Le nouveau Plan biodiversité de la Ville de Paris, voté pour la période 2025-2030, entend renforcer la nature en ville : 500 rues végétalisées, 100 nouveaux quartiers dédiés à la faune sauvage, 40 refuges de biodiversité, des haies, des mares, et même des berges « renaturées ». L’enthousiasme de l’exécutif parisien est palpable, soutenu par une machine institutionnelle mobilisée dans toutes ses directions, et un discours d’unité citoyenne relayé par les mairies d’arrondissement.
Pourtant, un malaise persiste. Car ce plan, s’il incarne bien une nouvelle étape dans la transition écologique de Paris, s’inscrit dans une continuité problématique : celle d’un urbanisme vert qui accompagne, voire accélère, la gentrification.
Depuis plus d'une décennie, les politiques publiques de transformation urbaine se succèdent à Paris, presque toujours au nom de l’écologie, de la santé ou du bien-être. Mais dans les faits, elles produisent un modèle de ville de plus en plus excluant pour les classes populaires.
La végétalisation à grande échelle devient une marque de fabrique, mais aussi un moteur d’embellissement sélectif. Les projets phares prennent racine dans les quartiers centraux ou bourgeois, là où les effets de valorisation immobilière sont immédiats.
À l’inverse, dans les périphéries les plus vulnérables, la promesse écologique se limite souvent à quelques façades végétalisées, une cour d’école réaménagée, ou des animations ponctuelles, sans remise en question profonde de l’inégalité d’accès à la nature, à la qualité de l’air, ou aux espaces publics durables.
La consultation mise en avant par la Ville — questionnaires, réunions, plénières... — donne l’illusion d’une co-construction démocratique. Mais les absents restent nombreux : habitantes et habitants précaires, sans-abris, jeunes relégués, travailleurs surexposés aux pollutions...
Ces publics, dont les besoins en justice environnementale sont les plus criants, sont rarement associés, et encore plus rarement écoutés. Une consultation n’est pas une redistribution.
Le Plan biodiversité 2025-2030 incarne ainsi une écologie institutionnelle en tension. Porteuse d’objectifs sincères, mais incapable de remettre en cause les dynamiques d’entre-soi et de captation de l’espace urbain par les plus privilégiés. Façonner un urbanisme favorable à la biodiversité, oui. Mais à condition qu’il le soit aussi pour l’humanité diverse qui compose Paris. Pour l’instant, les oiseaux ont peut-être gagné quelques quartiers, mais les travailleuses pauvres, les familles immigrées, les jeunes sans avenir, continuent d’en perdre...
Il est temps de passer d’une écologie décorative à une écologie populaire. Une écologie qui n’embellit pas la ville pour mieux la filtrer, mais qui repense les droits, les usages et les équilibres urbains à la racine. Car ce n’est pas un baromètre des espèces qui nous dira si Paris devient plus vivable, mais notre capacité collective à rendre la ville réellement inclusive.
Là où la biodiversité humaine, sociale et économique, est encore trop souvent la grande absente de ces plans.
Là où cette biodiversité normalise en apparence, mais pêche par son manque de réalisme, ne flatte que les projets de futurs promoteurs à l'instinct des plus dévorant, insatiable et intenable à la longue, c'est-à-dire insoutenable pour continuer d'accueillir des classes moyennes mortifiées et littéralement liquéfiées...
Par Mehdi Allal – Chercheur en politiques urbaines et sociales, spécialiste des mutations métropolitaines et de leurs inégalités.