La crise du Covid 19 et Le syndrome de glissement des personnes âgées en EHAPD

Ce sujet est un sujet délicat mais c’est un thème à aborder au regard de la crise actuelle que nous traversons. Dans cet article je vais bien entendu vous présenter le syndrome du glissement et comment la crise du COVID 19 risque d’avoir des conséquences sur l’état psychologique des personnes âgées.

 

 

Le syndrome de glissement :

Le syndrome du glissement est un équivalent d’un état dépressif. Je ne vais pas vous présenter un état clinique ou épidémiologique de ce syndrome. Je vais simplement au regard de mon expérience vous expliquer ce qu’est ce syndrome et quelles sont ses conséquences.

Ce syndrome est spécifique au grand-âge, il peut être facilement comparé à un état dépressif et mélancolique. Je choisi ici le terme mélancolique car la mélancolie est une tristesse profonde dont souvent l’issue est la mort. Ce syndrome de glissement est un état actif et choisi par la personne. Elle fait le choix (conscient ou inconscient) de ne plus se battre, de se laisser aller et donc de mourir. Cela va se traduire par un refus d’alimentation et d’hydratation, puis un refus des traitements. En quelques jours l’issue peut être fatale.

 

  • L’exemple de Mr L.: Pour vous expliquer au mieux le syndrome de glissement je vais vous présenter Mr L. arrivé dans l’EHPAD que je dirigeais. Il était âgé de 82 ans, il vivait seul à son domicile. Il avait deux enfants, et était veuf depuis plus de 6 ans. Il est arrivé via les urgences. Il avait fait une « promenade » mais n’avait pas réussi à rentrer à son domicile seul. Il était resté seul et perdu dans la forêt pendant plus de 3 jours. Son activité physique habituelle lui avait permis de résister pendant ces trois jours. 

 

Depuis le décès de son épouse les enfants ont bien constaté des troubles (inversion jour nuit, troubles de la mémoire…) mais n’ont jamais osé s’opposer à leur père. Mr L. n’a donc jamais passé de tests, ni pris de traitement. Au fur et à mesure des années son opposition (la toilette, les repas, les sorties…) à tout est devenue difficile à gérer pour les enfants. Jusqu’à ce jour du week-end du 1e mai. Leur père a disparu pendant 3 trois jours et a été retrouvé par la police errant sur a route. Il a donc été hospitalisé.

C’est à l’issue de cette hospitalisation que je rencontre Mr L et ses enfants. Ils me demandent d’accueillir leur père, mais ils omettent de m’indiquer toute l’histoire, de peur que je le refuse. Malheureusement Mr L. a quitté l’établissement au bout de quelques heures.

Après un travail d’accompagnement des enfants de Mr L. nous accueillons ce Monsieur plusieurs mois après cette première tentative. J’avoue ce ne fut pas un cadeau pour l’équipe. Il a fallu être plein d’ingéniosité pour accueillir ce Monsieur et le laisser exprimer son côté hyper actif. Il a donc donner des cours de sports à tout le monde, il a eu la charge du jardin de la résidence. Il a aidé à chaque fête, et chaque manifestation : déplacement du mobilier. Mais ce n’était toujours pas suffisant.

 

  • Le glissement : Mr L. voulait rentrer chez lui le soir (après son travail comme il nous le disait). Après une soirée difficile où Mr était très agressif, il a été hospitalisé, puis transféré rapidement en SSR gériatrique. Malheureusement là-bas il a fait preuve d’un sursaut d’agressivité, et n’a pas accepté les traitements. Aucun traitement. A ce moment-là, les choses ont changé, après des semaines de lutte de sa part, il a tout stoppé : alimentation, traitement, tout. Il a très vite glissé et s’est très vite trouvé démuni. Puis en moins de 5 jours il est décédé.

 

Il s’agit là typiquement d’un syndrome de glissement. Il a fait le choix de tout arrêter car la vie qui allait suivre ne lui convenait pas. Il n’en voulait pas. Il s’est donc laissé aller jusqu’à la mort.


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Quoi que nous en pensions, quoi que nous en disions, l’isolement forcé qui a été provoqué par le confinement est un risque majeur pour les personnes âgées.

En effet, à l’issue d’une vie de travail où les relations sociales ont été fortes, où les relations familiales agrandies par les multiples naissances et mariages, il est plus que difficile de demander à des personnes âgées de rester dans leur lieu de vie et dans leur chambre.

Quand vous dites à une personne âgée je reviens dans 5 minutes et que vous revenez réellement dans 5 minutes, dans la majorité des cas, la personne âgée a eu la sensation d’attendre entre 15 minutes et 30 minutes. De nombreuses études montrent que l’appréciation du temps chez les personnes âgées est allongée.

 

Imaginez donc les effets d’un isolement de plus de 2 mois.

Le risque de mortalité prématurée peut augmenter de 14 % chez les seniors isolés, d’après une étude de l’université de Chicago. Quid de cette surmortalité avec la crise du COVID 19, et toutes ces personnes âgées confinées en établissement ou au domicile.

L’isolement a des conséquences plus que néfastes sur la santé des personnes âgées : la solitude facilite la détérioration physique et cognitive chez les personnes âgées.

Les seniors souffrant de la solitude sont plus souvent touchés par les maux suivants :

  • Un sommeil perturbé,
  • De l’hypertension,
  • Un stress plus élevé,
  • Une dépression,
  • Une baisse du sentiment de bien-être,
  • Un système immunitaire fragilisé,
  • Un déclin des fonctions cognitives.

 

Au-delà de tous ces symptômes la conséquence la plus importante réside dans la perte d’envie de vivre, et le risque de glissement des personnes âgées isolées.

En effet, pourquoi continuer à vivre si c’est pour vivre seul dans ma chambre, dans ma maison. La personne âgée a besoin de lien, de tendresse. L’isolement ne permet plus les liens sociaux, les bisous, les câlins dont elle a besoin.

Malgré les liens créés grâce aux outils multimédia, les effets du confinement risquent d’être dramatiques sur les personnes âgées. Voire ses enfants, ses petits enfants pet être satisfaisant pour nos générations, mais impossible pour des générations qui maitrisent mal les outils multimédias.

Vous ajoutez à cela des troubles de l’audition, et des troubles de la vue, qui ne permettent pas aux personnes âgées de profiter pleinement de ces outils et vous avez toute la recette nécessaire à un syndrome de glissement pour les mois à venir.

Heureusement de nombreux directeurs d’EHPAD et d’aide à domicile réfléchissent à des initiatives pour faciliter les liens des personnes âgées et de leur famille.

 

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