Inégalités de niveau de vie en 2017

Ce travail sur les inégalités financières est la résultante d'un mémoire de master que je souhaite partager.

Les inégalités de niveau de vie en augmentation depuis 2008.

Afin de privilégier un raisonnement en termes de ménage, et non d’individu je vais dans un premier temps porter mon étude sur le niveau de vie[1]. L’indicateur courant pour mesurer les inégalités de niveau de vie est le coefficient (ou indice) de Gini[2].

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 En France l’indice de Gini en 2015 est de 0,295, ce qui en fait un des pays les plus égalitaires sur l’échelle du niveau de vie. A titre de comparaison les pays les moins inégalitaires qui sont le Danemark, la Slovénie ou l’Islande, ont un coefficient de Gini de 0,25. A l’inverse des pays comme les États Unis, 0,41 ou le Mexique 0,48, sont considérés comme les pays au sein de l’OCDE les plus fortement inégalitaires[3]. La moyenne des pays membres de OCDE est de 0,315. En réalisant une étude longitudinale, on constate qu’entre 1970 et 1998 l’indicateur a baissé, baisse s’expliquant surtout par un accès facilité à la propriété, + 12 points sur la période[4], et d’une croissance plus rapide des faibles revenus[5]. Entre 2000 et 2011, l’augmentation du coefficient de Gini est due à la hausse des prix des biens immobiliers avec un accroissement de plus de 100% en moyenne en France sur la période (L. CHAUVEL, 2010, 2016). Les réformes fiscales entreprises entre 2011 et 2013[6] font baisser l’indice en 2013, mais depuis 1998, on constate une hausse tendancielle de ce coefficient d’environ 1% par an.

Pour étudier plus minutieusement les inégalités de distribution, le rapport inter décile[7], offre une vision générale des écarts de niveau de vie.

 

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Entre 1970 et 1985 ce rapport a diminué, passant de 4,6 à 3,3, s’expliquant par l’effet conjoint de l’augmentation des bas revenus disponibles et la stagnation des plus élevés. Depuis 1990, avec les changements du marché du travail, la montée des emplois précaires et plus globalement de la dégradation des conditions salariales, ce coefficient a tendance à croitre. Il était de 3,7 en 2014[8], accroissement renforcé par la progression des revenus disponibles du dernier décile plus rapide que le reste de la population depuis 2000. De 2000 à 2014, les revenus disponibles moyens des 1% les plus aisés ont augmenté de 100 % (en sus de l’inflation) et ceux des 0,1 % de plus 150%, contre un accroissement moyen de 25% pour le reste de la population[9].

 

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Entre 2003 et 2013, les revenus disponibles en France ont augmenté de 113 milliards d’€ après impôts, soit une augmentation d’environ 10%. Sur cette somme, 42 milliards, soit 37,5% ont été perçus par les 10% disposant du niveau de vie le plus élevé contre 2 milliards soit 2% du total de l’augmentation de revenu, au 10% les moins bien dotés. Les 30% les plus aisés ont capté près de deux tiers des revenus disponibles. Pour l’année 2013, le dernier décile a capté plus du quart de celui-ci, soit 270 milliards, contre 2,9%, soit environ 29 milliards, pour le premier décile.

 

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En allant plus loin, comme le souligne le rapport de l’Insee de 2013 « Revenus et patrimoine des ménages[10] » la crise économique de 2007 a impacté plus fortement les individus avec un faible niveau de vie.

 

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Pour comprendre ces disparités croissantes, mais aussi leurs évolutions, l’étude de la composition des revenus par décile est primordiale, et apporte un nouvel éclairage sur le niveau de vie des ménages.

 

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En 2013, les prestations sociales (hors retraites) représentaient entre 20 et 25% des revenus disponibles pour le 1er décile et environ 10% pour 2ème décile[11]. La part des revenus salariés (salaires et retraites) augmente lorsque que l’on progresse dans l’échelle des niveaux de vie, pour atteindre son optimum au 8ème décile, soit 90% du revenu. Pour les deux derniers déciles la part des rémunérations du patrimoine (surtout mobiliers et financiers) se fait plus importante même si le salaire reste la principale source de revenu. Il y a une corrélation entre les revenus du patrimoine, et niveau de vie. Les revenus salariés représentent quasiment 80% des revenus disponibles pour le 9ème décile, ils ne sont plus que de 60% pour les 5% des plus aisés, 40% pour les 1% et 20% pour les 0,1%[12].

Les différences de composition des revenus disponibles expliquent les disparités de croissance. Pour les premiers déciles, depuis 1984 les prestations et minimas sociaux ont été revalorisés que du montant de l’inflation et non en fonction du pouvoir d’achat. L’écart se creuse donc entre les bénéficiaires de prestations et le reste de la population et s’est renforcé entre 2007 et 2012.

 

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La crise économique a impacté les bas salaires, les deux premiers déciles ont vu leur salaire baissé en moyenne de 0,2 % contre une hausse de 0,1 % pour le reste des salaires[13]. Pour les derniers centiles, dans un contexte de crise économique, les revenus du patrimoine (plus-values, dividendes, intérêts, jetons de présence…), ont certes été impactés, mais dès 2015, les rémunérations disponibles étaient similaires à la période près crise. Depuis la croissance des revenus du capital est plus rapide que la croissance des salaires. La détention d’un capital important assure une amélioration de son niveau de vie, que le salaire ne garantit plus.

 

En s’attardant sur les individus sous le seuil de pauvreté à 60% du revenu disponible médian, certaines caractéristiques sociodémographiques sont surreprésentées. Pour rappel, 9 millions d’individus sont en deçà de ce seuil qui correspond à 1 008 € en 2014, soit environ 14% de la population[14].

  • En premier lieu l’origine ethnique, près d’un tiers des immigrés ou de parents d’origine étrangère, hors Union Européen et majoritairement d’Afrique, sont en dessous du seuil de pauvreté, soit en 2008[15], entre 2 et 4 millions d’individus[16].
  • En second lieu la composition des ménages, la pauvreté monétaire touche ⅓ des familles monoparentales (environ 2 millions de ménages dont 80% de femmes) et 25% des familles ayant 3 enfants ou plus, et familles complexes[17] (approximativement 1,5 millions des ménages)[18].
  • En troisième lieu l’âge, en 2012, un jeune sur quatre, âgé entre 15 et 24 ans, a des revenus disponibles inférieurs à 1 008 €, soit environ 2 millions d’individus[19]. Cette quote-part diminue avec l’avancée de l’âge des cohortes. Par comparaison seulement 9,5% des personnes âgées de plus 24 ans sont en dessous du seuil de pauvreté à 60%.

 

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[1]Selon l’Insee Le niveau de vie est égal au revenu disponible du ménage divisé par le nombre d'Unités de Consommation (UC). Un adulte compte pour 1 UC, les enfants de plus de 14 ans pour 0,5 UC et les enfants de moins de 14 ans pour 0,3 UC.

[2] C’est un indicateur synthétique d'inégalités de conditions de vie (aussi de revenus, de patrimoine…) variant entre 0 et 1. 0 correspondant à une égalité parfaite de toutes les conditions de vie et 1 à une inégalité parfaite.

[3] OCDE Base de données sur la distribution des revenus : gini, pauvreté, revenus, méthodes et concepts, 2017. < URL : http://www.oecd.org/fr/els/soc/donnees-distribution-revenus.html >

[4] C. BONVALET et A. BRINGE, « l’impact des trajectoires familiales sur les parcours résidentiel et géographique des franciliens nés entre 1930 et 1950 ». Revue européenne des sciences sociales, 2016.

[5] B. GARBINTI, J. GOUPILLE-LEBRET et T PIKETTY, Income Inequality in France, 1900-2014: Evidence from Distributional National Accounts, WID world WORKING PAPER SERIES N° 2017/5, 2017.

[6] Tel la hausse des impôts sur les très haut revenus ou la réforme de la taxe des revenus du capital, voir loi de finance 2013. <URL : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000026856853-&categorieLien=id>

[7] Rapport entre les 10 % les mieux dotés en terme de niveau de vie (10ème décile) et les 10% les moins dotés (1er décile).

[8] Insee, Les niveaux de vie en 2014, 2016. < URL : https://www.insee.fr/fr/statistiques/2121597>

[9] B. GARBINTI….. Op. Cit.

[10] Insee, Les revenus et le patrimoine des ménages, 2016.  < URL : https://www.insee.fr/fr/statistiques/2017614>

[11] Insee-DGFiP, Cnaf, Cnav, CCMSA, Fichier localisé social et fiscal 2012, 2014 ; pour l’Alsace : Insee, Une pauvreté plus présente dans l’espace des grands pôles urbains alsaciens, 2015. < URL : https://www.insee.fr/fr/statistiques/1285898>

[12] B.GARBINTI... Op cit

[13] Insee, DGFiP, Cnaf, Cnav, CCMSA, Fichier localisé social et fiscal 2012, 2014.

[14] Insee, Tableaux de l'économie française, édition 2017, 2017.

[15] Insee, DGFiP, Cnaf, Cnav, CCMSA, Enquête revenus fiscaux et sociaux 2008, 2010.

[16] Les statistiques ethniques et raciales étant très encadrés, il est impossible d’obtenir des données fiables, seul un encadrement est cohérent.

[17] Pour l’Insee : Les ménages complexes, au sens statistique du terme, sont ceux qui comptent plus d'une famille ou plusieurs personnes isolées, ou toute autre combinaison de familles et personnes isolées. Une famille comprend au moins deux personnes et elle est constituée soit d'un couple (marié ou non) avec ou sans enfant, soit d'un adulte avec un ou plusieurs enfants. Les enfants d'une famille doivent être célibataires (et eux-mêmes sans enfant).

[18] Insee, DGFiP, Cnaf, Cnav, CCMSA, enquête revenus fiscaux et sociaux 2011, 2013.

[19] Insee, Une pauvreté forte pour les familles monoparentales et les ménages jeunes dans les zones urbaines, 2016.

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