Éloge d’un anarchisme amoureux

L'Éloge d’un anarchisme amoureux est mon mémoire de fin d'études à l'Institut Supérieur des Beaux-arts de Besançon. Vous trouverez dans cette publication : la version PDF suivie d'une version adaptée pour Médiapart.

Éloge d’un anarchisme amoureux (pdf, 425.0 kB)

Édition papier du mémoire © CC Mélio Lannuzel Édition papier du mémoire © CC Mélio Lannuzel

Éloge d’un anarchisme amoureux

Lui et l’ennui

Ici, rien n’est espoir1. Il n’est pas possible de chanter2. Il n’est pas possible d’aimer3. Il essaye de dormir et il n’y arrive pas4. Il essaye de lire, il n’y arrive pas.5 Il s’efforce de vivre, d’habiter et on l’en empêche. Des larmes coulent des immeubles qu’il dévisage.6 Son corps le brûle depuis qu’il est né. C’est étrange il ne dit rien, pas même qu’il souffre.7 Je me rappelle de son enfance et je comprends8. Brusquement, un homme âgé lui dit qu’il est, mais qu’il est mal. Lui, s’obstine à lui dire qu’il n’est pas9.
      Il est prisonnier. Sa cellule est peut-être peu visible, mais il est captif10. Les barreaux sont là, la poignée de la porte est bien fermée et impossible de l’ouvrir11. Impossible selon le vieux qui le regarde encore et qui comme toujours veut lui raconter l’histoire12.
      Quelque chose lui dit que nous sommes coincés13. Une force le fragilise. Elle est belle et attirante, douce comme le chant d’une sirène, elle lui promet des montagnes d’or14. Il se retourne et il voit ces mots, ces textes et même ces lois qui lui ont appris à agir. Il se demande s’ils sont justes15.
      Il continue de penser. Quelle sont les fondements qui nous dirigent ? Une pile d’analyses16 ? Il se dit « Finalement ce ne sont que des lois », et tout devient confus17. C’est un homme comme les autres, qui pourrait tout détruire, qui pourrait se tuer18. Quand il se regarde, c’est l’éternité après sa mort. Un trou noir, le chaos19. Pourtant, face à lui dans son miroir, c’est un homme et rien n’est infini dans ce portrait. Pas même le chaos20. Mais l’avenir n’est point pour les malades. Et il souffre.21 Toucher par un syndrome de la mécanique, il regarde l’horloge22 : il est maintenant l’heure de travailler23.

 

Derrière des convictions

 

Détail édition papier du mémoire © CC Mélio Lannuzel Détail édition papier du mémoire © CC Mélio Lannuzel

 

Toi ! L’homme triste qui regarde. C’est le moment de devenir l’homme en mouvement1. De tuer tes pensées mortuaires et d’être celui qui aime les hommes2. C’est de croire qu’il existe toujours cette place pour l’autre sans prêter garde aux railleries3. C’est d’aller voir de l’autre côté des façades4, de confondre intérieur et extérieur5. C’est de vouloir l’égalité, pas pour survivre ensemble mais pour jouir ensemble.6 Une jouissance impersonnelle7. De là viendra le nombre et la volonté plurielle et humaine8.
      La désobéissance semble être le seul moyen de te sauver. Complexe9. Mais ne crois pas au chagrin de tes parents et construit ce nouveau monde10. Tu as encore l’âge de croire aux révoltes comme à l’amour11. Ta révolte s’allume alors que le coeur autrefois brûlant de tes aînés se transforme en cendres. Pardonne leur, ce fut tellement dur12. C’est que dans ton envie subsiste ce paradoxe qui fit baisser les bras de tes aïeux. Ce que tu veux vaincre peut être la raison d’un naufrage. Et alors ? Le bateau coule en dépit de ta volonté13! Dès lors, il ne te reste plus qu’à créer des espaces de rencontre, des refuges qui deviendront des palais, car seul ou avec ton ami tu ne construiras qu’un terrier où tu sombreras, toi et ta solitude14.
      Tu es devenu une boule de haine et les traces de sang sur les mains du maître sont devenues des tatouages15. Rien ne t’arrêtera ni les murs, ni les piques16. Rien ne t’arrêtera et aujourd’hui tu es mort. On disait, « Que la douleur fût grande au fusillé d’avoir été attrapé et d’attendre sa mort, mais quel fut son bonheur à l’instant fatal, en entendant l’ordre mortuaire du chef à ses soldats, d’avoir donné sa vie pour ses idées.17 » Pourtant ce que je vois devant moi c’est ton corps qu’on jette dans la fosse publique, cet objet sans vie qui ne pourra raviver la flamme qui réside dans le coeur des opprimés18.
      Là, tu as laissé des cendres, des braises sans bois… On se demande alors qu’est-ce que le feu face à lui-même, mis à part de nouveau un chaos19.

 

Si Jenny n’avait pas aimé Marx

Si Engels n’avait pas rencontré Mary. Si Jenny n’avait pas rencontré Marx. Si Engels n’avait pas rencontré Marx1. Trop d’histoires l’attestent : l’action est le fruit de l’amour2. L’amour est le renversement de l’ordre3, sa puissance est dans son imprévisibilité. Il naît de nul part4. Il est cette force qui se rit des maîtres5. Il n’a qu’une obsession : manger, manger toutes les lignes qui se font limites6. Plus de Néron7 ! Ceux-ci, veulent posséder l’amour comme tous les liens qui peuvent nous unir8. Ils veulent nous dessécher de complexité9. Car ils ont tout perdu et n’ont plus d’appétit que les hommes pour se sentir encore humain10
      Mais qui peux s’opposer à un baiser donné au genre humain11 ? Quelle philosophie se lamenterait d’avoir tout abandonné pour aimer sans mesure un monde absurde12 ? Seul les pensées dogmatiques peuvent cacher notre désir passionnel face au monde13. Les systèmes et la raison ont été mystifiés14. Bien sûr personne n’est obligé d’aimer mais tout le monde aime15.
      Pourtant un monde sans passion est un monde désert16. Et ils ont peur de ce monde. Explosif et fusionnel. Explosif car fusionnel17. Ce pour lequel nous tendons est une liaison atomique18. Une explosion sans nom, une explosion sans origine19, un monde irrationnel car l’incohérence empêche le fanatisme20. Ce serait un monde d’amoureux21 unis pour vaincre le mal qui les sépare22. Attiré par quelle force ? Celles des individus comme celles des idées23. Voilà d’où est né le feu Marxien, ce feu qui permit à un homme amoureux d’écrire une nouvelle histoire24.



Notes

Lui et l’ennui

1. Ici, rien n’est espoir.

« Laissez toute espérance, vous qui entrez. »
— Alighieri Dante, La Divine comédie, Paris, Les Librairies associés, 1965, p.13 cité dans Pier Paolo Pasolini, Accattone, 1961, 115 min.

« Elles sont là mêlées à ce mauvais choeur des anges qui ne furent ni rebelles à Dieu, ni fidèles, et ne suivirent qu’eux mêmes. »
— Alighieri Dante, La Divine comédie, Paris, Les Librairies associés, 1965, p.14.

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2. Il n’est pas possible de chanter.

Dans la première version de Boris Vian du déserteur, l’auteur avait choisit de terminer pars ces mots :
« Prévenez vos gendarmes
que je porte des armes
et que je sais tirer »
qui après relecture du producteur se sont transformés en :
« Prévenez vos gendarmes
Que je n’aurai pas d’armes
Et qu’ils pourront tirer »
— Boris Vian, Le déserteur, 1954.

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3. Il n’est pas possible d’aimer.

— Théo Angelopoulos, Le Regard d’Ulysse, 1995, 179 min.

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4. Il essaye de dormir et il n’y arrive pas.

— Johnathan Crary, 24/7 le capitalisme à l’assaut du sommeil, Paris, Zones, 2014.

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5. Il essaye de lire, il n’y arrive pas.

« […] une enquête conduite par Fréderic Zimmerman, publiée par la revue Pychiatrics (sic), confirmant les résultats d’une étude qui avait été établi(e) en 2004 [révèle] que des bébés exposés entre un an et trois ans aux programmes de télévision sont plus exposés au risque de souffrir d’un déficit attentionnel (attention déficit disorder) lorsqu’ils atteignent sept ans. »
— Bernard Stiegler, La télécratie contre la démocratie : Lettre ouverte aux représentants politiques, Paris, Flammarion, 2016, p.16.

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6. Il s’efforce de vivre, d’habiter et on l’en empêche. Des larmes coulent des immeubles qu’il dévisage.

Le travail de Gordon Matta - Clark est un moyen :
« […] d’entrer en relation avec ces bâtiments abandonnés par un système qui ne prend pas soin d’eux, qui impose l’usage et le destin de la propriété comme une fin en soi »
— Antonio sergio bessa et Jessamyn fiore, Gordon Matta - Clark. Anarchitecte, Paris, Jeu de Paume, 2018, p.67.

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7. Son corps le brûle depuis qu’il est né. C’est étrange il ne dit rien, pas même qu’il souffre.

« [le] ‘‘corps politique’’ comme ensemble des éléments matériels et des techniques qui servent d’armes, de relais, de voies de communication et de points d’appui aux relations de pouvoir et de savoir qui investissent les corps humains et les assujettissent en faisant des objets de savoir »
— Michel Foucault, Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 2016, p. 37.

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8. Je me rappelle de son enfance et je comprends.

« Messenger Kids est une version pour enfants de Messenger, l’application de messagerie instantanée des utilisateurs de Facebook. Une manière de conquérir, très jeunes, de nouveaux utilisateurs. »
— Le Monde, Facebook lance une messagerie pour les enfants, https://www.lemonde.fr/pixels/article/2017/12/05/facebook-lance-une-messagerie-pour-les-enfants_5224803_4408996.html?xtmc=facebook_lance_une_messagerie_pour_les_enfants&xtcr=9, 5 déc 2017.

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9. Brusquement, un homme âgé lui dit qu’il est, mais qu’il est mal. Lui, s’obstine à lui dire qu’il n’est pas.

« Que le père s’accoutume à traiter son fils comme un égal et à redouter ses enfants, que le fils s’égale à son père et n’ait ni respect ni crainte pour ses parents, parce qu’il veut être libre, que le métèque devient l’égal du citoyen, le citoyen du métèque et l’étranger pareillement.
Oui, il en est ainsi, dit - il.
Voilà ce qui se produit, repris-je et aussi d’autres petits abus tels que ceux-ci. Le maître craint ses disciples et les flatte, les disciples font peu de cas des maîtres et des pédagogues. En général les jeunes gens copient leurs aînés et luttent en paroles avec eux et en actions ; les vieillards, montrent pleins d’enjouement et de bel esprit, imitant la jeunesse de peur de passer pour ennuyeux et despotiques. »
— Platon, La république, Paris, Garnier-Flammarion, 1965, p.322-323.

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10. Il est prisonnier. Sa cellule est peut-être peu visible, mais il est captif.

« Un despote imbécile peut contraindre des esclaves avec des chaînes de fer ; mais un vrai politique les lie bien plus fortement par la chaîne de leurs propres idées. »
— Michel Foucault, Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 2016, p.122.

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11. Les barreaux sont là, la poignée de la porte est bien fermée et impossible de l’ouvrir.

— Chantal Akerman, Jeanne Dielman, 23 rue du commerce, 1080 Bruxelles, Paris, 1975, 201 min.

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12. Impossible selon le vieux qui le regarde encore et qui comme toujours veut lui raconter l’histoire.

« Même riches ils sont pauvres, ils n’ont plus d’illusions et n’ont qu’un coeur pour deux »
— Jacques Brel, Les vieux, 1963.

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13. Quelque chose lui dit que nous sommes coincés.

« The idea that today there is no aesthetic movement ruling the visual art is incorrect. Capitalism rules. »
Traduction personnelle : L’idée qu’aujourd’hui il n’y a pas de mouvement esthétique dirigeant l’art visuel  est incorrect. Le capitalisme est ce qui dirige.
— Cristopher d’Archangelo, circa 1975.

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14. Un force le fragilise. Elle est belle et attirante, douce comme le chant d’une sirène, elle lui promet des montagnes d’or.

« Or c’est précisément l’individualité que la société prend pour cible et qu’elle entend assujettir à son pouvoir »
— Max Stirner (1843) cité dans Daniel Guérin, Ni dieu ni maître - Anthologie de l’anarchisme, tome 1, Paris, La Découverte , 1999, p.25.

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15. Il se retourne et il voit ces mots, ces textes et même ces lois qui lui ont appris à agir. Il se demande s’ils sont justes.

« Agis selon les maximes d’un membre qui légifère universellement en vue d’un règne des fins simplement possible. »
— Emmanuel Kant, Fondements de la métaphysique
des mœurs, 1785.

« Agis comme si le principe de tes actes était le même que celui du législateur ou des lois du pays, ou, selon la formulation de ‘‘l’impératif catégorique dans le IIIe Reich’’ »
— Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem, Paris,
Gallimard, 1997, p.257.

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16. Il continue de penser. Quelle sont les fondements qui nous dirigent ? Une pile d’analyses ?

« […] la science humaine est toujours nécessairement imparfaite, et qu’en comparant ce qu’elle a découvert avec ce qui lui reste à découvrir on peut dire qu’elle en est toujours à son berceau »
— Mikhaïl Bakounine, Dieu et l’état, Paris, Fayard / Mille et une nuits, 2000, p. 32.

*

17. Il se dit « Finalement ce ne sont que des lois », et tout devient confus.

« Car la triste et inconfortable vérité est que l’attitude sans compromis adoptée par Eichmann dans les dernières années de la guerre lui était probablement dictée non par son fanatisme mais par sa conscience même […] »
— Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem, Paris,
Gallimard, 1997, p.273.

« Eichman se rendait compte au moins confusément que ce n’était pas un ordre mais une loi qui les avait tous transformés en criminels »
— Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem, Paris,
Gallimard, 1997, p. 277.

« Il y a deux genres de corruption ; l’un, lorsque le peuple n’observe point les lois ; l’autre, lorsqu’il est corrompu par les lois : mal incurable, parce qu’il est dans le remède même. »
— Montesquieu, De l’esprit des lois,
https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Montesquieu_Esprit_des_Lois_1777_Garnier_1.djvu/348, 24 juillet 2018.

« Il était coupable parce qu’il avait obéi, et l’obéissance est considérée comme une vertu »
— Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem, Paris,
Gallimard, 1997, p. 432.

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18. C’est un Homme comme les autres, qui pourrait tout détruire, qui pourrait se tuer.

« il aurait tué son propre père si on lui en avait donné l’ordre »
— Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem, Paris,
Gallimard, 1997, p.75.

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19. Quand il se regarde, c’est l’éternité après sa mort. Un trou noir, le chaos.

« C’est pourquoi aussi il est inacceptable que quelqu’un justifie le fait d’avoir collaboré avec un gouvernement fasciste ou avec une dictature quelconque sous prétexte qu’on l’avait menacé de mort. Non qu’il s’agisse d’imposer à quiconque d’être un « héros » mais parce que nous sommes toujours en droit d’exiger que la vie soit investissement, composition de rapports, c’est à dire que la vie au sens plein soit toujours plus importante que la vie biologique de chacun de nous. »
— Miguel Benasayag, Le mythe de l’individu, Paris, La Découverte, 1993, p.75.

*

20. Pourtant, face à lui dans son miroir, c’est un Homme et rien n’est infini dans ce portrait. Pas même le chaos.

« Tu n’as rien appris sinon que la solitude n’apprend rien, que l’indifférence n’apprend rien, tu étais seul et tu voulais qu’entre le monde et toi les ponts soient à jamais coupés »
— Georges Perec, L’homme qui dort, 1974. 93 min.

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21. Mais l’avenir n’est point pour les malades. Et il souffre.

« L’avenir n’est point pour le malade »
— Novalis, Journal intime, Paris, Mercure de France, 1997, p.75.

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22. Toucher par un syndrome de la mécanique, il regarde l’horloge

« en effet d’après le principe, plus le gouvernement est fort plus l’ordre approche de la perfection ».
— Pierre - joseph Proudhon (1851) cité dans Daniel Guérin, Ni dieu ni maître - Anthologie de l’anarchisme, tome 1, Paris, La Découverte, 1999, p.96.

*

23. Il est maintenant l’heure de travailler.

Accatone, proxénète, décide de gagner sa vie de façon légale car il est tombé amoureux, il trouve un emploi pénible et ne tarde pas à dire ces mots :
« Il s’est passé que je suis imbécile pour gagner ces milles balles je suis fourbu. Un malheur, c’était bien pour moi  »
« Mais on est à Buchenwald ? »
— Pier Paolo Pasolini, Accattone, 1961, 115 min.

 

Derrière des convictions

1. Toi ! L’Homme triste qui regarde. C’est le moment
de devenir l’Homme en mouvement.

« Il s’agit donc de sortir du monde virtuel du spectacle,qui dénigre et humilie la vie concrète. Abandonner la position du mirador, abandonner nos espoirs tristes d’une transcendance trans situationnelle. Non pour renoncer à la liberté, non pour démissionner mais bien au contraire pour assumer finalement les voies du désir et de la liberté. »
— Miguel Benasayag, Le mythe de l’individu, Paris,
La Découverte, 1993, p.163.

« Le sentiment du spectateur peut devenir une douleur profonde, incontestable que rien ne saurait apaiser, ce qui lui est imposé peut se transformer en un tableau des plus terrifiants, pour finalement, revenant de la tristesse de cette douloureuse réflexion, pâlir devant les exigences de l’Efficacité. A la vue de ce tableau, le spectateur peut se détourner de la révolte de l’esprit du bien sans pour cela être déjà tourné vers la raison qui se manifeste dans la question du sens de la vic-time. Il peut en effet se retirer aussi dans l’égoïsme qui sur la rive tranquille jouit en sûreté du spectacle lointain de la masse confuse des ruines. »
— Hans Blumenberg, Naufrage avec spectateur :
paradigme d’une métaphore de l’existence, Paris, L’arche, 1994, p.64. –

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2. De tuer tes pensées mortuaires et d’être celui qui aime les Hommes.

« C’est le cliché du temps comme « capital », comme un bien qui nous est impartie au début de la vie et par rapport auquel l’homme de la modernité, l’individu, prend position tel un rentier - gérant responsable. »
— Miguel Benasayag, Le mythe de l’individu, Paris, La Découverte, 1993, p.143.

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3. C’est de croire qu’il existe toujours cette place pour l’autre sans prêter garde aux railleries.

« Démontrez-nous dialectiquement avec les armes de vos raisons raisonnantes et de vos raisons raisonnées avec vos manies d’économes et d’actuaires que les hommes ont grandement tort de vouloir respirer, dormir, avoir chaud l’hiver, aimer les femmes qu’ils aiment, marcher où ils veulent, travailler, créer, être en paix. Prouvez-nous que nous sommes contre le courant de notre histoire et nous ne nagerons pas contre lui. »
— Paul Nizan, Les chiens de gardes, Paris,
Maspero, 1960, P99.

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4. C’est d’aller voir de l’autre côté des façades.

— Vit klusàk et Filip Remunda, Un rêve Tchèque, 2005, 87 min.

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5. De confondre intérieur et extérieur.

« Dans son travail de perturbation de l’architecture comme moyen de production des sociétés, Matta-Clark confronte deux mondes originellement destinés à ne jamais se rencontrer : l’intérieur et l’extérieur d’un bâtiment . La perforation conique d’un bâtiment est aussi le télescopage de ses deux mondes. »
— Antonio sergio bessa Jessamyn fiore, Gordon Matta-Clark. Anarchitecte, Paris, Jeu de Paume, 2018, p.114.

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6. C’est de vouloir l’égalité, pas pour survivre ensemble mais pour jouir ensemble.

« […] et peu à peu on verra disparaître entièrement les quartiers sombres, les rues étroites, les maisons incommodes de nos villes actuelles : à leur place s’élèveront des palais où habiteront les travailleurs redevenus hommes »
— James Guillaume (1876) cité dans Daniel Guérin,
Ni dieu ni maître - anthologie de l’anarchisme, tome 1, Paris, La Découverte , 1999, p.309.

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7. Une jouissance impersonnelle.

« Il doit être convaincu avec nous que la femme différente de l’homme, mais non inférieure, intelligente, travailleuse et libre comme lui, doit être déclarée dans tous les droits politiques et sociaux
son égale [...] »
— Mikhaïl Bakounine cité dans Daniel Guérin, Ni dieu
ni maître - Anthologie de l’anarchisme, tome 1, Paris, La Découverte , 1999, p.178-179.

*

8. De là viendra le nombre et la volonté plurielle et humaine.

« Si il y a derrière toi quelques millions d’autres pour te protéger, vous formez ensemble une puissance importante et vous aurez facilement la victoire. »
— Max Stirner cité dans Daniel Guérin, Ni dieu
ni maître - Anthologie de l’anarchisme, tome 1, Paris, La Découverte , 1999, p.12-13.

*

9. La désobéissance semble être le seul moyen de te sauver. Complexe.

— Franz Kafka, Le Procès, Paris, Pocket, 1983.

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10. Mais ne crois pas au chagrin de tes parents et construit ce nouveau monde.

« Dévorant est en lui Nenni, qui au fur et à mesure est
allé avec les démocrates-chrétiens l’incertitude

avec laquelle il s’est remis en jeu lui-même et l’habile

cohérence, la grandeur acceptée,
Avec laquelle il a renoncé à l’affection épique
à laquelle, à bon droit, son âme pouvait

s’être accoutumée : et sortant de la scène de Brecht,
pour se retirer dans les coulisses obscures,
où le héros hésitant apprend de nouvelles répliques réelles,

il a brisé à ses dépens la chaîne
qui le liait au peuple comme un vielle idole,
donnant à sa vieillesse une nouvelle peine.

Les jeunes Cervi, mon frère Guido,
Les jeunes tombés à Reggio en 1960,
de leur chaste, fort, fidèle

œil, siège de la sainte lumière,
le regardent, et attendent les vielles paroles.
Mais lui, héros maintenant partagé, n’a plus

les accents qui savent toucher le cœur :
il s’adresse à la raison non raison,
à la sœur triste de la raison, qui veut

comprendre la réalité dans la réalité, avec une passion
qui refuse tout extrémisme, toute témérité.
Que lui dire ? Que la réalité a une nouvelle tension

qui est celle qui est, et désormais n’a plus
d’autre sens que de l’accepter…
QUE LA RÉVOLUTION DEVIENT SÉCHERESSE

SI ELLE DEMEURE PRIVÉE DE VICTOIRE… que peut-être il n’est pas
trop tard pour qui veut gagner, mais pas avec
la violence des vielles armes désespérées …

Qu’il faut sacrifier la cohérence
à incohérence de la vie, tenter un dialogue
créatif, même contre notre conscience. »

— Pier Paolo Pasolini, Poèsie en forme de rose, Paris, Rivages , 2015, p.437-439.

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11. Tu as encore l’âge de croire aux révoltes comme à l’amour.

« Enfin une partie de la jeunesse studieuse, ceux d’entre les jeunes bourgeois qui se sentiront assez de haine contre le mensonge, contre l’hypocrisie, contre l’iniquité et contre la lâcheté de la bourgeoisie, pour trouver en eux-mêmes le courage de lui tourner le dos, et assez de noble passion pour embrasser sans réserve la cause juste et humaine du prolétariat, ceux-là seront, comme je l’ai déjà dit plus haut, les instructeurs fraternels du peuple ; en lui apportant les connaissances qui lui manquent encore, ils rendront parfaitement inutile le gouvernement des savants. »
— Mikhaïl Bakounine, Dieu et l’état, Paris, Fayard/Mille et une nuits, 2000, p. 77-78.

« cette partie intelligente et vraiment noble de la jeunesse qui, quoique appartenant par la naissance aux classes privilégiées, par ses convictions généreuses et ses ardentes aspirations, embrasse la cause du peuple »
— Mikhaïl Bakounine (1865) cité dans Daniel Guérin, Ni dieu ni maître - Anthologie de l’anarchisme, tome 1, Paris, La Découverte , 1999, p.179.

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12. Ta révolte s’allume alors que le cœur autrefois brûlant de tes aînés se transforme en cendres. Pardonne leur, ce fut tellement dur.

Jenny Marx à Karl Marx « Ce n’est que dans le premier stade de notre vie bourgeoise et honnête de philistin que je ressentis vraiment la pression de l’exil. Mais cette transition était nécessaire : Il fallait en finir avec le passé. Ne serait-ce que pour les enfants, il fallait en prendre les chemins aplanis de la vie […] mais le salto moral fut rude. »
— Karl et Jenny Marx, Lettres d’amour et de combat, Paris, Rivages, 2013, p.138.

*

13. C’est que dans ton envie subsiste ce paradoxe qui fit baisser les bras de tes aïeux. Ce que tu veux vaincre peut être la raison d’un naufrage. Et alors ? Le bateau coule en dépit de ta volonté !

« - Vous mangez les ânes ! Comment je vous apporte l’eau demain ?
- Demain, c’est loin. On a faim aujourd’hui ! »
— Alejandro Jodorowsky, La danza de la realidad, 2016, 130min.

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14. Dès lors, il ne te reste plus qu’à créer des espaces de rencontre, des refuges qui deviendront des palais, car seul ou avec ton ami tu ne construiras qu’un terrier où tu sombreras, toi et ta solitude.

« Contre cette majorité solide, se détachait un nombre indéterminé d’individus isolés mais parfaitement conscients de la catastrophe nationale et morale ; parfois ils se connaissaient et se faisaient confiance, certains entretenaient des relations amicales et échangeaient des idées, mais ils n’avaient pas de projets ni pas d’intentions de révolte. »
— Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem, Paris,
Gallimard, 1997, p.198.

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15. Tu es devenu une boule de haine et les traces de sang sur les mains du maître sont devenues des tatouages.

« Pendant que la misère jonche vos pavés de cadavre, vos prisons de voleurs et d’assassins, que voit-on de la part des escrocs du grand monde ? … les exemples les plus corrupteurs, le cynisme le plus révoltant, le brigandage le plus éhonté … Ne craignez-vous pas que le pauvre que l’on traduit sur les bancs des criminels pour avoir arraché un morceau de pain à travers les barreaux d’une boulangerie, ne s’indigne pas assez , quelque jour, pour démolir pierre à pierre la Bourse, un antre sauvage où on vole impunément les trésors de l’état, la fortune des familles. »
—  La ruche populaire (1842) cité dans Michel
Foucault, Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 2016, p.336-337.

*

16. Rien ne t’arrêtera ni les murs, ni les piques.

— Luc Moullet, Barres, 1984, 14 min.

*

17. Rien ne t’arrêtera et aujourd’hui tu es mort. On disait, « Que la douleur fût grande au fusillé d’avoir été attrapé et d’attendre sa mort, mais quel fut son bonheur à l’instant fatal, en entendant l’ordre mortuaire du chef à ses soldats, d’avoir donné sa vie pour ses idées. »

« J’en vois d’autres qui se font paradoxalement tuer pour les idées ou les illusions qui leur donnent une raison de vivre (ce qu’on appelle une raison de vivre est en même temps une excellente raison de mourir) »
— Albert Camus, Le mythe de Sisyphe, Paris, Gallimard, 1971 , p.16.

*

18. Pourtant ce que je vois devant moi c’est ton corps qu’on jette dans la fosse publique, cet objet sans vie qui ne pourra raviver la flamme qui réside dans le cœur des opprimés.

« C’est un des raffinements des gouvernements totalitaires de ce siècle, qu’ils ne permettent pas à leurs adversaires de mourir en martyrs pour leurs idées, d’une grande mort tragique »
— Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem, Paris, Gallimard, 1997, p.408.

*

19. Là, tu as laissé des cendres, des braises sans bois… On se demande alors qu’est-ce que le feu face à lui-même, mis à part de nouveau un chaos.

« Destruction is difficult it is as difficult as creation »
— Antonio Gramsci cité dans, Thomas Hirschhorm, Gramsci monument, 2013

« Quand je suis rentré
Mes cheveux n’étaient pas encore gris,
J’étais content.
Nous avons derrière nous les peines de la montagne,
Les peines de la plaine sont devant nous. »
— Bertol Brecht, Constatation, 1949.

« - C’est la Suisse là-bas en face, hein ?
- Aucun doute !
- Ça se ressemble tellement, mon vieux !
- Ah ! Qu’est-ce que tu veux… Une frontière, ça se voit pas… C’est une invention des hommes, la nature s’en fout !
- Oui ! En tout cas, moi… je voudrais bien que tout ça soit fini. J’irai rechercher Elsa.
- Tu l’aimes ?
- Ben ! Je crois que oui.
- Et pourtant… En admettant que nous passions… Tu vas retourner dans une escadrille… Moi dans une batterie. Nous allons reprendre la lutte.
- Ben ! Comme les copains quoi ! Il faut bien qu’on la finisse cette putain de guerre....non ! En espérant que c’est la dernière.
- Ouf, tu te fais des illusions ! Allez, revenons à la réalité… »
— Jean Renoir, La grande illusion, 1937, 114 min.

 

Si Jenny n’avait pas aimé Marx

 

Détail de l'édition papier du mémoire © CC Mélio Lannuzel Détail de l'édition papier du mémoire © CC Mélio Lannuzel

 

1. Si Engels n’avait pas rencontré Mary. Si Jenny n’avait pas rencontré Marx. Si Engels n’avait pas rencontré Marx.

« il apparaît ici [que la vie] sera d’autant mieux vécue qu’elle n’aura pas de sens »
— Albert Camus, Le mythe de sisyphe, Idée, 1971, p. 76.

« S’il suffisait d’aimer, les choses seraient trop simples. ».
— Albert Camus, Le mythe de sisyphe, Idée, 1971, p. 97.

Karl Marx à Arnold Ruge :
« […] ma fiancé a dû livrer
pour moi les combats les plus durs, au point d’y ruiner sa santé , tantôt avec sa parenté – des aristocrates piétistes pour qui ‘‘ le Seigneur du ciel ” et ‘‘ le Seigneur de Berlin ” sont l’objet d’un même culte – [...] »
— Karl et Jenny Marx, Lettres d’amour et de combat, Paris, Rivages , 2013, p. 9.

« C’est probablement Mary Burns qui introduit  [Friedrich Engels] dans le mouvement chartiste, dont il rencontre quelques dirigeants comme George Julian Harney »
— Wikipédia, Friedrich Engels, https://fr.wikipedia.org/wiki/Friedrich_Engels 16/11/2018.

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2. Trop d’histoires l’attestent : l’action est le fruit de l’amour.

— Georges Lucas, THX 1138, 1971, 88 min.

— François Truffaut, Fahrenheit 451, 1966, 112 min.

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3. L’amour est le renversement de l’ordre.

— Bonnie Parker et Clyde Barrow.

— David lynch, Sailor et Lula, 1990, 127 min.

— William Shakespeare, Roméo et Juliette, 1597.

— Álex Pina, La casa de papel, 2017. (série télévisée)

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4. Sa puissance est dans son imprévisibilité. Il naît de nul part.

« Les socialistes révolutionnaires pensent qu’il y a beaucoup plus de raison pratique et d’esprit dans les aspirations instinctives [...] »
— Mikhaïl Bakounine cité dans Daniel Guérin, Ni dieu ni maître - Anthologie de l’anarchisme, tome 1, Paris, La Découverte , 1999, p. 167.

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5. Il est cette force qui se rit des maîtres.

« De cette manière, la masse sociale n’aura plus en dehors d’elle une vérité soi - disant absolue qui la dirige et qui la gouverne, représentée par les individus très intéressés à la garder exclusivement en leurs mains, parce qu’elle leur donne la puissance la richesse, le pouvoir de vivre par le travail de la masse populaire. Mais cette masse aura en elle - même une vérité, toujours relative, mais réelle une lumière intérieure qui éclaire ces mouvements spontanés et qui rendra inutiles toute autorité et toute direction extérieure. »
— Mikhaïl Bakounine, Dieu et l’état, Paris, Fayard / Mille et une nuits, 2000, p. 68. 

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6. Il n’a qu’une obsession : manger, manger toutes les lignes qui se font limites.

« Nous voyons dans l’ordre actuel cet équilibre entièrement détruit. Deux passions, l’une matérielle, l’autre spirituelle, dont se forme l’amour sont en ligue naturelle et indestructible, leur […] (sic) ne connaît aucune balance, aucun contrepoids. L’amour produit  chaque jour dans notre société des violations monstrueuses de convenances sociales […] (sic), comme ferait Mohammed et Roxelane ; là c’est un nez retroussée qui renverse les lois d’un empire. Ce scandale du despotisme de l’amour se produit à chaque pas, dans toutes les familles et les relations sociales ; il n’a aucun contrepoids. On cite l’ambition, elle n’est aucunement en balance avec l’amour. Ce sont deux tyrans du monde social, deux colosses passionnels ravageant chacun de leur côté ; dira - t - on que deux sangsues publiques, d’accord pour concussionner chacun dans ses fonctions, fassent contrepoids l’une à l’autre ? (sic) Non certes, elles sont en collusion et non pas en contrepoids. Il en est de même de l’amour et de l’ambition dans nos sociétés civilisées. Ce sont deux tyrans ligués pour ravager le monde social est commettre sans cesse tous les scandales et les monstruosités, et les injustices. Eh ! Quel frein savent y opposer nos philosophes : la morale. »
— Charles Fourier, Le nouveau monde amoureux, Create Space Independent Publishing Platform, 2015, p. 108 - 109.

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7. Plus de Néron !

« Il s’agit de mon travail, observez donc, de l’échange de mon travail, la chose qui, après l’amour, souffre le moins d’autorité »
— Pierre - joseph Proudhon (1851) cité dans Daniel Guérin, Ni dieu ni maître - Anthologie de l’anarchisme, tome 1, Paris, La Découverte , 1999, p. 103.

« Elle avait un vrais discours à propos de l’état, et de l’impossibilité que l’état tombe amoureux »
— Jean - Luc Godard, Éloge de l’amour, 2001, 97 min.

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8. Ceux - ci, veulent posséder l’amour comme tous les liens qui peuvent nous unir.

« Le dispositif du spectacle s’était refermé sur ce peuple libre, [les Mosos], mettant fin à son existence singulière. »
— Jacques Meunier, Philosophie de l’amour, Le journal des idées, France culture, 11 mai 2018, 5 min.

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9. Ils veulent nous dessécher de complexité.

« Le zèle divin, la préoccupation de l’idée finissent par dessécher dans les âmes les plus tendres, dans les cœurs les plus humains, les sources de l’amour humain »
— Mikhaïl Bakounine, Dieu et l’état, Paris, Fayard / Mille et une nuits, 2000, p. 63.

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10. Car ils ont tout perdu et n’ont plus d’appétit que les Hommes pour se sentir encore humain…

« Oui, certes, d’anciens ouvriers, mais qui, dès qu’ils seront devenus des gouvernants ou des représentants du peuple, cesseront d’être des ouvriers et se mettront à regarder le monde prolétaire du haut de l’État ; ne représenteront plus le peuple, mais eux - mêmes et leurs prétentions à le gouverner. Qui en doute ne connaît pas la nature humaine. »
— Mikhaïl Bakounine (1873) cité dans Daniel Guérin, Ni dieu ni maître - Anthologie de l’anarchisme, tome 1, Paris, La Découverte , 1999, p. 241.

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11. Mais qui peux s’opposer à un baiser donné au genre humain ?

« À qui déplairait une philosophie dont le germe est un premier baiser »
— Novalis, Le monde doit être romantisé, Paris, Allia, 2008, p. 41.

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12. Quelle philosophie se lamenterait d’avoir tout abandonné pour aimer sans mesure un monde absurde ?

« la mesure de cet amour, c’est d’aimer sans mesure »
— Bernard de Clairveaux, Livre ou traité de saint
Bernard sur l’amour de dieu, http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/bernard/tome02/amourdieu/amourdieu.htm

« Aujourd’hui, il y a la confiance, l’espoir et l’amour. Ils sont trois. Mais de ces trois, le plus grand est l’amour »
— Saint Paul, première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens, circa 55 apr. J - C.

« N’y aurait - il pas un besoin absolu - qui pourrait permettre d’exclure tous les autres – l’amour, la vie en commun avec des personnes aimées ? »
— Novalis, Le monde doit être romantisé, Paris, Allia, 2008, p. 116 - 117.

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13. Seul les pensées dogmatiques peuvent cacher notre désir passionnel face au monde.

« Sans elle, il n’y a rien au monde pour moi »
— Novalis, Journal intime, Paris, Mercure de France, 1997, p. 43.

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14. Les systèmes et la raison ont été mystifiés.

« Les manies, soit en amour, soit en autres passions, ne seront jamais rares en Harmonie parmi la jeunesse ; elle les dédaigne aujourd’hui surtout en amour parce qu’on les ridiculise, faute d’en avoir l’emploi. On oublie que l’amour est le domaine de la déraison et que plus une chose est déraisonnable, mieux elle s’allie avec l’amour. »
— Charles Fourier, Le nouveau monde amoureux, CreateSpace Independent Publishing Platform, 2015, p. 115. 

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15. Bien sûr personne n’est obligé d’aimer mais tout le monde aime.

« Notre société accepte comme un fait incontestable ce que Hobbes présentait comme « l’égoïsme primordiale de l’individu », et considère comme secondaire, voir imaginaire, la possibilité de transformer cet amour de soi, ou bien une partie de celui - ci, en un amour ou respect du prochain »
— Miguel Benasayag, Le mythe de l’individu, Paris,
La Découverte, 1993, p. 24.

« Celui qui aime un être humain est, du fait de cet amour, plus riche qu’un autre qui n’aime personne ; mais l’on a pas affaire à une opposition entre égoïsme et non - égoïsme, c’est deux types humains ne faisant que suivre, chacun à sa façon leur intérêt respectif »
— Max Stirner (1845 - 1847) cité dans Daniel Guérin, Ni dieu ni maître - Anthologie de l’anarchisme, tome 1, Paris, La Découverte, 1999, p. 35.

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16. Pourtant un monde sans passion est un monde désert.

« Elle est morte – donc je meurs aussi – le monde est désert »
— Novalis, Journal intime, Paris, Mercure de France, 1997, p. 59.

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17. Et ils ont peur de ce monde. Explosif et fusionnel. Explosif car fusionnel.

« [l’amour] rend les individualités transmissibles et compréhensibles (Intelligence de l’amour). »
— Novalis, Le monde doit être romantisé, Paris, Allia, 2008, p. 39.

« l’amour est un produit de la stimulation réciproque entre deux individus – c’est pourquoi il est mystique et universel, et infiniment formable, comme le principe individuel lui - même » (sic)
— Novalis, Le monde doit être romantisé, Paris, Allia, 2008, p. 62.

« Nous comprenons la Révolution dans le sens du déchaînement de ce qu’on appelle aujourd’hui les mauvaises passions »
— Programme et objet de l’Organisation secrète révolutionnaire des frères internationaux (1868) cité dans Daniel Guérin, Ni dieu ni maître - Anthologie de l’anarchisme, tome 1, Paris, La Découverte , 1999, p. 228.

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18. Ce pour lequel nous tendons est une liaison atomique.

« Cette solution tant désirée, notre idéal à tous, c’est la liberté, la moralité, l’intelligence et le bien - être de chacun par la solidarité de tous, l’humaine fraternité. »
— Programme et objet de l’Organisation secrète révolutionnaire des frères internationaux (1868) cité dans Daniel Guérin, Ni dieu ni maître - Anthologie de l’anarchisme, tome 1, Paris, La Découverte , 1999, p. 226.

Alain Resnais, Hiroshima mon amour, 1959, 92 min.

« La liberté n’est donc point un fait d’isolement, mais de réflexion mutuelle, non d’exclusion mais au contraire de liaison [...] »
— Mikhaïl Bakounine (1871) cité dans Daniel Guérin, Ni dieu ni maître - Anthologie de l’anarchisme, tome 1, Paris, La Découverte , 1999, p. 170.

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19. Une explosion sans nom, une explosion sans origine.

« Une révolution vraiment organique, produit de la vie universelle, bien qu’elle ait ses messagers et ses exécuteurs, n’est vraiment l’œuvre de personne. »
— Pierre - joseph Proudhon (1861) cité dans Daniel Guérin, Ni dieu ni maître - Anthologie de l’anarchisme, tome 1, Paris, La Découverte , 1999, p. 142. 

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20. Un monde irrationnel car l’incohérence empêche le fanatisme.

« Convaincus que le mal individuel et social réside beaucoup moins dans les individus que dans l’organisation des choses et dans les positions sociales, nous serons humain autant par sentiment de justice que par calcul d’utilité [...] »
— Programme et objet de l’Organisation secrète
révolutionnaire des frères internationaux (1868) cité dans Daniel Guérin, Ni dieu ni maître- Anthologie de l’anarchisme, tome 1, Paris, La Découverte , 1999, p. 226.

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21. Ce serait un monde d’amoureux.

La famille internationale est selon Bakounine :
« Uniquement composé de frères internationaux »
— Mikhaïl Bakounine (1865) cité dans Daniel Guérin, Ni dieu ni maître - Anthologie de l’anarchisme, tome 1, Paris, La Découverte , 1999, p. 175.

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22. Unis pour vaincre le mal qui les sépare.

« […] prouveront par là au globe entier que leur passion est loin du ridicule puisqu’elle a pu rassembler indépendamment des absents trente sectaires actifs et passifs présents à l’armée d’Euphrate et qui ont par le moyen de cette manie formé un lien vraiment universel puisqu’il unit des êtres de toutes les parties du globe et tel est le but où il faut arriver en harmonie passionnelle : former des liens qui embrassent le globe entier. »
— Charles Fourier, Le nouveau monde amoureux, Create Space Independent Publishing Platform, 2015, p. 110.

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23. Attiré par quelle force ? Celles des individus comme celles des idées.

« Je suis un amant fanatique de la liberté [...] »
— Mikhaïl Bakounine (1870) cité dans Daniel Guérin, Ni dieu ni maître - Anthologie de l’anarchisme, tome 1, Paris, La Découverte , 1999, p. 165.

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24. Voilà d’où est né le feu Marxien, ce feu qui permit à un Homme amoureux d’écrire une nouvelle histoire.

Karl Marx à Jenny Marx : « Je me sens homme de nouveau, car je ressens une grande passion, et la multiplicité où nous embrouille l’étude moderne, le scepticisme avec lequel nous dénigrons toutes les impressions subjectives et objectives sont bien faites pour nous rendre tous petits, faibles, pleurnichards et indécis. Mais l’amour que nous portons non à l’homme de Feuerbach, au métabolisme de Moleschott, au prolétariat, mais à notre amour cher, en l’occurrence à toi, c’est ce qui refait de l’homme un homme. »
— Karl et Jenny Marx, Lettres d’amour et de combat, Paris, Rivages , 2013, p. 78.

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