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Billet de blog 7 janv. 2023

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Omar Sy : La France face à une « ingratitude »

Lorsqu’une personne non-blanche s’exprime sur un sujet politique, toutes les caméras sont braquées sur elle, tous ses mots seront repris sous l’égide d’une pseudo analyse politique et une star adulée est déchue si ces propos ne conviennent pas à la ligne politique des médias dominants. Mais comment analyser ces réactions ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L’immigration en France à un fort lien avec la colonisation. Par vague, la France a connu différents types de populations. Mais celles qui posent « problème » aujourd’hui est celle qui n’a pas connu de processus de blanchiment: les nord-africains et les subsahariens, pour vulgariser cela les noirs et les arabes. 

Notre identité française est toujours remise en cause, comme si nous devons la mériter. Nous sommes les enfants d'immigré(e)s, malgré les générations qui passent sur le sol français, nous seront toujours l'autre. Notre part d'altérité est une circonstance aggravante quand nous fautons. Comme le disait Abdelmalek SAYAD:

« tout se passe comme si l'immigré étant déjà en faute du seul fait de sa présence en terre d'immigration , toutes les autres fautes dont il pourra se rendre coupable durant son immigration sont comme redoublées, aggravées  en raison de cette faute première que serait l’immigration »(Abdelmalek SAYAD - La double absence, Paris, Edition Seuil 1999 p.401)

  • Des représentations du colonisé à celles du « bon immigré »

La vision ainsi que les représentations de l'autre en France est en lien direct avec la colonisation. Nous avions le colonisé, entre animalisation et enfantilisation. Les corps des damnés de la terre ( référence à Frantz FANON) ainsi que leurs esprits ne sont pas huminanisés. Ces processus se font par la violence. Une politique de coercition qui n’a d'ailleurs pas pris fin après la décolonisation. En effet, elle est  encore de rigueur au sein des territoires dit « abandonnés de la République », dans son ouvrage Domination Policière, Mathieu RIGOUSTE l'expose parfaitement.  

Puis vient la vague d'immigration et nous retrouvons l'image du bon immigré des années 60, qui doit être exemplaire et soumis, ne demandant aucun droit et travaillant dur en espérant qu'un jour son travail soit reconnu. Nous avons déjà entendu cette phrase "il ne faut pas se faire remarquer" qui raisonne encore aujourd'hui, on veut tout simplement nous assigner à une place de subalterne.

Un avenir incertain, un grande précarité, loin de moi l'idée de faire du misérabilisme ou encore de blâmer les générations précédentes mais cela était juste un mécanisme de survie. Mais en sortant des rôles préalablement établis nous sortons de la route "à respecter".

Les générations nées en France osent, elles sortent du silence et s'expriment. Cela passe énormément par l'art: peinture et musique notamment. Elles remettent en cause le système, les injustices et les inégalités. Mais les critiques ne sont pas acceptées et cela est d'autant plus grave qu'elles émanent d'une population qui doit être reconnaissance.... mais reconnaissante de quoi ? 

  • Une neutralité politique ou un discours non-critique 

Sport, musique, humour ou encore cinéma, voici des domaines fortement exposés médiatiquement.
Les jeunes voient cela comme une échappatoire à leur condition sociale, un rêve, une passion... si ces stars qui sont comme moi ont pu réussir alors moi aussi. Nous négligeons parfois les représentations sociales, érigés comme modèles  ces stars qui nous ressemblent nous permettent de nous projeter et nous croyons à nouveau que nos rêves et nos ambitions ne sont pas vaines. 
Mais une fois au haut du sommet avec une grande reconnaissance sociale parfois même internationale, la race s’efface à condition de ne pas sortir des clous. Français sous conditions, comme si notre francité n’était jamais acquise. 

Uniquement deux positions sont possibles: une neutralité politique ou une prise de position en accord avec les médias dominants. De ce fait, si les questions du racisme ou encore des violences policières sont abordées, on attend de ces "modèles" de la jeunesse des quartiers populaires  une réponse irréprochable avec un soutien à la France et la police française. Mais ce déni est t’il bien réaliste ?

On attend des personnes racisées une reconnaissance, un comportement irréprochable. On parlera d'ingratitude quand les propos déplairont, comme le jeune enfant faisant un caprice après avoir eu son chocolat. Un processus d’infantilisation issus de la colonisation, ayant notamment pour but de délégitimer les propos tenus . Qu’est ce que l’on doit à la France ? Le fait de devoir travailler deux fois plus pour avoir quelque chose ? La discrimination ? Les violences policières ? La ségrégation spatiale ?

Avoir un regard critique sur la France c’est aussi vouloir une amélioration, faire en sorte que les grands principes de la République soit appliqués (Liberté, égalité, Fraternité). Il faut savoir écouter et prendre en compte les discours de toutes et tous pour pouvoir avancer. Nous avons autant le droit de s'exprimer, nous sommes français et nous ne sommes pas plus redevables qu'un autre français. 

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