Chronique d'au pays des droits de l'homme

En lisant l'article «L'UMP, mauvaise élève de la diversité selon le CRAN», je me suis rappelé d'un écrit que j'ai publié dans le quotidien France-Antilles (édition Guadeloupe) il y quelques temps déjà.

En lisant l'article «L'UMP, mauvaise élève de la diversité selon le CRAN», je me suis rappelé d'un écrit que j'ai publié dans le quotidien France-Antilles (édition Guadeloupe) il y quelques temps déjà.

 

"Le premier présentateur noir du journal télévisé le plus regardé. de France, voilà, l’un des sujets d’actualité des médias des dernières semaines. Sommes nous en Afrique du Sud tout juste après l’apartheid ? Non. Peut être alors aux Etats-Unis juste après la ségrégation ? Non plus.

 

 

Nous sommes en … France. Au … XXIe siècle !

 

 

Dans ce pays ou des milliers de citoyens sont d’origines diverses pour de multiples raisons, dont l’histoire du peuplement. Chaque jour, le français d’en bas dit « de souche »* côtoie sur son lieu de travail, en faisant du sport, dans les transports en commun, les brasseries -et j’en passe- des noirs. Souvent son facteur est d’origine antillaise, s’il lui est arrivé de faire un séjour à l’hôpital il a été assisté par un agent hospitalier noir. Peut être même qu’un membre de sa famille vitintimement avec une personne d’origine antillaise ou africaine.

 

 

C’est donc tout naturellement que le français de souche a supporté sans retenue son équipe de France de football durant la coupe du monde de 98 ou de 2006. Dans sa grande majorité cela ne l’a nullement surpris de voir une équipe de France majoritairement composée de joueurs noirs, car dans sa vie de tous les jours, les noirs, français ou pas, font partie de sa vie et cela depuis bien longtemps.

 

 

Il y a par contre en France une catégorie de Français qui dans leur vie de tous les jours ne rencontrent pas ou très peu de noirs. Ils ne les rencontrent pas dans leur cercle de travail ou de loisirs, ni même dans leurs moyens de transport souvent individualisés et encore moins dans leurs cercles familiaux. Ce sont les français d’en haut dits de souche. Dans cette catégorie il y a l’élite politico médiatique, mais d’une manière générale ce sont tous les cercles de pouvoir et de décision.

 

 

Quelques illustrations. C’est dans cette élite que l’ancien patron de la chaîne de magasins Carrefour et de France Telecom a pu dire que les caissières noires faisant fuir la … clientèle. Les DRH, ou la direction du constructeur automobile Renault qui trouvent toutes les bonnes raisons pour ne pas nommer un noir à un poste de direction au prétexte que les clients ne sont pas prêts. C’est toujours dans cette élite, que Mr Finkielkrautlors de son fameux entretien au quotidien israélien « Haaretz » pose la question de la légitimité d’une équipe de France de Football majoritairement composée de joueurs noirs pour représenter la France sur le plan international… Idem pour tel responsable de France Télévisions qui vous dira qu’un héros récurrent noir pour une série télévisée n’aurait pas d’audience parce que le public n’est pas prêt. En fait, ils expriment là leurs propres peurs fantasmatiques de gens qui vivent dans leur monde. Un monde uniforme, clos, hors des réalités de la vie quotidienne ou le noir qu’il a l’occasion de croiser n’est que vigile ou technicien de surface au mieux. Selon eu, le Noir devrait rester dans le cadre qui lui est imparti, à savoir le « nègre singe » : bon danseur, bon baiseur, bon sportif.

 

 

Nous avons tous en mémoire cet incident arrivé en direct sur la BBC, où un homme noir, parfait inconnu, simple comptable de profession venu postuler pour travailler dans cette grande maison, est passé en direct sur le plateau pendant quelques deux minutes, parce qu’on l’avait confondu avec un invité grand expert en informatique.

 

 

TOUS les noirs de France qui ont vu cette info vous disent la même chose : ici, un tel fait n’aurait pu se produire. Non pas qu’il y aurait eu d’erreur d’aiguillage, mais on aurait été alerté avant : un noir, grand expert, il y a forcément un problème quelque part…Il n’aurait même pas passé les portiques de sécurité de l’accueil. Nous connaissons tous dans nos familles l'histoire de personnes venus postuler en France pour un poste à responsabilité et qu'on a pris pour le technicien de surface ou quelqu’un qui se serait perdu dans les couloirs…

 

 

Si donc la France est en retard sur certains pays, comme l’Angleterre notamment, ce n’estpas parce que les français soient racistes ou réticents. Nous pouvons témoigner parmis d’autres que les français dans leur immense majorité ne sont pas racistes. Les seuls lieux où la mixité n'a pas droit encore de cité, ce sont dans les cercles de pouvoir. Et l’on comprend alors pourquoi Harry Roselmack a pu être un sujet d’actualité en France, au XXIe siècle, tout simplement parce qu’il est noir. Nous vous rappelons qu’il est né à Troyes, mais on le renvoie systématiquement à ses origines et à sa couleur de peau. Tout simplement parce qu'il accède au sacro saint des saints réservé à une élite.

 

Savez vous que les seuls diplômés d'HEC à ne pas trouver de travail ce sont les diplômés noirs. Le pire, c'est que le plus souvent avant le diplôme, il ne trouvent même pas d'entreprise pour effectuer un stage.Ce dernier exemple confirme la frilosité de l'élite à l'égard des noirs et plus généralement de l'autre. Les dirigeants et autres cercles de possédants ont peut être gardé en mémoire l'image du tirailleur sénégalais, ou du noir de Banania; Bref tous les vieux clichés racistes datant de l'époque coloniale. Cette époque qui a bâti l'imaginaire des français à propos de ces hommes simples etpuérils. L'on pourrait même remonter jusqu'au XVIIIesiècle où l'on pouvait lire que la race blanche était la plus accomplie de toutes.

 

D’autre part, rappelons que c’est Colbert qui a crée « Le Code Noir ». Souvenez-vous de la « Controverse de Valladolid » ou le tribunal devait décider si le nègre a « une âme » ! Nous restons persuadés que dans tous ces lieux de pouvoir où l’homme noir n'a pas accès, persistent ces vieux clichés où face à un originaire d'Afrique ou des Antilles même bardé de diplômes et de qualifications demeurent encoreun doute sur la réalité de ses compétences".

 

Rappelons la phrase de Monsieur Aimé Césaire (grand poète et dramaturge francophone) :

« Sommes des Français à part entière ou entièrement à part ? ».

 

* : Français de souche, formule lapidaire qui désigne le français blanc. L’on peut se demander si français de souche nedésigne pas aussi la durée d’établissement d'une lignée en France. Dans ce cas après combien de temps une famille française est-elle de souche ? 100, 200, 300 ans ? Les antillais sont-ils donc des français de souche ?

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