Affaire Dink: le régime Erdogan acquitte le vrai assassin!

Le régime AKP appuyé par la Confrérie de Fethullah Gulen a condamné Yasin Hayal à la réclusion criminelle à perpétuité pour son rôle d'instigateur dans l'assassinat du journaliste d'origine arménienne Hrant Dink, confirmant encore une fois l’impunité de l’Etat pour ses crimes politiques.

Le régime AKP appuyé par la Confrérie de Fethullah Gulen a condamné Yasin Hayal à la réclusion criminelle à perpétuité pour son rôle d'instigateur dans l'assassinat du journaliste d'origine arménienne Hrant Dink, confirmant encore une fois l’impunité de l’Etat pour ses crimes politiques.

La 14 e cour d’assise d’Istanbul a rendu mardi 17 janvier son verdict dans l’affaire de Dink. Le tribunal n'a pas retenu l'accusation d'appartenance à une organisation « terroriste », alors que le même système judiciaire accuse et enferme facilement les journalistes kurdes et les opposants de « terrorisme » sans avoir besoin de preuves. 
Le verdict est considéré comme un acquittement du vrai criminel, l'État profond « vert », mis en place par le régime AKP et sa coalition informelle, la Confrérie de Fethullah Gulen, à la place de l’État profond kémaliste.
Yasin Hayal, l’ancien membre du parti turc ultranationaliste «Büyük Birlik Partisi» a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, tandis que l’informateur de la police sous contrôle du gouvernement, Erhan Tuncel, a écopé de 10 ans et six mois de prison pour sa participation au plasticage en 2004 d'un restaurant McDonald's à Trabzon (nord-est), sans lien direct avec l'affaire Dink. Ainsi, 19 commanditaires ou complices supposés ont été acquittés.
En juillet 2011, la justice d’AKP, parti au pouvoir, avait condamné Ogün Samast, l'assassin du journaliste à près de 23 ans de prison.
La tradition des assassinats politiques
Assassiné le 19 janvier 2007, le journaliste Hrant Dink était dans la ligne de mire des autorités pour avoir notamment critiqué le gouvernement turc sur la question de l'identité arménienne et le génocide de 1915.
« La tradition des assassinats politiques de l'État se poursuit » a déclaré Fethiye Cetin, l’avocate de la famille Dink, parlant d'une «plaisanterie» des juges. « Pour nous, l’affaire n’est pas close, mais elle vient de recommencer » a-t-elle ajouté. 
Amnesty : les services de sécurité avaient connaissance du complot
Le verdict a déclenché de vives réactions parmi les organisations internationales de la société civile. « Hrant Dink a été assassiné pour avoir exprimé sans violence ses opinions », a déclaré Andrew Gardner, spécialiste de la Turquie à Amnesty International.  « Les services de sécurité avaient connaissance du complot qui le visait et étaient en contact avec les personnes accusées de son meurtre. Pourtant, rien n'a été fait pour l'empêcher » a-t-il dit.  « Justice ne sera pas rendue, tant qu'une enquête exhaustive ne sera pas menée sur les actes de toutes les institutions et représentants de l'État impliqués dans ce meurtre. »
RSF : nul ne peut considérer que l’affaire est résolue
« Quelles que soient ses décisions, on n’attend plus grand chose de ce tribunal »  a affirmé de son coté Reporters sans frontières, mardi 17 janvier avant le verdict.  « Cinq ans après la mort de Hrant Dink, il s’est montré impuissant à faire la lumière sur toutes les complicités au sein de l’appareil d’Etat et à remonter jusqu’aux commanditaires de ce crime. Nul ne peut considérer que l’affaire est résolue. Jusqu’au dernier moment, des éléments de la police et de l’appareil judiciaire auront même fait obstacle à l’enquête. La clôture de ce procès signe l’échec prévisible d’une justice qui ne s’est pas donné les moyens de parvenir à la vérité.»
CCAF : cette mascarade de justice est insupportable
Le Conseil de Coordination des organisations Arméniennes de France (CCAF) dénonce le double langage de la Turquie dans l'affaire de Hrant Dink. « Encore une fois, les autorités turques se ridiculisent dans une parodie de justice et violent la mémoire de Hrant Dink, portant atteinte à sa dignité et à celle de sa famille. Cette mascarade de justice est insupportable.»
Le CCAF affirme se joindre à la colère des avocats de la famille de Hrant Dink pour lesquels il s'agit d'une "plaisanterie", ce qui est « révélatrice de l'absence totale de justice dans ce pays » qui frappe à la porte de l'Union européenne. « A la lecture de cette décision de justice, le gouvernement turc veut protéger les réels instigateurs du complot faisant ainsi passer la Turquie d'un Etat profond kémaliste à un Etat profond national-islamiste. »
Ce conseil rappelle que cette condamnation intervient au moment où le gouvernement d'Erdogan multiplie les arrestations de journalistes soupçonnés « d'activités terroristes ».  « Nous condamnons ces arrestations et exigeons du triumvirat Gül-Erdogan-Davoutoglu à la tête du pays qu'il les libère dans les meilleurs délais et qu'il fasse toute la lumière sur l'affaire Hrant Dink. » (Avec ActuKurde)

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