La Turquie utiliserait des bombes à sous-munitions

Alors que des soupçons sur l'utilisation par la Turquie d'armes chimiques se renforcent avec des nouveaux éléments, l'artillerie turque a tiré des obus contenant des bombes à sous-munitions interdites contre le Kurdistan irakien, sous prétexte de bombarder « les repères » du PKK.

Alors que des soupçons sur l'utilisation par la Turquie d'armes chimiques se renforcent avec des nouveaux éléments, l'artillerie turque a tiré des obus contenant des bombes à sous-munitions interdites contre le Kurdistan irakien, sous prétexte de bombarder « les repères » du PKK.

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L'armée turque a une nouvelle fois bombardé le 7 novembre la zone de Zap et de Khakurk, deux régions sous contrôle du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Les bombardements aériens et le pilonnage d'artillerie lourde sont devenus le lot quotidien pour les kurdes d'Irak. Il ne passe pas un jour sans bombardements. Mais depuis les raids aériens lancés le 17 aout par le gouvernement AKP de premier ministre Recep Tayyip Erdogan, les bombardements se sont intensifiés.

Selon les villageois de la région de Zap et la HPG, branche armée du PKK, des obus de contenant des bombes à sous-munitions ont été tirés contre les villages de Serne et Nerveh, proche de la frontière turque.

L'utilisation des bombes à sous munitions depuis 2008

Ce n'est pas la première fois que l'armée turque fait usage de ces armes lors des bombardements visant les villages kurdes et le PKK, sous le silence total de la communauté internationale.

Au cours du mois de septembre 2011, l'artillerie turque a tiré trois reprises des obus contenant des bombes à sous-munitions contre la région de Khakurk. L'utilisation des bombes à sous munitions, ainsi que des bombes au phosphore contre la région de Qandil au Kurdistan irakien avait été photographié en janvier 2009. Les autorités kurdes l'avaient également confirmé le 10 janvier après une enquête dans la région.

Mais la Turquie a continué de rester sourde et a de nouveau bombardé le 10 avril 2009 la région de Zap, faisant usage d'armes à sous-munitions.

En aout 2008, un civil âgé de 70 ans a été tué par une de ces bombes dans un village de Sidekan, à 100 km au nord-est d'Erbil, capital du Kurdistan.

La Turquie refuse de signer le traité d'interdiction

Se trouvant parmi les pays qui produisent ou ont produit de telles armes, la Turquie refuse de signer le traité d'interdiction des bombes à sous-munitions (BASM), entré en vigueur le 1er août 2010 après la signature de 96 pays en décembre 2008.

Plus de 110 pays dont la France ont acté l'interdiction totale et définitive de ces armes explosives aux conséquences humanitaires désastreuses. Polluant au moins 37 pays à travers le monde, les BASM continuent aujourd'hui à tuer et à mutiler des civils, selon Handicap International, Observatoire des armements, Coalition contre les sous-munitions, Human Rights Watch, Amnesty International et Oxfam.

98 % des victimes sont des civils

Cependant, l'Handicap international 2011 faisait état d'au moins 166 institutions financières de 15 pays qui fournissent plus de 39 milliards de dollars US d'investissement et de services financiers à huit producteurs de bombes à sous-munitions, dans son rapport « Worldwide investments in cluster munitions ; a shared responsibility » publié en mai.

5 à 40 % des sous-munitions n'explosent pas à l'impact, se transformant, de fait, en mines antipersonnel. Selon Handicap international, parmi 13 306 victimes d'armes à sous-munitions recensées par ses soins, 98 % sont des civils et 27% des enfants.

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