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Billet de blog 3 déc. 2014

Le PCF premier parti de gauche en nombre de militants

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Les « trahisons » de François Hollande et de ses troupes, qui témoignent de la remarquable constance historique de la social-démocratie française (gagner les élections à gauche et gouverner à droite), coûtent au PS des milliers de membres déçus. Le Parti Communiste, qui se renforce depuis la victoire du non au référendum de 2005, (re)devient le premier parti de gauche français en nombre de militants. Un « grand retour » qui s’ébauche sous la menace de l’extrême droite.

Au-delà des succès de la PME Le Pen qui achèvent de faire chavirer le cœur d’une partie de la bourgeoisie, l’extrême droite, par l’aide active de Valls et Macron, conquiert les têtes. Face à elle, ni le PS essoré, ni les écologistes divisés et encore moins un NPA ou un PG en état de mort cérébrale ne sont en mesure d’incarner une résistance. Le PCF semble bien seul à tirer son épingle du jeu [1] à gauche d’un champ politique marqué par une défiance populaire généralisée. Son réseau humain et militant, désormais le plus nombreux des partis de gauche (autour de 70 000 adhérents à jour de cotisation contre 60 000 pour le PS), est un atout considérable qu’il s’agit de retisser et de mobiliser, moins pour mener des campagnes électorales que pour reconstruire, en plus de la gauche en ruines, un « discours de classe de notre époque » [2].

Pour ce faire il lui faudra faire un pas de côté vis-à-vis du jeu démocratique classique. Car à trop sacrifier à la routine élective, le PCF court le risque de distendre son lien avec les catégories populaires éloignées du vote. Il cède en outre un pouvoir important à ses élus au détriment de sa masse militante. Il s’épuise enfin et surtout dans les débats tactiques imposés par ses « partenaires » et le système médiatico-spectaculaire [3].

Nombreux sont ceux qui souhaitent que le Parti et ses membres se décentrent des mécaniques électorales pour réinvestir la rue et l’entreprise. Structures de formation, groupes d’intervention, utilisation massive des réseaux, collectifs anti-expulsions et anti-coupures d'énergie, épiceries sociales, soutien scolaire, aide administrative, cellules informelles : il s’agit désormais de créer les conditions d’un PCF qui, loin de tout misérabilisme, soit force de solidarité populaire (ce que la Fête de l’Humanité 2014 a su magistralement donner à voir le temps d’un weekend), contre-société subversive où peut s’exprimer, en dépit de la furie néolibérale de l’époque, une nouvelle fierté.

C’est cette fierté communiste à déployer qui sera l’atout du PCF face à l’extrême droite. Car si comme l’énonce Alain Badiou « l’usage tranchant du mot même de communisme est indispensable », au geste politique de trancher doit s’articuler celui de proposer un avers positif à la société capitaliste en voie de pourrissement. C'est ce qu'a su faire Die Linke en Thuringe, permettant le retour des communistes au pouvoir vingt-cinq ans après la chute du mur. Un nouveau signal de ce que les communistes peuvent et doivent être des acteurs-clés de la période historique qui s’ouvre.

Edit 04/12 : modification des nombres d'adhérents à jour de cotisation du PCF et du PS et retrait de la mention "depuis le XIXe siècle" à propos de la constance historique de la social-démocratie. 


[1] Dans le quotidien régional Le Progrès du 1er décembre 2014, le PCF est par exemple décrit comme le premier parti de gauche du Rhône en nombre de militants (3000, derrière l’UMP – 4900 – et devant le PS – 2632).

[2] La formule est d’Igor Zamichei dans son rapport à la conférence départementale du 26 octobre 2014.

[3] Débats dont il convient de se pas surestimer la portée : « […] Toute l'histoire du bolchevisme, avant et après la Révolution d'Octobre, abonde en exemples de louvoiement, d'ententes et de compromis avec les autres partis, sans en excepter les partis bourgeois ! » (Lénine, La maladie infantile du communisme (le gauchisme)).

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