Un jeune kurde, membre d’un collectif des étudiants en Turquie, a été retrouvé brûlé vivant sur un chantier de Lyon.

Il s’agit de Baris Ataman, un jeune kurde âgé de 22 ans. Condamné au moins deux fois pour des motifs politiques, il avait fait l'objet de nombreux procès en Turquie.

Arrivé en France, il y a près de deux ans et demi, le jeune kurde a été retrouvé le 13 mai dans un état grave sur le chantier de la piscine du Rhône dans le 7e arrondissement. Sévèrement brûlé, il a succombé à ses blessures à l'hôpital Edouard-Herriot.

Les enquêteurs cherchent à déterminer les raisons des brûlures de ce jeune, pour savoir s’il s’agit d'un acte suicidaire ou d'une tentative de meurtre.

Il aurait appelé plusieurs fois son père pour le ramener en Turquie, en disant qu’il était suivi par des gens inconnus, a-t-on appris auprès de son père, qui avait déjà pris son billet d’avion pour le 15 mai. Mais, il a appris la mort de son fils avant son arrivée sur le sol français.  

Quelles que soient les raisons des brulures, c’est l’Etat turc qui est le véritable responsable de cette mort violente, dénoncent son père et ses amis.

Ce jeune était originaire de Sirnak, sur la frontière avec le Kurdistan irakien. Mais sa famille avait été contrainte, comme des milliers d’autres, de déménager de longues années auparavant à Mersin suite à persécutions menées par l'Etat turc à l'encontre du peuple kurde. À Mersin, sa famille et lui avaient essayé de se reconstruire.

Barış était connu de l'opinion publique en raison d'un grand nombre procès à son encontre. Il faisait partie de ces jeunes étudiants qui, en 2009, ont subis une vague de violence policières sans précédente. En cette période, la police persécutait les étudiants, les traquant comme des proies, sans répit, pour les entasser dans les prisons.  

Des objets comme des affiches, pancartes, livres, photos, keffieh, parapluies, citrons et œufs confisqués lors des raids policiers à la suite d’écoutes téléphoniques et de poursuites techniques, ainsi que des slogans, des déclarations à la presse ou toute forme d’opposition au gouvernement étaient des preuves suffisantes à « l'appartenance à une organisation terroriste. »

Jouant un rôle actif dans la mobilisation des étudiants, il a été confronté à de nombreuses gardes à vue, enquêtes, et condamnations entre 2010 et 2012 à Mersin comme à Siirt.

En 2010, Barış Ataman était étudiant en ingénierie Chimique à l'université de Siirt quand il a fait l'objet d'une série de procès. Durant un an, Barış a subi de multiples persécutions physiques et psychologiques, accompagnées de perquisitions innombrables à son domicile. Il était également présent lors des manifestations pour dénoncer un scandale du viol collectif à Siirt. Le 28 mars 2011, il a été condamné à dix mois de prison pour avoir participé à ces manifestations.

Placé sous surveillance constante et persécuté à Siirt, il a dû quitter l'université de Siirt pour retrouver sa famille à Mersin, où la justice turque ne l’a pas laissé tranquille. Replacé de nouveau en garde à vue à maintes reprises, Baris a également été torturé.

Le 21 février 2011 à Mersin, il criait « l'armée de l’Iman » faisant référence à la confrérie de Fethullah Gulen, lors que des policiers tabassaient lui et ses compagnons étudiants. Ce cri lui a fallu un an et cinq mois de prison « pour outrage à un agent de police dans l'exercice de ses fonctions ».

Il avait violemment été arrêté le 18 Octobre 2011 devant le Lycée Tevfik Sırrı Gür de Mersin par les brigades spéciales de police. 

Blog de Maxime Azadi avec ActuKurde.fr

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