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Billet de blog 4 décembre 2013

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L’individu bien tempéré (suite de la suite).

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(réédition)

III

(Résumé des chapitres précédents: Augustine est amenée à rappeler qu’avec les Lumières l’individu devient - ou à tout le moins est appelé à devenir - un être moral. Elle définit l’être moral comme titulaire de sa subjectivité: aspirant à la maîtrise de « l’étoffe de son soi » (grosso modo de sa raison, de ses sentiments, de sa volonté, de sa conscience)

- Nous disions donc, Melchior, que l’on ne doit certainement pas concevoir l’être moral comme ne devant rien à la nature ni à cette « seconde nature », comme dit Marx, qu’est la culture, ni à son environnement ni aux conditions dans lesquelles il s’est développé; mais que l’on doit admettre qu’il a su ou pu s’approprier ce qui le constitue en sujet, qu’il est bien un centre d’adaptation (d’accommodation et d’assimilation, pour parler savant, ou autrement dit de perception et de décision). Tu me suis ?

- Jusque là ça va (dis-je; et, aussi étonnant que cela puisse paraître, c’était vrai).

- Il a développé ses facultés en les exerçant.

- On peut dire aussi que ce sont les traits de nature et de culture, les conditions et l’éducation, qui « possèdent », au sens fort, l’individu sujet.

- On peut, oui. Sur le plan philosophique, il est loisible de on disserter ad infinitum sur les rapports entre liberté et déterminisme. Tenons-nous en à Spinoza: « La liberté, c’est la nécessité comprise ». La nécessité dépasse le sujet, mais la compréhension qu’il s’en fait, soit qu’il la trouve toute faite soit qu’il la façonne lui-même, c’est la sienne, elle est constitutive du sujet, de l’être moral. Enfin, me semble-t-il.

(Profonde sensation. Silence d’assimilation. Grignotage d’un macaron rond - elle - et d’une chicorée frisée - moi).

- Il y a peut-être (reprit-elle) des dérives idéologiques… Pour lesquelles l’individu serait complètement détaché, abstrait pour ainsi dire, de ce qui le fait être. L’homo oeconomicus, tout ça… Et encore, bien plus dans la tête des adversaires du libéralisme, prompts à caricaturer, que dans celle de ses partisans, pour qui ce n’est qu’une fiction, qu’une stylisation, qu’un élément de modèle théorique…

- Gary Becker…

- Oui, mais ça, c’est l’ultra-libéralisme, pas du tout les Lumières, et c’est au XXème siècle, qui a connu bien d‘autres z‘horreurs. Non, je parlais du XIXème, beaucoup plus modéré dans l’erreur (c’est du moins l’impression qu’on en a avec le recul).

- Mais comment alors voyez vous les choses ?

- Oh, je pense, comme toi-même je crois, Melchior, qu’il faut tenir compte de l’attraction que le marxisme a eu sur les cervelles, qu‘on n’a pas fini d‘en faire l‘inventaire et l‘évaluation, encore moins de rectifier le tir. Mais il faut que j’y réfléchisse encore. Et puis il y a eu Freud… Et Marx et Freud ensemble, comme deux étoiles jumelles… Tout ça n’est pas simple à débroussailler.

Elle ajouta, après un temps de réflexion:

- Bon, reviens me voir un de ces quatre matins. Et n’oublie pas de me ramener le livre de Louis Dumont.

(à suivre)

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