ENSEMBLE, j’ai envie de rêver qu’on changera le monde

L’impulsion de la crise sanitaire a révélé les dysfonctionnements d’une société à bout de souffle, mais peut être aussi un accélérateur des transformations. Alors, comment se fait-il qu’à aucun moment il n’est question de repenser notre modèle ? N’est-il pas temps de prendre nos responsabilités collectives et individuelles ? Alors, ensemble j'ai envie de rêver qu'on changera le monde.

Qu’en sera-t-il le 31 décembre 2020, à l’heure des bilans de cette année troublante ? Se réveillera-t-on avec un goût amer d’une soirée mal digérée, où les séquelles d’un mal de crâne persistant se feront sentir ? Osera-t-on se demander discrètement : est-ce que ce monde est sérieux ? Osera-t-on, au décompte des dernières secondes de l’année, espérer l’émergence d’une société plus désirable, plus humaine, plus sereine ? Ou aura-t-on si peur que l’on préférera se recroqueviller sous sa couette ?

L’impulsion de la crise sanitaire a révélé les dysfonctionnements d’une société à bout de souffle,

  • qui exacerbe les inégalités économiques et sociales (1 français sur 3 a subi une perte de revenu et 500 000 enfants auraient décroché scolairement pendant cette année[1]),
  • qui isole, exclut (650 000 personnes de plus de 60 ans n’ont trouvé personne à qui parler pendant le premier confinement[2], des pertes de repères et des syndromes de glissement plus importants pour les plus âgés)
  • qui anéantit les institutions notamment le système public de santé (100 000 lits à l’hôpital en moins entre 1993 et 2018 dans le secteur public et privé[3]),
  • qui n’accompagne plus les citoyens dans une protection sociale juste et équitable pour tous,
  • qui fait reposer le poids du care sur des femmes sous payées[4] (9 aides-soignants sur 10 sont des femmes),
  • qui détruit nos écosystèmes (48 000 décès liés à la pollution de l’air environ par an[5])…

Comment se fait-il qu’à aucun moment il n’est question de repenser notre modèle alors que nous avons une opportunité saisissante ? Quel diagnostic poser sur le passé ? Comment agir concrètement sur notre présent ? Quelles solutions pour un avenir plus respectueux de l’humain ? Vous pourriez me dire que l’heure est à la gestion de crise, or l’équilibre ne pourrait-il pas se trouver entre la capacité à éteindre un feu de forêt maintenant et à planter en parallèle une autre forêt plus en lien avec ce que nous sommes en train de devenir.

N’est-il pas temps de sortir de mesures autocratiques, autoritaires, coercitives et infantilisantes, pour véritablement se mettre en mouvement, pour créer ensemble ce que nous désirons pour demain, ce sur quoi nous serons fiers : Une protection sociale universelle tout au long de la vie ? Un revenu universel ? La valorisation d’une politique préventive en matière de santé tout au long de la vie focalisée sur les défenses immunitaires, l’alimentation et la pratique sportive ? Un green new deal ? La prise en compte de nos territoires de proximité avec la ville du quart d’heure qui pourrait recréer des liens de proximité ? etc. Peut-on avoir l’audace de se poser des questions dans une société divisée, fragmentée, au cœur d’une crise globale, sociale, économique et écologique profonde.

La crise sanitaire est un accélérateur de la transformation. Alors, est-ce que l’on veut utiliser nos compétences pour préserver nos environnements ou est-ce que l’on veut détruire les sols, est-ce que l’on veut continuer à mettre des milliards dans l’armée (budget de l’armée en 2020 - 39,2 milliards d’euros) au lieu de valoriser les échanges et la participation sociale collective de tous les âges sur les territoires, etc. ?

C’est à la fois le système qui peut être modifié mais aussi notre singularité collective (c’est-à-dire les éléments qui nous relient en tant que nation), car la crise sanitaire a fait également surgir une crise de sens qui existait déjà bien avant. Qu’est-ce qui nous lie, nous relie ? Qu’est-ce qui rassemble tous les âges ? Dans cette société du clic à tout va, de l’instantanéité, de la montée des peurs qui terrifient tout le monde, dans une société incertaine qui s’oppose au lieu de se lier, qui est soit contre, soit pour, sans écouter l’autre, mais surtout qui n’a plus de valeurs ou d’institutions sur lesquelles se reposer ; peut-être est-il temps de ralentir, d’écouter et de se poser pour réfléchir ensemble et se demander : dans quelle société voulons-nous vivre ? Nous avons le droit de nous questionner, de débattre. Et pour cela, nous avons besoin d’informations justes structurées, organisées, pour pouvoir comprendre, pour pouvoir phosphorer ensemble et créer de nouveaux modèles, nous avons besoin de savoir, de voir, de percevoir et de sortir de l’instant. 

N’est-il pas temps, temps de prendre nos responsabilités collectives, mais aussi individuelles, de se pencher sur le vivant, la faune, la flore, mais aussi sur nous-mêmes ? De faire notre part à la lueur du Colibri.  

Mais pour cela, nous aurons besoin d’être ensemble, tous ensemble et de ne pas exclure certaines classes sous prétexte de leur âge, de leur origine sociale, territoriale, culturelle, spirituelle, sexuelle, etc. On pourra répéter que les dettes émises par la France devront être payées par nos enfants, et que tout cela c’est à cause des plus âgés, mais eux individuellement qu’ont-ils voulu ? Leur a-t-on un jour demandé ? A quel moment comprendra-t-on qu’on se ressemble plus qu’on ne le croit quels que soient notre âge et notre situation ? 

Bien sûr que nous pouvons être accablés, accablés par les maux de la société, par ce chômage qui augmente et ces fermetures de commerces, par cet éloignement physique, par cette incertitude permanente que nous vivons et sur laquelle nous n’avons aucune prise, bien sûr que les distances sociales et physiques ne font qu’annihiler notre besoin fondamental d’être en lien et tuent ce qui nous humanise.

Peut-être que le premier pas serait de remettre au cœur notre liberté d’aimer en souvenir de ce cœur qui est le premier organe à se former au cours du développement embryonnaire. Un point de départ pour tout ce qu’il nous reste à faire, car il est temps de mettre toutes nos énergies pour imaginer de nouveaux modèles, des valeurs qui nous unissent, pour rebrancher nos cerveaux sur notre humanité.  Il nous appartient d’utiliser ce moment pour être audacieux, de dire non à ce que nous ne voulons plus et oui à ce que nous voulons construire. Bien sûr, cela prendra du temps, mais à quoi cela sert de ne pas essayer, de ne pas rêver, de ne pas croire, de ne pas avoir d’espoir. 

Il y a un vaste chantier qui s’annonce devant nous et si nous y allions, car il ne tient qu’à nous de mettre les mains dans la terre, les yeux dans nos regards, des sourires sur nos visages. Osons poser des questions et peut-être osons demander à gorge déployée à la veille du nouvel an : est-ce qu’on sera fier quand on sera vieux de ce qu’on aura fait ? Alors oui, ENSEMBLE j’ai envie de rêver qu’on changera le monde.

 

 

[1] Baromètre pauvreté du Secours populaire, réalisé avec l’institut de sondage Ipsos, 2020.

[2]https://www.petitsfreresdespauvres.fr/plusjamaisinvisibles/files/2020_06_04_PFP_RAPPORT_ISOLEMENT_DES_PERSONNES_AGEES_ET_CONFINEMENT.pdf

[3] Emmanuel Vigneron, Après la crise, proposition pour la santé au XXI siècle, Paris : Edition Berger-Levrault.

[4] Joan Tronto explique comment le poids du care est porté par les femmes

[5] Invs, Onisr, Santé publique, étude 2016.

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