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Billet de blog 15 août 2022

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Au cœur du paradoxe des relations humaines

En amitié , en amour , en famille ou au travail personne n'échappe à la joie et à l'enfer des relations humaines. Décryptons-les pour mieux les comprendre.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les relations humaines sont le tissu vivant que nous formons entre nous pour interagir ensemble. Ce tissu , loin de n'être que statique et fixe , varie constamment à des rythmes et sous des formes parfois bien surprenantes.

Un tissu vivant avons-nous dit , car il naît , meurt et se nourrit de la diversité de nos petites vies. Et si tout porte à croire que nous en sommes les tisseurs et donc les grands maîtres , la réalité est parfois pire ou bien meilleure.


L'intimité d'une relation humaine

La relation humaine , en elle-même , est l'une des plus belles interactions et des plus complexes qui puisse arriver entre deux entités , entre deux être constitués de la même essence et de la même manière.

Cette fameuse relation humaine est une rencontre d'apparence simple entre deux corps qui se croisent depuis toujours ou pour la première fois. Son point de départ est souvent très anodin du supermarché à l'école en passant par les circonstances d'un petit voyage en train.

Or , si l'on creuse un peu plus curieusement dans l'âme profonde d'une relation humaine , on se rend compte qu'elle est un puit sans fond : on y puise autant que l'on s'épuise à essayer de la comprendre.

A bien y regarder , ce qui l'a fait démarrer relève bien souvent du pur hasard , ce qui la fait poursuivre est du ressort de l'attachement et ce qui la rompt est finalement difficilement supportable. Que contrôlons-nous vraiment là-dedans ?

Et si elle s'annonce aussi compliquée , en réalité , c'est parce que la relation humaine est métissée d'un mélange de raison et de sentiments inexpliqués.

Qui saura vraiment élucider les raisons pour lesquelles il est tombé amoureux ? Qui saura jauger raisonnablement l'affection qu'il porte pour son parent , sa fratrie , son ami ou encore son amant(e) .. ?

Tout en sachant que lorsqu'elle nous dépasse , on la nie fermement faisant mine de garder le contrôle , car l'humain rejette son impuissance.


Les pentes glissantes de la relation humaine

Observons tout d'abord , qu'à l'image de la vie , la relation humaine déborde de nuances. Le tissu vivant dont nous parlions précédemment n'est parfois qu'un fin petit fil chétif ou bien une vraie corde. L'intensité , la durée , la teneur d'une relation humaine conditionne sa solidité , évidemment.

Or , du fait qu'elle nous implique et nous relie personnellement à autrui , la relation humaine nous prend par la gorge dès que l'on s'y investit. Le jeu change alors de règles et de maître nous passons à l'élève.

La première pente glissante de la relation humaine est : la dépendance. Mille et une façon d'être dépendant(e) de l'autre existent , bien entendu , mais la plus dévastatrice est celle qui est affective.

Devenir dépendant(e) d'autrui est , peut-être , le pendant le plus pervers de la relation humaine. La vie prend un nouveau virage complètement inattendu , non voulu et votre cœur ne bat plus qu'au rythme de celui pour lequel vous avait jeté votre dévolu. Vous en venez à changer forcément , à culpabiliser et à vivre un éventail de sentiments ô combien inadmissible dans l'esprit d'une personne affaiblie.

La deuxième pente glissante de la relation humaine est : le sentiment de toute puissance. Lorsque vous êtes l'acteur dominant de la relation et que vous sentez l'autre prisonnier de votre personnalité , le sentiment d'omnipotence peut emporter votre esprit et vous pousser à faire ce qui n'est que peu recommandé.

Devenir l'objet de dépendance de l'autre , détrompez-vous , n'est pas le privilège des rois. On y porte tout le lourd poids des sentiments de l'autre et le devoir de ne pas en profiter pour servir quelconque intérêts médiocres.

La troisième pente glissante de la relation humaine : le repli sur soi. Bien trop souvent malheureusement , l'humain souffrant de ne pas avoir percé les mystères des relations , finit par ne plus se croire capable de vivre libre et heureux , lui qui n'a toujours vécu qu'au crochet de l'autre. Pour cela , il se repli sur lui-même et stagne dans son bouillon de penser négatives persuadée que l'humanité n'est finalement qu'une espèce de pourris.

Devenir associable est la réaction typique des souffrants , le bouclier des personnes indisposées à de nouveau faire face à l'humanité telle qu'elle est. Cela dit , se replier , s'effacer et abandonner toute forme d'interaction n'est en aucun cas la solution pour comprendre le cœur battant de toutes nos relations.

La quatrième pente glissante de la relation humaine : l'indifférence. Parfois , certaines de nos relations ne durent que par habitude. Une sorte de routine s'est installée et à banalisée toutes les interactions humaines observées. A tel point que le vieux couple marié depuis 40 ans ne se regarde plus et que les vieux amis ne s'écoutent même plus. L'indifférence qui en résulte , tue. Elle tue non seulement le tissu vivant dont nous parlions , mais également la confiance de l'un et de l'autre. Les sentiments vieillissent , la relation défraîchit perd sa vitesse et l'avenir n'est rien d'autre qu'une fade continuité de ce qu'il reste.

Devenir négligent , souvent , n'est pas volontaire loin s'en faut mais s'en rendre compte est absolument nécessaire.

Comme le disait si justement Gilbert Bécaud dans sa chanson : "l'indifférence , elle te tue à petit coup . L'indifférence , tu es l'agneau elle est le loup. L'indifférence , y a plus de haine , y a plus d'amour".


La magie de la relation humaine

A contrario de ses pentes glissantes , la relation humaine peut parfois constituer un véritable tremplin , une nouvelle raison de vivre , un moteur pour avancer et aller le plus loin possible.

Une relation humaine , ça rassure comme ça motive. C'est le tissu qui nous rappelle que l'on est pas seul(e) , qu'on peut compter sur quelqu'un , que l'on peut échanger et s'enrichir de la présence de nos confrères.

Une relation humaine , c'est aussi un bon prétexte pour extérioriser ses sentiments , pour dire je t'aime et pour exister au travers des yeux de ceux qui nous comptent parmi eux. Elle est ce miroir dont notre égo à besoin , le reflet nécessaire pour se sentir mieux ou juste bien.

Au-delà de tout , la relation humaine est un atout. Elle est un solide rempart contre une maladie nommée solitude , l'occasion d'être à plusieurs ou juste à deux et la meilleure façon d'abattre les moments de "creux".

Durable ou passagère , elle saura nous marquée par le biais de ces précieux présents nommés : souvenirs. Une discussion que vous avez eu dans ce train allant de Marseille à Paris avec cet inconnu aux traits du visage sympathique ou bien les échanges lumineux que vous avez nourris toute votre adolescence avec ce professeur d'histoire passionnants , vous marqueront à vie.

Nous sommes les éponges des relations humaines que l'on vit. 

On mémorise le regard innocent de nos enfants , le sourire de nos parents , les blagues de notre meilleur ami et les compliments de nos compagnons de vie.

Toute la magie d'une relation humaine consiste en sa capacité à nous faire vivre , à nous nourrir de cette sollicitude dont nous avons tant besoin.


Garder le contrôle du tour de magie

Ne pas se laisser emporter par une relation humaine n'empêche pas de s'y investir.

Trop en faire ou s'en défaire , tels sont les extrêmes les plus toxiques et enclin à saboter la belle énergie du relationnel.

Contrairement à tous les tours de magie , la relation humaine n'a pas de secret. Pour bien en vivre , il faut avoir un brin de fatalisme mélangée à la volonté de faire plaisir.

Le fatalisme vous ramènera à votre condition d'humain impuissant de tout contrôler et vous poussera , en passant , à accepter les réalités. Accuser le coup , amortir le choc telles sont les termes que nous usons. Tandis que la volonté de faire plaisir sera votre main tendue à l'autre pour conserver votre tissu vivant en bonne santé.

Malgré tout , pour ne pas souffrir , il faut probablement constamment garder à l'esprit que les relations humaines sont instables par nature et par destinées au rythme de nos coups de sang et de nos envies de changer.

Ce qui implique , modestement , de profiter intensément des belles relations du jour sans trop se soucier de leur lendemain. Demain nous dépasse complètement et ne dépends pas toujours que de nous. Alors à quoi bon s'en faire , du coup ?

S'engager dans une relation d'amitié , d'amour , de travail ou de famille nous coûte beaucoup , sans aucun doute. Cela dit , elle pourrait nous coûter moins cher en énergie (dans cette quête actuelle de sobriété énergétique ..) si l'on acceptait de mettre de côté cette obsession de tout vouloir contrôler constamment. 

Laisser venir ce qui vient et partir ce qui s'en va , prendre du recul sur la situation , relativiser , dédramatiser et continuer son petit bonhomme de chemin épargnerait finalement beaucoup de souffrances.

Et pour ce faire , on ne claque pas des doigts mais on se souvient que nous ne sommes pas maître des autres (car c'est à peine si nous le sommes de nous-mêmes), ni souverain de leurs envies , ni responsable de leur changements.

Et ainsi va la vie , profitons-en avant qu'elle ne nous passe sous le nez ! :)

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