Non chers médias, Emmanuel Macron ne « dérape » pas sur l’Afrique.

En déclarant que le problème de développement en Afrique venait du fait que les femmes africaines avaient 7 à 8 enfants, Emmanuel Macron a provoqué un tollé. Entre « dérapage » et « polémique », le monde médiatique a qualifié cette sortie de « condescendante », comme si elle constituait une erreur de communication. Loin d’en être une, il s’agit en réalité d’un mouvement murement réfléchi.

Sur le fond du propos, il apparait en effet que l’évolution démographique de l’Afrique pose problème. Sans être un malthusianiste véhément, il est question de la stabilisation des sociétés africaines, de leur structuration économique, de la proposition de services publics et de perspectives à tous, ainsi que de contrôle de leurs migrations, en termes de formation de cadres et d’intellectuels, nécessaires au renforcement des systèmes politico-administratifs en peine aujourd’hui.

Mais l’affirmation de M. Macron ne vise pas à mettre en débat la démographie et le développement africain : elle nourrit volontairement une polémique. Comme il a su le montrer depuis son arrivée à la présidence, notre président sait y faire pour faire progresser ses idées « modérées ». S’agissant de Poutine, il a su affirmer qu’il fallait inclure la Russie ainsi que Bachar Al Assad dans les négociations, tandis qu’il critiquait par ailleurs le traitement médiatique de RT, Sputnik, ou encore les situations en Ukraine et en Tchétchénie. S’agissant des perturbateurs endocriniens, il a dû rebondir sur la déclaration du ministre de l’agriculture (provoquée ?) qui souhaitait lever certaines interdictions en la matière. Un « arbitrage » a ensuite été rendu en faveur de M. Hulot, mettant en avant la conscience écologique du président à l’occasion de ce rapport de force créé de toute pièce.

Cette fois-ci, Macron opère une manœuvre habile. Il polarise un débat autour de deux positions :  d’une part, il alimente la critique possible d’une situation, ou plutôt son fantasme dans l’imaginaire d’une partie du corps électoral. L’explosion démographique africaine poserait problème en termes de développement. Alors même que la femme africaine enfante « seulement » 5 fois en moyenne, il exagère de manière grossière ces chiffres (De près de 50%). En s’exécutant, il relie volontairement dans l’inconscient collectif la fécondité africaine aux migrations que connait l’Europe, voire pour certains, au fameux « grand remplacement ». Il s’agit donc pour lui de se montrer ferme sur cette question sensible de l’immigration, en donnant des gages à la droite « Buisson », comme Sarkozy l’avait fait à Dakkar ou à Grenoble.

D’autre part, il envoie un message à la gauche du « crime contre l’humanité », qui dénonce de manière quasi systématique l’héritage de la françafrique, la néo-colonisation, en prônant la logique de « l’excuse » (Encore demandé la semaine dernière par le premier ministre algérien). Il provoque, prend le contrepied de sa première déclaration, dans la lignée de son « je vous ai compris » en PACA. 

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En clivant sur ce point, il s’attèle en réalité à exacerber cette opposition sur les valeurs, à diviser son corps électoral, entre les patriotes (même modérés) qui aiment leur pays, et qui n’ont pas à avoir honte de leur histoire (une majorité), et les « gauchistes », titulaires de la bien-pensance pour beaucoup. En marginalisant ces derniers, il resserre idéologiquement son corps électoral, en poussant encore plus le vecteur sur sa droite, dans la même logique des réformes du droit du travail, ou encore de l’état d’urgence. Encore une fois, Emmanuel Macron brouille les pistes, impose son rythme sur le plan médiatique. Il polarise le débat à travers des affirmations violentes, pour comme à son habitude, prôner ensuite la modération. Il promet d’intégrer l’état d’urgence dans la loi, note interne qu’il fait fuiter, puis recule lors du Congrès en affirmant que les mesures ne s’appliqueront qu’aux « terroristes ». Il promet une révolution du droit du travail, qui comme la loi El Khomry (Macron II à l’initial), ne contiendra « que » la moitié des mesures proposées.

Il s’agit de politique, rien que de politique. Il s’agit d’un rapport de force qui traditionnellement n’était pas en faveur de l’exécutif, particulièrement ces dernières années, un rapport de force dans lequel Emmanuel Macron se consacre, excelle. Pour le meilleur et pour le pire.

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