Valls le stratège

Manuel Valls a réussi à faire le buzz ce jeudi 15 décembre 2016, en se prononçant pour la suppression du 49-3, en suscitant hilarité, consternation ou agacement. Mais il démontre aussi qu'il a très bien compris que l'important est que l'on parle de lui, en bien ou en mal. Il coupe aussi l'herbe sous le pied de ses adversaires et assure presque sa victoire à la primaire de la gauche.

Pour envisager ce qui suit, il faut accepter deux postulats. Le premier, c'est que les déclarations des candidats ne sont pas spontanées mais réfléchies. Le second, c'est que ces candidats sont attentifs aux sondages et à leur marge de progression ou de régression possible. Le reste coule alors de source.

Manuel Valls est conscient que selon les derniers sondages parus, il est donné largement en tête du premier tour de la primaire de la gauche, et au coude-à-coude avec Montebourg au second tour (51/49). D'un point de vue purement stratégique, son intérêt est de sécuriser sa victoire au second tour, sa présence y étant acquise. 

Sa déclaration de ce matin au micro de France Inter est un coup parfait à deux titre. D'abord, en sortant une énormité, il fait parler de lui dans les médias et amuse les réseaux sociaux: autant de temps pendant lequel on ne parle pas de ses adversaires. Ensuite, il prive Montebourg, ou tout autre outsider, d'une arme qui aurait pu être utilisé contre lui. Il sera difficile, dans l'entre-deux tours de la primaire, de l'attaquer sur son côté autoritaire, puisqu'il aura déminé l'argument du 49-3 deux mois plus tôt que tout le monde. Il ne sera plus possible d'utiliser cela contre lui, ni même de proposer la suppression du 49-3 puisqu'il aura été le premier à en parler.

Que valent quelques moqueries aujourd'hui face à tel coup stratégique ? Et surtout, que restera-t-il de tout ça dans deux mois ?

 

 

 

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