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Lien 10 sept. 2015

Grèce : premier débat sans envolée d’une campagne qui ne décolle pas

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https://vuesdeurope.wordpress.com/2015/09/10/grece-ce-quil-faut-retenir-du-debat/

Sept chefs de parti d’un côté, 8 journalistes de l’autre. Questions et réponses minutées. 1 minute 30 par réponse au max… Au menu de la soirée, donc, soit l’art de la synthèse, soit la phrase choc. Le débat s’annonçait terne, sans véritable fond  : il l’a été. C’est la forme, finalement qui marque d’abord l’esprit. Alexis Tsipras, le Premier ministre démissionnaire mais toujours sans cravate, a l’air fatigué. Sept mois au pouvoir, en négociation  : ça épuise. Ses ennemis sont partout autour de lui. Son principal opposant a mis son plus beau costume, et coiffé sa moustache. Forme encore, genre salle de sport  : il y a eu le moment «  punching ball  », caractéristique des débats grecs. Et les rappels à l’ordre… faits, comme la loi, pour ne pas être respectés.

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Que faut-il retenir de cette séquence télé qui renouait avec un genre disparu depuis six ans des écrans hellènes : la confrontation entre chefs de parti ? Il a surtout tourné à l’enchaînement de monologues entre, dans l’ordre de placement, Alexis Tsipras (Syriza), Evangelos Meïmarakis (Nouvelle Démocratie, ND), Panayotis Lafazanis (Unité Populaire), Stavros Theodorakis (Potami), Dimitris Koutsoumbas (KKE), Panos Kammenos (Grecs indépendants) et Fofi Yennimata (Pasok). Après trois heures de débat, une question reste en suspens  : entre qui les ébats gouvernementaux auront-ils lieu quand le scrutin du 20 septembre aura déterminé la majorité à la Vouli, le Parlement grec  ?

Un débat de dupes, qui révèle plutôt un vrai duel

Ils avaient beau être sept au tour de la table, la chose est apparue assez rapidement : les deux concurrents qui font la course en tête dans les sondages, le « Syriza expurgé » d’Alexis Tsipras et la Nouvelle Démocratie d’Evangelos Meimarakis, faisaient aussi la course au téléspectateur. Un seul objectif  : obtenir le soutien de la majorité d’entre eux en affirmant qu’ils avaient, au gouvernement, fait mieux que les autres. Bref, défendre son bilan qui est, forcément, globalement positif. Tout, après, est histoire d’honnêteté. Alexis Tsipras a décidé de la jouer profil bas, et, forcément, autocritique  : « oui, nous avons échoué », « nous avons signé un mémorandum qui n’est pas parfait », « Il est certain que nous n’avons pas réussi à réaliser une part de nos engagements  »… Voilà, en substance, ce qui revenait en leitmotiv dans sa bouche. « Vous avez détruit le pays  », « avec nous l’économie allait mieux  », « Syriza a hérité d’un pays en bonne santé et creusé la dette », rétorquait Evangelos Meimarakis. Pour départir les deux, il faudrait s’intéresser aux chiffres, aux circonstances, au rôle des créanciers… Là, le débat ne prit aucun relief  : pas de référence à l’Histoire, pas de rappel de chiffres, pas d’analyse ni de question en profondeur. Et pourtant, derrière, les autres candidats faisaient pâle figure. Conscients qu’ils n’étaient dans les faits que des concurrents pour une troisième place dans le meilleur des cas, ils cherchaient essentiellement à grappiller quelques pourcents afin de s’assurer au moins une représentation au parlement. Sur cette scène politique éclatée depuis le début de la crise, en 2010, ils ont essentiellement tenu les seconds rôles.

Qui, alors, entre Meimarakis et Tsipras a remporté la manche  ? Le prochain débat est fixé au 14 septembre. Il sera décisif.

Chacun pour soi… mais tous pour le meilleur score (dans la mesure de ses moyens)

Chaque personne autour de la table s’adressait à un public en particulier.

Fofi Yennimata tout d’abord, dont le parti, le Pasok, alternant au pouvoir depuis 1974 avec la ND, fait de la majorité absolue une «  nouvelle illusion  » et dénonce le bonus des 50 sièges. Bonus qui, pour dire les choses clairement, permit régulièrement à son parti d’accéder au pouvoir. Fin d’une époque… Ce qu’elle confirme, d’ailleurs, en appelant à faire du Pasok le 3ème parti pour «  imposer la coopération  ». Prête, donc, à gouverner avec ND… ou avec Syriza. Voulant gouverner à tout prix. Mais c’est  « pour la stabilité du pays  »  : c’est elle qui le dit.

Le digne représentant du KKE, Dimitris Koutsoumbas faisait lui les yeux doux à des téléspectateurs-électeurs  : «  revenez vers nous  », appelait-il, qu’ils soient passés par le Pasok, ND, ou aient cru au «  faux espoirs de Syriza  ». Un déchirant cri du cœur d’un chef d’un parti en chute libre… mais qui confirme qu’en Grèce, l’union de la gauche n’est pas pour demain  ! D’autant moins qu’avec la scission de Syriza dont est issue Unité Populaire, incarnée par Panayotis Lafazanis, le KKE voit un nouvel ennemi chercher à conquérir ses terres (électorales).

Panayotis Lafazanis, justement. A ses yeux, un seul clivage  : pro ou anti-mémorandum. Reprise des thèmes du jadis Syriza uni et poursuite de la dynamique du « non » au référendum. À un détail près  : la «  monnaie nationale  » (l’appellera-t-on drachme?) et la «  souveraineté nationale  » font leur retour sur le devant de la scène politique. Avec l’aide de la Russie  ? «  Je ne comprends pas pourquoi ce serait une mauvaise chose que la Grèce soit financée par un pays tiers,»  : une «  souveraineté nationale  » à géométrie variable, en quelque sorte.

Membre de la Nouvelle Démocratie jusqu’en 2011, Panos Kammenos l’a répété  :  « nous avons parfaitement collaboré avec Syriza ». Pas question pour autant de s’allier avec le Pasok et la ND, partis des scandales.«  Nous ne pouvons pas gouverner avec les listes Siemens  », a-t-il expliqué. L’occasion aussi de rappeler à Meimarakis qu’il était traité de «  vendu  », (et en solde s’il vous plaît), par ses anciens camarades. Le centre-droit non corrompu et responsable  ? C’est Panos Kammenos. Bien sûr….

La responsabilité et le sérieux n’ont d’ailleurs rien d’étranger pour Stavros Theodorakis. Sage dans ses dépenses, prêt à voter pour le mémorandum pour « sauver la patrie », il promet de dépolitiser l’Etat grec. C’était « pour la première fois la gauche » pour Syriza, c’est « pour la première fois le sérieux » pour la Rivière.

Pasok, Potami, Grecs indépendants courent après la balle… au centre

Dans ce jeu de dupes, ils sont trois à courir pour la balle… au centre. Que Syriza ou ND arrive en tête, c’est là que se trouvera, normalement, l’allié. Car sur la gauche, ni le KKE, ni Unité Populaire ne peuvent être coéquipiers. Ce serait se déjuger.

Il reste donc… le centre. Entre Theodorakis et Yennimata d’une part. D’autre part, du côté de Kammenos qui espère doubler l’essai de janvier en captant l’électorat centriste de Nouvelle Démocratie qui, épuisé par cinq années d’austérité, s’en détournait. Et qui n’a pas oublié de s’adresser aux forces armées, importantes en Grèce.

Reste une question  : celle de la réconciliation post-débat.

Tsipras seul contre tous, envers et contre tout

La virulence des candidats envers Alexis Tsipras n’a eu d’équivalent que la détestation de Panos Kammenos pour son ancien parti. En la matière, c’est sans doute Stavros Theodorakis qui s’est distingué  : gouvernement irresponsable, pas sérieux… Sur tous les sujets, «  immigration  », «  éducation  », «  économie  », Meimarakis s’en est pris à Tsipras… tout en lui proposant de lui rendre visite «  à Koumoundourou  », le siège de Syriza… pour lui prodiguer ses conseils sous prétexte de définir un programme minimum de coopération.

Alexis Tsipras a donc tout entendu  : il a trahi/trompé le peuple (KKE), ses engagements (Unité Populaire), fait sombrer l’économie (Potami et ND)… Lui est resté au-dessus des attaques. Sans même avoir besoin de se forcer, Alexis Tsipras, apparemment isolé, victimisé, sort-il vainqueur du débat  ? Il a en tout cas continué à porter son discours. Il joue ostensiblement une carte avec des mots aux accents gaulliens  : «  nous avons perdu une bataille mais nous n’avons pas perdu la guerre  ». Et promet être le seul, envers et contre tout, à pouvoir procéder à la modernisation dont l’Etat et la société grecs ont besoin, à se dégager «  du vieux  », à se battre «  contre la restauration  » de l’ancien système.

Fabien Perrier et Mehdi Zaaf

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