Une société sous tension, des dépendances qui se banalisent
L’infographie Tous drogués ? de La Documentation française révèle une réalité devenue impossible à éluder : la consommation de psychotropes — cannabis, cocaïne, médicaments détournés... — progresse et se banalise au sein de toutes les catégories sociales.
L’OFDT confirme cette tendance : près d’un million de personnes consomment aujourd’hui du cannabis quotidiennement, tandis que les usages festifs ou répétés de stimulants et hallucinogènes augmentent.
À cela s’ajoutent d’autres dépendances moins visibles mais tout aussi destructrices :
alcool, premier facteur d’addiction en France ;
tabac, encore responsable de 75 000 décès annuels ;
psychotropes prescrits, dont l’usage chez les jeunes adultes progresse ;
comportements addictifs : écrans, jeux vidéo, paris en ligne, réseaux sociaux, achats compulsifs...
L’addition de toutes ces dépendances finit par dessiner une société fragilisée, où le recours au produit — ou à la stimulation — remplace trop souvent le recours à l’autre.
La jeunesse au premier rang des risques
Si toutes les générations sont concernées, c’est bien la jeunesse française qui se trouve aujourd’hui en première ligne.
Pourquoi ? Parce qu’elle cumule vulnérabilités et pressions :
incertitude sociale et économique,
anxiété scolaire et professionnelle,
isolement relationnel et familial,
difficultés de projection dans un avenir perçu comme instable.
Face à ces tensions, les addictions fonctionnent comme des soupapes temporaires, des béquilles émotionnelles… qui s’enracinent. Elles détournent des études, freinent l’ambition, entament la confiance, obstruent l’avenir.
Ce n’est pas seulement une question de santé publique : c’est une question de justice intergénérationnelle.
Si une génération se trouve privée de ses forces, c’est l’ensemble de la nation qui s’en trouve amoindri.
Changer de regard : de la stigmatisation à la responsabilité collective
L’erreur la plus grave serait de réduire l’addiction à un problème individuel, à une “faute”, à un manque de volonté. Elle est d’abord un symptôme.
Le symptôme d’une société où l’on fait peser sur les épaules des jeunes un poids émotionnel, social et économique inédit.
Changer de regard exige :
une politique de prévention ambitieuse, fondée sur l’éducation, l’information, la réduction des risques ;
un accès facilité aux soins, sans délai, sans culpabilité, sans labyrinthe administratif ;
une mobilisation des institutions scolaires, universitaires et professionnelles pour détecter, accompagner, soutenir ;
une parole publique ferme mais empathique, qui n’abandonne, ni ne condamne.
L’addiction n’est pas le signe d’une jeunesse perdue : elle est le signal d’alarme d’une société qui doit se réinventer pour être plus juste et plus protectrice.
Rebâtir l’espérance, ensemble
Parce qu’aucun jeune ne devrait voir son avenir rongé par la dépendance.
Parce qu’aucune famille ne devrait se sentir seule face à ce défi.
Parce qu’aucune institution ne devrait détourner le regard.
L’enjeu dépasse le cadre sanitaire : il touche au lien social, au vivre-ensemble, aux promesses que nous sommes capables de tenir envers celles et ceux qui arrivent après nous.
Dédicace
À Ludovic Dusserre, Marc Santerre, Moïra Conrath, Elsa Catherine, Orlando et Jean-Victor,
pour que jamais vos espoirs, vos voix, vos forces ne soient affaiblis par les dépendances que notre époque impose trop souvent. Puissiez-vous être les acteurs lucides et courageux d’un monde qui protège davantage, qui comprend mieux, et qui aime plus fort, qui ne s'éteint plus pour ceux et celles qui souffrent de ce manque d'autonomie, mais qui n'étreint pas trop non plus, pour lâcher du leste...