Le CRIF et les arabes mangeurs d’enfants

Mardi 15 mai, au lendemain de la répression meurtrière contre des manifestants palestiniens à Gaza, le CRIF, association d'envergure nationale, a fait sur Twitter une déclaration raciste, justifiant le meurtre et appelant à la haine. Malgré de nombreux signalements, le tweet est toujours visible et n'a suscité aucune vague d’indignation.

Il y a six jours, le CRIF a publié sur Twitter une souriante photographie de l’ancienne Première ministre israélienne Golda Meir. Elle y dit : « Nous pouvons pardonner aux arabes de tuer nos enfants, mais nous ne pouvons pas leur pardonner de nous forcer à tuer leurs enfants. La paix s’installera le jour où les arabes aimeront leurs enfants plus qu’ils nous haïssent. » La photographie de Golda Meir sourit et le chargé de communication du CRIF commente : « #Actu – Golda Meir disait cela il y a près de 50 ans, et c’est toujours d’actualité ».

 #Actu : la veille, les snipers israéliens avaient abattu par balles plus de cinquante Palestiniens, dont huit enfants, et blessé près de deux mille sept cents, alors qu’ils manifestaient pacifiquement pour commémorer leur catastrophe, leur exil, leur absence de droits fondamentaux, de droits civils, de droit à vivre. Pacifiquement, parce que les frondes ne menacent pas la vie des soldats israéliens – encore moins celle des civils israéliens – parce que les soldats sont à plusieurs centaines de mètres, derrière une clôture, derrière des miradors, derrière la « frontière », de l’autre côté de l’enclos. Parce qu’il n’y a que dans la Bible qu’on vainc l’injustice avec des pierres, et dans cette région, on sait que la Bible ne dit pas toujours la vérité.

Les arabes tuent les enfants des autres. Pire encore, ils forcent leurs ennemis à se rendre coupables du meurtre de leurs propres enfants. Ils les forcent à se souiller du sang des innocents. Ils les forcent, oui, ils ne voulaient, ils y ont été forcés, ils auraient préféré l’éviter, éviter de tirer une balle dans la tête de Wesal Khalil, de viser la tête d’une enfant de quatorze ans, mais elle avait une fronde, et elle était palestinienne, alors ils y ont été forcés, d’ailleurs elle voulait mourir. Ce n’est plus seulement le Hamas qui utilise des enfants comme boucliers humains, ce sont les Palestiniens qui apprennent à leurs enfants à monter au front. Mieux, ce sont les arabes qui font des enfants dans le seul but de les envoyer se faire tuer pour que France 2 puisse filmer des balles dans la tête et que ça fasse des images terribles et que ces images nuisent à la réputation de l’armée israélienne.

Les arabes n’ont même pas la décence la plus élémentaire d’aimer suffisamment leurs propres enfants pour ne pas les envoyer à la mort, ils produisent des enfants comme d’autres produisent des armes, ils font des enfants-mines, des enfants qu’on se prend dans la figure si on essaie de les tuer. Ils font des enfants qu’ils n’aiment pas pour que ces enfants puissent jouer au football sur une plage et prendre une bombe sur la tête, ils le font exprès, et après ils font semblant de hurler de douleur, de serrer dans leurs bras des petits corps brisés, de mordre l’oreiller la nuit pendant que d’autres bombes tuent d’autres enfants qui dormaient exprès dans leur lit au mauvais endroit au mauvais moment. Les arabes font des enfants pour forcer leurs ennemis à envoyer leurs propres gosses tuer d’autres gosses, et ça fait beaucoup de gosses morts et de gosses traumatisés et de gosses qui commettent des crimes de guerre, et tout cela c’est la faute des arabes.

Les arabes sont comme ces animaux qui dévorent leurs petits en période de famine. Ce sont des mangeurs d'enfants. « Ils rentrent dans les maisons et égorgent les nouveau-nés. » Ils se cachent derrière les berceaux de leurs premiers nés. Ce sont des bêtes sauvages, c’est pour ça qu’on les parque – et parfois ils ne laissent d’autres choix que celui de les « neutraliser », quand ils viennent grogner trop fort aux barreaux de leur cage.

Je dis « les arabes », je dis « ils », mais c’est bien de nous que je parle. Parce que le CRIF est une association française et qu’elle tweete en français une phrase que Golda Meir n’a paraît-il jamais prononcée en parlant des Palestiniens (mais il est vrai que ça ne saute pas tout de suite aux yeux, parce que les dirigeants israéliens n’ont jamais été avares de propos racistes lorsqu’il s’agissait de parler des arabes : « Ceux qui sont contre nous méritent de se faire décapiter à la hache »[1], « J’ai tué beaucoup d’arabes dans ma vie et il n’y a aucun problème à cela »[2], « Les Palestiniens sont comme des crocodiles. Plus vous leur donnez de viande, plus ils en veulent »[3]).

Cette phrase raciste dit que les arabes sont une race, une race tarée, à peine des humains, parce que les humains aiment leur progéniture, ils sèchent les larmes des bleus au genou et lisent des histoires du soir, le plus beau jour de leur vie c’est les jours de naissance, et même si parfois, ils ne sont pas de bons parents, c’est parce qu’ils aiment mal, mais en tout cas ils aiment. Les humains ne font pas des enfants-mines, comme les Palestiniens, ni des enfants-gangrènes comme les arabes de France, qui font des enfants non pas pour les emmener au zoo mais pour remplacer la civilisation légitime de ce pays, comme ces femmes arabes dont le ventre est la première arme du « Grand remplacement ».

Il y a six jours, le CRIF a craché au visage des arabes, de tous les arabes, un crachat comme une marque, celle de la tare, celle de l’étranger, étranger à sa propre humanité, la marque raciste qui désigne ceux qui ne font pas tout à fait partie de la population des humains et à qui il semble donc raisonnable de ne pas tout à fait accorder les droits qu’on accorde aux humains. C’était il y a six jours, et le tweet est toujours visible, et Golda Meir est toujours en train de sourire, et vous êtes tous bien silencieux.

 

 

[1] Avigdor Liberman, ministre de la Défense israélien, 2015.

[2] Naftali Bennett, ministre de l'Éducation israélien, 2013.

[3] Ehud Barak, ancien Premier ministre israélien, 2000.

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