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Billet de blog 17 janv. 2022

Soumis aux Insoumis ?

Alors que la droitisation du champ politique français en marche ouvre un boulevard pour un projet écologique et social, le choix qui s'offre aujourd'hui au camp de la gauche est désolant. La seule issue serait-elle la soumission aux insoumis ?

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Nous sommes début janvier et l'élection présidentielle approche. Une union des forces à gauche paraît inaccessible comme jamais.

La droitisation du champ politique français poussée par les candidats de la haine et de la régression réactionnaire mais aussi par le président lui-même ouvre un champ énorme pour un projet d'émancipation, écologique et social. La décennie devant nous cruciale pour le sort de l'humanité et de l'humanisme. Et pourtant au lieu d'unir les forces pour emporter le prochain quinquennat le choix qui s'offre aujourd'hui au camp de la gauche est inquiétant.

Je suis écologiste, sans jamais avoir été proche ni membre d'un parti, et de par mes origines franco-allemandes je suis certainement européen. L'une des différences majeures entre les deux pays est l'organisation du pouvoir, très verticale en France avec un président élu directement qui nomme et remercie le gouvernement à sa guise, le tout au scrutin majoritaire qui pousse au clivage permanent et à la personnification du débat. La chancelière Allemande, qui depuis peu est un chancelier, est élue par le parlement qui lui-même est élu à la proportionnelle et ce après une phase de concertation comme on a pu le voir lors de la formation récente du gouvernement. En général l'accord de gouvernement conclu permet une stabilité durant le mandat. Il est évident que le système allemand favorise le compromis.

Le système en France ne nous facilite donc pas la tâche à la recherche d'une candidature consensuelle et prometteuse à gauche. Pourtant, le mandat qui s'achève ouvre un énorme espace à un projet de gauche sociale et écologique, tant le président actuel mène une politique de droite. Après les crises des Gilets Jaunes et la trahison de ses propres engagements avec la convention citoyenne pour le climat, il n'a plus aucune crédibilité écologique ou sociale.

Il y a donc un terrain à occuper, un projet à bâtir et tout le monde sait à quel point il est urgent d'agir et d'entamer enfin la transition vers une société plus juste et plus durable.

Et pourtant, à observer les échanges d'amabilités entre les différents candidats à la gauche du président, on se demande qui est leur ennemi.

Depuis un an on attend qu'il y ait des pourparlers pour une candidature unique, un projet cohérent et prometteur.

Il est bien plus important qu'il n'y ait qu'une seule candidature que de savoir qui la porte.

Je ne suis pas très proche de Jean-Luc Mélenchon, mais je suis prêt à voter pour lui à condition qu'il soit le seul et qu'il arriver à fédérer. Or depuis le début il fait l'inverse. Fort de son résultat de 2017, il a prétendu tout au long du mandant imposer son hégémonie. Il n'y a aucune marge de discussion ou de négociation. Si l’on propose de se mettre autour d'une table pour élaborer un projet commun, on entend : le programme est déjà prêt, c'est celui de Jean-Luc Mélenchon, inutile d'en faire un autre. Toute autre candidature émergente se fait railler ou attaquer avec agressivité (qu'il s'agisse d'un parti d'une personne ou d'un initiative comme la Primaire Populaire).

Paradoxe Insoumis

Cela nous renvoi à un paradoxe véhiculé par l'attitude de Jean-Luc Mélenchon et des membres de son parti  : Ceux qui veulent une candidature unique à gauche n'ont qu'à voter pour lui et les autres candidats n'ont qu'à se retirer et le soutenir.

Pour résumer, si je veux un candidat à gauche du président en place, je n'ai qu'à me soumettre aux Insoumis.

C'est gênant comme contradiction et très embêtant pour la gauche hors de ce parti.

La probabilité que ça se passe ainsi est faible et très probablement Jean-Luc Mélenchon n'aura pas plus de voix qu'en 2017. Et même s'il arrivait, au vu du panel des candidats, avec un score plus faible à accéder au second tour, on ne voit pas comment il pourrait devenir rassembleur pour tout le pays s'il ne cherche même pas à l'être dans le camp de la gauche écologiste.

Un autre paradoxe m'interroge en observant l'attitude de Jean-Luc Mélenchon : Il dit vouloir créer la 6ème république et abandonner le présidentialisme de la 5ème, mais il fait tout pour s'imposer comme le lider maximo de la gauche, le seul à être légitime et crédible.

Il a sa légitimité et ses qualités, c'est indéniable, notamment par le vote populaire. Mais ce qui compte aujourd'hui plus que tout c'est d'arracher la présidence à la droite pour changer la donne. Et la question est permise si Jean-Luc Mélenchon, malgré ses compétences, sa légitimité et sa crédibilité auprès de ses soutiens et son parti est le mieux placé pour l'emporter au second tour.

Cela peut être lui mais à condition de fédérer et de laisser une grande place aux femmes, par exemple en nommant une femme pour diriger le gouvernement. Mais ça peut aussi être une autre constellation. LFI et Jean-Luc Mélenchon feront de toute façon partie de l'aventure, mais ce n'est pas sur qu'en imposant leur hégémonie de la sorte ils y arrivent seuls.

A l'approche du scrutin l'agressivité avec laquelle s'expriment les membres et soutiens de LFI à l'égard des autres candidats ou de la Primaire Populaire m'apparaît comme un signe de nervosité. Est-ce que cela facilitera le choix aux électeurs écologistes ou de la gauche hors LFI d'être traités avec une telle attitude ?

Momentum

Jean-Luc Mélenchon a eu son momentum en 2017 où il a très probablement atteint son pinacle. Il aurait été bien plus prometteur qu'il se mette au service d'une autre candidature plus jeune et peut-être féminine pour favoriser le changement d'époque et de génération. En 5 ans bien des choses se sont passées, en particulier par la prise de parole de nombreuses femmes. La primaire d'EELV l'a bien montré avec l'arrivée inattendue de Sandrine Rousseau qui n'a été dépassé que d'une courte tête par le candidat convenu Yannick Jadot. Là aussi il y a eu un momentum politique qui sera peut-être un raté regrettable. Il aurait été souhaitable de trouver une femme plus jeune pour incarner ce changement de génération, à moins que Jean-Luc Mélenchon soit aussi le candidat féministe le plus légitime.

Des personnalités avec des compétences et de l'énergie il y en a, au sein de LFI et ailleurs, et heureusement, car du travail, il y en a aussi. Il y aurait donc tout à gagner à se mettre autour d'une table autour d'un projet rassembleur et de préparer une équipe de gouvernement ou chacun pourrait mettre ses qualités au service de la cause.

Et pourquoi Jean-Luc Mélenchon ne prendrait-il pas le Ministère de l'Intérieur, qui manque cruellement de leadership politique et ou il y aurait beaucoup de travail ?

Il eût été heureux que LFI se pose la question un peu en amont. La Primaire Populaire aurait été une belle opportunité de dégager un candidat consensuel, avec le mode de scrutin par jugement majoritaire, et ce aussi dans la perspective de dépasser le présidentialisme de la 5ème République. A cela aussi il faudra s'atteler le lendemain de la présidentielle : préparer des assemblées citoyennes en vue d'une constituante pour une 6ème République, et ce travail aura besoin aussi de leadership.

Pour sortir de l'impasse de la candidature pour la présidentielle une solution serait de choisir une personnalité qui n'est pas encore investie. Cela évitera que parmi les candidats déclarés quelqu'un se sente perdant en se retirant. La proposition de Christine Taubira va dans ce sens. Elle avait dit qu'elle ne se présenterait pas, pensant être trop clivante mais au vu de l'impossible consensus à gauche elle se propose afin de dépasser les clivages. Cela pourrait marcher, si tout le monde accepte de jouer le jeu. Elle incarne à la fois l'humanisme dans sa philosphie politique, qui sied bien à la fonction présidentielle, que dans son empathie sensible à l'humain. Il y en a d'autres, comme Pierre Larrouturou dont les idées pourraient très largement convenir à l'électorat de gauche. Tous les candidats y compris Jean-Luc Mélenchon peuvent se reconnaître dans le socle commun proposé par la Primaire Populaire.

La question aujourd'hui n'est pas de savoir qui est le mieux placé dans les sondages, mais qui est le mieux placé pour créer la plus grande adhésion pour un projet écologique et de progrès social.

Le chemin est là devant nous, l'urgence climatique, écologique et sociale est partout. La prochaine décennie est décisive. Ce serait un terrible gâchis de renoncer à l'union. Mais elle doit susciter l'adhésion. En aucun cas elle peut être soumission.

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