Le massacre de 35 villageois kurdes dans les bombardements de l'aviation turque a déclenché une vague de condamnations et de manifestations. Le principal parti kurde BDP a qualifié de massacre et a demandé des excuses au premier ministre turc. Le MRAP a condamné avec force le bombardement par l'armée turque.
Au moins 35 villageois kurdes ont été tués et un autre a été blessé dans les bombardements du 28 décembre peu après 21h par quatre avions de chasse du type F-16 contre le village de Ortasu (Roboski en kurde) à Uludere, dans la province de Sirnak, voisine de l'Irak.
Les médias turcs sous contrôle du gouvernement AKP du premier ministre Recep Rayyip Erdogan ont brisé timidement, mais toujours dans le cadre officiel, le silence 15h après le raid, suite à la déclaration du gouverneur de Sirnak pour qui la mort de 35 civils était un « incident ».
Le monde a appris ce carnage grâce aux médias kurdes qui sont dans la ligne de mire du gouvernement qui a emprisonné 95 journalistes, en majorité des kurdes.
Parmi les victimes figurent des enfants et des jeunes, âgés 12 à 18 ans, et des gardians de village, milices kurdes armées par le gouvernement.
Erreur ou massacre ?
Alors que le gouvernement garde toujours le silence, le vice-président du Parti de la justice et du développement (AKP), Hüseyin Çelik, a enfin fait une déclaration, le 29 décembre vers 17h, soit 19 h plus tard. «Selon les premières informations que nous avons reçues, ces gens étaient des trafiquants et non des terroristes » a-t-il affirmé et a poursuit : "Au nom de mon parti, je souhaite exprimer notre consternation, notre tristesse pour la mort de 35 de nos citoyens. » Pas d'excuse !
Les corps de 35 civils ont été trouvés calcinés et transportés à dos d'ânes par des villageois, mais le vice-président d'AKP n'a pas eu honte de dire : "S'il y a une erreur, une bavure, soyez rassurés, l'affaire ne sera pas enterrée. La Turquie est un État de droit."
L'état major turc a annoncé avoir visé les combattants du PKK, affirmant seulement que la région était fréquemment utilisée par les combattants kurdes. Aucune information n'a été donnée sur les identités des personnes tuées, dans le communiqué de l'armée. "La zone où se sont produits les faits est celle de Sinaht-Haftanin, située dans le nord de l'Irak, qui n'abrite pas de population civile et où se trouvent des bases de l'organisation terroriste", a déclaré l'état-major des armées dans un communiqué.
En réalité, il y a au moins 30 km entre Sinaht et lieu de massacre. Le PKK a également démenti l'état-major des armées, affirmant qu'il n'y avait aucun mouvement, ni des bases guérillas dans la région. « C'est un massacre organisé et planifié » a dit le PKK, dans un communiqué.
« Notre peuple doit montrer une réaction forte, sinon ils vont dissimuler le massacre » a affirmé de son coté Selahattin Demirtas, le co-président du principal parti kurde BDP qui siège au parlement. « C'est clairement un massacre de civils. Dissimuler ce massacre est un crime contre l'humanité » a dit Demirtas, appelant le premier ministre à s'excuser.
Manifestations et heurts
Plusieurs milliers de personnes ont manifesté jeudi sur la place de Taksim, sur la rive européenne d'Istanbul, scandant des slogans tels que "le Kurdistan sera le tombeau des fascistes" et "Erdogan, assassin". La police est intervenue violemment faisant usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau et a interpelé au moins 20 personnes.
Des manifestations ont eu lieu aussi à Sirnak, Hakkari, Mus et à Diyarbakir. La diaspora kurde s'est aussi mobilisée. Des centaines de personnes ont descendu dans les rues à Lausanne, La Haye, Strasbourg, Rome et à Londres. La police anglaise est intervenue contre les manifestants kurdes dans le centre de Londres, interpellant 16 personnes et blessant 14 autres. A Paris, une soixantaine de personnes ont occupé le bâtiment de TF1 pour attirer l'attention sur le massacre.
MRAP condamne avec force
Le mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) a « condamné avec force le bombardement par l'armée turque d'un village kurde », dans un communiqué.
« Une fois encore, le gouvernement d'Ankara choisit la force armée et la répression comme seule réponse à l'exigence de respect des droits du peuple kurde. Depuis 2009, les autorités turques ont emprisonné des milliers d'intellectuels, d'élus, de militants politiques, d'écrivains, de journalistes Cette politique du pire a pourtant montré son échec persistant. Les Kurdes de Turquie (25 millions de personnes sur les 70 millions de citoyens turcs) ne réclament rien d'autre que le respect de leurs droits fondamentaux, dans une Turquie démocratique.
Une solution pacifique et négociée à la question kurde est indispensable à la stabilisation d'une situation de plus en plus complexe et explosive au Moyen Orient ainsi qu' à une véritable démocratie en Turquie. Le MRAP rappelle que cela ne pourra se faire que par la voie de la négociation.
Dans le même temps, l'Allemagne emprisonne, depuis le 15 décembre 2011, M. Eygup Doru alors qu'il venait de reconduire à l'aéroport Leyla Zana. M. Eygup Doru, à qui la France a accordé le statut de réfugié politique est le représentant pour l'Europe du BDP (Parti pour la Paix et la Démocratie), parti légal, formant un groupe politique de 35 députés au sein du Parlement de Turquie. Il est également l'interlocuteur privilégié pour la question kurde des différentes instances du Parlement européen et du Conseil de l'Europe.
Il est urgent que l 'Union Européenne mette fin à sa politique complice concernant la question kurde. Elle doit appliquer un embargo sur les ventes d'armes à la Turquie, cesser de poursuivre les militants kurdes et exiger enfin un règlement pacifique de cette question dans le respect du droit international.
Le MRAP réaffirme au peuple kurde, persécuté depuis des siècles, son entière solidarité. » (Avec ActuKurde)