Articuler les formations initiale et continue: vers une véritable éducation tout au long de la vie

Texte proposé par Marc Paraire, administrateur national OCCE, dans le cadre de l’atelier g des Assises Nationales de l’Education réunies le 5 juin 2010 à Bobigny.
Texte proposé par Marc Paraire, administrateur national OCCE, dans le cadre de l’atelier g des Assises Nationales de l’Education réunies le 5 juin 2010 à Bobigny. – NB : ce texte n’engage que son auteur et non l’OCCE.


Introduction
Le thème de l’articulation entre les formations initiale et continue, dans le contexte actuel de crise croissante de l’enseignement secondaire, se trouve au centre du débat sur la possibilité de repenser en profondeur, sans tabou ni exclusive, notre système éducatif global. Il serait vain, aujourd’hui, de vouloir s’interroger sur l’évolution de la formation initiale à moyen-long termes sans l’articuler à celle de la formation continue, tant il est clair que la première ne parvient plus à garantir à elle seule et au plus grand nombre, une vie personnelle, sociale et professionnelle satisfaisante, et que la deuxième ne peut se passer, pour espérer relever les défis posés par le 21ème siècle, de l’acquisition initiale par tous les citoyens d’une bonne maîtrise des outils et méthodes d’accès à la connaissance (Cf. 1ère partie du texte).


La définition de l’expression éducation tout au long de la vie comme sur-ensemble de ces deux phases de formation, initiale et continue1, a été clairement rappelée par l’UNESCO en 19962. Mais cette expression ne pourra prétendre qualifier sans aucune démagogie le système éducatif global, que lorsque celui-ci offrira réellement à chaque citoyen tout au long de sa vie, à son rythme, sans longues interruptions ni freins administratifs, un ensemble cohérent d’articulations motivantes, efficaces et apaisées entre les différents acteurs, lieux, contenus, formes et méthodes d’apprentissage, capable d’écarter toute discrimination autre que celle fondée sur la plus ou moins grande volonté d’apprendre et de comprendre, pour mieux coopérer, vivre et agir ensemble (Cf. l’émergence d’une solution innovante, en 2ème partie).


1. Primat de la formation initiale élitiste dans l’actuel système éducatif


Plusieurs contraintes d’ordre socioéconomique, technologique ou idéologique ont dominé l’évolution de notre système éducatif, depuis la 3ème République jusqu’à la fin du 20ème siècle :


 La durée effective du travail salarié3, les temps de transport, le travail domestique et la charge des enfants, rendaient pratiquement inaccessible sans efforts surhumains, à ceux qui étaient déjà entrés dans la vie active, la continuation (ou la reprise) à côté de leur occupation professionnelle, d’études approfondies ou de toute autre activité régulière à forte concentration intellectuelle. Sauf évidemment pour les intellectuels de métier dont l’activité sociale et professionnelle supposait qu’ils puissent maintenir à jour et améliorer sans cesse leurs connaissances.
 Il restait par ailleurs difficile aux actifs éloignés de ces métiers intellectuels, de trouver rapidement et sans risque de se fourvoyer lourdement, les bonnes informations sur les meilleurs auteurs, ouvrages, bibliothèques ou formations disponibles, dans les domaines qu’ils souhaitaient explorer et surtout approfondir. Malgré les progrès d’Internet dans la dernière décennie du 20ème siècle, son usage restait coûteux, lent et limité quant aux performances d’affichage et d’impression des contenus. Il était donc trop tôt pour espérer que ce nouveau média puisse résoudre le problème.
 Un certain nombre de préjugés ont aussi joué leur rôle : par exemple, les vulgarisations lacunaires de recherches sur le fonctionnement du cerveau ont longtemps présenté la quantité de neurones acquise à la naissance par chaque individu, comme ne pouvant ensuite que diminuer au fil des ans, sans renouvellement possible. L’a priori populaire selon lequel les apprentissages deviennent plus lents et difficiles à l’âge adulte, s’en est trouvé conforté.


1 Le qualificatif continuée (sous-entendu …tout le reste de la vie) conviendrait mieux ici, tant la formation dite continue ou permanente n’a jamais encore été ni continue, ni permanente. Mais utilisé seul, l’adjectif pourrait être interprété comme : continuée… jusqu’au lycée ou à l’université, ce qui prêterait à confusion.
2 Cf. L’éducation, un trésor est caché dedans, p. 17. Jacques Delors y emploie les termes éducations première et permanente.
3 Au 19ème siècle, certains ouvriers travaillaient plus de 70h par semaine. En France, ils ont encore travaillé en moyenne 45h (et même 50h dans le bâtiment) jusqu’en 1978, malgré les accords Matignon de 1936 sur les 40h et bien que la durée moyenne annuelle du travail ait baissé de 30% depuis 1950 (Cf. INSEE 1ère, n° 1273 janv. 2010), puis 39h à partir de 1982 et 35 depuis 2002 (généralisation de la 2ème loi Aubry).

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Ces contraintes historiques ont fondé l’actuel primat de la formation initiale sur celle des adultes. Malgré la démocrati-sation progressive et la récente massification4 de l’enseignement public à l’origine de la forte élévation du niveau moyen des connaissances et compétences de la population, cette formation initiale a maintenu la reproduction sociale des élites par le biais d’une sélection précoce par défaut et d’une orientation-sanction des jeunes les moins préparés à l’apprentissage conceptuel5, vers des métiers et catégories sociales dont ils ont ensuite du mal à sortir. Reproduction qui s’est maintenue, non sans faire une plus grande place aux exceptions individuelles venant cautionner l’idéologie méritocratique qui succédait à celle de l’élitisme républicain. La réforme du collège unique, essentielle à la massification, n’a pas réussi à infléchir le phénomène. L’inflation des connaissances et compétences demandées aux adultes et rajoutées aux programmes de la formation initiale, n’a fait qu’accroitre la charge de travail des jeunes, la pression compétitive et donc les risques de décrochage scolaire de ces jeunes6.
La formation des adultes est longtemps restée la portion congrue du système éducatif et, à partir des années 70, ne s’est développée essentiellement que comme formation prise sur le temps de travail (ou de chômage) et a été presque entièrement contrôlée et financée par les employeurs ou l’État7. Elle ne pouvait, de ce fait, que rester sporadique, discontinue et au service des seuls intérêts à court terme des entreprises et de l’économie. Outre ces limites quantitatives et qualitatives, les chiffres montrent qu’aujourd’hui ce sont les adultes les plus diplômés qui profitent le plus de cette formation8, ce qui renforce la reproduction sociale des élites. Les dernières réformes (VAE, DIF, CIF) atténueront peut-être cette tendance, mais buteront irrémédiablement sur les limites temporelles et budgétaires de la formation dite en cours d’emploi, telle qu’elle est actuellement pratiquée.


Quant à l’articulation des formations initiale et continue, elle a brillé pour l’instant par son absence, la formation des adultes étant tantôt reléguée au rang de palliatif9, tantôt à celui de complément sporadique contingenté10.

Cette dernière n’a jamais encore été véritablement pensée comme formation régulière de tous les adultes tout le reste de leur vie après une formation initiale conçue pour leur servir de marchepied à cette formation continuée des actifs11.


Ces constatations nous mènent à penser que l’actuel système éducatif s’achemine vers une triple impasse :


 Impasse sociale : le modèle méritocratique de l’égalité des chances, appliqué à la formation initiale de jeunes possé-dant l’égalité des droits sans égalité des moyens (héritage socioculturel, conditions de revenus, d’habitat, possibilités d’aide à domicile…), est de moins en moins compatible avec l’évolution démographique des populations à former. Trop et trop tôt sélectif12, il creuse et fige au lieu de les réduire, les hiérarchies scolaires qui fondent encore lourdement les hiérarchies sociales13. Le modèle s’enferme (à son corps défendant) dans un piège élitiste : refusant d’en rabattre sur les exigences de la formation initiale dans l’espoir (louable) de donner au plus grand nombre de jeunes un maximum de chances de réussite, il ne sait plus que faire du nombre croissant des jeunes laissés pour compte par ces exigences, victimes d’une orientation-sanction qui les humilie, les culpabilise et les décourage.


 Impasse psychologique : en France, la pression compétitive et la sélection précoce plongent plus de la moitié des élèves14 du secondaire dans une forte angoisse scolaire qui se meut, en cas de sentiment d’échec, en culpabilité, dépression, ressentiments, et leur cortège de conduites à risque intériorisées (addictions au tabac, alcool, cannabis… tentatives de suicide…) ou extériorisées (incivilités, violences, délinquance…). Le corps enseignant est touché lui aussi par un profond désenchantement15 que ne parvient plus à combattre l’héroïque résistance des innovateurs.
4 De nos jours, la plupart des jeunes terminent le collège, 72% accèdent au niveau bac, 64% le réussissent, la moitié accèdent à l’enseignement supérieur et environ 40 % y obtiennent un diplôme (Cf. L’état de l’école n° 19, oct. 2009, pp. 5 à 7).
5 Le plus valorisant pour les élites et facile à évaluer avec une apparente objectivité. La distinction formel/non-formel/informel n’est pas reprise ici, car elle nous parait contestable, l’apprentissage pratique étant quelquefois formel et le conceptuel quelquefois non-formel, voire informel.
6 Aujourd’hui 17% des jeunes sortent de formation initiale sans diplôme, à 15 ans 22% lisent mal, 8,5% très mal et les écarts de niveau et qualité d’études atteints selon l’origine sociale se creusent entre catégories les plus éloignées (Cf. ibid. p. 33).
7 En 2008 en France, la part de la formation continue et extrascolaire dans la dépense intérieure d’éducation est en baisse, et se situe à 9,7%, principalement supportés par les entreprises à 45,5% et l’État à 26,8% (Cf. ibid. p. 70).
8 Parmi les salariés et indépendants, les cadres (60%) et professions libérales (59%) y ont le plus souvent recours. En 2006, 64% des salariés diplômés au delà de bac+2, y ont eu accès, contre 24% des salariés sans diplôme (Cf. ibid. p. 70).
9 Lutte contre l’illettrisme, FLE, (re)mise à niveau… en direction des immigrés, gens du voyage, anciens décrocheurs scolaires, chômeurs longue durée, handicapés… En fait, il s’agit plus ici de formation initiale tardive des adultes que de formation continue.
10 Mise à niveau sur les TIC, la gestion, l’organisation… reconversion ou promotion professionnelles…
11 Le concept de socle commun a pu sembler un temps s’inscrire dans ce projet, mais a vite été dévoyé par le dictat de la pression compétitive et élitiste des examens au nom desquels certains professeurs, parents et même élèves, ont refusé de limiter les exigences du socle.
12 Cf. L’élitisme républicain, Christian Baudelot et Roger Establet, Seuil, 2009.
13 Cf. Enseignement : équation insoluble ?, François Dubet, Politique, juin 2009.
14 53%, contre seulement 7% en Finlande (Cf. Déchiffrer la société française, Louis Maurin (p. 132), La Découverte, 2009).
15 D’après l'enquête Enseigner en collège et lycée en 2008 (Cf. L’E.N. sans rêve ni moteur, Luc Cédelle, Le Monde, 24/11/09).


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Le reste de la population souffre aussi, en tant que parents souvent en conflit avec leurs enfants à cause de l’école, et/ou en tant que citoyens ayant peu d’espoir de sortir un jour de leur carcan socioprofessionnel, d’où : résignation, déprime latente ou manifeste, replis défensifs sur des positions communautaristes16…
 Impasse politique : on ne peut trop espérer de nos représentants politiques, élus nationaux et territoriaux : dans nos démocraties encore immatures, dominées par l’imprévisibilité de la boucle récursive système médiatique / opinion publique, ils doivent, pour se maintenir au pouvoir et quel que soit leur point de vue personnel, jouer le jeu de leur famille politique tout en restant très vigilants et pragmatiques. En France, où les réformes éducatives sont en général à courte échéance et peu soumises à évaluation, ils ont tendance à préférer les effets d’annonces à court terme aux réels efforts de synthèse à moyen-long termes basés sur la consultation approfondie de tous les acteurs. Les rares consultations restent partielles quant aux thèmes abordés et les acteurs interrogés ne manquent pas de défendre leurs intérêts immédiats qui, dans l’état actuel de confusion et de blocages, sont souvent contradictoires.
2. Innover en formation continue, puis articuler celle-ci à la formation initiale
Dans ce contexte, seule une initiative issue de la société civile, défendant un projet novateur et cohérent à moyen-long termes, prenant le temps de convaincre sans échéance électorale et de vaincre les résistances corporatives par la seule force du débat constructif, peut espérer faire progressivement boule de neige après avoir démontré la faisabilité du projet. Les politiques pourront alors s’en saisir ou, plus prudemment, en favoriser discrètement l’expansion.
Or en France, depuis l’an 2000, des seuils ont été franchis, décisifs dans le cadre d’un tel projet :
 L’application des 35h de travail hebdomadaire, qui concerne désormais l’ensemble des salariés.
 La généralisation d’Internet haut débit en accès illimité et à des tarifs à la portée de tous. Le prix et les performances des ordinateurs personnels et imprimantes couleur ont aussi évolué très favorablement.
Viennent s’y ajouter des évolutions aux origines plus lointaines :
 La baisse de la durée et de la pénibilité des transports (à distance égale) et du travail ménager due, pour ce dernier, à l’amélioration importante du confort domestique depuis les 30 glorieuses et au meilleur partage des tâches entre sexes lié au mouvement des femmes.
 Le progrès des sciences cognitives, qui peuvent aujourd’hui nous rassurer sur la capacité de tous les adultes à étudier et progresser intellectuellement tout au long de leur vie.


Ces évolutions nous mèneront tôt ou tard à repenser le système éducatif plus globalement et de façon plus radicale :
La généralisation des 35h devrait permettre de lever désormais le tabou qui veut que la formation des adultes en cours d’emploi soit prise (presque) exclusivement sur leur temps de travail. C’est un obstacle aux possibilités de négocier un nouvel abaissement de la barrière des 35h et à l’énorme développement dont la formation continue a besoin dans nos sociétés modernes. Ce tabou ne pourra cependant être levé que progressivement, au fur et à mesure qu’un nouveau système de formation continue, accessible facilement et gratuitement à domicile, commencera à faire ses preuves et se révèlera bien plus efficace et moins ségrégatif que le système actuel.


Ce nouveau système est aujourd’hui à portée de main grâce à la très récente démocratisation d’Internet haut débit et de l’informatique personnelle : une vaste encyclopédie thématique et modulaire17 peut progressivement être construite et proposée au public sur Internet, les modules étant intégralement et gratuitement consultables à l’écran, téléchargeables et imprimables. On peut la croiser avec un dictionnaire encyclopédique gratuit (de type Wikipédia). Régulièrement, des rencontres devront être organisées dans des amphithéâtres universitaires (avec réservations sur le site de diffusion), en présence de(s) l’auteur(s) de chaque module afin qu’il(s) réponde(nt), sans conférence préalable, aux questions posées par le public. S’il veut tirer le meilleur profit de la rencontre, celui-ci devra au préalable étudier et annoter le module à domicile, individuellement ou par petits groupes informels. Par ailleurs, un processus (rejouable à l’infini) de validation des modules maîtrisés par chaque apprenant, doit être mis en place hors ligne (afin d’éviter la fraude) et chacun d’eux doit pouvoir consulter ses résultats sur le site (via un code secret) pour, notamment, en apporter la preuve aux employeurs utilisant le système. À moins que ces derniers ne préfèrent effectuer la validation eux-mêmes à l’aide de QCM (ou autres tests) qu’ils auront conçus à partir de l’accès libre et gratuit au contenu intégral des modules.


16 Qui font le bonheur des industries du divertissement, des antidépresseurs, de la remise en forme… et des intégrismes politiques ou religieux.
17 Organisée de façon buissonnante (plutôt qu’arborescente) avec indication claire des pré-requis et passerelles entre les différents modules disciplinaires et interdisciplinaires. Ceux-ci pourront facilement être mis à jour et offrir l’avantage d’une gestion différentielle des versions.

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Un autre tabou peut être levé, celui du financement : le système atteindra rapidement l’autonomie financière s’il adopte un modèle économique proche du logiciel libre : les productions numériques étant très difficiles à protéger contre la copie, tant vaut-il les offrir gratuitement en ligne et financer ensuite le système au travers des rencontres hors ligne avec les auteurs. Des regroupements de 100 à 300 personnes (suivant la nature et le succès des modules) versant chacune son écot (le prix d’une séance de cinéma), peuvent aisément assurer la rémunération des auteurs, couvrir leurs frais de déplacement, la gestion du site et les dépenses liées à l’utilisation des amphithéâtres. Cela ne coûtera guère chaque année à l’utilisateur moyen, que l’équivalent d’une inscription universitaire ou de l’achat de quelques manuels. De plus, le seul capital nécessaire au projet, une fois le site construit, étant de nature cognitive et non financière, il est théorique-ment à l’abri de la concurrence du grand capital industriel et financier. Cette caractéristique rend le modèle compatible avec l’économie sociale, coopérative et solidaire et devrait le tenir à distance de toute récupération marchande.


Un tel projet, au fur et à mesure qu’il accumulera des modules de qualité et se développera, devra être articulé à la formation initiale : la (re)distribution des missions et des collaborations entre celle-ci et la formation continue en terme de contenus, méthodes, outils, exigences, validations, devrait permettre de réduire progressivement par l’aval la pression compétitive qui mine aujourd’hui l’enseignement secondaire et d’y rendre rapidement caduque l’orientation-sanction. Évolution qui pourra se faire à effectifs constants d’enseignants, ou légèrement croissants si l’on (ré)intègre dans les missions de la formation initiale toute l’actuelle formation initiale des adultes. Elle pourra aussi s‘effectuer sans niveler le travail des meilleurs élèves qui pourront dès l’âge de 15-16 ans, avec l’aide de leurs professeurs, commencer à utiliser le système des modules de la formation continue18, sans être séparés des moins bons. Ceci ne pourra que créer une émulation non compétitive et inciter les élèves à une coopération solidaire entre niveaux. C’est en fait l’idée d’un lycée unique (prolongeant le collège unique), mais avec des moyens sans précédents pour différencier l’enseignement proposé aux élèves, auxquels il ne sera plus nécessaire d’imposer l’humiliation d’un tri-sanction trop précoce.


Nous pouvons ainsi espérer progressivement faire des lycées [et collèges] de véritables maisons des savoirs, de la citoyenneté et de [la préparation à] la formation [continuée] tout au long de la vie19. La spécialisation professionnelle pourra alors être différée à l’âge adulte sur la base bien plus équitable d’un nouveau système de formation modulaire, réellement continue et soutenable tout au long de la vie, système de formation en alternance à temps plein, entre une semaine de travail effectif de 35h (que l’on peut espérer, dans ce nouveau contexte, faire rapidement tomber à 32 voire 30h) et 5, 10, 20h ou plus… passées à domicile (seul ou en petits groupes) à étudier au rythme de chacun l’enseigne-ment des meilleurs auteurs dans tous les domaines. Alternance qui, lors des rencontres avec ces auteurs, verra le riche feedback d’un public intergénérationnel très impliqué, nourrir une nouvelle et puissante interaction entre théorie et pratique. Cette nouvelle organisation créera du lien social hors ligne (via les groupes de travail et lors des déplacements pour rencontrer les auteurs) et du lien social en ligne (sur le site de l’encyclopédie). Les universités et grandes écoles pourront expérimenter le système avec prudence et, en cas de succès, revoir progressivement leurs missions pour s’articuler plus largement et harmonieusement avec celui-ci.


Conclusion


L’autonomie financière du projet sera le meilleur levier du renouveau de nos démocraties, ajoutant aux pouvoirs existants (législatif, exécutif, judiciaire, médiatique), un 5ème pouvoir indépendant : celui de la société (civile) apprenante, nouvelle opinion publique émancipée à l’abri des tentatives de manipulation médiatique, ou encore celui du peuple-philosophe, meilleur antidote aux arguments antiques de Platon en faveur du pouvoir des seuls philosophes-rois20.


Au plan écologique, la meilleure éducation des jeunes et des adultes limitera bientôt les achats compulsifs, le gaspillage, la pollution… et instaurera une sobriété et un sens des responsabilités environnementales salvateurs. Les meilleurs experts et chercheurs mettant leurs talents au service de l’encyclopédie, s’assureront un revenu minimum et, moins soumis au devoir de réserve, donneront leur avis plus librement sur les problèmes environnementaux.


Du point de vue éco-paléo-anthropologique, cette société apprenante, peut aussi être perçue comme émergence de la 4ème phase du processus d’humanisation, après celles du paléolithique, du néolithique et de… la société industrielle21.

 


18 Sur la notion de modules testée dans le secondaire au CEFP d’Alembert, voir : Les modules à la finlandaise, Marc Paraire, revue A&E n° 211-212, juillet-octobre 2009 : http://www.occe.coop/federation/component/attachments/download/234
19 Cf. Lycées : changer de logiciel !, C. Duflot, M-C Blandin, P. Meirieu, Le Monde.fr, 11/12/09. Les ajouts entre crochets […] sont de l’auteur.
20 Cf. La République, Platon, Livre VIII (545c - 576b).
21 Si l’on considère que le néolithique, en tant que période dominée par l’activité agricole, ne s’achève vraiment qu’avec la grande industrie.

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