Lorsque je suis venu m'abonner à Mediapart, sur le conseil de Ségolène Royal, dont la candidature m'avait rapproché du PS malgré des réticences très fortes, je fus surpris du rejet très vif dont elle fut l'objet sur le site, rejet que je compris mal en ce temps-là. J'étais un adepte des « quatre révolutions », dont j'ai défendu la perspective depuis qu'elle fut émise (dans son livre écrit avec Alain Touraine : Si la gauche veut des idées...). J'ai aussi approuvé le« Bad-Godesberg » du PS, qui eut lieu en juin 2008. Les tripatouillages qui suivirent immédiatement le congrès de Reims m'éloignèrent de nouveau du PS, et je votai EELV aux européennes suivantes.
Aux primaires de 2011, je votai pour Ségolène Royal au premier tour, pour François Hollande au second (sans grand enthousiasme, mais Hollande au moins ne s'était pas compromis dans le pacte dit « de Marrakech »).
*voir mon billet :
http://blogs.mediapart.fr/blog/melgrilabyahoofr/091011/ne-pas-pleurer-sur-le-lait-repandu
Totalement sceptique (je le suis toujours) à l'égard du conglomérat ambigu chapeauté par JLM, j'ai voté pour Hollande aux deux tours de 2012 , et grosso modo défendu l'exécutif depuis lors, malgré quelques frustrations, déceptions et inquiétudes.
Voir mon billet :
http://blogs.mediapart.fr/blog/melchior-griset-labuche/300612/bref-essai-de-prospective
Je constate à présent une coupure croissante entre l'exécutif et la population. C'est dû à plusieurs facteurs.
D'une part la politique menée manque de résultats tangibles sur le plan de l'emploi. Je partage l'avis de Philippe Aghion : cette politique est bien celle qu'il faut mener, mais elle arrive trop tard, et n'est pas suffisamment mise en phase avec les attentes des gens (j'aurais voté, au dernier congrès, pour le courant K. Berger).
D'autre part le PS joue à l'envers son rôle de courroie de transmission. Il devrait faire remonter vers l'exécutif l'assentiment et le dissentiment des citoyens, et permettre à l'exécutif d'adapter son action à ce qui peut être accepté et soutenu, et à mobiliser les gens. Or c'est le contraire, le PS joue le rôle de soutien du gouvernement auprès du peuple, pas celui d'expression du peuple auprès des pouvoirs publics (ce rôle est laissé aux trois oppositions dévoyées, et les nourrit ).
Cela dit, le PS reste de tous les partis « le pire à l'exception de tous les autres » : personne pour l'instant ne me paraît en position de faire plus et mieux pour conduire la nation sur la voie des réformes nécessaires et des progrès décisifs (c'est du moins mon opinion, et je la partage volontiers).
Il est maintenant donné comme probable que le PS va perdre les prochaines élections (régionales) et les suivantes (présidentielles) et celles d'après encore (législatives). Ce ne sera pas la première fois, certes... Ensuite il faudra reconstruire, comme d'habitude.
C'est dès maintenant qu'il faut commencer à préparer la reconquête, sur le chemin de l' « économie sociale et écologique de marché » régulée à gauche, dans une double perspective fédérale : française et européenne. Il faut imaginer le citoyen Sisyphe désabusé, mais non désespéré.