Georges Papandréou l’a donc annoncé, il souhaite convoquer les grecs aux urnes lors d’un référendum où ils décideront de la validation –ou non- du dernier plan d’austérité décidé le 26 octobre.
Ce vote serait, dit-il, l’occasion de permettre au peuple de s’exprimer sur la question cruciale de la résolution de la crise économique qu’ils subissent chaque jour. Juste avant le sommet du G20, et alors que sa majorité s’effrite et menace même de s’effondrer, cette décision semble plutôt être un coup politique bien calculé. Et quel coup politique ! La Grèce n’a pas connu de référendum depuis 1974 alors même que son histoire depuis lors n’a pas manqué d’agitation. Les grecs ont donc pour la première fois depuis plus de 30 ans l’occasion de se prononcer. Cela est d’autant plus symboliquement fort qu’ils vont donner –ou non- leur aval à la politique menée depuis deux ans sur laquelle ils n’ont jamais pu dire un mot. Une politique d’ailleurs totalement contraire au programme grâce auquel le gouvernement Papandréou a été élu.
Quel est alors le but de la « stratégie Papandréou » ? Reconquérir une majorité déçue et épuisée ? Effacer sa culpabilité d’avoir rendu son pays exsangue à coup de plans d’austérité ? Ou alors créer un véritable débat sur la nature de la zone euro et sur la pertinence de celle-ci ?
Il faut avouer que peu connaissent son véritable but. Patrikios nous confie : « Je n’ai jamais compris ce Papandréou, soit il est vraiment très con, soit c’est l’homme le plus intelligent que je n’aie jamais vu ». C’est donc bien de cela qu’il s’agit. S’il y a un sentiment dominant et grandissant depuis quelques jours en Grèce, c’est bien la confusion.
Personne n’y comprend strictement rien.
Il est alors amusant de voir les médias français analyser en profondeur et avec précision la journée du 3 novembre. « Lemonde.fr » titrait ce soir « Papandréou prêt à abandonner le référendum et à démissionner ». Pourtant rien n’a indiqué ce soir, ni qu’il était prêt à abandonner le référendum ni qu’il était prêt à démissionner. Ces questions ont été évoquées, mais on manque encore informations officielles.
Toutes les chaines de télévision grecques ont tenu des éditions spéciales toute la journée pour tenter de comprendre ce qui se passe vraiment, sans succès. Au cours de ces éditions, les discours de tous les dirigeants politiques ont été diffusés et analysés en direct par de nombreux commentateurs et responsables de partis.
Ce que l’on a pu observer était plus nuancé que ce qu’en a conclu « lemonde.fr ». Le premier ministre grec a déclaré qu’il ne souhaitait pas poser la question d’une sortie de la zone euro, comme le lui ont imposé Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Il a réaffirmé en force que la Grèce faisait partie de l’Europe et qu’il était hors de question, même de réfléchir à une sortie de l’euro. La réaffirmation de ce principe est d’ailleurs en accord avec les témoignages que l’on a pu recueillir. En grande majorité la population et les partis politiques ne souhaitent pas une sortie de l’euro. Il est d’ailleurs étonnant de voir communistes, sociaux-démocrates, centristes, et toute l’aile droite d’accord sur ce point.
Par extension, tous ceux-là sont donc opposés à la tenue d’un référendum posant cette question, ce qui ne veut pas forcément dire qu’ils seraient contre le principe d’une consultation sur l’application ou non du dernier plan d’austérité.
Il existe donc une confusion, relayée par les médias, entre le référendum tel qu’énoncé au départ, et tel que suggéré par le couple franco-allemand. Une sortie ou non de la zone euro n’était au départ absolument pas à l’ordre du jour. A ce propos d’ailleurs, l’imposition d’une nouvelle question a été vécue comme une humiliation par la classe politique et le peuple grecs qui se sentent de plus en plus dépossédés de leur souveraineté politique. Le premier ministre n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler que même en situation de dépendance économique, les décisions politiques sont toujours le fait du gouvernement grec.
Quant à la question de la démission, la situation est la suivante. Un conseil des ministres s’est tenu cet après-midi, dans lequel se seraient décidés d’une part la démission de G.Papandréou, d’autre part la formation d’un gouvernement de coalition. Il ne s’agit pour le moment que de rumeurs. Toutefois à l’issue du discours de Papandréou devant ses députés en fin d’après-midi, sa ministre de l’éducation s’est levée sans en avoir l’autorisation pour lui demander la raison pour laquelle il n’avait pas évoqué ce qui s’était dit en conseil des ministres. Cela peut donc renforcer l’idée qu’un accord aurait été conclu au sein du gouvernement, incluant ou non la démission du premier ministre.
La grande question donc, c’est de savoir ce qu’il va se passer demain soir après la question de confiance. On ne comprend pas réellement les conséquences d’un « oui » ou d’un « non » à cette question. Changement de premier ministre avec maintien du gouvernement ? Formation d’un nouveau gouvernement PASOK ? Droite ? Ou encore coalition comme le suggère l’article du monde ? On peut se demander comment cela est possible puisqu’Antonis Samaras, responsable de Nea Demokratia (principal parti d’opposition, aile droite) n’a cessé de répéter son refus de participer à un gouvernement de coalition, réclamant à l’inverse la tenue de nouvelles élections.
On voit donc bien ici toute la confusion qui règne autour de la crise politique actuellement à l’œuvre. C’est demain que les choses bougeront réellement, et nous ne manquerons pas de vous faire part de notre point de vue sur la situation.
Mehdi ZAAF et Myrtia ISIDOR