Carte interactive des 253 fosses communes en Turquie

Une organisation de défense des droits de l'homme en Turquie a élaboré une carte interactive sur laquelle figurent les lieux de 253 fosses communes contenant environ 3250 corps humains.

Une organisation de défense des droits de l'homme en Turquie a élaboré une carte interactive sur laquelle figurent les lieux de 253 fosses communes contenant environ 3250 corps humains.

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Cette carte, première de son genre, a été élaborée par l'association des droits de l'homme (IHD) et rendue publique en septembre. Lançant également un site Internet (www.ihddiyarbakir.org), l'association a identifié 253 fosses communes séparées contenant au moins 3248 corps dans vingt régions kurdes.

Parmi ces régions, la carte indique que 30 charniers avec 298 corps se trouvent à Diyarbakir, 36 contenant 376 corps à Siirt, 35 avec 485 corps à Bitlis, 33 avec 347 corps à Hakkari et 33 autres fosses communes avec 468 corps à Bingol.

Raci Bilici, secrétaire de la branche de Diyarbakir d'IHD, affirme que la plupart des 40 000 victimes de la guerre n'ont pas de tombe connue. « Les pratiques inhumaines des années 90 constituent une violation flagrante des conventions internationales et des droits humains » souligne-t-il.

Alors que les « Mères du samedi», familles de disparus kurdes qui descendent dans la rue chaque samedi depuis 1995, les autorités turques gardent toujours leur silence et refusent de regarder son passé en face comme si rien s'était-il passé. Plus de 17 000 personnes ont été victimes de meurtres politiques non élucidés ou portés disparus au cours de leurs détentions dans les années 90.

Le débat sur les fosses communes est particulièrement intense notamment après la découverte d'un charnier contenant les ossements d'au moins 12 personnes le 5 Janvier à Mutki, dans la province de Bitlis, dans le cadre d'une enquête sur le sort des 38 kurdes disparus. Des dizaines d'autres charniers ont été découverts par les villageois dans la même région. Mais la justice turque refuse arbitrairement d'exhumation en présence des avocats et des représentants des droits de l'homme, car plusieurs fosses communes se trouvent dans des zones militaires.

DES AVEUX ATROCES

Yıldırım Begler, ancien membre du Jitem, l'unité de renseignement de la gendarmerie dont l'existence est niée officiellement mais reconnue par des anciens éléments lors des procès, avait récemment avoué l'existence des fosses communes contenant environ 200 corps dans la région de Sirnak. Se refugiant en Norvège, Il avait également affirmé aux journalistes que de nombreuses personnes ont été tuées par la torture et la plupart des corps ont été brûlés dans les fours des gendarmeries ou jetés depuis des hélicoptères.

Jitem est l'un des appareils de la « guerre spéciale » ou « salle guerre » menée contre les kurdes. Selon des sources locales, ils sont toujours actifs dans la région du Kurdistan, se vêtissent en tenus de guérilleros. Cette structure de l'Etat, est aussi accusée de l'assassinat de Hrant Dink, le journaliste Arménien tué le 9 janvier 2007 à Istanbul par un ultranationaliste.

437 COMBATTANTS TUÉS PAR DES ARMES CHIMIQUES

L'association des droits de l'homme publie régulièrement des rapports sur la situation des droits de l'homme et les pratiques de la salle guerre en Turquie. Au moins 437 guérillas kurdes ont été tuées par des armes chimiques lors des 39 opérations militaires menées par l'armée turque depuis 1994, avait affirmé IHD dans son rapport publié en aout dernier.

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