barack Obama, qui rejoint en cela l’analyse de l’OCDE, les difficultés des pays de l’UE16 pour refinancer leur dette seront responsables d’une reprise longue et difficile en plus de risques plus élevés.
Grande-Bretagne.
La dette du Royaume-Uni est supérieure à la dette grecque.
La situation sociale en Europe et tout particulièrement en France et en Grande-Bretagne s’est détériorée au cours de ces 13 dernières années. Les inégalités économiques sont devenues plus criantes avec l’explosion de la paupérisation et un écart extrême entre les revenus.
A Londres, où le système politique n’aime pas l’instabilité, la crise politique se superpose à la crise financière des banques. Le déficit budgétaire du Royaume-Uni, dont la livre sterling s’effondre, est équivalent à celui de la Grèce et représente 11,9% du PIB en 2009. L’État est devenu encore plus déficitaire qu’il ne l’était et ne participera donc pas au plan de sauvetage des pays de l’Union en difficulté.
C’est un pays, hors zone euro, fragile, piloté au radar, que l’Union va devoir quand-même aider. Sous Gordon Brown, elle a emprunté avec des fondamentaux mauvais, en % de son PIB, plus que le Portugal et l’Espagne. Sa dette publique est de 68% du PIB et doit diminuer rapidement d’un tiers, soit 20%. Il lui faut économiser immédiatement 6 milliards de livres sterling sous peine de voir sa note dégradée par les agences de notation. Il devient donc urgent de reprendre le contrôle des finances publiques.
La consommation baissera si les plus pauvres subissent une taxation excessive et soudaine.
Londres ne devrait pas passer trop vite à l’austérité et commencera probablement par une réduction d’impôts de la « upper middle class » afin de maintenir une certaine répartition de la richesse. L’État cherche ainsi à ménager les couches de la société ayant une marge de manœuvre limitée et évite de taxer trop et trop vite les plus pauvres afin de maintenir la consommation.
La Grande-Bretagne doit rapidement mettre en place des mesures très sérieuses, la livre sterling étant attaquée ce qui la fait déprécier de 30% face à l’euro. Artificiellement surévaluée sous Tony Blair, elle a plus ou moins protégé le pays qui, maintenant, doit prendre des mesures d’ajustement en raison de sa baisse. Ceci rappelle la dernière dévaluation de la livre sterling dans les années 70, lors de l’ultime intervention du FMI en Europe, donnant une bouffée d’air frais au pays.
Aujourd’hui, la livre sterling est mieux gérable car la le Royaume-Uni ne fait pas partie de l’eurozone. Se pose alors la question de la méthode de réduction de la dette britannique, plus échelonnée dans le temps que la dette grecque. Pour payer les dettes doit-on augmenter les taxes et diminuer les services publics ?
Bien que Londres associe l’euro au contrôle par Bruxelles ce pays est destiné à faire partie du processus européen.
La décote de 30% de la livre sterling a privé les citoyens britanniques de leur pouvoir d’achat, redonnant de la compétitivité au pays et lui permettant de créer des emplois. De plus, la City est l’une des trois premières places financières mondiales et emploie 250.000 travailleurs qui vivent dans des conditions précaires et difficiles. Les services financiers et l’immobilier représentent 20% des emplois. 9,5 millions de travailleurs pauvres vivent avec très peu de moyens soit environ 18.500, -- £/an dans un pays où la classe moyenne fond dramatiquement et où la répartition des salaires s’effectue entre le transport, la nourriture et le logement sans possibilité d’épargne. Londres compte 1,5 millions de chômeurs soit 10% de la population active alors que l’Union en compte 18%. Deux tiers des jeunes de moins de 35 ans ont du faire face à une baisse de leurs revenus. La situation générale empire : le chômage augmente, les salaires baissent, les retraites par capitalisation boursière forcent les retraités à reprendre un travail. Deux vies parallèles existent donc en Grande-Bretagne.
Le Royaume-Uni « insulaire » cultive l’ambigüité en adhérant au consensus continental tout en rejetant sa monnaie. La mauvaise image de l’euro, reste associée à l’augmentation des prix et au contrôle de la monnaie par Bruxelles. Néanmoins, la Grande-Bretagne se doit de faire partie du processus européen bien que la société de l’Union, qui privilégie l’égalité sur les autres valeurs, soit moins dynamique que la sienne.
Londres annonce un plan de réduction de ses finances publiques.
Le nouveau ministre Tory des finances Georges Osborne a présenté en une semaine un plan de réduction des dépenses publiques qui, même s’il reste modeste, symbolise une forte volonté du nouveau pouvoir politique.
Ce plan prévoit une réduction sur l'année fiscale de 6,25 milliards de livres sterling - 7,2 milliards en euros - de dépenses publiques - somme symbolique - concernant le gel des embauches dans la fonction publique et la baisse des dépenses des différents ministères - dont les frais en conseils et voyages, programmes informatiques, programmes fournisseurs et immobiliers - sur un déficit budgétaire prévu à 190 milliards d’euros environ cette année. Sur cette somme, 500 millions de livres seront recyclés et utilisés pour investir dans des mesures ciblées afin d’améliorer la crédibilité de la croissance britannique sur le long terme et afin de construire une société plus juste. Ces coupes franches ravissent le patronat mais font bondir les syndicats qui y voient un retour au thatchérisme. Selon George Osborne, des mesures encore plus radicales doivent être annoncées lors de la présentation du budget d'urgence dans le but de réduire l'énorme déficit public qui s'élève à plus de 11 % du PIB.
Solidarité et redistribution du centre de l’Union vers sa périphérie sud.
Selon l’économiste Élie Cohen, Directeur de recherches au CNRS (centre national de la recherche scientifique), cofondateur de l’École d’Économie de Paris, la mise en place d’un euro fort et stable a accentué la spécialisation dans la division du travail intra européenne et donc les clivages économiques. Aussi le maintien de l’Union ne se fera que par le biais de la solidarité et de la redistribution de son centre vers sa périphérie sud.
En ce sens, il rejoint le point de vue du Professeur Stiglitz qui prône que l’Europe devrait opter pour un fédéralisme de cohésion. Malheureusement, les Etats membres de l'UE n'ont pas tous les mêmes croyances en termes de théorie économique. Contrairement à la France, l’Allemagne s'en remet totalement aux marchés. Pour elle, les pays qui vont mal sont responsables et doivent donc se débrouiller.
Bien que le précédent gouvernement et Goldman Sachs aient leur part de responsabilités dans le déficit structurel grec, c’est avant tout la crise mondiale et la conjoncture qui ont provoqué cette situation.
Excédentaire avant la crise, l'Espagne ne peut être accusée d'avoir manqué de discipline. Elle aurait dû être plus prudente et empêcher la formation de la bulle immobilière favorisée par un euro lui procurant des taux d'intérêt inférieurs à ceux auxquels elle aurait eu accès sans la monnaie unique.
Aujourd'hui, ces pays ne s'en sortiront que si la croissance européenne revient. C'est pour cela qu'il faut soutenir l'économie en investissant et non en la bridant par des plans de rigueur.
Dans le contexte actuel, l’ensemble de la zone euro ne doit pas prendre simultanément des mesures de rigueur budgétaires. Seuls les pays de la périphérie sud devraient s’y résoudre. Ceux du nord ne présentant pas de déficits importants devraient s’abstenir afin de ne pas restreindre le peu de croissance qu’il reste. Avec une inflation de l’ordre de 1 à 1,2%/an en Europe, le problème inflationniste est imaginaire et Berlin va devoir assouplir sa position.
Cycle durable de compétition élevée en zone euro en raison d’une désinflation compétitive.
En période de crise, quelques pays de l’eurozone ont une politique nationale agressive envers leurs Euro-partenaires réduisant ainsi les chances d’une gouvernance économique européenne. L’Union est entrée dans un cycle durable où la compétition au sein de la zone euro est plus grande en raison d’une désinflation compétitive laissant peu de place à une véritable coopération. Néanmoins, ceci n’est pas la caractéristique des États ayant instauré le fonds de stabilisation.
La croissance est avant tout un problème de compétitivité où il ne faut pas produire plus cher que les autres pays. L’Allemagne a des coûts de production inférieurs de 25% à la Grèce qui est donc plus chère ce qui freine sa croissance. La crise qu’elle traverse est due en partie à une perte de compétitivité qu’elle s’empresse de surmonter avec pour conséquence une baisse des salaires.
De plus, les pays du sud de l’UE perdent le peu d’avantages compétitifs qui leur restait face à une Asie qui monte en puissance. Ils se doivent donc d’enrichir et de diversifier leurs économies notamment par une bonne gestion gouvernementale et administrative en investissant dans la formation et la recherche tout en se désendettant de manière ordonnée avec beaucoup de solidarité et de discipline. Malgré la supériorité de l’Allemagne et de la France sur les pays du sud, l’Union reste aussi forte que son aile la plus faible. La remise de ces économies sur le chemin de la croissance soutenue est très élevée et se traduira par des années d’austérité.
Modèle germanique et augmentation du risque de scission d’une Europe à deux vitesses.
Malgré un euro fort, l’Allemagne est le deuxième pays à l’export après la Chine alors que la France, qui remet à plus tard les efforts de compétitivité, reste à la traine de 40 %.
La dernière réunion informelle des Ministres des Finances des cinq pays germanophones - Allemagne, Autriche, Suisse, Luxembourg, Lichtenstein - a eu lieu le 12 février 2010. Elle a porté sur un échange concernant les sujets financiers internationaux, en particulier l'assainissement des budgets des États et les conditions générales des marchés financiers. Cette réunion éloquente a montré une psychologie commune d’économies axées à l’export et dont les monnaies s’apprécient depuis des décennies.
Pour le modèle germanique, l’Europe est un amer problème en raison de son niveau de déficit budgétaire et de dette qui risquent de creuser sa tombe. Berlin montre du doigt le grand gaspillage de dépenses publiques.
Si le cœur du réacteur qu’est l’Allemagne a des ratés dans sa collaboration avec les autres États européens alors le risque de scission d’une Europe à deux vitesses s’accentue. Ce pays, suivi en ce sens par la Hollande, pourrait sortir de l’Union en laissant l’ancien euro faible pour créer un nouvel euro/mark fort.
Selon l’économiste Patrick Artus, Professeur à l’Ecole Polytechnique et Professeur Associé à Paris I Panthéon-Sorbonne, les pays membres de la zone euro n’en sortiront pas. Si la Grèce s’y résout, elle paierait 25% de taux d’intérêt sur sa dette et si l’Allemagne la suit, son nouveau deutschemark/euro fort apprécierait tellement que son économie mourrait.
Les problèmes des États-Unis, de l’Europe et de l’Asie sont décuplés par les spéculateurs d’où nécessités du mécanisme de la régulation.
La tendance de l’euro à la baisse à moyen-terme n’inquiète pas contrairement à la rapidité de sa baisse. Un euro faible ne convient en aucun cas à l’économie américaine. A quel moment la dévaluation de fait de l’euro ne sera plus supportable pour le dollar qui, lui-même, sera déstabilisé ? Si l’UE27 dévalue face au dollar, elle dévalue face aux grands compétiteurs en dehors de la zone euro ce qui implique aussi le yuan chinois. Un jeu de pouvoir des monnaies se met donc en place au niveau mondial.
L’Union a un problème de finances publiques, les États-Unis ont un problème de monnaie et l’Asie a un problème d’inflation, tous décuplés par les spéculateurs.
Le Président Obama a essayé d’interdire les ventes à découvert aux États-Unis mais semble impuissant à le faire. Aussi, le temps de la régulation impulsée par le dernier G-20 est venu. Il devient opportun pour l’UE d’avoir un budget fédéral dans un monde économique mondial mieux régulé. Sinon, sans le mécanisme de ce nouvel instrument, le cataplasme du plan de stabilisation, sous la pression des marchés, ne fera pas long feu et l’euro sera forcé de placer les déficits des États membres à l’étranger, tout comme le fait le dollar.
La grande réforme de la régulation financière aux États-Unis.
Le président américain Barack Obama a promulgué le 21 juin 2010 la plus vaste réforme de la régulation du système financier depuis les années 1930, destinée à éviter une nouvelle crise financière.
Ce texte adopté au Congrès la semaine suivante prévoit notamment la création d’un organisme de protection des consommateurs de produits financiers, géré par la « Fed. » (la banque centrale américaine) avec pour objectif d’empêcher le sauvetage des grandes institutions financières aux frais des contribuables qui ne seront plus jamais sollicités pour payer les erreurs de Wall Street. Pour Barack Obama, cette loi aidera à bâtir une économie plus innovante et concurrentielle.
Cette nouvelle réglementation prévoit une protection accrue du consommateur en créant pour cela un organisme spécial au sein de la banque centrale américaine. La loi étend aussi le contrôle des régulateurs, empêche le sauvetage de grandes institutions financières aux frais des contribuables et pose des limites à toute une série d’activités de trading jugées risquées, ce qui devrait peser sur les bénéfices des banques.
Ce projet de loi, hors normes, devrait également introduire de la transparence dans les transactions complexes qui ont aidé au déclenchement de la crise financière.
L’association des banquiers américains, quand à elle, s’est estimée déçue par la réforme qui contient de nouvelles règles et restrictions pour les banques traditionnelles qui ne sont en rien à l’origine des causes de la crise financière.
Pour certains sénateurs républicains américains, cette loi va considérablement freiner le crédit dans une économie déjà très lente.
Fonds spéculatifs et maladie de la volatilité : encadrement et régulation de la spéculation pour 2012 ?
Depuis les paradis fiscaux, les fonds spéculatifs déstabilisent tous les marchés et amplifient les crises.
30 « hedge funds » gèrent des actifs sur produits dérivés de plus de deux mille milliards de dollars pouvant ainsi déstabiliser tous les marchés et amplifier les crises. Ils vivent de la volatilité et sont donc condamnés à en créer. Dès que les marchés s’affolent, on obtient en l’espace de 2 à 3 minutes d’énormes variations de l’ordre de 5 à 6% ce qui permet aux fonds spéculatifs de faire d’énormes bénéfices. Ces derniers sont responsablesen 1992 de la dépréciation de la livre sterling. Ils ont dernièrement gagné plusieurs milliards d’euros, perdus par des fonds plus traditionnels et des investisseurs individuels qui ont liquidé leurs portefeuilles européens. Leur spécialité - la vente à découvert - est en passe d’être interdite et un projet de leur régulation est en cours d’élaboration.
En Europe, 80% des fonds spéculatifs se trouvent dans « la City ». Il faut donc les encadrer par un accord permettant la mise en place d’une vraie régulation tant au niveau européen qu’international puisqu’ils sont à l’origine de l’accélération de la crise de la dette souveraine et de la faillite de la Grèce.
L’Europe va probablement les mettre à l’amende et leur présenter une grande partie de l’addition de cette dernière crise. Le secteur bancaire coresponsable pourrait aussi être pénalisé avec une surtaxe de 15%.
La CE vient d’émettre une directive, pragmatique et d’une grande efficacité, pour les encadrer. Ces fonds ne sont pas des banques aussi une législation particulière sera mise en place afin de rendre la transparence et la sécurité de l’investissement à leur système opaque. La commission économique du parlement européen donnera un « passeport européen » aux gestionnaires de fonds spéculatifs des pays tiers qui ont ainsi la possibilité d’agir comme des gestionnaires de fonds spéculatifs de l’Union à condition qu’ils acceptent les mêmes obligations et les mêmes contrôles. On évitera que ces fonds soient localisés dans des pays aux garanties insuffisantes pour l’UE.
Les gestionnaires de tels fonds hors UE, doivent adhérer volontairement à cette directive, qui entrera en vigueur en 2012, et s’enregistrer afin d’être à égalité avec ceux à l’intérieur de l’Union soumis à régulation. Ils ne peuvent ainsi plus opérer depuis l’étranger. Les opérations à découvert et les effets de levier leur sont interdits.
Cette loi d’encadrement a rencontré la farouche opposition de la Grande-Bretagne. Néanmoins, le nouveau pouvoir politique en place - connu pour sa position contre la régulation de la City - va devoir honorer sa signature et se conformer au Traité de Lisbonne. Ainsi, le Royaume-Uni sera forcé d’appliquer les décisions prises au sein de l’Union.
L’encadrement de la finance internationale et de l’euro a fait l’objet d’une réunion des ministres des finances des 27. Ainsi l’Allemagne vient d’interdire les ventes à découvert d’emprunts d’États avec pour effet immédiat une baisse de l’euro, les marchés s’estimant contrôlés et ne pouvant plus spéculer. Entre-temps, les exportations allemandes ont augmenté de 10% soit 79 milliards d’euros en un mois.
Malgré de très fortes pressions sur la dette publique, les indicateurs de conjoncture sont bons en Europe comme aux États-Unis. Cela devrait donner un plancher au bas du marché, néanmoins les bourses restent imprévisibles. Si certains spéculateurs continuent à gagner beaucoup d’argent, les réactions des populations risquent d’être très violentes.
Pour mettre l’économie de l’UE à l’abri des coups de boutoirs de la spéculation, cette dernière va devoir mieux contrôler les marchés. Ceci est la responsabilité commune des États « sauveteurs » qui ont permis la survie des banques mais qui n’ont pas respecté les critères de Maastricht. L’UE27 invente ainsi une nouvelle économie et un nouveau sentier de croissance.
Les 27 vont mieux encadrer les fonds spéculatifs ainsi que les fonds de capital-risque ou d’investissement malgré la Grande-Bretagne.
Comme Londres héberge l’écrasante majorité des « Hedge funds » en Europe, le gouvernement britannique a longtemps bloqué le dossier européen de régulation de ces fonds. C’est le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble qui est venu à bout des réticences britanniques en obtenant l’accord des pays européens sur un texte encadrant les fonds spéculatifs de façon plus stricte. Ce texte des ministres européens prévoit qu’en échange d’une plus grande transparence et du respect de certaines règles, les fonds installés en Europe et disposant d’un gestionnaire européen pourront exercer dans toute l’Union. Actuellement, une autorisation de chaque pays – comme la Grande Bretagne – suffit à un fonds spéculatif pour investir dans ce pays.
L’engagement exprimé par Michel Barnier, le commissaire européen chargé du marché intérieur et des services financiers, ne laisse planer aucun doute sur la volonté de règlementer ces fonds, mais aussi les fonds de capital-risque ou d’investissement. Six grands chantiers sont en cours, traduisant les exigences de transparence, de responsabilité, de supervision et de prévention auxquelles l’UE27 s’est engagée devant le Conseil Européen.
Pour l’Allemagne, il faut une régulation financière plus étroite.
La chancelière allemande Angela Merkel a défendu vigoureusement le principe d’une régulation financière plus étroite devant des responsables financiers du monde entier. Elle a appuyé notamment la mise en place d’une taxe internationale sur les transactions financières, à condition qu’elle soit adoptée par le plus grand nombre possible de pays, et posé l’alternative de la possibilité de garantir une croissance durable sans nécessairement payer cette croissance par des endettements trop élevés.
Selon Wolfgang Schäuble, les marchés financiers avec leurs produits innovant et leurs énormes effets de levier, comportent des instruments comme les garanties de crédit, les « CDS », ou les ventes à découvert, renforçant ainsi la volatilité des marchés et leur dérive.
Pour Nathalie Pelras, analyste chez Richelieu Finance à Paris, les États doivent en priorité faire porter leurs efforts sur la réduction des déficits. Ce n’est pas la crainte de l’intervention des États qui fait baisser les marchés, c’est plus la crainte de leur situation économique qui les fait baisser.
En attendant, la communication difficile entre les dirigeants de la zone euro provoque une extrême volatilité sur les marchés boursiers.
Loi européenne sur les ventes à découvert pour octobre 2010.
Il faut que l’eurozone, la Grande-Bretagne, les USA et la Chine procèdent ensemble à l’application de cette loi.
Le commissaire Michel Barnier prépare pour octobre 2010 une loi européenne sur les ventes à découvert. Ceci mettra fin au comportement de certains États, comme la Grande-Bretagne, qui ont mis en œuvre des lois s’appliquant aux ventes à découvert sans en informer les autres États membres. Néanmoins l’interdiction des ventes à découvert sur obligations d’État ne sera efficace que si l’eurozone, la Grande-Bretagne, les USA et la Chine procèdent ensemble à l’application de cette loi.
Le gouvernement allemand élargit sa décision des ventes à découvert aux actions ce qui affole les marchés.
Le gouvernement allemand a adopté un projet de loi étendant à toutes les actions l’interdiction des ventes à découvert à nu sur les obligations d’État. Le texte qui sera présenté aux députés rend également possible pour le gouvernement d’interdire, par décret et en cas de crise sur les marchés, certains produits dérivés.
Les ventes à découvert sont une technique boursière permettant à des investisseurs de vendre des titres qu’ils ne possèdent pas encore avec l’espoir de les racheter à un prix plus bas. Elles ont été, à plusieurs reprises, montrées du doigt depuis le début de la crise financière car elles accroissent la volatilité des marchés qu’elles peuvent déstabiliser très rapidement et tout particulièrement les marchés obligataires. Ceci a poussé plusieurs fois des grandes places financières internationales à les suspendre ou à les limiter. Aussi cette décision des autorités financières allemandes a affolé les places financières.
Selon la chancelière allemande Angela Merkel, l’euro qui est avec le marché intérieur, la base de la croissance et de la prospérité de l’Europe tout comme de l’Allemagne, est en danger dans une union monétaire qui reste un destin commun des 27.
Dans la foulée, le Portugal - dont le premier ministre José Socrates a réaffirmé l’attachement de son pays aux mesures nécessaires d’austérité prises récemment - a renouvelé son interdiction de ventes à découvert sur actions et d’autres instruments financiers, décidée en 2008.
Bruxelles propose de créer une taxe bancaire mondiale et rencontre le désaccord du G20.
Réforme du système financier mondial versus taxe bancaire.
Les ministres des finances du G20 réunis à Busan en Corée du sud puis à Toronto ne se sont pas mis d’accord sur une taxe bancaire mondiale. Ce dernier appelle à accélérer la mise en œuvre de la réforme du système financier mondial, mais ne mentionne aucun accord sur une éventuelle taxe bancaire à laquelle sont hostiles les pays émergents ainsi que le Canada et l’Australie.
La Commission européenne, quant à elle, veut instaurer un système de taxes bancaires dans l’ensemble des États membres de l’Union pour préserver la stabilité financière européenne à l’avenir, mais sans l’étendre à d’autres institutions financières. Ces taxes alimenteraient un réseau de fonds qui permettraient le cas échéant de gérer une faillite de façon ordonnée sans sauver un établissement. Chaque État membre créera son propre fonds.
Selon Michel Barnier, la commission propose de prévenir plutôt que réparer, sans faire payer les contribuables en première ligne. Elle recommande fortement aux banquiers d’approuver ces mesures ainsi que les outils d’alerte et de supervision qui les accompagnent, tels les « early warning », pour éviter des faillites ou des liquidations.
Bruxelles propose d'instaurer des taxes bancaires dans tous les pays membres.
Le commissaire Michel Barnier, a dévoilé un plan instaurant des fonds de gestion - financés par une taxe bancaire dans chaque État membre - pour faire face à d'éventuelles faillites d’institutions financières. Cette contribution des banques permettra d’affronter de futures crises, évitant ainsi d’en présenter l’addition aux contribuables. La Commission européenne ne précise cependant pas, à ce stade, ni sa forme, ni la taille des structures concernées. Un réseau européen de « fonds de résolution des défaillances bancaires » serait ainsi mis en place à titre préventif, la Commission imposant aux États de constituer ces fonds selon des règles communes, auxquels les institutions financières seraient tenues de cotiser. Ainsi les fonds de résolution seraient des fonds de prévoyance destinés à organiser l’assainissement et la restructuration des banques en difficulté plutôt que leur sauvetage et feraient partie d’un réseau de fonds nationaux très différent d’un fonds unique européen ou fédéral. L’Europe appliquera le principe du pollueur-payeur où l’assiette et les modalités de cette contribution seront les plus harmonisées possibles à l'intérieur de l'Union.
La Suède vient d’introduire un prélèvement de 0,036% sur le passif de ses institutions financières afin qu’elles participent au financement de la crise alors que l’Allemagne prépare la mise en place d’un fonds allant jusqu'à un milliard d'euros par an, financé par un prélèvement sur les banques. Ainsi les retenues appliquées au secteur bancaire - sorte de fonds d'assurance pour de futurs renflouements - sont déjà une réalité malgré les inquiétudes et les vives protestations de Londres sur le fonctionnement du dispositif.
Cette proposition fait partie d'un ensemble de mesures visant à mieux gérer les crises et le secteur financier que Bruxelles met en place dans le cadre d’une réflexion mondiale sur la régulation financière soumise au G20. L’Europe démontre ainsi qu’elle peut jouer un rôle moteur dans l'élaboration d'approches communes, afin d’atteindre les mêmes objectifs de prévention et de prévoyance, dans le même temps parallèle avec des méthodes ou des outils différents. Son approche diffère ainsi de celle des États-Unis orientée vers un système de taxation d'un certain nombre de grandes banques favorisant l’amortissement des fonds publics ayant permis la mise en place du plan de stabilisation du système financier.
Nouvelle législation européenne en matière de surveillance des agences de notation de crédit.
Autorité européenne de surveillance des agences de notation de crédit.
Une nouvelle législation européenne en matière de surveillance des agences de notation de crédit et de gestion des établissements financiers est en cours d’élaboration. Elle renforce ainsi le nouveau système de surveillance des entreprises privées du secteur financier adopté l'année dernière.
Les agences de notation jouent un rôle important dans la stabilité des marchés financiers et exercent une influence considérable sur la disponibilité et le coût du crédit car elles fournissent aux investisseurs des informations sur les risques liés à leurs actifs. En sous-estimant certains risques et par leur récent comportement ces entités ont contribué à la crise financière et favorisé la crise de la dette grecque.
Cette nouvelle autorité européenne de surveillance sera investie de pouvoirs directs et exclusifs sur les agences de notation de crédit enregistrées dans l'Union, y compris les filiales européennes d'agences établies à l'étranger dont Fitch, Moody's et Standard & Poor's qui ont leur siège à New York. Elle remplace ainsi les mesures de surveillance financière prises au niveau national.
Autorité européenne des marchés financiers.
L'autorité européenne des marchés financiers, opérationnelle en 2011, sera habilitée à ouvrir des enquêtes, procéder à des inspections et proposer des sanctions et des amendes. De plus, les établissements de crédit, les banques et les sociétés d'investissement seront tenus d’informer également les agences avec lesquelles ils ne travaillent pas, afin qu'elles soient en mesure de publier des notations indépendantes. Cette surveillance centralisée des agences de notation renforcera la transparence des opérations, la protection des investisseurs et la concurrence dans le secteur de la notation de crédit.
Réforme de la gouvernance d'entreprise dans les banques et les assurances.
L’Europe procèdera aussi à une réforme de la gouvernance d'entreprise dans le secteur financier, tant dans les banques que dans les entreprises d'assurance, sur la surveillance de l'encadrement supérieur et de la participation des autorités de surveillance à la gouvernance d'entreprise. De même, l’Union imposera aux banques des politiques de rémunération susceptibles de décourager la prise de risques excessifs.
Nouvelles contre-mesures de contrôle technique.
Une économie bien gérée associe la croissance à une régulation efficace des spéculateurs. Les États-Unis, en ne donnant pas suite à la proposition européenne de co-régulation des marchés financiers globaux, empêchent cela.
Aussi pour contrer les mécanismes techniques complexes des produits dérivés spéculatifs, il faudrait en instaurer d’autres bien plus sophistiqués qui empêcheront les banques de distribuer du crédit et les assureurs d’investir, freinant ainsi davantage une croissance moribonde. Or, cette dernière est nécessaire afin de rembourser les dettes mais associée à la mise en place d’une réglementation – avec des règles prudentielles - afin d’empêcher les comportements et les mouvements spéculatifs. On répondra ainsi aux crises du futur sans pénaliser la croissance.
Dominique Strauss-Kahn, Directeur Général du FMI, propose de financer le fonds de stabilisation européen en taxant les mouvements spéculatifs des banques mais il rencontre l’opposition d’États devenus réticents en raison des règles très contraignantes qui accompagneront ces mesures.
Aussi devient-il urgent de donner une gouvernance économique efficace à l’Union tout en introduisant un cadre contraignant couplé à la nomination d’un procureur européen afin d’atteindre les instigateurs de telles crises qui pourraient être anticipées depuis une structure adéquate à Eurostat. L’Europe invente ainsi une nouvelle économie.
Les paradis fiscaux commencent à assouplir leur secret bancaire.
Alors que l’Europe pointe du doigt les paradis fiscaux sur fond de crise économique, la Suisse annonce qu’elle assouplit son secret bancaire et se conformera dorénavant aux normes de l’OCDE.
Selon le ministre suisse des Finances Hans-Rudolf Merz., la Confédération s’engage à renforcer l’échange d’informations avec d’autres pays au cas par cas et sur demande concrète et justifiée mais refuse absolument toute transmission automatique de données protégeant ainsi ses clients des regards extérieurs injustifiés.
La Belgique va supprimer son secret bancaire à partir de 2010 tandis qu’Andorre et le Liechtenstein annoncent des concessions. Il en va de même pour le Luxembourg et l’Autriche. Se retrouver sur la liste noire de l’OCDE et en subir les conséquences n’est pas étranger à cette décision.
Le mécanisme de sanctions contre les paradis fiscaux prôné par Paris et Berlin a eu aussi des effets à l’extérieur de l’Union. Ainsi Singapour, Hong Kong et les Iles Caïmans pourraient participer à des échanges d’informations fiscales. Les enjeux sont colossaux, les paradis fiscaux hébergeant quelque 7.000 milliards de dollars selon le Boston Consulting Group.
L’économie mondiale a besoin d’un rééquilibrage des taux de change.
La baisse trop rapide de l’euro fait souffrir les exportations des grandes nations économiques.
Pour l’OCDE, la dévaluation de fait de l’euro face au dollar et au yuan - arrimé à ce dernier depuis l’été 2008 - réduit les exportations US alors que l’administration Obama souhaitait les augmenter de 15% d’ici 5 ans. La monnaie unique contribue donc généralement à l’augmentation des déséquilibres monétaires mondiaux.
La sous-évaluation du yuan couplé à un euro, en chute certes, mais longtemps surévalué entrave les exportations de l’eurozone et avantage les exportations chinoises sur les marchés mondiaux ; ce qui fait dire à Carlo Padoan, chef économiste de l’OCDE, que l’économie mondiale a besoin d’un rééquilibrage des taux de change. Aussi Pékin, avant de réévaluer sa monnaie d’environ 5%, attend que l’euro se stabilise, que la crise budgétaire en Europe se résorbe et qu’il y ait une relance de la consommation intérieure chinoise, ce qui permettrait aux exportations chinoises de se calmer et aux importations étrangères de regagner du terrain. Ces bonnes intentions, nécessaire pour le rééquilibrage de l’économie mondiale, doivent maintenant entrer dans les faits sous l’œil vigilant de Washington et Bruxelles. Néanmoins, Pékin n’a rien promis, réaffirmant que la réforme du taux de change du yuan constituait un élément important d’un vaste programme de réformes.
La Chine, jusqu’à présent, ne joue pas la carte de la concurrence loyale. Devenue une grande puissance mondiale, elle entretient des frictions avec ses voisins qu’elle devrait régler par le biais du cadre juridique du mécanisme de règlement des différents de l’OMC.
Nouveau jeu de pouvoir mondial au niveau de la parité des monnaies.
La tendance de l’euro à la baisse reste caractérisée par une extrême volatilité sur le marché des changes. Néanmoins cette chute n’a pas que des effets négatifs comme la hausse des produits énergétiques, elle favorise les exportations, les avions Airbus d’EADS, par exemple, qui sont vendus en nombre dans les pays de la zone dollar.
Un euro plus faible entraînant des prix de l’énergie plus élevés peut avoir un impact sur l’inflation car sa baisse renchérit le prix du baril de pétrole qui se négocie en dollars.
Selon Alain Crouzat, de Montségur Finance, les banques centrales et les Américains considèreront bientôt que la dévaluation de l’euro, entrainant une remontée trop forte du dollar, n’est plus supportable. On entrera alors dans un jeu de pouvoir mondial au niveau de la parité des monnaies.
Selon l’économiste Oliver Roth de Close Brothers Seydler Bank à Francfort la tendance à moyen terme sur l’euro est à la baisse car les deux principes de sa stabilité, la discipline des Etats membres et l’indépendance de la BCE, ont volé en éclats. La rapidité de cette baisse rend d’autant plus inquiet Jean-Claude Juncker, Président de l’eurogroupe.
Les banques centrales vont continuer à investir dans l’euro.
Selon des représentants gouvernementaux brésiliens, indiens, japonais et sud-coréens, plusieurs banques centrales ont bien l’intention de continuer à investir dans l’euro en dépit de sa dépréciation et malgré la dette souveraine européenne. Bien que les États-Unis et la zone euro affrontent de graves problèmes budgétaires, il n’y a pas d’alternatives à court terme en raison de la liquidité de leurs monnaies et de la difficulté à modifier les portefeuilles.
L’Europe va rassembler ses forces et s’adapter au changement du jeu économique mondial.
Dans la redistribution des cartes opérée par la crise, les grandes économies émergentes ont été bien servies et misent de plus en plus gros en Europe. Les investissements directs chinois ont ainsi augmenté de 30% en 2009, au point de devenir la troisième source la plus importante de créations d’emplois.Le jeu économique mondial est en train de changer et l’Europe doit s’adapter.
Selon Marc Lhermitte, auteur du rapport sur l’attractivité de l’Europe, les entrepreneurs de ces nouveaux pays, de ces nouvelles économies, viennent chercher en Europe de la technologie, une certaine sophistication pour leurs produits et peut-être acquérir des marques ainsi que de nouvelles compétences qu’ils n’avaient pas sur leurs bases historiques. La dépréciation de l’euro face au billet vert, et par ricochet, face au yuan, pourrait accentuer cette tendance.
Les Européens, pour qui l’euro à 1,20 dollar est une parité juste, se frottent les mains et espèrent ainsi qu’un euro moins fort permettra d’enraciner la croissance, paramètre indispensable à l’investissement.
Dans cette crise se forgera une véritable identité commune européenne construite autour d’un nouveau projet fédérateur.
Il n’y a pas de capitalisme idéal mais bien des vainqueurs et des vaincus de la crise. Aussi, en raison de l’importance des enjeux en cours, la réponse la mieux appropriée devrait être l’émergence d’une véritable identité commune capable en premier lieu d’établir une politique fiscale européenne. Il y a eu trop d’indifférence mutuelle des États membres par le passé. Ainsi la politique économique européenne doit commencer ici, maintenant, avec cette UE27 porteuse de nouveaux équilibres, de nouvelles actions et de nouveaux acteurs qui pèseront lourd vers un nouveau leadership supranational.
Tout comme Robert Schuman a inventé, de fait, cette supranationalité et la montée en puissance d’une véritable fédération européenne avec le CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier), nous devons concevoir un nouveau projet, comme le noyau fédéral, fédérateur et initial d’une construction plus globale, qui se fera progressivement et donnera cette nouvelle identité commune européenne.
On a fait le marché unique, puis l’Europe sans frontières, et enfin l’euro. Aujourd’hui, utilisons à nouveau la méthode Monnet pour faire avancer l’Europe à travers des projets concrets et lancer le nouveau projet fédérateur de l’Union : sa gouvernance économique et son intégration politique. Car pour rester un acteur global, mondial, elle a besoin de rassembler ses forces dans les domaines essentiels comme le marché intérieur, la sécurité, la justice, l’environnement, la monnaie, et surtout l’économie globale.
L’UE27 se fera parce que, comme disait Jean Monnet, il n’y a pas d’autre choix que sa ">M.D.
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Cette note de synthèse s’inspire de différentes émissions d’Euronews, France 24, Bloomberg TV et France5- « C’est dans l’air », lors d’entretiens télévisés avec Patrick Artus, Pascal Lamy,Olivier Blanchard, Philippe Aghion, Jacques Attali, Jean-Claude Trichet, et Dominique Strauss-Kahn.