La stratégie kurde et l’échec d’Ankara en Syrie

La Turquie s’est déjà enfoncée dans la crise syrienne. Après la prise de Bab, elle pourrait se trouver face à face avec le régime syrien malgré un accord avec la Russie qui a ouvert le porte de la Syrie pour l'armée turque. Les États-Unis observent pour le moment, pariant sûrement sur cette éventualité. Les Kurdes se préparent à une offensive turque...

On essaie de nous faire croire que les négociations de Genève cherchent vraiment la paix, alors que c’est moins vrai qu’une pièce de théâtre. Le soi-disant opposition et rebelles syriens plus que jamais affaiblis et divisés sont accueillis dans des chambres d’hôtel pour les distraire, puisqu’on sait qu’ils ne représentent rien, si ce n’est pas les intérêts de la Turquie ou d’autres pays complices.

Les Kurdes ne sont pas invités aux négociations de Genève, tant mieux, car ces négociations ne sont pas sérieuses. Les Kurdes en sont conscients et, en réalité, ils ne veulent pas faire partie de ce jeu qui pourrait les engager à ne rien faire. Sur le plan social et militaire, le projet kurde, soit le confédéralisme démocratique, est en marche malgré les attaques et provocations incessantes de la Turquie. C’est un projet qui comprend toute la Syrie, donc les Kurdes s’imposeront sur tous les plans. L’éducation en langue maternelle pour toutes les communautés dans ces régions libérées est sur la bonne voie. L’économie locale basée sur l'autosuffisance fonctionne bien malgré l’embargo. On n’y trouve personne qui souffre de la faim. Le seul souci a été l’insuffisance du carburant pour toute la région pendant cet hiver, car les zones sous contrôle des Forces démocratiques syriennes (FDS) se sont très élargies. Mais les autorités locales ont trouvé des moyens alternatifs pour combler les besoins. L’élaboration d’une constitution pour la Fédération du Nord syrien est en train d’être achevée. Dans les mois à venir, la fédération prendra une forme plus forte.  

Concernant l’opération sur Raqa, les FDS ne sont pas pressés pour reprendre la ville. Ce n’est pas parce qu’elles ne peuvent pas avancer. On doit bien placer ses pions sur l'échiquier moyen-oriental, c’est ce que font les Kurdes. Chaque chose en son temps.

Il est possible que les FDS avancent aussi sur Deir ez-Zor jusqu'à fermer la frontière avec l’Irak, ce qui permettrait à la Fédération du Nord syrien de créer un pont commercial avec l’Irak afin de briser l’embargo sur la région imposé par la Turquie et Massoud Barzani, président de la région autonome kurde.

L’autre sujet important, c’est la reprise en vue de Mossoul qui ouvrira une nouvelle porte vers la région kurde en Syrie. Il y a déjà une porte-frontière vers Mossoul sous contrôle des forces kurdes pour pouvoir communiquer avec le gouvernement irakien qui serait prêt à travailler avec les Kurdes syriens.

Quant à la Turquie, elle s’est déjà enfoncée dans la crise syrienne. Après la prise de Bab, elle pourrait se trouver face à face avec le régime syrien malgré un accord avec la Russie qui a ouvert la porte de la Syrie pour l'armée turque. Les États-Unis observent pour le moment, pariant sûrement sur cette éventualité. Laissant un champ libre à la Russie pendant un temps, les États-Unis pourraient prendre plus d’initiatives.

D’ailleurs, ces derniers temps, les forces kurdes ont riposté à plusieurs attaques du régime Erdogan et des groupes soutenus par Ankara. Plusieurs soldats turcs ont été tués, mais on n’en a jamais parlé dans les médias turcs. Les Kurdes riposteront désormais toute attaque du régime fasciste Erdogan. La Turquie d’Erdogan reste toujours la principale menace, même si elle est affaiblie plus que jamais sur les plans diplomatique et militaire, car elle est devenue aveugle en raison de son hostilité profonde envers le peuple kurde. Les Kurdes se préparent à une offensive turque,  mais l’intensification de la répression et des attaques sauvages par le régime d’Ankara, en toute impunité, peut être considérée comme la révélation de la fragilité du régime qui voit sa fin.

/Maxime Azadi

 

 

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