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Billet de blog 21 juin 2024

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Législatives. Quelle véritable alternative?

Emmanuel Macron tente à nouveau d'incarner l'unique alternative à la descente du pays dans le chaos, défenseur du pays face à la montée "des extrêmes". Il rejoue ce jeu dangereux qui vise à confondre l'extrême droite et la gauche, dans une stratégie électoraliste malhonnête. Revenons sur la véritable collusion avec l'extrême droite, à laquelle se livre depuis quelques années le camp présidentiel.

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Législatives – Quelle véritable alternative ?

En dissolvant l’Assemblée Nationale à l’issue des élections européennes, Emmanuel Macron a décidé une fois encore de tenter cette périlleuse acrobatie électorale. Dans les interventions qui ont suivi, on comprend entre les lignes qu’il s’est senti poussé dans le vide, convaincu de subir une dissolution forcée par une motion de censure sur le budget à la rentrée, et a préféré sauter lui-même, afin de rester maître des horloges et imposer à ses adversaires un calendrier resserré.

Il espère qu’une fois encore le trapèze de l’arc républicain qu’il appelle de ses vœux, arrivera à point nommé pour qu’il s’y cramponne fermement et empêcher, en même temps que sa chute, celle de tout un pays vers les abîmes « des extrêmes ».

Le chef de l’Etat reste fidèle à la stratégie qui lui a toujours réussi. Avec un tel score du Rassemblement National aux élections européennes, les français·es se réveilleront nécessairement face au péril, et feront barrage aux candidat·es rangé·es derrière Jordan Bardella. Ils sauront faire le choix pragmatique, c’est-à-dire celui du parti présidentiel, les représentant·es de la gauche raisonnable, libérale, ou les républicains qui refusent de suivre Eric Ciotti dans son aventure personnelle, prêt·es à consentir à des alliances et reconstituer une majorité contre le parti du pire.

Faiblesses et compromissions du parti présidentiel

Pourtant la macronie n’a jamais été aussi affaiblie. Réduite à une majorité relative, elle est incapable de gouverner autrement qu’en ayant recours au 49.3. Elle ne parvient même pas à présenter des députés dans chaque circonscription. Les ténors du parti présidentiel, vexés par la décision d’un président jupitérien qui met en scène sa toute-puissance en diffusant les photos de son exécutif accablé, ont du mal à taire leurs rancœurs. La candidate Valérie Hayer a réalisé un score particulièrement faible pour un parti en exercice, après une campagne largement critiquable, où l’ingérence d’un premier ministre insultant et d’un président paternaliste l’ont largement effacée de la scène.

 Conscient de ses faiblesses, le camp présidentiel s’arrime alors aux mêmes antiennes qu’il déploie dans l’espace médiatique depuis quelques années : confondre l’extrême droite et la gauche en un même adversaire, ces fameux extrêmes, contre lesquels la seule alternative raisonnable est évidemment la macronie elle-même. Et pour jeter le discrédit sur la gauche, ses partisans ne s’embarrassent pas de décence.

Ils n’hésitent pas à utiliser les montages les plus crasses, pour transformer le soutien que la gauche apporte à un peuple victime de génocide, en des preuves d’antisémitisme. Ils véhiculent ainsi main dans la main avec l’extrême droite un discours où la mauvaise foi est évidente, quitte à ce renversement des valeurs stupéfiant. Ils n’ont d’ailleurs pas hésité non plus, quelques mois auparavant, à parader main dans la main avec les héritiers d’un parti fondé par des Waffen SS, à une marche contre l’antisémitisme, accordant à ce parti le plus beau cadeau dont il pouvait rêver.

Collusions avec l’extrême droite

Cette volonté farouche de contribuer généreusement à la dédiabolisation entamée par Marine Lepen après l’échec de son négationniste de père en 2007, est un travail de longue haleine, qui a atteint un paroxysme dans cette campagne européenne, lorsqu’à la veille du scrutin, Gabriel Attal a débattu avec Jordan Bardella, sans la présence d’aucun·e autre candidat·e. Il en faisait le seul adversaire respectable. Voilà à quoi fut réduit l’offre politique sur cette chaîne du service public : deux candidats dont les programmes ne sont pas si éloignés qui ont su voter ensemble de nombreuses lois liberticides au cours des deux dernières années.

Deux candidats dont les partis ont su s’accorder sur la Loi Kasbarian Berger par exemple, attaquant les droits du logement. Deux candidats qui ont voté ensemble contre l’indexation du SMIC sur l’inflation et le rétablissement de l’ISF. Deux candidats enfin, qui ont rédigé conjointement la loi immigration, le camp présidentiel capitulant définitivement face à l’extrême droite, adoptant des mesures de préférence nationale, et donnant l’occasion à son nouvel allié de s’enorgueillir d’une victoire culturelle.

Alors même que Macron avait fait sa campagne sous la bannière de la lutte contre le Rassemblement National, il a cédé à ses pires revendications. Dépassé par cette montée en puissance du camp nationaliste et réactionnaire qu’il a longtemps cautionné, il a fini par être obligé de parler son langage, d’adopter ses thèmes, de voter ses textes… Elle est là, la véritable collusion.

Vers la victoire prochaine d’une gauche de rupture ?

Pourtant, contre toute attente, la gauche divisée par une campagne européenne où chacun a cherché à se distinguer pour exister - le PS essayant de reprendre la main sur une coalition dominée par la France insoumise, et les écologistes, imaginant que le scrutin européen leur serait à nouveau favorable - a réussi à s’unir dans un Nouveau Front Populaire.

La référence est puissante et mobilisatrice. Face au péril de l’extrême droite, comme en 1934, alors que la France menaçait de basculer dans le fascisme à l’occasion de la crise du 6 février, l’ensemble des forces de gauche appellent à une mobilisation massive. Dans le sillage des partis qui composaient la NUPES, c’est toute la société civile qui s’ébranle cette fois.

La CGT sort de son habituelle réserve et exhorte à voter pour le front, tandis que les associations affluent en masse pour rejoindre l’appel. Des soutiens plus insolites se manifestent, comme les youtubeur·euses Squeezie, MisterV, et Léna Situations qui appellent également à se mobiliser contre l’extrême droite.

Et si c’était possible ? Et si, dans ce moment historique, où la gravité des faits est accablante, le Nouveau Front Populaire parvenait à transformer la peur attisée par le RN en un espoir mobilisateur ? Si de cet espoir il faisait une victoire ? Partout dans le pays des forces se soulèvent contre la menace pour instaurer un nouvel ordre social.

Fruit de longues négociations, cette alliance a réussi la prouesse d’accoucher en quelques jours d’un véritable programme de rupture avec la politique néolibérale d’Emmanuel Macron. Un programme qui entend lutter contre les offensives des gouvernements précédents, avec l’abrogation de la réforme des retraites, ou des décrets en cours sur l’assurance chômage, ce que refusent le Rassemblement National et le parti présidentiel. Il vise à défendre le pouvoir d’achat des ménages, en imposant des hausses de salaires, une revalorisation du SMIC à 1600 euros, et un blocage des prix, ce que refusent le Rassemblement National et le parti présidentiel.

Ce programme est aussi le seul qui inscrive la défense de l’environnement et du vivant au premier rang de ses préoccupations. Il prévoit par exemple l’abandon des projets autoroutiers comme celui de l’A69 à Castres, ou des méga bassines qui assèchent les rivières dans les Deux Sèvres. Il promet enfin, sur le plan international, la reconnaissance de l’Etat de Palestine et la lutte contre le génocide orchestré par le gouvernement Netanyahou, ainsi qu’un soutien indéfectible à l’Ukraine, par la livraison d’arme et l’abrogation de sa dette.

Ce programme constitue donc la seule alternative populaire, écologique et sociale, aux politiques libérales pratiquées depuis plusieurs décennies. Le projet du Rassemblement National n’est pas un projet social, pas plus que celui du gouvernement actuel. L’un ou l’autre de ces partis continuera de voter les mêmes lois, avec l’aval de son homologue, comme c’est le cas actuellement. La bifurcation est à portée de main, et elle ne tient qu’à la mobilisation des électeurs et des électrices qui ne se sont pas manifesté·es pendant les européennes. Le choix est crucial et il aura des conséquences immédiates, pour le meilleur comme pour le pire.

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