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Billet de blog 31 mars 2016

Le 31 mars, c'est aussi la journée de visibilité trans

Aujourd'hui on manifeste contre la loi travail, mais c'est aussi la Journée internationale de la Visibilité Trans. Quel rapport diront certains. Je vais donc un peu parler de moi, et plus généralement de l'emploi pour les personnes trans en France.

MAYA B.
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     J'ai fêté mes 31 ans cette semaine. J'ai beau être trans & d'origine tunisienne, force est de constater que j'ai pas mal de privilèges qui me permettent de prendre la parole un jour comme celui-ci. Pour commencer, je suis blanche, et surtout je suis fonctionnaire donc contrairement à beaucoup d'autres je suis encore là pour en parler ...

     Sauf que forcément, entrer dans l'administration a été une épreuve. Y rester aussi. J'avais déjà commencé ma transition. Du coup, pendant ma première année dans l'administration, j'ai dû me travestir, mettre un binder*, retrouver une voix grave. Inutile de dire que même comme ça, j'ai attiré les moqueries,les questions intrusives etc. Mais à l'époque hors de question de me plaindre car j'étais stagiaire.
Une fois titulaire, le coming-out.. Sauf que j'ai encore des papiers masculins. On est en 2010. Naïvement, je tente d'obtenir un mail et un changement des annuaires professionnels à mon prénom en m'appuyant sur les directives de la HALDE. Sans succès.
Je vais la faire courte : ça m'a pris 3 ans d’arrêt maladie, une tentative de suicide et des courriers au cabinet de mon ministre de tutelle pour pouvoir reprendre le boulot avec un état civil qui correspond à mon apparence. Durant cette période, j'ai manqué de me faire expulser et j'ai été visitée plusieurs fois par des huissiers. Tout ça alors que je fais partie des « trans privilégié(e)s » dans le monde du travail.

     Aujourd'hui, la HALDE s'appelle le Défenseur des Droits (DD). Il n'y a toujours pas de loi encadrant précisément les discriminations de genre au travail. Tout se fait au cas par cas.
Dans le secteur public par exemple, une administration A va appliquer les directives du DD tandis qu'une administration B demandera à la personne un changement d’État civil pour appuyer sa requête. Et bien sûr tout le monde n'est pas prêt à être exposé(e) pour faire valoir ses droits.
Le cas par cas c'est l'arbitraire. Comme il y a très peu de trans qui réussissent à franchir tous les obstacles de l'accès à l'emploi salarié, on ne met pas en place des lignes directrices dans les services RH.
Vient alors la question du passing*. Quelqu'un ayant une apparence qui correspond aux stéréotypes de genre attendus verra peut-être sa démarche simplifiée. Mais, malheur à celles/ceux dont on jugera arbitrairement qu'ils ne sont pas légitimes.

     De fait, trouver un job ou juste le garder quand on est trans, c'est mission impossible. Sans oublier qu'être trans c'est aussi devoir se payer des soins souvent non pris en charge ou alors de façon marginale.
Enfin, on est comme tout le monde. On est pas toujours que trans. On peut donc être à la fois victime de la transphobie et du racisme. Imaginez-vous dans ces conditions chercher un job ou un appart...
C'est pourquoi depuis des années nous demandons l’accès au changement d'état civil libre & gratuit. Sans condition. Parce que conditionner, c'est déjà discriminer.

 Maya.

*Binder : sorte de bandage pour comprimer la poitrine afin de la masquer.

*Passing : Fait de « passer » ou d’être perçu(e), aux yeux des autres, en tant que membre d’un genre dans lequel on n’a pas été élevé depuis sa naissance.

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