Mehdi ZAAF
Abonné·e de Mediapart

33 Billets

0 Édition

Billet de blog 20 sept. 2015

Pourquoi Syriza peut gagner les élections ?

J’espère que Syriza pourra impulser quelques changements... Panagiotis, 30 ans, veut encore y croire. C’est le seul parti à pouvoir faire quelque chose poursuit ce professeur titulaire de 30 ans qui, plein de doutes votera de nouveau en faveur du parti de la gauche radicale. Ce dimanche 20 septembre, il est appelé aux urnes pour la troisième fois de l'année, la 10e fois depuis 2009. Le 20 août, après sept mois de pouvoir, le Premier ministre Alexis Tsipras a en effet rendu au peuple un mandat arrivé à son terme : il avait dû entre temps signer un nouveau mémorandum, tournant le dos à l'une de ses promesses électorales qui l'ont propulsé à Maximou, siège du gouvernement, le 25 janvier. La Grèce souscrit donc un prêt de 86 milliards et, une fois de plus, s'engage à appliquer de nouvelles mesures d’austérité, critiquées par ses opposants internes, son opposition de droite et une part de la population. Et si malgré tout, Syriza sortait grand vainqueur de ces élections ? Le Parti de la Gauche radicale est donné au coude-à-coude avec son rival de droite, Nouvelle Démocratie (ND) dans les sondages.

Mehdi ZAAF
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

J’espère que Syriza pourra impulser quelques changements... Panagiotis, 30 ans, veut encore y croire. C’est le seul parti à pouvoir faire quelque chose poursuit ce professeur titulaire de 30 ans qui, plein de doutes votera de nouveau en faveur du parti de la gauche radicale. Ce dimanche 20 septembre, il est appelé aux urnes pour la troisième fois de l'année, la 10e fois depuis 2009. Le 20 août, après sept mois de pouvoir, le Premier ministre Alexis Tsipras a en effet rendu au peuple un mandat arrivé à son terme : il avait dû entre temps signer un nouveau mémorandum, tournant le dos à l'une de ses promesses électorales qui l'ont propulsé à Maximou, siège du gouvernement, le 25 janvier. La Grèce souscrit donc un prêt de 86 milliards et, une fois de plus, s'engage à appliquer de nouvelles mesures d’austérité, critiquées par ses opposants internes, son opposition de droite et une part de la population. Et si malgré tout, Syriza sortait grand vainqueur de ces élections ? Le Parti de la Gauche radicale est donné au coude-à-coude avec son rival de droite, Nouvelle Démocratie (ND) dans les sondages.

Des élections sans enjeu ?

La provocation de nouvelles élections avait suscité une vague de contestations. Selon un sondage de Public Issue, 70% des grecs estimaient qu’elles n’étaient « pas nécessaires ». Les opposants de Tsipras l’accusaient d’abuser du verdict des urnes pour régler les conflits internes de Syriza et d'ajouter à l'instabilité politique qui règne depuis que la crise économique et sociale a éclaté dans ce pays fin 2009.

C'est son revirement du 13 juillet qui a engendré la contestation jusque dans son parti. Quand Alexis Tsipras avait déclenché un référendum pour demander aux citoyens s'ils acceptaient les mesures proposées par les créanciers, 61,31% des électeurs ont dit non. Après une semaine de négociations à Bruxelles, le Premier ministre revenait à Athènes avec un nouveau texte : le 3ème mémorandum. Des députés s'opposent aux lois d'application lors du vote au Parlement. Alexis Tsipras se voit contraint de demander au peuple de lui octroyer un « mandat clair » le 20 septembre. Il veut faire de ces élections un vote de confiance approuvant ses orientations et sa conviction d’être le plus apte pour appliquer l’accord conclu avec les créanciers.

Je ne le reconnais plus ironisait son rival Evangelos Meïmarakis lors du débat opposant les deux leaders, le 14 septembre dernier. Ce grand moustachu, président par intérim de la ND, qui a réussi à remettre le parti en ordre de bataille, sera lui aussi contraint d’appliquer le mémorandum en cas de victoire.

Comme le mémorandum devra de toute façon être appliqué, la discussion politique est inexistante analyse Dimitris Sotiropoulos, professeur de Sciences Politiques à l’Université d’Athènes. Il poursuit : Le débat que nous voyons est essentiellement basé sur les sondages et tourne au concours de beauté.

Piques personnelles et accusations de corruption ont rythmé cette campagne express. Syriza alertait du retour au vieux système qu’incarne la ND qui demandait de son côté de couper court aux mensonges du parti de la gauche radicale. Conséquence : le débat d'idées n'a pas eu lieu.

Un grand flou sur le contenu qu'Evangelos Meïmarakis a cherché à exploiter. Il a appelé à la formation d’un gouvernement d’union nationale, alliant son parti à Syriza, dès le lendemain du scrutin. La dernière chance pour le pays a-t-il martelé, laissant même entendre qu’il n’était pas hostile à ce qu’Alexis Tsipras en soit le Premier ministre. Le leader de la ND souhaite-t-il vraiment gagner les élections ? Il n’a jamais vraiment donné l’image d’un gagnant durant cette campagne.

De nouvelles promesses ?

Aux mains tendues de M. Meïmarakis, Alexis Tsipras a répondu par la confrontation, arguant que des marges de manœuvre sont possibles. La négociation d’un abaissement de la dette, l’octroi de libertés individuelles, la poursuite de la lutte contre la corruption sont autant de sujets sur lesquels était attendu le leader de Syriza. Qui accuse les conditions extrêmes et le temps court de gouvernance pour demander une nouvelle chance.

Jusque dans les rangs de son parti, cet argumentaire n'a pas pris. Le 21 août, une scission formait « Unité populaire ». Ce mouvement en gestation est aujourd'hui soutenu par les députés les mieux élus en janvier, comme Zoe Konstantopoulou ou Yannis Varoufakis. Le Syriza expurgé d’Alexis Tsipras ne s’adresse désormais plus en priorité à l’électorat jeune qui l’avait propulsé au pouvoir au soir du 25 janvier. Cet électorat déçu du revirement de l’ex-Premier ministre est le plus incertain : il devrait en partie s’abstenir.

Sur qui, alors, Syriza peut-il compter ? C’est au contraire les électeurs majoritairement favorables à la conclusion d’un accord qu’Alexis Tsipras souhaite mobiliser. Beaucoup sont encore indécis, mais pourraient propulser une nouvelle fois Syriza au pouvoir selon un vote dit stratégique. Il s’agit de renforcer le parti donné gagnant ou le troisième dans le cas où le premier aurait besoin d’un partenaire de coalition explique M. Sotiropoulos. Au bénéfice de Syriza donc, donné gagnant dans la plupart des sondages réalisés depuis l’annonce de la tenue d’éléctions.

Dans un contexte de polarisation forte et de morcellement de la gauche, Syriza pourrait bénéficier de ce réajustement stratégique. Seule inconnue : avec qui devra t-il gouverner ? Ce choix sera décisif.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Histoire
« J’ai pu apercevoir le docteur Asselah »
Le 4 mars 1957, le docteur Slimane Asselah est enlevé dans son cabinet médical, au milieu de la casbah d’Alger, par les forces de l’ordre françaises. Mort ou vif, sa famille ne l’a jamais revu. Deuxième volet de notre série.
par Malika Rahal et Fabrice Riceputi
Journal
En appel à Toulouse, des activistes handicapés plaident « l’état de nécessité »
Au cours d’une audience chargée de colère et d’émotion jeudi, les militants de l’association Handi-Social ont justifié leurs actions de blocage de la gare et de l’aéroport toulousains en 2018. Il y a un an, ces activistes avaient écopé de peines de prison avec sursis.
par Emmanuel Riondé
Journal — Amérique du Sud
En Équateur, victoire en demi-teinte pour les autochtones après 18 jours de lutte
Un accord a été conclu jeudi entre le gouvernement et les responsables autochtones, à l’issue d’une longue grève générale, pour réclamer de meilleures conditions de vie. Dans la capitale Quito, la « Casa de la Cultura » (Maison de la culture) a été un endroit clef du mouvement.
par Alice Campaignolle
Journal — États-Unis
« La Cour suprême des États-Unis a un agenda : celui de l’extrême droite »
La Cour suprême des États Unis vient de rendre plusieurs arrêts inquiétants. Le premier, actant la fin de l’autorisation fédérale d’avorter, a mis le monde en émoi. Jeudi 30 juin, elle a nié l’autorité de l’agence pour l’environnement américaine a réduire les gaz à effets de serre. Pour l’américaniste Sylvie Laurent, elle est devenue une institution « fondamentaliste ».
par Berenice Gabriel, Martin Bessin et Mathieu Magnaudeix

La sélection du Club

Billet de blog
Quels sont les rapports de classes à l’issue des élections 2022 ?
On a une image plus juste du rapport des forces politiques du pays en observant le résultat des premiers tours des élections selon les inscrits plutôt que celui des votes exprimés. Bien qu’il y manque 3 millions d’immigrés étrangers de plus de 18 ans. L’équivalent de 6% des 49 millions d’inscrits. Immigrés qui n’ont pas le droit de vote et font pourtant partie des forces vives du pays.
par jacques.lancier
Billet de blog
Oui, on peut réduire le soutien populaire aux identitaires !
Les résultats de la Nupes, effet de l’alliance électorale, ne doivent pas masquer l'affaiblissement des valeurs de solidarité et la montée des conceptions identitaires dans la société. Si la gauche radicale ne renoue pas avec les couches populaires, la domination des droites radicales sera durable. C'est une bataille idéologique, politique et parlementaire, syndicale et associative. Gagnable.
par René Monzat
Billet de blog
Boyard et le RN : de la poignée de main au Boy's club
Hier, lors du premier tour de l’élection à la présidence de l’Assemblée nationale, Louis Boyard, jeune député Nupes, a décliné la main tendue de plusieurs députés d’extrême droite. Mais alors pourquoi une simple affaire de poignée de main a-t-elle déclenché les cris, les larmes et les contestations ulcérées de nombres de messieurs ?
par Léane Alestra
Billet de blog
Quand le RN est fréquentable…
La dernière fois que j'ai pris ma plume c'était pour vous dire de ne plus compter sur moi pour voter par dépit. Me revoilà avec beaucoup de dépit, et pourtant j'ai voté !
par Coline THIEBAUX