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Billet de blog 10 avr. 2016

Devoir de mémoire, Sociologue en peluche & allié(e)s en mousse.

Cette semaine est sorti au cinéma le film « La sociologue et l'ourson ». La sociologue en question : Irène Théry. La presse, tant LGBT que généraliste ne tarit pas d'éloges sur ce film. Seulement voilà, sur twitter je suis tombée sur le coup de gueule de Didier ERIBON*. Je ne suis pas journaliste, mais cette histoire m'a suffisamment remuée pour que je fasse quelques recherches.

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     En jouant un peu avec les paramètres de Google pour éviter la nuée d'articles plébiscitant Mme Théry, je suis tombée sur ça : la transcription de son intervention au sénat lors du débat sur le CUS (Contrat d'Union Social).


De fait, Mme Théry a été la caution Sociologie du Parti Socialiste dans ses débats. D'ailleurs dans ce lien vous remarquerez en préambule que le président de la commission des lois a précisé qu'elle était invitée en sa qualité de sociologue à l'EHESS, auteure de " Démariage, justice et vie privée " et qu'elle a également écrit un article sur le contrat d'union sociale.
Son intervention insiste sur le caractère discriminant de la non-reconnaissance des couples homosexuels. Elle y pose aussi les limites de cette reconnaissance de façon implacable :

« Une autre issue est possible dès aujourd'hui, qui respecte davantage la revendication légitime des homosexuels, sans mettre à bas tout l'édifice du droit civil en matière matrimonial, et sans nous entraîner sur les terrains très controversés du mariage, de la filiation et de l'adoption, c'est de partir simplement de la réalité. »

Il est intéressant de voir comment Mme Théry s'est imposée en tant qu'experte pour détricoter le CUS, cf. cet article datant de 1998 dans Libé:

A l'automne, Mme Théry, sociologue du droit et de la famille, publie dans la revue Esprit «Le contrat d'union sociale en question», dépeçage brillant d'une proposition de loi presque unanimement soutenue à gauche. Elle défend la reconnaissance légale du couple homosexuel, mais pas au prix d'un texte, selon elle, mal ficelé, dangereux, remettant en cause la différence des genres, et noyant la question homosexuelle. Elle affirme surtout que le CUS (1) ouvrira inévitablement aux homosexuels le droit à l'adoption et aux procréations médicalement assistées.

Je n'ai pas pu retrouver son texte publié dans Esprit fin1997. Pour les plus curieux, je vous invite à lire ce texte contemporain (1998) d'Eric FASSIN qui montre dès 1998 l'incohérence de la position de Mme Théry avec une bibliographie détaillée. On y trouve notamment des extraits de son texte paru dans Esprit.

      A quel moment Mme Théry a changé de paradigme pour finalement s'afficher militante de la première heure dans la Sociologue et l'ourson? On ne lui conteste en aucun cas le droit d'évoluer sur ses positions. Mais peut-elle décemment occuper ce rôle de pasionaria des droits LGBT  au cinéma? Pire, recevoir des prix?
Les plus pessimistes objecteront qu'il ne s'agit que du énième cas de récupération par des gen(te)s plus ou moins bien intentionnés. Que ce n'est pas grave, parce que quand les récupérateurs sont de sortie c'est que la société a avancé et que de fait c'est un mal pour un bien.
Mais si l'on a avancé sur la question des droits c'est parce que des militants, d'ACT UP-Paris par exemple, se sont battus pour. Notamment contre Mme Théry à l'époque du CUS.

Je pense forcément aux militants qui n'ont pas eu une telle tribune pour raconter leurs histoires et qui ont forcément le cœur lourd quand ils voient Mme Théry recevoir le « Prix de la tolérance » de SOS Homophobie, ou voir l'inter-LGBT faire la promo du film.
C'est encore Act Up qui a permis l'accès à des traitements contre le VIH dont tout le monde peut profiter aujourd'hui. Et pourtant qui est la seule personne passée par Act Up ayant un accès aux médias mainstream ? Emmanuelle Cosse, ministre du logement.

Qu'il s’agisse des droits LGBT ou de racisme, c'est nos « allié(e)s » qui semblent capitaliser sur NOS luttes tandis que nous prenons les risques au quotidien,de part notre simple existence.
Faut-il rappeler que Laurence Rossignol, ministre des droits des Femmes (toujours pas démissionnaire) est une des co-fondatrices de SOS Racisme. Si vous n'êtes pas encore au courant, c'est ici pour l'info et le contexte et pour la pétition.

      Je note cependant que les récupérateurs de tous bords ont un point commun. Ils se mobilisent sur nos luttes par altruisme car ils ont du cœur ! Ils sont toujours blancs, Cisgenres, diplômés et le plus souvent hétéros.
Oui je dis souvent hétéros car en tant que personne trans j'ai connu quelques homos « militants » incapables de prises de positions concrètes mais tout à fait capables de courir vers les micros d'I-télé quand ils allaient pour la première fois à l'Existrans.
Une fois de plus, la révision mise en place autour de la sociologue en peluche rappelle la nécessité du devoir de mémoire et de transmission qui sont autant de carburant pour alimenter les luttes en cours et à venir. Avis aux documentaristes, profitez tant que les gens qui ont fait ces luttes sont encore là pour les raconter.

*Le tweet qui a motivé ce billet de blog  est ici.

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