Médéric Martin-Mazé
Maître de conférences en Relations internationales à l'Université Paris VIII et au CRESPPA-LabToP
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Billet de blog 11 mars 2022

Mélenchon a-t-il un faible pour les hommes forts ?

Contrairement au procès instruit par les Verts et des Socialistes, Mélenchon n’a pas de faible pour les hommes forts. Mais il n’y a pas de fumée sans feu. Ses prises de position sur les questions internationales procèdent de principes parfois contradictoires que ce texte se propose de démêler.

Médéric Martin-Mazé
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Depuis l’agression russe en Ukraine, Mélenchon est devenu l’homme à abattre à gauche. Verts et socialistes semblent plus occupés à instruire son procès qu’à combattre Macron ou l’extrême-droite. Selon eux, le candidat insoumis aurait un faible pour les hommes forts. Soutien à Chavez au Venezuela, indulgence envers Assad en Syrie et complaisance vis-à-vis de Poutine en Russie seraient autant de symptômes d’une affliction plus profonde : un anti-impérialisme hémiplégique, obnubilé par les États-Unis d’Amérique, et aveugle aux projets de domination nourris par la Chine et la Russie.

Personne n’est dupe des considérations électoralistes qui motivent ce réquisitoire. Mais laissons cela de côté. Car prendre au sérieux cet acte d’accusation permet de poser clairement, du point de vue de la gauche, la question cruciale de l’international. Le mis en cause est en effet un auteur prolifique sur cet enjeu. Or, dans leur intention polémique, ses détracteurs réduisent à un tropisme pour les dictateurs des positions qui, en réalité, procèdent de trois principes distincts : la solidarité transnationale, la géopolitique du pétrole et le réalisme politique. Il faut d’abord se donner les moyens de les démêler pour comprendre dans quelle mesure le dernier d’entre eux, le réalisme politique, peut guider la pensée et l’action dans le contexte de la crise actuelle.

Les trois figures de l'international chez Jean-Luc Mélenchon

Ces dix dernières années, le soutien de Mélenchon au régime vénézuélien a régulièrement été agité comme un épouvantail par ses adversaires politiques et médiatiques. Indéfectible sous Chavez, plus discret sous Maduro, cet appui relève d’une solidarité idéologique avec une gauche latino-américaine dont les expériences sont sources d’inspiration pour la gauche radicale européenne. Au moment où la sociale démocratie européenne s’abîmait dans la Troisième voie des Schröder et des Blair, l’Amérique du Sud amorçait une rupture nette avec l’ordre néolibéral. Ce tournant est riche d’une diversité d’expériences qui ne se laissent d’ailleurs pas réduire à la seule révolution bolivarienne. Les processus constituant en Bolivie et au Chili nourrissent ainsi clairement la pensée politique des Insoumis. Les discussions sont riches mais aussi critiques. Une écoute attentive de Mélenchon et ses proches permet de distinguer, ci et là, des objections feutrées, y compris au régime vénézuélien. Par exemple, le modèle consumériste financé par la rente pétrolière paraît incompatible avec l’éco-socialisme prôné par le Parti de Gauche puis la France insoumise. Ces échanges symboliques s’inscrivent dans un internationalisme de bon aloi qui se déploie selon des lignes transversales au système interétatique.

La situation est radicalement différente en ce qui concerne la Syrie. Ici, c’est une autre grille de lecture qui s’impose. A l’exception de la Tunisie, dont la Révolution a été soutenue avec enthousiasme, le théoricien des Révolutions citoyennes a rapidement rabattu les printemps arabes sur une forme dégradée de géopolitique. Sous sa plume, la capacité d’agir des révolutionnaires syriens et égyptiens ne pèse pas lourd face au poids des grandes puissances, dont les intérêts sont souvent ramenés à quelques pipelines aux mystérieux tracés. Pour Mélenchon, la révolution citoyenne ne prend pas sur un sous-sol riche en hydrocarbure.

L’apparition de l’État islamique aux confins de la Syrie et de l’Irak, la campagne d’attentats contre la France, puis l’intervention russe en soutien au régime d’Assad n’ont fait que conforter ce prisme de lecture. Quand on rappelle à l’envi que Mélenchon a déclaré que « Poutine va régler le problème », il faut au moins avoir l’honnêteté de préciser de quel problème il s’agit alors : l’État islamique, responsable des pires attentats perpétrés sur le sol français. Mais les commentateurs fielleux qui exhument aujourd’hui ces propos n’ont cure de ces nuances contextuelles. Tout ce qui compte à leurs yeux, c’est que le personnage crucial de la pièce du démocrate imaginaire vient d’entrer en scène : Vladimir Poutine. Quelle transition parfaite dans le récit sans couture d’un Mélenchon qui aurait un faible pour les hommes forts !

Et pourtant, il faut résister à la belle cohérence de ce narratif pour apercevoir que le principe qui génère les prises de position de Mélenchon sur la question russe est, là encore, distinct de celui qui sous-tend l’analyse de la révolution syrienne. Quand il affirme qu’il ne voterait pas pour Poutine s’il était Russe, Mélenchon active une distinction entre l’Etat et le gouvernement qui s’inscrit dans la tradition du réalisme politique.  Selon cette école de pensée, l’idéologie des gouvernements et la nature des régimes politiques exercent une influence négligeable sur la politique étrangère des Etats.

Cela s’explique par la propriété qui distingue le système international des systèmes politiques internes : il est an-archique, c.-à-d. dénué d’une institution centrale qui aurait le droit et la force de régler pacifiquement les différends entre Etats. Dans ces conditions, « la guerre est toujours possible parce que rien ne l’empêche » (Waltz). Démocratiques ou autoritaires, socialistes ou conservateur, peu importe : tous les Etats se concentrent sur la survie et, à cette fin, visent l’accroissement permanent de leur sécurité. Aussi la paix se fonde-t-elle sur un équilibre précaire entre intérêts des grandes puissances, fragile échafaudage que les croisades idéologiques risquent toujours de mettre à bas. Quand il plaide pour la prise en compte des intérêts russes, Mélenchon ne fait donc preuve d’aucune complaisance vis-à-vis du régime Poutine. Il fonde simplement son analyse sur une acception réaliste du système international.

On peut pointer les nombreuses limites qui grèvent cette approche. Il n’en reste pas moins que l’acte d’accusation de la gauche radicale, selon lequel elle aurait un faible pour les hommes forts, est dénué de fondement. Ces vaines polémiques qu’on agite périodiquement contre les Insoumis en France, mais aussi Podemos en Espagne ou encore le Labour de Corbyn au RU doivent être perçues pour ce qu’elles sont : des procès en sorcellerie. Et il devient urgent de prononcer un non-lieu.

L'heureuse fortune d'un réaliste à l'heure des crises internationales.

En effet, le réalisme politique qui figure sur l’acte d’accusation n’a jamais été aussi indispensable que depuis que les troupes russes envahissent l’Ukraine en masse. Car c’est précisément dans ce type de contexte que cette école de pensée atteint son pic de rendement heuristique. Proposer les bons offices d’une France indépendante pour abréger le conflit en facilitant un règlement politique négocié entre les parties est la seule conduite diplomatique raisonnable. C’est d’ailleurs, bon an mal an, la ligne que tente de tenir Macron en gardant le contact avec Poutine au milieu de la crise.

Le régime poutinien poursuit la chimérique résurrection d’un Empire de toutes les Russie (grande, petite et blanche). Confronté à la force brute dont il use à cette fin, il est devenu périlleux de rappeler le rôle que les puissances occidentales ont joué dans le drame actuel. Et pourtant, le refus de laisser l’Organisation de la Sécurité et de la Coopération en Europe subsumer l’OTAN après la dissolution du Pacte de Varsovie demeure une lourde faute stratégique. Dès la fin des années 1990, l’élargissement oriental de l’OTAN puis sa campagne aérienne au Kosovo ont contribué à réactiver l’habitus impérial de la Russie, dont Poutine est la funeste incarnation. Le prétexte fallacieux des armes de destruction massive, avancé par les Etats-Unis pour justifier l’invasion de l’Irak en 2003, fournit aujourd’hui un script que le régime poutinien singe avec délice pour légitimer sa propre agression de l’Ukraine.

Le problème est que les Occidentaux scient méthodiquement la branche de la légalité internationale sur laquelle ils sont assis. Quand les Russes ont consenti à laisser Français et Britanniques intervenir en Libye en 2011, ces derniers ont largement outrepassé le mandat du Conseil de sécurité de l’ONU qui leur avait été donné. Au lieu d’établir une zone d’exclusion aérienne, ils ont fourni un appui feu aux insurgés, hâtant l’écroulement de l’Etat libyen. Inutile de s’étendre sur l’imbroglio qui a entouré le renversement de Viktor Ianoukovitch en février 2014, alors que les Européens venaient de s’engager auprès des Russes pour un transfert pacifique et légal du pouvoir. On pourra en revanche s’étonner de l’étrange ballet diplomatique que les Etats-Unis ont dansé ces derniers mois. Dire à Poutine qu’on ne lui donnera pas ce qu’il veut par la négociation, mais qu’on ne l’empêchera pas de le prendre par la force : était-ce le meilleur moyen d’empêcher la guerre ?

Westplaining ! s’étouffent (en anglais, c’est plus chic) les intellectuels organiques de l’alignement atlantiste à la lecture de ces rappels historiques. L’accusation prêterait à sourire s’il elle n’était pas faite pour entraver le mode de pensée relationnel qui est pourtant indispensable à l’intelligibilité du monde. C’est en effet la relation qui détermine les termes – et non l’inverse. Dans le système international, les acteurs redéfinissent en permanence leurs identités à travers de longues séquences de coups stratégiques. Il suffit pour s’en convaincre de regarder l’évolution de l’Ukraine sur les trente dernières années. En mars 1991, une très nette majorité d’Ukrainiens (70%) s’opposaient à la disparition de l’URSS. Ils combattent aujourd’hui avec un courage acharné pour empêcher une Russie néo-impériale d’absorber leur Etat.

Le relationalisme comme mode de pensée ne conduit pas au relativisme comme abdication du jugement politique. D’autres voies étaient bien sûr ouvertes au régime Poutine.  Il a choisi celle de l’affrontement. Il porte donc l’entière responsabilité de ce crime d’agression. Alors pourquoi rappeler la longue liste des erreurs occidentales ? Tout simplement parce qu’il est de notre ressort de ne pas les reproduire dans la crise actuelle.

A cet égard, la retenue à laquelle appellent aujourd’hui les Insoumis tranche avec l’enthousiasme martial des va-t’en guerre qui ne jurent que par l’escalade militaire. S’étonnera-t-on de retrouver parmi eux des Verts qui ont oublié leur identité pacifiste ? Venus récemment à la chose militaire, ces derniers ignorent sans doute que l’armée russe peut aligner entre 70 et 80 Groupes Tactiques Inter-Armes, là où l’armée française aurait du mal à en générer une douzaine. Au reste, faut-il rappeler que la Russie dispose de plus de 6000 ogives nucléaires ? Après leur avoir signalé que, conformément au souhait de l’administration Biden, nous n’interviendrions pas, il serait terriblement dangereux de changer d’avis en cours de route. Il y a urgence à dépoussiérer les classiques de la dissuasion nucléaire pour éviter le pire.

L’action de la France doit aujourd’hui se fixer un but clair et atteignable. A mon sens, ce but doit être de sauvegarder la démocratie ukrainienne. Et si cela implique de ne pas l’accueillir immédiatement dans l’OTAN ou dans l’Union européenne, alors tant pis.

La neutralisation de l’Ukraine permet précisément d’atteindre cet objectif. Cette technique diplomatique revient à sacrifier une partie de la souveraineté externe de l’Ukraine (son droit de passer des alliances) pour sauvegarder sa souveraineté interne (son droit de déterminer librement son mode de gouvernement). Il va sans dire que cette solution n’est plus idéale aujourd’hui qu’elle ne l’était pour les Finlandais, après qu’ils ont chèrement vendu leur peau pendant la Guerre de l’hiver 1940. Mais, il faut prendre en compte la réalité du rapport de force. Le régime Poutine a de toute évidence sous-estimé ce que les Ukrainiens étaient prêts à sacrifier pour défendre leur révolution. Ces mauvais calculs entre Etats révolutionnaires (l’Ukraine) et conservateurs (la Russie) sont fréquents dans l’histoire des relations internationales. Toutefois,  le « rouleau compresseur de l’armée russe finira par passer », avertit le Chef d’Etat Major des Armées lui-même. Qui, dans ces conditions, est prêt à laisser écraser Kharkiv, Kiev, Odessa et Lviv – à part quelques candidats en manque de mythe mobilisateur, et d’électeurs ?

Mais on devine, au fond, des motivations moins avouables dans le branle-bas de combat qui agite aujourd’hui le camp atlantiste. Chez certains, la tentation est forte de reproduire en Ukraine ce que les Etats-Unis ont réussi dans l’Afghanistan des années 1980, c.-à-d. pousser les feux d’une guérilla qui finirait par avoir l’armée russe à l’usure. Il suffirait, pour ce faire, d’armer les Ukrainiens de missiles anti-chars et anti-aériens – ces mêmes armes qu’on a refusées aux Syriens de peur qu’elles tombent dans les mains d’Al Quaeda ou de l’Etat islamique. Ainsi Poutine tomberait-il dans un piège mortel. L’Ukraine se muerait en tombeau de son impérialisme militariste.

Dans sa version la plus optimiste, ce scénario imagine même le renversement du régime Poutine, par une mobilisation populaire, une révolte élitaire – ou une combinaison des deux. Ce dénouement n’est d’ailleurs pas à exclure étant donné le formidable courage des opposants russes à la guerre et les signes de défection qui s’accumulent à tous les niveaux du régime poutinien (déclarations anti-guerres de certains oligarques, désertions et abandons de matériel dans l’armée, multiplication des sources d’information au plus haut niveau du Kremlin, etc.).

Zelenski n’a pas le luxe d’attendre ce happy ending pour les happy few qui auraient survécu aux munitions thermobariques. Il doit négocier la fin des hostilités le plus vite possible. C’est sa population qui est jetée sur les routes. Ce sont ses villes qui sont bombardées sans relâche. Ses concitoyens qui tombent sous les balles et les bombes. Dès le début de l’invasion, la présidence ukrainienne a manifesté son souhait de discuter des modalités de la neutralisation de l’Ukraine avec les Russes. Dans les pourparlers qui se sont ouverts à la frontière biélorusse, on remarque d’ailleurs que les positions de négociations se rapprochent aussi vite que le rapport de force s’équilibre. Une solution négociée est peut-être plus proche qu’on ne le croit.

Si abréger le conflit est dans l’intérêt des Ukrainiens, il est aussi dans l’intérêt de la France et, plus largement de l’Europe. 20 000 volontaires auraient, à ce jour, rejoint la légion internationale fondée par Zelenski. Tout le monde a l’air de s’en réjouir. Personne n’a compris qu’on n’est pas en train rejouer les brigades internationales de la Guerre d’Espagne. Depuis 2014, le conflit dans le Donbass a offert aux extrêmes droites européennes un terrain de jeu idéal, de part et d’autre de la ligne de front. Des signes montrent qu’elle se mobilise massivement pour rejoindre la légion Zélinksi. Ces groupuscules cherchent à obtenir des armes et à s’entrainer à leur maniement, afin de préparer la « guerre civile raciale » (sic.) qu’ils appellent de leurs vœux. On ferait donc mieux d’y réfléchir à deux fois avant d’alimenter une insurrection de grande échelle en empilant à la frontière polonaise des dizaines de milliers d’armes de tous calibres, allant des fusils d’assaut aux missiles Stinger.

L’intérêt de la France est donc clair : il faut parvenir au règlement politique le plus rapide de la guerre en Ukraine. On peut à cette fin rééquilibrer le rapport de force en armant discrètement les Ukrainiens, ce qui aurait pour effet de garder les Russes à la table des négociations. Sur ce point, Mélenchon et ses conseillers devraient aller au bout de leur réalisme. Mais que l’Europe claironne sur tous les toits qu’elle envoie des convois entiers d’armements aux Ukrainiens relève d’une imprudence qui pourrait s’avérer fatale - ce qui n’a pas échappé à Luuk van Middelaar. Certains proposent même de laisser les Mig-29 que les Polonais offrent au gouvernement ukrainien opérer depuis des bases de l’OTAN en Europe de l’Est. Dans une telle situation, il serait tentant pour l’aviation russe d’exercer un droit de poursuite au-delà des frontières polonaises et roumaines – à la manière d’un MacArthur demandant l’autorisation de bombarder, y compris par un feu nucléaire tactique, les bases chinoises en Mandchourie pendant la guerre de Corée.  Depuis le Brexit, la France demeure la seule puissance nucléaire de l’UE et sa première puissance militaire. Elle peut et doit peser de tout son poids pour orienter la conduite de ses alliés vers la retenue et éviter toute forme d’escalade. Elle doit également tout faire pour résister à la tentation du pourrissement. Une guérilla d’attrition en Ukraine serait grosse de redoutables conséquences pour nos démocraties européennes.

Seule une diplomatie indépendante qui se met dans la situation de parler à tous les belligérants tout en soutenant, discrètement mais fermement, la partie agressée, peut parvenir à un tel résultat. La prudence réaliste à laquelle invite Mélenchon dans la crise actuelle est peut-être moins attrayante que les enthousiasmes de façade de va-t’en guerre inconséquents qui veulent se refaire la cerise électorale sur le dos des Ukrainiens. C’est toutefois le seul chemin responsable et raisonnable qui permette d’esquisser une sortie de crise où l’on sauverait l’essentiel, c’est-à-dire la démocratie ukrainienne et les vies humaines, ukrainiennes comme russes.

Le chantier de l'international

Le réalisme politique de Mélenchon sur la question russe peut donc s’avérer payant dans la crise actuelle. Mais ne nous leurrons pas : cette adéquation entre la doctrine et la situation reste fortuite. Elle ne doit pas occulter les nombreuses contradictions qui maintiennent sous tension la pensée internationale d’un mouvement, les Insoumis, qui n’a pas fini d’intégrer une palette de positions hétérogènes en la matière : altermondialiste, anti-impérialistes, etc. Car si Mélenchon est réaliste, il ne l’est jamais qu’à moitié : le récent discours de Lyon montre que sa conception de la paix comme construction politique s’éloigne nettement des préceptes du réalisme politique en la matière - ce qui n'est pas d'ailleurs en soi une mauvaise chose. Et puis au fond, comment concilier le cynisme de la géopolitique des pipelines avec la candeur du soutien aux Révolutions bolivariennes et tunisiennes ? Dans quelles conditions un gouvernement Insoumis doit-il prendre en compte la dure réalité du système international ? Quand lui serait-il possible de jouer de la solidarité transnationale avec des pouvoirs idéologiquement proches ? Sous le couvert des « alliances altermondialistes », les Insoumis passent de l’un à l’autre de ces répertoires en fonction de la situation. Cette mobilité doctrinale s’éclaire sans doute à la lumière de la mosaïque d’engagements internationaux qui circulent à grande vitesse dans ce mouvement gazeux : question palestinienne, altermondialisme, anti-impérialisme, humanitarisme, etc. Juxtaposant des conceptions radicalement différentes du système international, les Insoumis courent le risque de se retrouver pris dans des contradictions insurmontables.

Le chantier de l’international est désormais ouvert à gauche. Il revêt une importance cruciale. Toute force de rupture qui reste attachée à ce que Wallerstein appelle la stratégie en deux temps (prise du pouvoir d’Etat pour transformer la société) ne peut percer la croûte du capitalisme écocide qu’en un point spécifique du système international à la fois. Elle doit donc réfléchir à la manière dont la lutte qu’elle mène se prolonge dans l’espace international. Or, celui-ci est régi par des logiques radicalement distinctes de celles qui organisent le système politique interne où les victoires sont si rares, et si épuisantes. Si les révolutionnaires du début du XXe siècle avait une conscience aigüe du caractère répressif d’un système interétatique d’où surgissait trop souvent les forces de la réaction, la gauche libérale a, pour sa part, abandonné cette réflexion le jour où elle a préféré se lover dans la toile des contraintes externes plutôt que de percer au travers. On ne peut pas en dire autant des Insoumis. Nous pouvons leur en être reconnaissant. 

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